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    Cendres ᚠ ᛊ ᚢ ᛟ ᚪ ᛊ ᛥ ᛉ
    Relevez-vous, peuple des cendres ! Les Titans existent, la guerre d'il y a 5000 ans résonne davantage dans vos cœurs depuis que ces immortels sont revenus revendiquer leurs droits. La victoire vous est une nouvelle fois acquise, mais à quel prix ? Suite à cette nouvelle guerre plus violente et mortelle que toutes les précédentes, il en va de votre responsabilité de vous accrocher à la vie et de rebâtir sur les ruines. Vers un nouveau futur encore incertain.

    Shoumei, autrefois membre des trois grandes nations régnant sur les terres des cendres et capitale de la religion diviniste, a payé le tribut ultime pour offrir la victoire aux vivants. Désormais, son peuple se retrouve égaré, dispersé. Privés de leur nation, de leurs foyers, les shoumeiens tentent tant bien que mal de retrouver un semblant de paix, mais la tâche est ardue. Le Reike, nation guerrière en proie à une lutte intestine contre le dirigeant s’étant imposé dans un sillage de sang, ainsi que la République, nation de l’ordre et des lois, ont tous les deux beaucoup à gagner avec ces nouveaux territoires à revendiquer. Choisiront-ils la voie de l’alliance et tendront-ils la main aux shoumeiens ? Où feront-ils passer leur peuple avant le reste des cendres ? Seul le futur écrira l'histoire de ces deux nations que tout oppose depuis des temps immémoriaux. Enterrer ou reluire la hache de guerre pour les combats à venir.

    Quoi qu’il en sera, peuple des cendres. C’est à vous de faire pencher la balance. Battez-vous pour le futur que vous chérissez. Entamez votre ultime chant du cygne, et brisez une bonne fois pour toutes ce cycle incessant de guerres contre les titans, ou tentez de poursuivre ce dernier selon vos convictions. Il ne tient qu’à vous d’offrir au monde des cendres la paix qui lui est due ou de le plonger à jamais dans les flammes…
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    Forum RPG Dark Fantasy. Avatars illustrés 300 x 500 px. Cendres est un monde magique où plusieurs puissances économiques et politiques règnent. Ici, les enjeux sont importants et une situation peut changer du jour au lendemain. Incarnez un simple paysan, un talentueux magicien ou même un riche seigneur ! De nombreuses possibilités et combinaisons différentes vous attendent avec impatience !

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    24.07.22
    Ouverture du forum et début du jeu. Bienvenue sur Cendres !
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    Noble du Reike
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    Deydreus Fictilem
    Deydreus Fictilem
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  • Lun 21 Nov - 18:41
    Bourg-Argent était une petite ville située dans les terres du nord. Conquise par le Reike lors de la seconde guerre des titans, la bourgade s'était rangée du côté des mortels très vite, parfaitement consciente des risques qu'elle encourait si elle refusait de se soumettre, et de la fatalité de sa future conquête. Face à cette soumission rapide, l'Empire avait établi avec le bourgmestre un traité rapide qui autorisait la ville à continuer de servir de relais pour les différentes caravanes marchandes passant dans la région et surtout à continuer l'exploitation des quelques mines d'argent qu'elle possédait. Depuis la fin de la guerre, la ville prospérait relativement bien et il y faisait plutôt bon vivre, malgré le froid mordant la chair. De plus, la ville avait été laissée en autogestion, c'est à dire qu'aucune garnison impériale n'y avait été établie et seule la garde locale s'assurait du bon respect de l'ordre et de l'autorité. Enfin, le bourg était situé sur une colline entourée de champs givrés, lui offrant une position stratégique non négociable, et permettant à cette dernière d'être repérée à des lieux à la ronde attirant ainsi les aventuriers et autres voyageurs en quête de repos. Peut-être était-ce, au final, tous ces détails qui faisaient qu'aujourd'hui la ville demandait l'aide des forces de l'Empire.
    Tournant en rond dans son bureau, le bourgmestre était rongé à la fois par l'attente et l'inquiétude. Si ses gardes avaient repéré les troupes de Fictilem la veille, l'officier impérial et ses hommes ne s'étaient toujours pas présentés aux portes de la ville. Dix caravanes détruites, en moins de deux semaines. Il s'agissait d'une terrible affaire qui menaçait, non seulement la pérennité de la ville, mais également les intérêts de l'Empire. Alors, celui qu'on surnommait "Patte d'argent", avait fait ce qui lui semblait évident. Il avait envoyé une lettre à la capitale, implorant la venue d'une troupe. Et, à sa grande surprise, on l'avait informé de la venue dune troupe de spécialistes. Depuis, il avait attendu. Toujours dans cette froide angoisse d'une nouvelle attaque contre l'un des convois transitant par sa ville. Puis, finalement, l'un des gardes vint le chercher. Les forces de l'Empire arrivaient enfin et, avec elles, la promesse d'une future paix retrouvée. Indiquant à son vilain d'informer l'officier impérial qu'il les rejoindraient à l'auberge du tonneau percé, le bourgmestre entama sa préparation.

    *
    *  *


    Scrutant les murs de la ville, Deydreus soupira longuement, replaçant par la même occasion la cape qui recouvrait son armure d'ébène. La route avait été longue depuis la capitale. Pire encore, le temps n'avait pas été clément envers le vétéran et ses hommes. Tempêtes de sables, pluie, et maintenant premières neiges. Rien qui avait facilité leur progression. Lorsqu'enfin ils aperçurent la colline sur laquelle siégeait Bourg-argent, Deydreus avait failli prendre Alasker dans ses bras. Enfin, il aurait put le faire s'il avait été enclin à autre chose qu'une profonde lassitude dû au voyage. Ils avaient établi la veille un campement aux abords de la ville, volontairement. L'officier avait pris l'habitude de faire cela lorsqu'il était attendu quelque part. Soit il arrivait plus tôt que prévu, soit plus tard. Cela permettait de déjouer les potentiels pièges dressés contre ses hommes si un ennemi quelconque se décidait à les traquer. De plus, il souhaitait entrer en ville plus ou moins reposé, et non pas fatigué d'un long périple. Tournant légèrement la tête afin d'observer le reste de ses troupes, le vétéran prit un air satisfait sous son heaume noir de jais. La fatigue qu'il avait put voir la veille au soir s'était évanouie dans la nuit et seul une rigueur professionnelle se lisait dans les yeux de ces fantassins. A ses côtés, l'Enragé était présent. Une présence qui, au delà de la valeur stratégique, permettait à Deydreus d'être serein quant à ses arrières. Il ne comptait plus les combats remportés aux côtés de son ami lycanthrope, ni les blessures qu'ils avaient partagé. Pointant du doigt les murs de la bourgade, l'être aux yeux vairons tenta d'attirer l'attention de son bras droit.

    - Ils s'agitent, le bourgmestre a sans doute aboyé quelques ordres afin de préparer notre accueil. Egalement, remarque comme aucun convoi marchand n'a croisé notre route depuis le sud. Il y a effectivement quelque chose qui ne tourne pas rond ici. Allons. Ne les faisons pas attendre plus longtemps.

    D'un geste des pieds, Deydreus ordonna à sa monture d'avancer. Arrivé au niveau des portes, l'officier fut étonné de voir ces dernières grandes ouvertes, ainsi qu'une dizaine de gardes l'attendant. Leur tenue était plutôt acceptable pour de simples gardes et il devait bien reconnaitre qu'ils avaient l'air, pour le moment, plutôt discipliné. Aucun d'eux n'affichait une posture molle ou fainéante. En rang, ils attendaient que leur supérieur ne vienne accueillir les visiteurs, prêts à répondre au moindre ordre donné. Au fond de lui, Deydreus aurait aimé qu'il en soit de même pour toutes les forces de Reike. Un homme s'approcha alors de lui d'un pas déterminé. Ses courts cheveux blonds, couplés à sa barbe finement taillée l'aurait facilement fait passé pour un nobliau des terres du nord. Seulement, l'uniforme de la garde ainsi que son regard éreinté témoignait de sa basse extraction. S'arrêtant à quelques pieds de l'officier, le présumé chef de la garde salua formellement les nouveaux arrivants.  Fixant quelques longues secondes les deux dirigeants de la troupe noir et sang, il se râcla la gorge, tentant de ne pas gâcher ses premiers mots à l'égard des invités de son seigneur.

    - Messires, soyez les bienvenus à Bourg-argent. Si la météo n'est pas très clémente, nous espérons que vous apprécierez tout de même votre séjour ici bas. Je me nomme Konrad, chef de la garde de la ville. Patte-d'argent a demandé à ce que je vous conduise à l'auberge du Tonneau percé, qui sera votre lieu de repos pendant toute la durée de votre présence ici. L'établissement a été réquisitionné spécifiquement pour vous et vos hommes, et tous les frais sont à la charge de la ville. Veuillez me suivre s'il vous plaît.

    Haussant un sourcil, Deydreus ordonna à sa monture d'avancer, suivant au pas le fameux Konrad. Il était assez inhabituel que l'on ne loge l'officier et ses troupes. En temps normal, on les laissait stationner en dehors de la ville, ou bien lorsque cette dernière était munie d'une garnison Reikoise, on les invitait à y séjourner. Le fait que le bourgmestre prenne les devants et les installe dans une auberge au cœur de sa ville, témoignait à la fois du besoin qu'il avait de rendre les hommes de Deydreus visibles à qui que ce soit, et également sa volonté de faire, sans mauvais jeu de mots, patte blanche vis à vis des impériaux. Car c'était là la véritable raison de leur présence. Si les attaques pouvaient provenir de bandits ou autres malfrats, plusieurs signes témoignaient de la présence d'acolytes vénérant les titans. C'est pourquoi l'officier s'était rendu sur place spécifiquement. Car s'il ne s'était agit que de bandits, l'armée aurait probablement déployé des troupes secondaires afin de simplement sécuriser les routes. C'était là aussi une chose que les civils ne comprenaient pas nécessairement. Un Empire, était par définition étendu et en extension. De ce fait, la logistique et la gestion des troupes armées devait se faire minutieusement, au risque d'étirer inutilement les forces à disposition et d'affaiblir des positions qui auraient été habituellement défendues aisément. En revanche, la présence de cultistes était une chose grave, et il valait mieux agir vite afin d'éviter tout débordement, voir la sédition complète de la ville face à une inaction impériale. De plus, l'attaque des convois de minerais impliquait aussi potentiellement la transformation de ces derniers en armes et armures pouvant servir soit les rebelles soit les cultistes.
    Sortant de ses pensées alors qu'ils arrivaient vers la place de la ville, Deydreus remarqua rapidement les différentes barrières mises en place et qui formaient grossièrement un cercle de combat. Au dessus de ce dernier, pendaient plusieurs banderoles et autres fanions. On pouvait également voir diverses tables alignés sous des tonnelles de toiles et plusieurs petites tentes qui venaient à peine d'être construites.

    - Votre place ne sert-elle pas habituellement pour le marché? Ces installations doivent être encombrantes pour les différents marchands.
    - Hum? Ah, vous parlez probablement de l'arène et des tables. Cette période de l'année est habituellement dédiée à un tournoi local que nous organisons, attirant différents aventuriers souhaitant prouver leur valeur ou bien des chevaliers en quête de combats honorables. Nous appelons ça la "danse de l'épée". Durant ces festivités, le marché n'a lieu qu'une fois par semaine, dans des halles dédiées un peu plus au nord de la ville. Ce qui n'est pas plus mal aux vues des nombreuses tombées de neige.
    - Intéressant. Et ces festivités ont déjà débuté? Je ne vois pas grand monde.
    - Non, pas encore. Etant donné que nous avons subis de nombreuses attaques ces derniers jours, le bourgmestre a préféré décaler la Danse. Les habitants ont un peu râlé mais tout le monde comprend que nous ne pouvons pas nous permettre de lancer un événement aussi important pour l'économie de la ville avec un risque aussi élevé d'attaques.
    - Je vois.
    - Voici l'auberge. Venez, vous pouvez attacher votre monture contre le poteau juste là. Le fils de l'aubergiste est palefrenier de métier, il s'occupera de votre bête.

    Mettant pied à terre, Deydreus attacha donc comme convenu l'animal l'ayant transporté jusqu'à présent. Sentant le léger craquement de la fine neige sous ses pieds, l'officier se remit en marcha tandis que ses hommes se tenaient en rang sur la place, attendant la moindre instruction. Retournant au niveau du chef de la garde, l'officier attendit qu'Alasker ne le rejoigne pour continuer de marcher avec Konrad. Arrivant devant la porte de l'établissement, ce dernier se retourna après l'avoir ouverte et resta silencieux le temps que le duo ne donne ses ordres aux différents fantassins. Il valait mieux être prudent, au cas où l'ennemi tenterait quelque chose. Car c'était dans le relâchement que venait la faiblesse. Entrant finalement à la suite de Konrad et accompagné d'Alasker, Deydreus sentit l'air chaud du feu crépitant plus loin venir lécher son corps. Un peu devant eux et debout derrière l'une des nombreuses tables de l'auberge, se tenait un homme que l'officier identifia très rapidement comme étant le bourgmestre. Ses vêtements fins démontraient une appétance pour le chic et les broderies. Assez petit, l'homme arborait fièrement de longs cheveux bruns tressés et une moustache impériale. Ses yeux d'un bleu glacé fixaient les nouveaux arrivant tandis que ses lèvres fines s'étiraient en un léger sourire. Visuellement dans la quarantaine, l'homme avait tout de même bonne allure malgré les quelques rides qui s'étaient installées sur son visage anguleux. Pour le reste, l'homme possédait un grand signe distinctif. Sa jambe droite arborait une grande prothèse argentée à partir du genoux. D'ailleurs, les braies du bourgmestre avaient été conçus pour laisser spécifiquement apparaitre la jambe artificielle.

    - Permettez-moi de vous souhaiter à mon tour la bienvenue dans ma ville messires! Je suis celui qui a fait appel à vous. Sire Aliryon Gaedr. Surnommé "patte-d'argent" par toute la région en raison de... Et bien vous le voyez bien. Invitant le duo à venir s'asseoir à sa table, le bourgmestre enchaina de sa voix rauque. J'espère que le voyage depuis Ikusa n'aura pas été trop pénible, je sais que le climat ici est bien différent de l'aridité désertique du sud de l'empire. Prenez place, j'ai demandé à l'aubergiste de nous faire parvenir un peu de nourriture et à boire. J'ai beaucoup de choses à vous dire. Et une fois que nous en aurons terminé, vos hommes pourront venir s'installer.        
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    Alasker Crudelis
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  • Mar 22 Nov - 18:55
    Contrairement à la plupart des hommes de l’Empire, Alasker aimait les terres du Nord. Pour le lycan, qui avait grandi dans le froid et l’austérité, la neige bordant les chemins de terres de la région était porteuse de souvenirs et d’apaisement. Il n’avait jamais aimé la chaleur étouffante du désert. L’airain de son armure chauffait bien plus vite au soleil que l’acier de ses comparses et si la douleur des brûlures qui en résultait l’aidait à alimenter sa rage en combat comme au repos, elle restait, fatalement, fort peu agréable. Le froid, au contraire, apaisait le corps et l’esprit, une fois les tremblements des premières minutes passées. Il encourageait à la détente en anesthésiant petit à petit le corps. Cela le rendait plus dangereux, évidemment. Plus séduisant. Souvent, les humains mouraient en s’endormant dans son étreinte. Mais pas les loups. Surtout pas celui-là.

    Le voyage jusqu’à la ville de Bourg-Argent avait duré quatorze jours. La première moitié s’était faite dans le désert, ce qui avait rendu le géant exécrable, prompt à l’emportement. Il avait manqué d’expédier son poing dans le visage d’un marchand itinérant lorsque ce dernier les avait dépassés en marmonnant dans son incompréhensible langue. Luttant de toutes ses forces contre ses instincts guerriers, Alasker s’était contenté de gronder rageusement un “bâtard d’elfe” qui avait obtenu quelques rires d’assentiments dans la troupe. Le conducteur de la caravane s’était empressé d’accélérer lorsqu’un lancier avait craché dans sa direction, et le calme était revenu.
    Retrospectivement, le géant aurait presque pu regretter son acte. Haineux, il l’avait toujours été, mais jamais pour des motifs aussi futiles que le racisme. Alasker méprisait chaque race avec la même intensité, même la sienne. Ses mots avaient pourtant franchi ses lèvres avec une déconcertante facilité, uniquement dans l’espoir qu’ils touchent suffisamment son destinataire pour qu’il tente quelque chose, n’importe quoi, dans le but de redorer son honneur. Mais le marchand avait simplement continué sa route, sans grande surprise. Un homme qui faisait les routes pour gagner sa vie avait en général assez de jugeote pour ne pas tenter la confrontation en croisant une colonne de soldats. Ce qui avait été le plus étonnant là-dedans, bien sûr, ç’avait été la réaction des autres gars.
    Dans la troupe, il y avait un elfe et trois demi-elfe. L’un d’eux, Esyleij, un grand blond aux oreilles indubitablement pointues, avait rit avec les autres en entendant l’insulte. Ça n'avait pas de sens. Mais les comportements des êtres humains étaient souvent incompréhensibles.

    Cet incident mis à part, le voyage s’était passé calmement. Peut-être un peu trop. Fort heureusement, à l’instant où la neige s’était mise à tomber, l’humeur d’Alasker avait changé. D’exécrable, il était passé à sympathique, presqu’enjoué. Sa lourde carcasse avait pris la tête de la troupe pour le plus grand bonheur des éclaireurs, qui avaient eu bien du mal à s’habituer au changement brutal de température. Les soirs, après l’installation du campement, il avait passé du temps en compagnie des hommes, même chanté et ris quelquefois avec eux. Sa bonne humeur avait été communicative pendant un temps, mais le froid assombrissait la plupart des esprits et le voyage s’était globalement terminé dans la morosité la plus absolue. L’arrivée aux portes de la ville avait eu des conséquences plutôt attendues. Les habitants ne pouvaient qu’adresser des oeillades inquiètes à cette bande de patibulaires soldats aux mines fermées, dirigés par un officier aussi froid que le vent du nord, juché sur un noir destrier caparaçonné et par une brute à la démarche animale.

    Alors qu’ils avançaient dans la ville, Alasker n’avait eu de cesse de remarquer le silence qui venait s’inscrire dans leur sillage. Parfois, des volets se fermaient. Les gardes de la ville, de leur côté, les avaient accueillis avec un peu plus de chaleur. Ils n’avaient pas l’air d’imbéciles et semblaient suffisamment professionnels pour comprendre que la troupe ne venait pas pour voler leur travail. Tant mieux. Décapiter quelques fortes têtes d’emblées aurait été problématique pour le maintien de l’ordre, ici-bas.
    Ils étaient arrivés dans l’auberge avec empressement, le chef de la garde, Konrad, n’étant manifestement pas un homme du genre à parler plus que nécessaire. Encore une bonne chose. Les beaux parleurs étaient trop souvent incompétents. Lorsqu’ils étaient entrés, deux soldats s’étaient immédiatement dirigés vers le grand Hongre de Deydreus pour s’assurer que le voyage l’avait laissé indemne. Alasker n’avait jamais compris l’intérêt que ses camarades portaient aux chevaux. Trop lourd pour en chevaucher un, il préférait, de toute façon, voyager à pied. Combien d’hommes s’étaient rompus le cou à cause des caprices de l’une de ces stupides bestioles? Pourtant, nombreux étaient les soldats de la troupe à fixer le destrier de Deydreus avec convoitise. Personne ne semblait partager son désintérêt pour ces tas de viande imbéciles. Peut-être était-ce le statut respecté de chevalier qu’ils convoitaient? Ca aurait déjà eu plus de sens que de simplement vouloir posséder un animal de compagnie coûteux, encombrant et disgracieux.

    A l’intérieur de l’auberge, ils avaient été accueillis par ce petit homme à la patte manquante, qui s’était empressé de les inviter à sa table. Là, le bien nommé “patte-d’argent” avait pu se présenter et expliquer des choses dont Alasker se fichait bien. Deydreus l’avait écouté, poliment. Alasker, de son côté, s’était mis à ruminer à l’instant où les lèvres du type s’étaient mises à bouger. Une jambe en argent, c’était un peu trop ostentatoire pour être synonyme d’autre chose que de la plus pure crânerie. Il catalogua instantanément le petit être de riche à la vie trop facile. Beaucoup de Bourgmestres souffraient de pareil statut. De celui-ci découlait bien souvent une faiblesse que les villes sous leurs ordres finissaient invariablement par payer, d’une manière ou d’une autre. Le lycan espéra qu’aucune rébellion ne couvait et que la famine ne traînait pas dans certains quartiers.
    Après sa présentation, un petit silence s’installa. Alasker retira son casque et le déposa sur la table, à sa droite et sentit un craquement dans sa nuque alors qu’il dodelinait de la tête pour apaiser la tension du voyage. L’aubergiste arriva à ce moment, un énorme plateau en main, chargé de trois assiettes dominées par une large bouteille. De lui-même, il versa généreusement un breuvage rougeâtre qui devait être une spécialité quelconque de la ville mais qui ne sentait clairement pas le vin, puis le bourgmestre et enfin le lycanthrope.
    Constatant que sa chope était à peine remplie de moitié, Alasker grimaça.
    “-Les bouteilles aussi sont percées, manifestement.” Grinça-t-il en scrutant l’épais liquide au fond du récipient. Le bourgmestre eut un sourire gêné. Deydreus s’efforça de demeurer stoïque.
    “-La situation est complexe, comme vous le savez sans doute.” Risqua tout de même le Bourgmestre, et il se lança dans un pénible exposé censé expliquer les raisons de leurs venues ici.
    Des marchands attaqués. Des routes peu sûres. Voilà qui valait le coup de convoquer des spécialistes en la matière. La grimace d’Alasker s’allongea pour ne plus quitter son faciès pendant toute la durée de la pénible plaidoirie. A la fin, il porta la chope à ses lèvres et but le contenu d’une traite.
    Il fallait plus mâcher que boire l’étrange spécialité. Mais il y avait de l'alcool dedans. Beaucoup. Et c’était mauvais. Très mauvais. Alasker se tourna vers Konrad, qui patientait, debout, à droite du Bourgmestre, les mains dans le dos. Les yeux d’encres du loup ne semblaient pas le mettre mal à l’aise, bien.
    “-Excusez-moi.” Fit-il avant de se lever. “Je vais m’entretenir avec le chef de votre garde pendant que…ça refroidit.
    Le géant sentait que son ami, toujours silencieux, avait aussi tout le mal du monde à accepter le fait d’avoir subi quatorze jours de voyage pour simplement massacrer une bande de brigands.  Il lui posa la main sur l’épaule et murmura :
    “-Il faudra dire aux hommes de manger quelque chose de très solide avant de boire cette saloperie.” Puis, d’un geste, le guerrier à la hache invita le chef de la garde à le suivre. Ce dernier hésita un temps avant d’enfin s’exécuter. A en juger par le regard que le seigneur de la ville lui lança, l'attitude du géant ne plaisait pas. Tant mieux. Depuis son arrivée dans la troupe, Alasker avait accepté d'endosser le rôle du désagréable. Du trouble-fête. Celui qui disait et faisait les choses que son chef ne pouvait se permettre de faire. Lorsqu'un imbécile devait être ridiculisé ou remis à sa place, il s'en chargeait et attirait son antipathie. Alors, Fictilem pouvait engager une conversation avec l'humilié sans craindre de subir son ire, déjà tout à fait centrée sur le "monstre" qui l'accompagnait. Sur les plus futés, ce genre de sournoiserie ne marchait pas toujours. Mais sur un bourgmestre ne voyant pas plus loin que les remparts de sa ville, elle avait fort peu de chance d'échouer.
    Ils laissèrent derrière-eux le duo de dirigeant, à l’instant où la voix de Deydreus se faisait entendre, et allèrent s’installer à une autre table, assez loin pour que le Bourgmestre ne puisse pas les entendre.

    “-Soyez honnête avec moi Konrad, est-ce que c'est une histoire de moyen?
    La question pris l’homme au dépourvu. Ses yeux se plissèrent et il jeta un regard du côté du Bourgmestre. Celui-ci, trop occupé à écouter ce que le chef de troupe était en train de lui expliquer avec un calme olympien, ne le remarqua pas.
    “-C’est moi qu’il faut regarder fiston."
    Privé du soutien de son supérieur, il dû se résigner à réorienter son attention sur le tueur qui le fixait avec amusement.
    "-Je ne saisis pas la question.” Répondit le blond. Il ne se démontait pas facilement. Ce qui impliquait une certaine fierté. Une désagréable sympathie pour le chef de la garde vint surprendre son vis-à-vis. “Pourquoi aurait-on besoin de plus de moyens?” Son regard vif disait pourtant qu’il saisissait très bien la question. Alasker se prêta tout de même au jeu, quand bien même enfoncer les portes ouvertes n’avait jamais été sa spécialité.
    “-Pour la garde. Former des recrues. Pourquoi pas une milice locale. En tout cas quelque chose qui botterait le cul aux pillards du coin avant qu’ils ne viennent vous piquer vos marchands. Vous êtes combien à porter les armes ici?
    -Cinquante-sept, moi inclus.
    Ca, c’était une surprise. Il s’était attendu à une trentaine, et encore. Un petit nombre qui aurait pu expliquer l’absence d’hardiesse de la garde. Cinquante-sept, pour une petite ville relai, c’était acceptable. Pas idéal. Mais ils avaient déjà vu pire. Alasker soupira.
    “-On va voir ça plus tard, il vous en faudra une centaine si des pillards ont remarqué votre mollesse.
    Piqué dans son égo, le chef de la garde céda :
    “-Nous avons des ordres…
    -Ah !" S'exclama en retour le lycan, sentant la venue prochaine d'une confidence risquant fort peu de le surprendre.
    Alasker haussa un sourcil, se pencha un peu plus en avant et la table grinça sous son poids. Tout sourire, il invita son nouvel ami à poursuivre :
    “-Continue fiston, je crois que ce que je vais entendre va me plaire.
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    Deydreus Fictilem
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  • Mer 23 Nov - 20:16
    Dans son travail, Deydreus aimait beaucoup de choses. Il aimait la rigueur que ce dernier lui imposait, ainsi que les entraînements quotidiens. Pour lui, c'était dans le repos que la corruption et la faiblesse apparaissait. Il appréciait également grandement le respect de ses hommes et l'adversité de certains de ses ennemis. Même la dureté des différents voyages pouvaient, dans certaines occasions, lui être agréables. Mais, jamais, discuter avec des nobliaux et autres petits chefs ne lui avait plut. Le bourgmestre tombait, naturellement dans cette catégorie de personne qui parlait trop. Habituellement, ces individus aimaient s'entendre parler et lâchait continuellement un flot de mots rébarbatifs et redondants, afin d'appuyer sur leur intellect supérieur. En réalité, ils n'avaient d'ailleurs rien de supérieurs à leurs sous-fifres, si ce n'était la richesse de leur sang.

    Ecoutant silencieusement Patte-d'argent et son récit, l'officier eut la désagréable impression d'un déjà vu. Et pour cause, le bourgmestre ne faisait que lui répétait ce qu'il avait déjà établi par courrier, s'étendant cette fois encore plus sur l'importance des convois et leurs richesses tout en appuyant sur ses inquiétudes personnelles. Evidemment que les convois étaient importants, et pas que pour la survie d'une ville située dans les contrées du Nord. Quand Alasker se risqua à boire le contenue rougeâtre que leur proposait l'aubergiste, Deydreus observa sa réaction quelques secondes avant d'à son tour, boire le contenu de sa choppe. Le vétéran avait but beaucoup de breuvages alcoolisés dans sa vie. Certains, provenant des cactus près de la capitale avaient cette capacité d'arracher la gorge tout en brûlant l'intérieur de l'œsophage. Pourtant, il aurait préféré en boire à cet instant plutôt que cette étrange mixture. Ce n'était ni du vin, ni de l'hippocras. C'était juste mauvais. Cherchant à deviner l'arrière gout que laissait la boisson, il abandonna finalement sa tentative en constatant qu'à part la destruction de son palais par le degré d'alcoolémie présent, rien ne se dégageait réellement de la boisson. A part peut-être l'épaisseur de cette dernière, rappelant vaguement une quelconque liqueur que certains aubergiste utilisait lors de la création de boissons fantaisistes. L'Enragé fit alors une remarque concernant la dite boisson avant de laisser le duo pour s'entretenir avec le chef de la garde. Ses mots n'avaient pas plus, mais Deydreus s'en moquait éperdument. Alasker n'avait jamais été présent pour jouer les diplomates. Ses talents résidaient ailleurs et l'officier savait parfaitement que son ami, aussi désagréable pouvait-il paraître pour les autres, n'était pas stupide.

    - Votre compagnon manque de subtilité. J'imagine que l'étiquette n'est pas dans ses habitudes.

    Relevant les yeux vers Patte-d'argent, Deydreus fixa quelques secondes le bourgmestre qui affichait une mine mêlant colère retenue et dégout. Posant sa propre chope sur la table tout en se promettant de ne plus jamais y toucher, l'officier soupira longuement, attirant vers lui les yeux du chef de la ville.

    - Je ne lui demande pas de l'être. Mes hommes se doivent simplement d'être efficaces. Et Alasker est l'être le plus talentueux que j'ai rencontré dans son domaine d'expertise. D'ailleurs, je vous recommande de lui dire cela de face, si vous souhaitez voir l'étendue de ces talents.

    L'expression du bourgmestre changea alors, sa colère retenue laissant place à une légère peur. Deydreus n'aurait sut réellement dire s'il s'agissait d'une crainte vis à vis de l'abandon de la mission par les Serres Pourpres ou bien la crainte que l'officier n'ait l'intention de laisser l'Enragé seul avec lui.

    - Revenons à notre situation. Vous m'avez parlé des attaques sur les convois et leur importance, mais pas des environs ni des contre-mesures mises en place. Qu'ont donné les patrouilles aux alentours?
    - Il n'y a pas eu de patrouille.
    - Comment ça, "il n'y a pas eu de patrouilles"?
    - Cela n'aurait servi à rien, je connais ces terres et les différents endroits ou un groupe peut se terrer. De plus, avec la préparation du festival, j'ai préféré être certain qu'aucune menace ne pouvait nous frapper de l'intérieur.
    - Soit, mais vous parlez dans votre lettre de "potentiels rebelles". Qu'est-ce qui vous fait dire ça?
    - Et bien, chaque fois que nous changions d'itinéraires pour les caravanes, ou bien lorsque nous mettions en place des routes alternatives, notre ennemi parvenait tout de même à frapper. J'ai donc naturellement estimé qu'un espion se trouvait ici et que cela était l'œuvre des rebelles sauvages. Vous savez, je les ai combattu. Je sais comment ils pensent. Ils n'aiment pas le fait que notre Empereur ait stoppé ses conquêtes, qu'ils devaient adopter la vie Reikoise et abandonner leurs raids. Leur présence est très forte dans la région, bien plus que de vulgaires bandits de grands chemins.

    Observant l'architecture de l'auberge, Deydreus ne répondit même pas à la dernière remarque du bourgmestre. Plus que tout, il n'avait pas besoin qu'on le renseigne sur les motivations des rebelles du grand nord. Il connaissait bien assez son ennemi pour connaître toute leur histoire. Légèrement agacé par la situation et persuadé qu'on gâchait actuellement les ressources de l'Empire, l'officier laissa tout de même Patte-d'argent lui expliquer comment les rebelles avait mené de violents assauts contre la ville lors de la seconde guerre des titans et comment, alors qu'il se battait vaillamment, il avait perdu sa jambe à la suite d'un duel contre l'un de leurs chefs. Deydreus appréciait au moins cela chez le nobliau, il s'était battu et n'était pas resté simplement en arrière à se cloitrer dans ses fortifications. A vrai dire, c'était probablement la seul chose qu'il appréciait du personnage. Malheureusement, le guerrier qui méritait son respect était visiblement mort en même temps que les capacités de courses du bourgmestre. Dans sa convalescence et la paix qui l'avait accueilli, Patte-d'argent s'était encroûté, il s'était laissé allé au confort et à la fainéantise. Il avait pris un embonpoint témoignant de son manque d'exercice et les mesures qu'il avait pris contre les attaques démontraient qu'il avait laissé derrière lui toute logique stratégique. Pire, il s'était laissé dévoré par la peur du risque financier qu'impliquait ces attaques. Il n'avait pas pensé de manière pragmatique et préférait garder ses hommes près de lui, sous couvert d'enquête à l'encontre d'une potentielle présence rebelles. Un autre lâche de plus, qui devait gérer une ville prisonnière de ses décisions stupides.

    - Je crois avoir appris tout ce dont j'avais besoin. Nous nous mettrons au travail demain matin, mes hommes ont besoin de repos.
    - Tout naturellement.
    - Et de vous à moi, je préfère laisser un peu de temps à la ville pour qu'elle prenne connaissance de notre présence. Si des rebelles se terrent bel et bien parmi vos citoyens, alors ils tenteront quelque chose lorsque nous naviguerons dans les entrailles de vos rues. En attendant, je suppose que nous pourront vous retrouver près de l'hôtel de ville?
    - Bien sûr, ma demeure se situe à l'étage de ce dernier, aussi n'hésitez pas à venir moi voir pour vos rapports, ou bien pour une demande d'information. Je vais vous laisser vous reposer et surtout vous installer convenablement. Oh et une dernière chose.
    - Oui?
    - Savourez bien les plats que notre aubergiste favori vous aura préparé, si "l'alcool de vouivre" n'est pas à votre gout, je suis certain que notre nourriture le sera. A plus tard messire.
    - A plus tard.

    Laissant le bourgmestre quitter l'auberge après avoir été rejoint par son chef de la garde, Deydreus analysa les mouvements irréguliers de Patte-d'argent avant de lâcher un long soupir sortir de sa gorge lorsqu'il fut rejoint par Alasker. Plongeant un couteau dans la viande rougeâtre devant lui, l'officier gouta finalement à la nourriture et dut reconnaître qu'au moins, cette dernière était comestible. Quand l'Enragé fut enfin installé, le vétéran décrocha la gourde qui pendait à sa ceinture pour la tendre au géant à l'armure écarlate.

    - Tu devrais boire une gorgée. Au moins, ça aidera à mieux apprécier la nourriture.

    Marquant une petite pause alors qu'il avalait les pommes de terres rissolées qui accompagnaient la viande, Deydreus enchaina presque instinctivement, persuadé que son ami l'écoutait.

    - Cette histoire ne sent pas bon. Outre l'incompétence évidente de ce bourgmestre, trop de détails ne collent pas. Même s'ils ont décâlé le festival, il devrait au moins y avoir un peu d'activités dans la ville. Pourtant, lorsque nous sommes entrés nous n'avons croisé que des maisons ternes et des rues désertes. Notre troupe n'a pas l'air sympathique, mais elle attire généralement la curiosité des plébéiens. Lorsque les gars seront installés et que tout le monde aura passé une nuit de repos, nous irons explorer Bourg-argent.

    Repoussant finalement l'assiette qui trônait devant lui, le chevalier à l'armure d'ébène essuya ses lèvres avec le morceau de tissu qu'on lui avait donné avec le plat.

    - Dis à Léonard, Ixchel, Godrek, Viryon et Aki qu'ils nous accompagneront en ville demain matin. Pour le reste, préviens Esyleij, Ikaryon et Vivien qu'ils formeront trois patrouilles. Je veux qu'ils observent les alentours de la ville afin de savoir si quelque chose de particulier s'y passe. Un campement caché, un charnier bestial, n'importe quoi. Ils fouilleront les champs gelés, la proximité des mines et les bois enneigés plus au nord. En attendant... Il s'étira rapidement avant de poser ses coudes sur le bois vernis de la table de l'auberge. Dis moi ce que tu as appris de notre cher Konrad.

    Une fois les échanges entre les deux leaders de la troupe des Serres pourpres furent achevés, Deydreus laissa enfin entrer ses hommes à l'intérieur de l'établissement. Réchauffés par la chaleur du feu, ces derniers s'installèrent rapidement et très vite, les rires et discussions prirent la place du silence ambiant. Même le tenancier de l'auberge et les quelques personnes travaillant avec lui affichèrent des mines bien plus détendues que lorsque le bourgmestre échangeait avec Deydreus plus tôt. Puis, peu après le repas, les ordres furent donnés et chacun reçut les instructions qui lui étaient destinées. Entrant dans sa chambre, le chevalier déposa ses deux épées contre la table servant de bureau avant de s'asseoir sur le lit. Ce dernier n'était pas spécialement mou, ni spécialement dur. On pouvait très facilement remarquer la pailles qui dépassaient du matelas et les plumes de l'oreiller étaient déjà écrasées à cause des anciens clients de l'auberge. Mais au moins, la couverture n'avait pas de puces et ils ne dormiraient pas dans une tente pendant toute la durée de leur mission. Enlevant peu à peu son armure, l'être aux yeux vairons prit de longues minutes dans cette affaire, s'assurant parfaitement que rien ne serait abimé et surtout, que l'huile protectrice de l'acier noir était toujours présente sur les nombreuses pièces de l'armure. Finalement allongé sur le lit, Deydreus fixa longuement le plafond. Cette mission était déjà ennuyeuse, et, il le sentait au fond de lui, la ville n'allait pas être particulièrement palpitante.
    Fermant finalement les yeux pour laisser le sommeil le conquérir, l'officier dériva doucement vers le royaume des songes pour revoir, de nouveau, l'enfer des champs de batailles et les cris des mourants.

    Il allait passer une bonne nuit.      
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    Alasker Crudelis
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  • Jeu 24 Nov - 18:46
    Konrad s’était confié. Difficilement. Le chef de la garde n’était pas un homme qui goûtait l’idée de critiquer un supérieur et encore moins celle de se plaindre. Pour cela, Alasker le respectait. Mais comme beaucoup d’hommes du peuple, il manquait de jugeote. Face aux origines de noble du Bourgmestre, Konrad s’était simplement écrasé. Sans prendre la peine d’émettre un avis ou même, simplement, de s’en faire un. Sans la provocation de la part du nouveau venu au regard d’encre, jamais, le chef de la garde n’aurait pas pris conscience de sa propre absence de réaction. La mollesse. Un mal terriblement récurrent dans les coins reculés de l’empire.
    Après une dizaine de minutes de paroles échangées à voix basse, Konrad s’était retiré. Alasker n’avait rien dit, laissant avec indulgence l’homme d’arme affronter la honte à sa manière, dans le froid. Le Bourgmestre n’avait pas tardé à suivre, d’ailleurs, et le regard hautain que cette vermine s’était efforcée d’afficher en lui passant devant s’était délicieusement mis à fondre à l’instant où le géant avait souri. Ils essayaient toujours de cacher leurs peurs sous ce genre de grands airs. Encore une attitude incompréhensible de la part du genre humain.

    La faim le ramena au présent. La faim, et la perspective de pouvoir manger autre chose que des rations de voyages. Son stock personnel de viande séchée avait fondu comme neige au soleil avant la fin de la première semaine. Alors que le lycanthrope rejoignait son commandant à sa table, il se mit à espérer que l’aubergiste servait une meilleure viande que sa fichue boisson.
    Deydreus salua son retour en lui tendant sa gourde personnelle, qu’Alasker prit sans hésiter pour y boire une gorgée. Son palai, toujours enflammé par l’épaisse et horrible liqueur locale, en fut légèrement apaisé. Sans un mot, le géant affamé déposa la gourde sur la table et se mit à manger, prêt à emmagasiner le flot d'informations et d’ordres qui, il le savait, n’allait pas tarder à suivre.
    Et les ordres vinrent. Alasker les écouta avec attention, les yeux perdus dans le vide et les mâchoires occupées à broyer les os encastrés dans la viande servie. Retransmettre des instructions avait été, de loin, la plus difficile de ses obligations, au début de son service aux côtés de Deydreus. L’officier ne se répétait jamais mais s’exprimait de façon suffisamment claire pour que ses ordres soient limpides. Ce n’était pas ça le problème. Le problème, ça avait été la communication. L’esprit du géant stockait bien les informations, mais la retranscription s’avérait ardue. Il fallait parler sans provoquer de conflit. Rester suffisamment neutre pour ne pas envenimer les choses, lorsqu’un ordre particulièrement désagréable tombait. Mais être sec, lorsque certains se mettaient à rechigner. Sec et neutre. Deux mots qui ne voulaient rien dire, dans son monde. Alasker avait fini par comprendre que l’attitude protocolaire ne lui allait tout simplement pas et s’était mis à redistribuer les ordres à sa manière. En usant de sa stature, de sa force et de ses tendances lunatiques pour dissuader les râleurs de l’ouvrir.
    Une femme blonde, aux hanches un peu larges mais aux beaux yeux bleus s’affairant à nettoyer une table, à quelques pas de la leur, porta son regard dans leurs directions à l’entente des craquements. Il lui fit un petit signe de la main et elle se détourna, visiblement terrifiée. Un gloussement souleva la lourde carcasse du guerrier.
    “-Devine combien de gardes sont affectés à la défense du Bourgmestre et de sa famille.” Commença-t-il, une fois le soliloque de son ami terminé. “Ils sont douze. Six le jour et six la nuit. Pour cinquante-sept gardes en tout et pour tout.
    Court silence. Alasker se mit à rire, à défaut de pouvoir fracasser le crâne de l’imbécile à l’origine de l’ordre. D’un revers de poignet, il s’essuya la bouche puis reprit la gourde de son chef, pour se rincer le gosier.
    “-Je crois que ça résume bien le problème. C’est un Bourgmestre et il demande la protection d’un fichu ministre. Il est terrifié et se terre dans sa ville. On devrait lui couper la tête, placer quelqu’un d’autre à la tête de cette fichue ville et partir chercher un vrai combat là où on a vraiment besoin de nous.
    Cloué sur la poutre centrale du plafond de l’auberge, la tête d’un cerf aux longs bois les fixait, un air surpris éternellement ancré sur ses traits momifiés. Le géant se demanda quel genre de type pouvait éprouver la moindre fierté pour avoir tué quelque chose d’aussi banal qu’une proie mangeuse d’herbe, puis il se rappela du goût atroce de la boisson locale et compris que, malgré le réconfort du froid environnant, rien ni personne ne pourrait le contraindre à apprécier cette ville et ses habitants. Ils étaient dirigés par un lâche et semblaient tous atteints de médiocrité à un stade terminal.
    Les minutes passèrent et la conversation reprit. Alasker expliqua avec une absence notable de retenue que le Bourgmestre, avant d’avoir obtenu la confirmation de leur arrivée prochaine, s’était préparé à une éventuelle disette en s’accaparant quelques “réserves” alimentaires. Les mollassons le supportant à leur tête n’avaient même pas trouvé bon de montrer leur mécontentement à tel point qu’il doutait même que la ville ne soit pas du côté du Bourgmestre si un procès ou une quelconque forme de condamnation avait lieu. Ce n’était pas que les gens l’aimaient, d’après Konrad, mais ils étaient tellement habitués à le voir diriger que son manque de courage passait pour du bon sens. Le fait qu’il soit revenu estropié de la guerre l’aidait beaucoup. On ne pouvait décemment pas -en tout cas lorsqu’on était pas soi-même un guerrier- taxer un ancien combattant de lâche, après tout, n’avait-il pas eu le courage de faire sa part, jadis? Alors les gens avaient hoché la tête lors de son dernier discours, lorsqu’il avait déclaré que le temps était “peut-être” venu de se serrer la ceinture, quand bien même ses propres caves débordaient de réserves. Si des mécontents existaient, ils étaient en sous-nombre et probablement rejetés par le reste des habitants. Pitoyable.
    La conversation dériva petit-à-petit sur des sujets plus communs. Les blagues se succédèrent, puis Deydreus fit entrer dans l’établissement leurs hommes et le reste de la soirée s’avéra, au moins, un peu plus joyeux. Godreck et Aki se mirent à chanter -aussi mal que d’habitude- à l’instant où l’horrible boisson leur fut servie et même le gérant de l’établissement et ses employés finirent par avoir le sourire aux lèvres. Sans doute étaient-ils soulagés de constater que ces soldats étrangers n’étaient pas des soudards aux tendances bagarreuses ou pire, libidineuses. Ce dernier point aurait été particulièrement gênant puisque, derrière le comptoir, dans la cuisine, s’afférait une paire de blondinettes jumelles que l’aubergiste et sa femme s’étaient efforcés de cacher durant tout le début de soirée jusqu’à ce qu’ils soient sûrs que les nouveaux arrivants n’étaient pas du genre agressifs.
    Alasker, lorsqu’il s’installa enfin dans sa chambre, estima que les gérants se relâchaient un peu trop vite. Esyleij n’était certes pas un violeur mais un charmeur confirmé et les cicatrices d’Aki avaient tendance à séduire les pucelles aussi sûrement que le sucre attire les guêpes. Si ils ne voulaient pas avoir à nourrir des bâtards demi-elfes jusqu’aux restants de leurs jours, l’aubergiste et sa femme allaient devoir surveiller leurs protégées plus encore que les soldats.
    Il ricana et déposa sa hache à plat, sur le sol, et remarqua la fourrure de loup étendue le long des planches du parquet. Ses dents se découvrirent dans un rictus sauvage. Triste fin pour un si bon prédateur. Iratus n’avait rien contre la chasse, par grand froid, la fourrure d’un grand ours brun tué de ses mains trônait toujours sur ses épaules…Mais au moins, les restes de sa proie l’accompagnait dans ses voyages. La bête ne restait pas clouée au sol, condamnée à ne plus jamais voir le sang couler ni la neige tomber, dans une auberge miteuse, à se faire écraser par les pieds crasseux d’innombrables soulards. Un tel affront méritait une correction. Mais ces gens n’étaient pas leurs ennemis.
    Dommage.
    Jadis, il avait écorché un chef rebelle dont la tente de commandement était remplie de peaux de loups. Ça avait été une longue affaire, car la lame de la hache s’enfonçait parfois trop profondément et tranchait les muscles et se heurtait à l’os, parfois. Pour le maintenir en vie tout au long du processus, il avait dû s’appliquer. Surtout à la fin. La hampe de sa hache était devenue gluante de sang et des larmes coulaient de ses propres yeux, à cause de l’odeur. Le rebelle était tout de même mort avant que le moindre grain de sel ait été apposé sur ses plaies. Le cœur n’avait pas tenu.
    Mais au moins, la leçon avait été apprise.
    En y repensant, Alasker constata que cette longue mise à mort ne lui avait procuré aucun plaisir, pas la moindre satisfaction. Ça lui avait simplement semblé être…La chose à faire, vu les circonstances. Une fois dans son lit, il se demanda à qui appartenait la part de son esprit l’ayant incité à torturer aussi froidement un autre guerrier en sachant pertinemment que nulle satisfaction ne ressortirait de cet acte. L’homme? Ou le loup?
    Le lycanthrope s’endormit après s’être rappelé qu’aucun loup ne s’amusait jamais à faire souffrir une proie plus que nécessaire.

    Aucun cauchemar ne vint troubler son sommeil. Ni le moindre rêve.

    Au réveil, Alasker dû supporter une migraine. Il se leva et fit ses ablutions matinales en grognant. Puis, le lycanthrope sortit de sa chambre après avoir fixé son armure et entra dans le hall d’accueil de l’auberge pour découvrir Esyleij, accoudé au comptoir, souriant à l’une des deux jumelles qui répondait à ses élucubrations en enroulant l’une de ses mèches de cheveux autour de son doigt avec l’application d’un crocheteur de serrure.
    “-Dégage.” Gronda Alasker en passant devant l’elfe, qui s’exécuta aussitôt. La jeunette s’éloigna du comptoir en fixant le sol. Ceci fait, le géant alla s’asseoir à la table des lève-tôt, aux côtés de quatre autres soldats.
    “-Il a dormi au moins?” Manda-t-il en s’asseyant.
    Quelques ricanements filtrèrent de bouches occupées à mastiquer un pain encore chaud.
    “-Quand j’suis parti me coucher, ils commençaient tout juste à parler.” Répondit Léonard, qui était, de loin, le plus couche-tard en temps normal.
    Alasker leva les yeux au ciel et entrepris, comme tous les matins, de vérifier le tranchant de sa hache.
    “-Bien dormi, Al’?” Manda Esyleij en rejoignant leur table, tout sourire.
    “-Trop dormi. J’ai mal au crâne.” Il détourna ses yeux d’encre de la lourde lame pour les poser sur la silhouette longiligne de l’elfe. “Tu te souviens de ce que j’ai dit, hier, nan?
    -Bien sûr.” Le soldat-charmeur perdit un peu de sa contenance en constatant que son supérieur s’était levé du mauvais pied. Même si Alasker était apprécié dans la troupe, il savait que la plupart d’entre-eux craignaient ses accès de colère plus que les lames ennemies.
    “-Alors qu’est-ce que tu foutais à conter fleurette à cette pisseuse, au lieu de préparer des gars et les emmener dehors?
    Court silence. Ceux qui ne se savaient pas concernés ricanèrent. Ikaryon se leva de sa chaise et s’éclipsa sans un mot, suivi par l’elfe rappelé à l’ordre. Pendant un court instant, Alasker se fit l’impression d’être un professeur rabrouant des élèves un peu turbulents. Ce qu’ils étaient, en réalité. Les autres soldats reprirent leurs discussions, sans que le lycanthrope ne cherche à s’y intégrer. La migraine lui enflammait l’esprit et attirait l’attention de la bête, qui se réveillait en grattant derrière ses yeux avec toute la rage dont elle était capable.

    Au bout d’un moment qui sembla durer une éternité, Alasker sortit de l’auberge pour profiter un peu du soleil matinal. L’air glacé l’accueillit en mordant profondément dans la chair de ses joues et il prit conscience qu’il avait oublié son casque sur la table. Tant mieux. Le froid apaisa un peu la douleur. Sa mâchoire se desserra. Un homme conduisant une charrue chargée de bois coupé et tirée par deux bœufs l’avisa d’un regard inquiet en passant le long de la route qu’il obstruait partiellement. Iratus répondit à son air de chiot apeuré par un grondement, partiellement couvert par le boucan des rouges et des sabots foulant le sol gelé. Et puis le calme revint. Le loup interrompit ses grattements. Alasker accueillit cette paix en s’accordant le droit de sourire. Derrière-lui, au niveau de l’entrée, Esyleij et les autres soldats chargés de patrouiller à l’extérieur des murs de la ville adoptaient une formation approximative avant de se mettre en marche.
    “-Bon courage les gars.” Leur lança-t-il, plus par habitude qu’autre chose.
    “-Pas sûr qu’on en ait besoin, là où on va.” Lui répondit un des gars, son casque sous le bras, avant d’ajouter plus bas. “Tu parles d’un tas de merde.
    Le géant se mit à rire, compatissant. La route menant à la sortie nord de la ville était grossièrement pavée et remplie de trou. Les baraques alentour, presque toutes faites de terres et de pailles, n’avaient rien à voir avec les demeures du désert. Tout était fait pour garder la chaleur et l’esthétisme n’avait pas sa place ici-bas. Seule l’auberge et probablement l’église du village bénéficiaient du luxe d’avoir des murs en pierre et des vraies tuiles. Ce n’était pourtant pas une histoire de manque de moyens, puisqu’en sa nature de ville-relai, Bourg-argent devait tout de même avoir son lot d’approvisionnement régulier. C’était simplement la météo, le paysage à l’extérieur des murs et l’austérité du décor à l’intérieur qui donnait cette impression de tristesse absolue au tout. Même les avant-postes de sa jeunesse auraient semblé plus vivants.
    Lorsque Deydreus sortit à son tour de l’auberge, il était accompagné de Léonard et des autres. L’un d’eux lui jeta son casque, qu’Alasker attrapa à la volée pour immédiatement le coiffer en remerciant le lanceur d’un hochement de tête. Puis, le lycanthrope rejoignit son chef, qui montait sur son destrier.
    “-Les patrouilleurs extérieurs sont déjà partis, comme tu l’avais demandé. Avec ton autorisation, j’aimerais quitter la file une fois arrivé devant la maison du Bourgmestre, pour lui prouver à quel point cette idée d’avoir six gardes pour le protéger ne vaut rien.” Il marqua une pause, constatant que ce genre de demande nécessitait peut-être un peu plus qu’une explication aussi sommaire. “Je ne vais pas le tuer hein. Juste lui expliquer comment il pourrait mieux protéger ses citoyens.
    Noble du Reike
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    Deydreus Fictilem
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  • Ven 25 Nov - 13:32
    S'étirant longuement, Deydreus sortit de son lit en silence. Levé comme à l'accoutumée aux premières lueurs du jour, l'officier s'était rapidement lavé avant d'entamer l'entretien de son armure et ses armes. Une vieille habitude qui restait ancrée dans sa psyché depuis Draakstrang. Une fois son entretien effectué, il avait enfilé son armure et était descendu rejoindre ses hommes plus bas. Seuls les cinq fantassins qui devaient l'accompagner demeuraient présents. Bien, Alasker avait donc relayé ses ordres à la perfection. S'approchant rapidement du bar pour boire quelque chose et grignoter un morceau de lard, le vétéran fit un signe de tête à ses hommes avant de sortir rapidement de l'établissement. La journée commençait et, il le savait, elle serait longue.

    Dehors, le froid vint rapidement saisir l'humain qui savoura intérieurement la brise glaciale. Il passait tellement de temps à naviguer dans les terres de l'Empire qu'il lui arrivait parfois d'oublier le plaisir de la fraicheur. Observant Alasker qui l'attendait, l'officier monta rapidement sur sa monture avant de commencer sa marche. La demande de son acolyte étira un large sourire à l'officier. Observant les bâtisses fragiles qui les entouraient et la pauvreté de la route qu'ils empruntaient, il soupira finalement.

    - Soit. Mais ne sois pas trop brutal. Nous ne sommes là que depuis un jour. Je ne veux pas d'incidents diplomatiques. Il serait malvenu de se faire sortir de la ville après une nuit, et alors même que nous n'avons fait aucun progrès sur cette affaire.

    Sans rien ajouter de plus, Deydreus reporta son attention sur la route et les quelques villageois qu'ils croisaient. Ces derniers, toujours un peu surpris de voir des hommes en armes naviguer dans leurs rues, s'écartaient presque naturellement afin de les laisser passer. S'ils reconnaissaient chez eux les tenues impériales, beaucoup s'étonnaient des couleurs que les hommes de Deydreus portaient. Les subtilités des bataillons et autres troupes échappaient bien souvent aux civils. Tout comme la difficulté d'une vie militaire, d'ailleurs. Car c'était là aussi quelque chose qui avait frappé l'officier. Malgré la formation militaire imposée par le Reike, beaucoup de civils oubliaient la rigueur de cette dernière aux fils des années. La plupart retournaient à leurs champs et autres cultures, oubliant parfois dans quel sens on devait tenir une épée. Cette absence de connaissance militaire était encore plus présente dans des territoires reculés ou fraichement conquis, comme les Terres du Nord. Certes, leur culture avait souvent tourné autour des conflits, mais dans les plus grosses bourgades, les citadins s'étaient tournés vers des tâches plus adéquates. L'avantage et le défaut d'avoir une garnison de garde pour assurer sa sécurité, sans doute. En vérité, ce n'était pas le refus de servir qui attristait Deydreus car il comprenait la nécessité des autres métiers civils et des intellectuels. Non, ce qui l'attristait, c'était la pauvreté psychologique de la plupart des vilains et leur absence de discipline, même dans leur propre travail.
    Sortant de ses pensées alors qu'ils croisaient une famille d'habitants, l'officier remarqua avec étonnement la pauvreté de cette dernière. En fait, c'était là une image récurrente qu'il avait depuis leur arrivée et qui lui déplaisait particulièrement. Toutes les personnes qu'ils pouvaient observer semblaient démunies, dans le besoin. Pourtant, le Reike était connu comme un empire où il faisait, en temps normal, bon vivre et où la pauvreté à proprement parler était minime. S'il voulait bien accepter le fait que l'attaque sur les convois avait déstabiliser l'approvisionnement en ressources, certains des habitants ne semblaient pas nécessiteux qu'à cause de cela. Soupirant longuement, Deydreus en arriva à cette triste conclusion. Le Bourgmestre s'en mettait probablement plein les poches, continuant une politique prédatrice sur sa propre population qui, éloignée du reste de l'Empire et habituée à ce fonctionnement, ne bronchait pas. Ils arrivèrent alors finalement sur la grand-place, d'où l'on pouvait observer l'hôtel de ville et la demeure de Patte-d'argent. Comme prévu, des gardes étaient établis devant l'entrée de cette dernière et semblaient aussi désabusés qu'ennuyés.

    - Je vais me rendre vers leurs halles pour voir à quoi ressemble leur marché et surtout écouter ce qu'il s'y dit. Amuse toi bien. On se retrouve plus tard a l'est de la ville, j'ai crut comprendre que c'était là bas que se trouvaient les bas-quartiers.

    Reprenant sa route, l'officier laissa donc sur place son ami. Si plusieurs officiers auraient put être inquiets quant aux motivations de l'Enragé, Deydreus avait pour sa part une confiance totale envers son compagnon. Ils avaient suffisamment voyagé et combattu ensemble pour que l'Envoyé ne connaisse le mode de fonctionnement du lycanthrope. Egalement, il avait lui même eu envie de venir retrouver le bourgmestre pour lui donner une leçon alors, il ne pouvait en vouloir à Alasker de vouloir le faire.
    Arrivant finalement au niveau des Halles, l'armure d'ébène attacha sa monture à l'un des poteaux prévus pour cela et chargea Aki et Léonard de surveiller cette dernière. D'un signe de tête approbateur, ils avaient accepté sans rechigner, malgré le côté ennuyeux de cette tâche. Pourtant, et paradoxalement, c'était eux qui avaient le plus de chances d'avoir de l'action dans les minutes qui allaient suivre. Une monture coutait cher. C'était un luxe que beaucoup de paysans aimeraient avoir et certains, poussés à bout, pouvaient être tentés de voler une telle bête pour la revendre ensuite au plus offrant. Même s'ils ignoraient tout du fonctionnement d'une bête de guerre. Reportant son attention sur les halles, l'officier entra finalement dans ces dernières d'un pas décidé. A l'intérieur, de grandes poutres soutenaient inlassablement la toiture du bâtiment. De ces dernières pendaient différents chandeliers qui venaient éclairer les nombreuses étales présentes. Contrairement au reste de la ville, les Halles possédaient au moins un peu d'animation. Outre les marchands qui s'affairaient à beugler les avantages de leurs marchandises, de nombreux villageois et autres visiteurs naviguaient dans les allées. Avançant à son tour dans ces dernières, Deydreus observait chacune des étales, comme s'il cherchait quelque chose de précis. Il passa devant des tapisseries à la qualité questionnable, ainsi que devant quelques bijoux façonnés sur place. Il fut même interpellé par un pauvre forgeron qui vantait les mérites de ses armes, bien qu'il ne proposait que quelques épées à l'acier de mauvaise qualité. Une fois les premiers marchands passé, l'officier porta son attention sur le reste des étales, et notamment celles qui proposaient de la nourriture. Il n'y avait aucune marchandise importée, que du local. Des pommes de terre, quelques carottes. Des choux. Parfois de la viande séchée ou leur "alcool de vouivre". Mais aucune épice particulière. Aucune tomate ou melon. Même les stands d'herboristes étaient d'une tristesse incroyable. Visiblement, l'absence des convois avait frappé les marchands de plein fouet et ces derniers étaient contraints à un stock très limité. S'arrêtant finalement devant un énième vendeur d'armes, l'officier prit une dague dans ses mains et la soupesa tandis que le marchand tentait de lui expliquer les milles et uns avantages de son piètre stylet. Reposant l'arme sur l'étale, le vétéran fixa de ses yeux vairons le vendeur qui laissa un hoquet surpris s'échapper de sa gorge.

    - Vous ne vendez que du matériel aussi mauvais, ou bien vous aussi vous manquez de stocks comme le reste des marchands?

    Un long soupir s'échappa alors de la gorge du marchand. Son air fatigué et déçu donnait à son visage bourru une expression pitoyable.

    - Que voulez-vous? On ne reçoit plus nos matières premières depuis plus de deux semaines. Mon fils forge habituellement les armes que je vends et je tire environ soixante pourcents de mes profits annuels du festival de la Danse de l'épée. Mais sans acier, le pauvre bougre ne peut que réutiliser le métal des vieilles fourches et outils paysans qui servent à labourer le sol. Rien de bon ne peut en sortir de ça. Enfin... De toutes façons, avec le report du festival, ce n'est pas comme si de nombreux visiteurs allaient venir en masse.
    - Pourtant, j'en vois tout de même un certain nombre.
    - Pff. Crachant dans un seau derrière lui, le vieil homme croisa ses bras contre son tablier noir. C'est juste les imbéciles qui sont venus en avance pour le festival. Ca fait quoi, une bonne semaine qu'ils sont là pour la plupart. Discutez avec eux et vous comprendrez qu'ils viennent juste ici chaque jour dans l''espoir fou que du matériel ne soit arrivé et qu'ils puissent profiter d'une bonne affaire. Lorsque le festival débute, tout part très vite alors il est pas rare que des petits malins ne viennent avant le début des hostilités pour se servir en premier. C'pas bête hein, sauf que dans notre situation actuelle, bha.... Il y a rien de bien folichon. Vous l'avez dit vous même, on propose que du matos de mauvaise qualité pour le moment. On a bien quelques caravanes qui arrivent de temps à autres mais... C'est surtout des vivres quoi, et du local. Nan, faudrait juste que les convois repassent par ici et on pourrait tout relancer quoi. Sinon, j'me demande si on ferait pas mieux de juste plier bagage et aller voir ailleurs.
    - Ces attaques, vous savez quelque chose?
    - La garde et le grand patron pensent qu'il s'agit de rebelles ou je ne sais quoi. Mais ça fait pas de sens. Deux ans que l'Empire nous a récupéré. Au tout début de la guerre on a cessé d'être indépendant. Alors pourquoi attaquer maintenant? Ca colle pas si vous voulez mon avis.
    - Je vois. Tenez. Il lança une pièce au marchand, qui sembla confus mais heureux de ce cadeau. C'est pour vous remerciez de votre franchise, et vous permettre d'acheter du bon matériel pour votre fils.

    Reprenant sa route, Deydreus passa le reste de la matinée à discuter avec différents marchands. Tous tenaient à peu près le même discours. Tous insistaient sur l'importance du rétablissement des routes commerciales et le début du festival. Se dirigeant à présent vers les bas quartiers à l'est de la ville, l'officier et ses hommes passèrent devant différentes demeures dont l'état rappelait vaguement les maisons détruites lors des sièges des guerres passées. Soupirant longuement Deydreus ne comprenait pas comment le bourgmestre avait put laisser sa ville en tel état de décrépitude. Il ne gérait pourtant pas une capitale, ni une population trop nombreuse. Outre son incompétence qui transpirait de cette gestion, cela témoignait clairement d'un égoïsme primaire. L'officier ne portait pas les faibles et nécessiteux dans son cœur. Loin de là. Mais il restait profondément convaincu qu'il était du devoir des forts de diriger et protéger les faibles. En aucun cas, il n'acceptait le fait de se complaire dans le luxe si les plébéiens crevaient dans les rues. Et de toutes façons, outre ses valeurs morales, c'était son devoir de veiller à ce que cela n'arrive pas. Mettant pied à terre, le chevalier à l'armure noire alla à la rencontre de presque toutes les familles du quartier abandonné. Chaque fois, il leur donna un peu d'argent. Pour ses hommes et pour les habitants eux même, l'acte semblait incroyablement généreux. Très vite, les regards craintifs à l'égard de l'armure d'ébène se changèrent en de doux sourires et airs admiratifs. Continuant sa route, Deydreus savait pourtant que rien ne venait par bonté d'âme. Il était à présent évident que Patte-d'argent était un être aussi perfide que nauséabond et, dans l'optique où il devrait potentiellement renverser le noble en place, il valait mieux avoir le soutien de la population. Par ces gestes, l'armure noire s'assurait un soutien non négociable. Passant devant un bordel improvisé, l'officier se permit même de discuter avec quelques filles et la maquerelle. Pourtant, la prostitution était illégale dans l'Empire. Mais, si la garde laissait faire, à quoi bon forcer? Et puis, même s'il exécrait la chose, ce n'était pas son devoir que de faire respecter les édits basiques. En revanche, celui lui donnait une arme supplémentaire contre le bourgmestre, au cas où. De plus, il n'était pas surprenant qu'une ville servant de plateau relais pour les marchands et accueillant un festival annuel soit propice à la prostitution. N'importe quelle personne affirmant que cela était étonnant n'avait jamais mis les pieds dans une grande ville. Même à Ikusa on pouvait trouver quelques bordels dissimulés. Des salons de thés à "bonne compagnie" comme certains nobles les appelaient. Ou bien encore des auberges "accueillantes". Les gens aimaient se croire moralement supérieurs aux bêtes et à leurs bas instincts mais, en réalité, tous se livraient à ce jeu charnel quand ils le pouvaient et faisaient preuve d'hypocrisie.

    Sortant finalement de ses pensées alors qu'ils arrivaient près d'un lavoir, Deydreus décida d'attendre ici. Ils étaient à l'entrée du quartier Est et, avant de s'y aventurer encore plus, il préférait attendre que son bras droit ne soit de retour, ne serait-ce que pour entendre le rapport de sa petite visite.  
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