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    Naavys
    Naavys
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  • Mer 30 Nov - 16:08
    nom du personnage
    Race : Hybride
    Sexe : Femme
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    Avatar : Kindred LoL

    Pouvoirs et objets

    Inscrivez ici tous vos pouvoirs et objets du début. Merci de bien lire les règlements concernant cet aspect du forum avant de vous lancer ! Une fois votre présentation validée, cette partie ne sera plus modifiable par vos soins et chaque mise à jour nécessitera des crédits.
    N'oubliez pas qu'acheter un palier donné pour un pouvoir, nécessite l'achat des paliers inférieurs également !

    Veuillez indiquer la vocation de votre personnage (Mage ou Guerrier) et sa sous-spécialisation (voir le règlement à ce sujet).

    Description physique et mentale

    À NE PAS FAIRE SI VOUS JOUEZ UN PRÉDÉFINI !

    (250 mots minimum)
    Décrivez les aspects psychologiques et physiques importants de votre personnage.

    Histoire ou test-rp





    Il fut un temps où mortels et divins se livraient une guerre sans merci, un temps où la terre et le ciel furent définitivement séparés l’un de l’autre et où l’horizon s’embrasa, en permanence alimenté par le sang des victimes. Un temps aujourd’hui oublié de tous... De tous ? Non. Seule une tribu continua pendant des centaines d’années durant à se transmettre de génération en génération la mémoire d’un peuple qui fut jadis persécuté et banni de ses terres pour avoir choisi la neutralité, ne désirant s’opposer ni aux cieux, ni aux hommes. Haïs de leurs pairs, rejetés par les dieux, ces pauvres âmes subirent le pire châtiment que l’on puisse infliger : l’omission. Leurs terres furent ravagées, leurs maisons brûlées et les habitants massacrés avant que leur existence ne soit oubliée. Les trop rares survivants de ce génocide n’eurent d’autre choix que de s’exiler, abandonnant le domaine qui les avait vu naître dans l’espoir de trouver un refuge où se reconstruire. Hélas, leur errance sembla rapidement n’avoir pas de fin. Au fil des âges, alors que toutes les créations de la vie continuaient de s’entre-déchirer, ce peuple désespéré poursuivait sa longue et infatigable fuite à travers les cendres d’un monde en ruine. Alors que tout espoir semblait perdu, que même les plus courageux et entêtés commençaient à sombrer dans le désespoir, il le trouvèrent enfin. Un paradis, une oasis dans un désert désolé, un atoll de vie au milieu d’un gigantesque cimetière… Devant leurs yeux fatigués s’étendait un domaine où la nature verdoyante semblait n’avoir aucune frontière, aucune limite. Même les créatures vivant là semblaient ne pas les craindre, se contentant d’observer leur passage, impassiblement.

    Leur errance béate dans ce nouvel éden les mena inexorablement aux pieds d’un énorme mont rocheux dont la couronne enneigée disparaissait derrière les nuages. Là, ils découvrirent un autel taillé dans la pierre, reposant au pied d’une énorme statue d’obsidienne dont le sommet semblait représenter, dans des traits grossiers, une créature canine. À force de curiosité, ils découvrirent bien assez vite qu’il s’agissait là d’une structure très ancienne, louant une créature séculaire qu’ils nommèrent sobrement « Loup ». Ce puissant esprit de la nature avait placé ce territoire sous sa protection, parvenant même à repousser les tentatives d’intrusion de certains célestes, assurant ainsi une relative sérénité à la vallée. Cependant, Loup possédait un esprit aussi avide que sombre. En effet, ceux qui autrefois l’invoquèrent dans ce monde voulurent s’assurer de pouvoir le contrôler et décidèrent de restreindre ses pouvoirs, l’emprisonnant sous une forme spirituelle. Aussi, lorsque ce dernier se rendit compte de la présence d'intrus sur le territoire qu'il gardait, il y vit immédiatement un moyen de parvenir à ses fins et fouler à nouveau de ses propres pattes le sol de ce monde. Il proposa ainsi un odieux chantage à ses nouveaux hôtes : Il accepterait de tolérer leur présence et de les placer également sous son aile, les autorisant à s’installer et à exploiter son domaine à leur guise, à condition qu'ils ne respectent l’ordre établi par ses soins. Cependant, cela n’allait pas sans un prix d’une valeur équivalente. En effet, en échange de ses bienfaits, il exigea de choisir parmi les jeunes gens les plus beaux et les plus vigoureux un « élu » qui deviendrait sa nouvelle enveloppe charnelle, effaçant sa personnalité et sa conscience au profit de la sienne. Ce corps obtiendrait en échange des pouvoirs quasiment divins, suffisants pour assurer la paix au reste de son peuple. Bien que le tribut soit lourd, personne ne souhaitait faire demi-tour et risquer l'annihilation totale de leur peuple. N'ayant guère le choix, ils acceptèrent le marché à contrecœur.



    Ce fut ainsi le jeune fils du chef qui fut le premier à se sacrifier, offrant sa chair et son âme en pâture à la bête affamée sur l’autel. Désormais liée à la tribu par le sang, celle-ci fut à son tour contrainte de tenir ses promesses, s’assurant du bien-être du peuple soumis qui apprit à se reconstruire petit à petit. Loup apprécia tant l’essence du chef qu’il fut décidé que seuls les descendants de cette lignée auraient l’insigne honneur d’être consommés par l’esprit, permettant au reste des habitants de la vallée de vivre en paix, s’inscrivant peu à peu comme une nouvelle tradition. Cependant, ce que l’entité omît de leur dire, et qu’ils constatèrent bien assez vite, c’est que les fragiles enveloppes mortelles n’était pas conçues pour supporter un si soudain afflux de magie et de puissance et à mesure que la créature usait de ses pouvoirs, leurs cellules se dégradaient à une vitesse accélérée, provoquant un affaiblissement et un vieillissement prématuré. Même les hôtes les plus robustes tenaient difficilement plus d’une vingtaine d’années et à seulement vingt-cinq ou trente ans, ils avaient l’apparence physique de vieillards. Très rapidement, la décision fut prise d’étendre la sélection aux femmes de la famille, qui étaient déjà devenues des mères pondeuses, afin d’assurer un apport constant à la créature dont la faim et la soif n’avaient aucune limite. Un équilibre fut finalement trouvé et le statu quo put être maintenu des générations durant. À chaque nouvelle possession, Loup gagnait en puissance et assurait une année durant à la petite tribu des récoltes abondantes et généreuses avant d’entrer en demi-sommeil afin d’économiser les réserves de son hôte.

    Les siècles passèrent et le temps s’écoulant inexorablement, les meurtrissures de la guerre s'effacèrent peu à peu. Les civilisations se reconstruisirent et les peuples apprirent à oublier le passé et à vivre de nouveau dans une paix relative. De nouvelles factions émergèrent , s'imposant comme les seules capables de décider du destins des Hommes. Pourtant, dans une portion reculée de ces terres, rien ne semblait avoir changé. Coupée du reste du monde, la tribu ignorait tout du nouvel ordre mondial, continuant inexorablement de servir le dieu-loup et d’entretenir la mémoire des anciens dont les innombrables âmes, offertes en sacrifice, supportaient le poids de vies encore plus nombreuses. La bête, ainsi gorgée de la force spirituelle de tout un peuple, sentait son heure arriver. Bientôt il aurait assez de force pour se libérer de ses chaînes et soumettre le reste de l’univers à son courroux insatiable, alimenté par des siècles de servitude. Encore un peu de patience… Pour sa dernière réincarnation, on lui offrit le corps d’une jeune femme qui venait tout juste de voir passer son dix-septième printemps. En plus d’avoir déjà un jeune garçon âgé d’un an, dont l’éducation fut confiée à une nourrisse, celle-ci possédait une grande force de caractère, une parfaite affinité avec la magie et était dotée d’une extraordinaire beauté. D’ailleurs, bien des hommes du clan s’opposèrent au choix du conseil du village, estimant qu’il s’agissait là d’un énorme gâchis. Hélas, la bête ne leur laissa guère le choix, d’autant que l’autre prétendante, sa sœur, souffrait d’une maladie congénitale due au manque de mixité dans les gènes de la famille, l’excluant d’office. Loup se réjouissait de sa nouvelle marionnette et de son extraordinaire vigueur. Cependant, il fit face à un cas inédit depuis la toute première possession : L’esprit de la femme était si ferme qu’il ne parvint jamais à le dominer complètement car, pour que la fusion soit complète, l’hôte devait se soumettre entièrement à sa volonté et s’effacer de lui-même. Aussi, lorsque la bête entrait en sommeil, sa « conjointe » reprenait le dessus à son insu.

    Peu de gens étaient au courant de cet état de fait et de peur que ce phénomène se répète à nouveau, seuls les anciens du conseil furent mis au secret. Profitant de ces courts moments de contrôle, elle continua cependant de voir son ancien amant qu’elle aimait d’un amour inconditionnel. Malheureusement, Ils furent un soir découverts alors qu’ils venaient de se retrouver, un soir de nouvelle lune. Le conseil, furieux, fit mettre sous bonne garde la jeune femme et son compagnon fut banni à jamais du village afin que plus aucune tentation ne persiste. Cependant, tous ignoraient qu'il était déjà trop tard et que la vie germait à nouveau dans le ventre de la malheureuse. Pour un temps, personne ne se rendit compte de ce qui se tramait et ce fut le Loup qui, le premier, constata que quelque chose avait changé. En effet, le corps de son hôte s’affaiblissait prématurément au profit d'une seconde âme dont la présence se faisait chaque jour plus forte. Les hautes instances de la tribu en furent immédiatement informées par l'esprit lupin et il fut proposer de faire avorter le petit bâtard. Toutefois, et contre toute attente, Loup refusa. Il était curieux de la façon dont l’enfant se développerait et si, en mélangeant une part de son essence à la sienne, il serait capable de créer un hôte parfait, mi-esprit, mi-humain. Si les premiers mois de grossesse se déroulèrent sans encombres, de nouvelles complications ne tardèrent pas à arriver et, après seulement six mois de gestation, la santé de la jeune maman semblait se dégradait à une vitesse alarmante et l’on craint le pire. Il fut alors décidé d’un accord commun de faire naître le bébé prématurément, préférant préserver la santé de la mère à la sienne, d’autant que la relève était déjà assurée par le fils ainé de cette dernière.



    C’est ainsi que je vins au monde, misérable petite chose, plus fragile et vulnérable qu’un pétale de rose. Mes poumons peinaient tant à approvisionner mon corps malingre en air que l’on pensait que je ne passerai même pas la nuit et l’on me déclara mort-née avant même d’envisager de me donner un nom. Pourtant, le lendemain, lorsqu’on vint me chercher pour m’emmener à la fosse, on constata avec stupeur qu’un miracle s’était produit : J’étais en vie. Loup prit ma survie inespérée comme un signe que son expérience avait en partie fonctionné et il ordonna que l’on prenne soin de moi comme si j’étais sa « propre fille » et fit également en sorte que ma mère ne soit pas elle-même informée de ma survie. Du fait du mince duvet blanc qui recouvrait le haut de mon crâne, la sage-femme pensa d’abord que j’étais difforme moi aussi, mais les semaines passant, le doute se dissipa et il fut admis qu’il s’agissait simplement d’une… particularité. D’ailleurs à cause du manque de pigmentation de mes cheveux et de la pâleur de ma peau, on décida de me nommer Naä'vys, l’enfant de cristal dans la langue de mon peuple. Lorsque je pus enfin ouvrir les yeux, la nourrice qui s’occupait de moi manqua de s’évanouir. Son cri interpella les gens à proximité et lorsqu’ils parvinrent jusqu’à mon berceau, leur sursaut de stupéfaction vint se joindre au sien. En effet mes pupilles, loin d’être d’un rouge sanguin comme celui des albinos, étaient au contraire d’une teinte cyan très pure et brillaient d’un éclat bleuté qui transperçait les ténèbres autour de moi. Loup interpréta cette nouvelle particularité comme un autre lien qui nous unissaient l'un à l'autre et qu'une partie de lui vivait bel et bien en moi.

    Loup fit construire à l’écart du village une grande maison où l’on me garda enfermée, soi-disant pour me préserver. Mes premiers véritables souvenirs remontent d’ailleurs à mes cinq ans, où l’on commença à me conditionner à devenir un « hôte », ce terme que je peinais tant à concevoir. On m’enseigna dès lors la longue histoire de notre peuple, des rituels de purification à exécuter tous les jours, des exercices physiques pour renforcer mon corps fragile, des chants sacrés, remplissant ainsi mes journées à tel point que je n’avais pas un seul temps libre, hormis pour manger et dormir, à des horaires précis. Ma vie n’était qu’une longue et monotone partition dont les notes étaient déjà orchestrées dans un seul but, faire de moi une offrande parfaite. Je m’étais finalement résignée à ce destin, répétant machinalement les mêmes gestes tous les jours en scrutant le monde d’un regard vide depuis la fenêtre de ma chambre. Cependant, mon quotidien fut bouleversé à la veille de mon sixième printemps alors que je pratiquais ma gestuelle matinale dans un coin du jardin. Du coin de l’œil, j’avais repéré du mouvement dans les buissons non loin de moi, mais je n’y prêtais guère attention pensant qu’il ne s’agissait là que du vent. Pourtant, lorsque des chuchotements imperceptibles s’en échappèrent, je ne pus contenir ma curiosité et je décidais d’en découvrir l’origine de moi-même. Quand je n’étais plus qu’à une poignée de centimètres à peine du feuillage épais de l’arbuste, une tignasse brune en sortit, suivie de deux petites mains qui me saisirent par les épaules avant de m’attirer en avant dans la masse verdoyante. Prise de court, je ne trouvais même pas le temps de me débattre ou même de pousser un cri. Un instant plus tard, en rouvrant les yeux, je me trouvais nez à nez avec un jeune garçon qui semblait à peine plus âgé que moi et qui me dévorait d’un regard pétillant.

    « Alors c’était vrai ! »

    S’exclama-t-il.

    « De… De quoi parles-tu ? »

    Ne sachant à qui je m’adressais je tentais vainement de me reculer, mais mon ravisseur me maintenait toujours fermement sur place.

    « Tu as bien les yeux qui brillent ! »

    Sur ces mots, il approcha encore d’avantage son visage, comme s’il ne me voyait pas déjà d’assez près.

    « Arrête de me fixer comme ça, tu me fais peur ! Et puis tu es qui d’abord ?! »



    « Ho pardon tu as raison, je ne me suis pas présenté ! Je suis ton frère, Gwen ! »

    Je me figeais, instaurant un long silence, les paupières papillonnant dans le vide.

    « T-tu… Je… J’ai un frère ? »

    Après un court instant, il éclata de rire, se tenant par les côtes.

    « Hahaha… tu es loin d’être aussi barbante que je l’aurais pensé ! »

    Cependant, en voyant mon expression renfrognée, il commença à se calmer.

    « Attends… Tu étais sérieuse ? Tu ne savais vraiment pas que j’existais ?! »

    Je hochais la tête négativement.

    « Non ! Tout ce que je connais du monde hors de ces murs se limite aux leçons que l’on me donne… »

    Son regard s’assombrit alors.

    « Ho je vois… toi aussi, ils veulent que tu deviennes une… »

    « Une hôte, oui. C’est mon destin. Je ne vis que dans ce but… »

    Sans me laisser le temps de finir, il prit mes mains dans les siennes.

    « Écoute ! Il faut que je te dise quelqu… »

    Il fut interrompu par la voix stridente de ma nourrisse qui m’avait perdue de vue et qui me cherchait désespérément à travers toute la maison. De toute évidence effrayé à l’idée d’être surpris ici, il me relâcha en hâte, prenant tout juste le temps de me souffler quelques mots.

    « Le Loup. Méfie-toi du Loup et surtout, ne crois pas tout ce qu’ils te disent ! »

    Puis il disparut dans un trou creusé dans la palissade de bois qui encerclait la demeure. Le moment d’après, je me retrouvais tirée de force dans le sens inverse par la vieille femme qui passa l’heure suivante à me faire des remontrances pour me faire comprendre que je ne devais pas disparaître de la sorte, faute de quoi je serais sévèrement punie. Le jour suivant, le garçon ne revint pas, ni le suivant d’ailleurs. Il ne donna plus signe de vie des semaines, durant lesquelles je ne cessais d’observer le coin de la clôture à la recherche d’un bruissement suspect ou d’une touffe de cheveux bruns. Pendant cette période, j’étais devenue distraite, absente, forçant mes professeurs à me reprendre à de nombreuses reprises, ce qui me valut moult punitions. C’est finalement après un attente d'un peu plus d’un mois qu’il me rendit à nouveau visite, toujours par le même moyen. Il m’expliqua que sur le chemin du retour il s’était fait prendre par ses gardiens qui lui interdirent de sortir jusqu’à présent. Afin de se faire pardonner, et aussi parce qu’il avait raté le jour de ma venue au monde, il m’offrit un serre-tête fait de lanières de cuir tressées et décorée de quelques plumes blanches dont les extrémités avaient été teintes en bleues. Fier de son œuvre, il me montra le sien, assorti à celui qu’il avait confectionné pour moi. Émue par son cadeau, je m'efforçais tout de même avec difficulté de cacher mes émotions pour ne pas paraitre trop enjouée et lui faire payer mon attente. Malgré cela, et à compter de ce jour, ses visites se firent plus fréquentes et débuta ainsi une amitié profonde et fusionnelle. Durant les courtes interludes qu’il m’offrait, j’apprenais à connaître le monde extérieur au travers de ses yeux et de ses lèvres, alors que je m’abreuvais des récits de ses journées, de ses découvertes et de ses impressions. C’est durant cette période que je compris qui lui aussi était voué à servir de réceptacle au dieu-loup, mais que, contrairement à moi, il s’était juré de lui résister comme le fit notre mère avant d’être totalement brisée par la « mort » de son second enfant. Il ne put hélas pas m’en apprendre bien plus à son sujet. Loup contrôlait désormais entièrement son corps et les rares fois où il sortait de sa tanière, c’était pour aboyer des ordres au conseil des anciens. Bien que je ne puisse être réellement attristée du sort de la génitrice que je n’avais jamais pu connaître, un vide se créa peu à peu en moi, une zone de doute et d’angoisse, que je me tenais bien de partager avec mon entourage.

    Ce nouveau quotidien, plus divertissant, moins morose, se poursuivit ainsi pendant les sept années qui suivirent durant lesquelles les liens qui nous reliaient continuèrent de s’affermir, nous permettant de développer une véritable complicité. Gwen était devenu un bel adolescent, fier et plein de vigueur et de mon côté, les signes de ma féminité s’affirmaient généreusement si bien qu’on en oubliait presque ma naissance difficile et ma santé fragile qui faisait un très bon prétexte à mes geôliers pour me garder captive malgré mes très nombreuses tentatives d’escapades durant les deux années précédentes. Heureusement, le conseil concéda à contre-cœur de me laisser sortir dans la rue, à condition que je ne m’éloigne pas plus de quelques dizaines de mètres. Ce fut tout un nouveau monde qui s’ouvrit à moi. Je pouvais enfin découvrir le village dont j’avais tant entendu par la bouche de mon frère et le village, en retour, me découvrait également. Les premières semaines, je fis l’objet d’une véritable fascination, chacun trouvant un prétexte pour s’approcher de ma demeure et venir profiter de la lueur envoutante de mon regard. Le plus grand soulagement pour moi fut de pouvoir enfin voir mon frère sans que nous ayons à nous cacher, ce qui lui fit énormément plaisir à lui aussi, bien qu’il eût toujours du mal à se débarrasser du banc de groupies admiratives qui ne cessaient de lui tourner jalousement autour. Petit à petit, les gens s’habituèrent à ma présence et m’intégrèrent naturellement au décors. Je n’étais plus que la fille étrange aux yeux bleus. Les visites de mon frère se firent également moins régulières depuis qu’on l’autorisa à suivre les adultes à la chasse, où il faisait régulièrement parler de lui pour son habilité à l’arc et aux bolas. Exploits dont il n’hésitait pas à venir se vanter auprès de moi lorsqu’il en avait malgré tout le temps, le sourire jusqu’aux oreilles. Malgré cette nouvelle liberté âprement gagnée, mes craintes ne cessaient de grandir. En effet, notre « mère », atteignait lentement les limites physiques de son corps qui bientôt finirait en lambeaux sous les coups de crocs de la bête, et il lui faudrait un nouvel hôte. Bien que Loup lui-même aurait préférer me posséder tout de suite, il savait que pour le moment, ma propre enveloppe charnelle ne pourrait le supporter, et de plus en plus les regards se tournaient vers mon frère. Lui-même le sentais, il n’était pas idiot, et il redoutait ce jour plus que quiconque. L’idée que nous puissions être séparés de la sorte me devenait si insupportable que j’en perdis le sommeil. Ma santé se dégrada à vue d’œil et on m’interdit à nouveau de sortir, ne laissant entrer que les médecins, et occasionnellement mon frère.
    Ce dernier vint d’ailleurs me voir une fin d’après-midi où je me sentais si faible que je ne parvenais pas à me lever. Alors que je l’accueillais avec la mine la plus radieuse que me le permettait mon état, je constatais à son air morose que quelque chose se tramait. Lentement, il vint s’asseoir sur le bord de mon lit, me prenant délicatement la main.

    « Demain je partirai pour ma dernière chasse. » Me dit-il sobrement.

    Bien que j’eusse tout de suite compris le sens de ses mots, je me refusais à reconnaître l’évidence.

    « C-comment… comment ça… ? »

    Il soupira longuement, comme si chaque mot lui pesait.

    « La bête va bientôt avoir besoin d’un nouveau corps, notre… mère… ne pourra plus tenir très longtemps… »
    La gorge prise, je parvenais à peine à articuler.

    « A-Alors… tu… je… »

    Il me coupa dans ma tentative de phrase, prenant lourdement sur lui.

    « Je ne permettrai jamais qu’on te réserve le même sort qu’à mère. De toute façon ton corps ne pourra jamais supporter tout ce pouvoir, alors que le mien… »

    Rassemblant mes forces, je le saisissais par les épaules, le tirant vers.

    « Non ! J-Je t’en prie ! Ils pourraient choisir quelqu… »

    « Tu sais bien que non ! » Dit-il rageusement, haussant le ton sous l’effet de la colère.

    « Tu connais la tradition… Loup n’aime que la chair de chef, le sang de notre lignée… Nos ancêtres ont fait ce choix jadis, et nous devons le respecter… »

    « Tu ne peux pas me faire ça ! »

    Je m’étais redressée sur mon séant, serrant sa main si fort que je sentais que je lui faisais mal.

    « Sans toi je… je ne suis plus rien… »

    Sa colère s’estompa d’un coup et il sourit tendrement en plongeant son regard dans le mien.

    « J’adore tes yeux. Je les ai toujours aimés. »

    Il prit encore un instant avant de continuer, semblant choisir scrupuleusement chacun de ses mots.

    « Tu es vraiment la plus belle chose qu’il m’ait été donné de contempler, petite sœur, alors s’il te plaît, ne gâche pas ta vie pour moi. »

    Sans me laisser le temps de répondre, il brisa les derniers centimètres séparant nos deux visages pour venir saisir mes lèvres entre les siennes, m’offrant un ultime et doux présent d’adieu. Bien qu’il ne durât en réalité que quelques secondes, j’eus l’impression de vivre durant ce court instant toute la chaleur et l’intensité d’une longue journée d’été, comme si tout autour de nous avait disparu pour nous laisser seuls, l’un contre l’autre. Puis soudain, tout s’arrêta. Il se recula, contemplant mes joues rosies par la gêne et l’excitation, passant sa main libre dans mes cheveux en bataille, me souriant à nouveau.

    « Et puis je te l’ai promis n’est-ce pas ? Je ne me laisserai pas prendre aussi facilement ! »

    Me revinrent en effet en tête ses paroles pleines de courage qu’il avait dites durant notre petite jeunesse et que j’avais bus avec admiration. Le temps que je me remette de mes émotions et que je comprenne ce qui venait de se passer, il s’était déjà levé et avait rejoint le pas de la porte de ma chambre.

    « À très bientôt, petite sœur. »

    Tout à coup, je me retrouvais à nouveau seule dans ma chambre, encore étourdie par ce qui venait de se passer. En sentant quelque chose de rigide contre ma paume, j’ouvrais la main et y découvrais son serre-tête, celui qu’il avait fabriqué en même temps que le mien, afin que nous soyons accordés. Inconsciemment, des larmes céruléennes commencèrent à couler le long de mes joues alors que je saisissais peu à peu les pleines conséquences de notre échange. Dans un sursaut, je bondissais hors de mes draps, m’essayant à faire quelques pas avant de m’effondrer sous mon propre poids à quelques mètres de l’entrée, mes jambes refusant de me porter plus loin.

    « Ne… Ne me laisse pas… »

    Le corps secoué de violents sanglots, je m’évanouissais là où je me trouvais dans un sommeil empli de trop sombres songes. Je ne me réveillais que le lendemain matin en sursaut après une terrible vision. Sans même prendre le temps de me changer, je me ruais à toutes jambes hors de la chambre avant d’être arrêtée dans ma course par un des gardes de la maison qui me stoppa devant le portail menant à l’extérieur. Tambourinant contre se torse, les yeux emplis de larmes, je le suppliais de me laisser voir mon frère.

    « Les chasseurs sont déjà partis, il y a un petit moment de cela… »

    Me dit-il finalement sur un ton désolé alors que la nourrisse m’entraînait à l’intérieur.

    « Mais ne t’inquiètes pas autant, ils devraient être rentrés dans la soirée ! »

    Bien que ses paroles se voulurent rassurantes, elles eurent sur moi tout l’effet inverse. S’il rentrait, il mourrait, Loup dévorerait son âme et prendrait possession de son corps. Cette pensée provoqua chez moi un violent haut-le-cœur qui manqua de me faire rendre le maigre repas de la veille. Il ne fallait pas qu’il revienne, qu’il prenne la fuite et sauve sa vie. Il ne devait pas revenir. Je me mis à prier des instances supérieures que je ne connaissais pas, m’essayant à implorer les forces de la nature de protéger mon frère de l’appétit dévorant de la bête d’une quelconque façon, que son esprit soit conservé et puisse vivre en paix… Les heures suivantes furent particulièrement pénibles. Je ne cessais de piétiner autour de mon lit. Mon anxiété grandit encore d’un cran en apprenant à la tombée de la nuit que le groupe de chasseurs n’étaient toujours pas rentré. Cela était déjà arrivé par le passé qu’ils s’aventurent trop loin pour pouvoir revenir avant la nuit, les forçant à bivouaquer sur place, mais cette fois-ci, c’était différent et mon attente devint rapidement insupportable. C’est seulement aux premières lueurs du jour que, complètement épuisée, je parvenais enfin à m’endormir. Je fus réveillée brusquement par le craquement étourdissant de la foudre. Jetant un coup d’œil à l’extérieur, je remarquais que le ciel s’était terriblement assombri et qu’il pleuvait à verse. Les battements de mon cœur s’accélérèrent soudain. Comme prise d’un doute soudain, je reportais mon regard sur le serre-tête de mon frère que je gardais précieusement sur la table de chevet comme pour me rassurer. Cependant, je constatais avec effroi que les plumes qui y étaient accrochées s’étaient décrochée durant mon sommeil et gisaient au sol. Le sang ne fit qu’un tour dans mon corps devant cette vision qui ne pouvait être qu’un mauvais présage. Comme la veille, je me jetais hors de la chambre, parcourant les couloirs étrangement vides de la maison. En arrivant devant l’entrée, je constatais qu’il n’y avait même plus de garde. Profitant de l’occasion, je sortais dans la rue, imprégnant mes pieds nus de terre collante et humide. À mesure que je progressais dans le village, je me rendais compte à quel point la vie s’était soudainement arrêtée. Arrivant finalement sur la place du village, je tombais face à un large attroupement, arrangé en cercle autour de quelque chose que je ne pouvais discerner, bien que quelque chose au fond de moi hurlait déjà la réponse.

    Les villageois regroupés là semblaient murmurer entre eux d’un ton inquiet avant de se taire au fur et à mesure que je progressais dans la foule, le regard vide. Lorsqu’enfin je parvenais au centre du rassemblement, ce n’était que pour poser les yeux sur un brancard improvisé faits de branches, avec, reposant dessus, un corps immobile et recouvert d’une peau d’animal. Le groupe de chasseurs était lui-même étrangement réduit, mais cela ne m’intéressait pas. Comme hypnotisée, je m’avançais d’un pas lourd jusqu’à la civière. N’osant toucher de mes mains tremblantes la fourrure ensanglantée, ce fut une rafale de vent glacial qui se chargea de découvrir le visage du cadavre gisant là. Le visage pourtant affreusement mutilé, j’aurais pu reconnaitre entre mille la tignasse ébouriffée de cheveux bruns qui n’avait jamais changée depuis notre première rencontre. Je m’effondrais à genoux dans la tourbe alors qu’au même moment, le conseil accompagné de Loup arrivait sur place.

    « Que s’est-il passé ?! »

    Interrogea l’un des anciens, aussi interloqué que le reste de l’assemblée.

    « Nous… nous sommes tombés sur des… des étrangers… »

    Répondit l’un des chasseurs ayant encore assez de force pour répondre.

    « Des étrangers ? »


    « Oui, ils étaient tout une troupe. En nous voyant arriver ils nous ont directement attaqués et nous avons été forcés de répliquer… Beaucoup des nôtres sont tombés. »

    L’ancien regarda le corps de mon frère par-dessus mon épaule.

    « Et Gwen ? »

    « Il s’est courageusement battu pour couvrir notre retraite… Nous ne pouvions nous résoudre à le laisser sur place. »

    Les paroles que s’échangeait les deux hommes derrière moi ne me parvenaient qu’en un mince sifflement. Soudainement, plus rien ne semblait avoir de sens. Le monde autour de moi s’étiolait comme une vieille pièce de tissu alors qu’au plus profond de moi, une petite partie de mon enfance se brisait, volant en éclat.

    « Qu’ai-je fait… »

    Murmurais-je à moi-même.

    « C-C’est de ma faute… Qu’ai-je fait… Qu’ai-je fait… »

    Tout le monde autour semblait compatir à ma douleur sans toutefois pouvoir la comprendre, toute le monde, sauf une personne… Loup. Pour une raison que j’ignorais, je pouvais le sentir ricaner et saliver sans même le voir, et cette idée provoqua chez moi une violente réaction.  Aussi, lorsqu’un des membres de conseil s’avança à son tour pour poser une main sur mon épaule, je la rejetais avec violence. Une colère grondait soudainement en moi, plus ardente et terrible que le feu des volcans. Me redressant soudainement sur mes jambes, je faisais volte-face pour confronter la bête, plongeant mon regard azuré dans le sien.

    « Vous… Vous ! »

    Il se contenta de se fendre d’un sourire satisfait.

    « En réalité, tout est de votre faute ! Je vous hais ! Je vous hais, vous et ce village maudit ! »

    Le sage que j’avais repoussé précédemment tenta de me calmer.

    « Allons allons, tu… tu parles sous l’effet du choc… »

    L’ignorant à nouveau, je continuais à vomir mon ressentiment.

    « Vous vous fichez bien qu’il soit mort ! Tout ce que vous voulez, c’est mon corps ! Je le sais ! »

    Haletante, je tremblais tout entière, les mains pulsant dans le vide, comme à la recherche de quelque chose. Lorsque mes yeux se posèrent sur le coutelas du chasseur à côté de moi, je me jetais dessus, lui arrachant de la ceinture avant de le pointer contre mon ventre.

    « Mon frère savait pour vos manigances, il se méfiait de vous ! Mais maintenant, il est mort ! Il est libre ! »

    Le visage décomposé de l’hôte blêmit soudainement.

    « Ne fais pas de bêtise mon enfant ! »

    Ignorant cette voix étrange qui résonnait dans ma tête, j’appuyais sur le manche en os, tandis que la lame commençait à percer ma peau, laissant couler quelque gouttes de sang.

    « Vous ne l’aurez pas… Et vous ne m’aurez pas non plus ! »

    Emprunte d’une ferme résolution, je donnais un ultime coup sec sur le poignard sa lame déchirant ma chair et s’enfonçant jusqu’à la garde dans mes entrailles. La douleur fut telle que mes genoux lâchèrent à nouveau, me faisant m’étaler sur le sol spongieux le long du corps de mon frère que j’avais tant chéri. Alors que plusieurs villageois se jetèrent à mon chevet, je perdais peu à peu connaissance, trouvant tout juste la force de prendre une toute dernière fois la main désormais froide du seul être à m’avoir jamais véritablement aimée.

    « À très bientôt, grand frère… »

    L’instant d’après, je flottais dans un immense espace vide. Mon corps et mon cœur étaient étonnamment légers et, malgré l’obscurité ambiante, je me sentais rassurée, apaisée. Plus rien ne semblait avoir de sens. Le temps, l’espace, la matière… Tout s’écoulait de manière désordonnée et chaotique sans pour autant que cela me surprenne. Dans cette réalité distordue, je changeais en permanence de forme, tantôt humaine, tantôt animale, puis plante… La seule constante fixe dans cet étrange univers était l’interminable hurlement qui se rapprochait au fur et à mesure de mes métamorphoses. Tandis que cet hululement glaçant devenait insupportable, je voulus me couvrir les oreilles, mais je constatais que mes mains étaient devenues de petits sabots. Ma chevelure blanche s’était changée laine et lorsque je m’essayais à parler, seul des bêlements fébriles s’échappaient de ma mâchoire effilée. Désormais, la forme lointaine était nette et surtout… immense, occupant le néant dans lequel je me trouvais. L’énorme tête de loup, à l’allure fantomatique, intangible, me fixait de ses deux pupilles bleutées, un sourire clairement dessiné sur sa gueule animale.

    « Il est trop tôt pour mourir, petit agneau. »

    La créature lupine communiquait directement dans mon esprit, faisant vibrer tout mon corps d’une énergie maligne et malfaisante.

    « Tu es à moi désormais… À MOI ! »

    Il ouvrit alors son immense gueule, me happant toute entière avant de refermer derrière moi ses deux mâchoires dentées dans un claquement sinistre.

    Je me réveillais alors en hurlant, me redressant brusquement sur mon derrière, haletante et couverte de sueur. Je me retrouvais à nouveau dans le noir, mais cette fois-ci, je ne rêvais plus. La douleur lancinante dans mon flanc suffisait à m’en assurer. En passant les doigts sur la plaie, je constatais en grimaçant qu’elle avait été pansée et bandée. Ainsi donc avais-je échoué à rejoindre mon frère… Immédiatement les larmes se remirent à couler le long de mes joues, illuminant très légèrement les ténèbres environnantes. Cependant, un bruissement à peine perceptible à l’autre bout de la pièce me fit sursauter. Alors que je m’essayais à sonder les lieux des mes yeux qui peinaient à s’habituer à la pénombre je constatais avec une pointe de soulagement qu’une poignée de bougies avaient toutefois été laissées au fond de la pièce, éclairant d’une faible lueur vacillante l’endroit où elles reposaient. Elles étaient disposées en cercle autour de ce qui ressemblait à un large pilier de pierre dont le sommet semblait représenter une forme que je parvenais mal à définir. Devant lui, reposait un semblant de lit taillé dans le même matériau et sur ce dernier était allongée une forme vaguement humaine. Je pensais d’abord qu’il s’agissait du cadavre de mon frère, mais je compris très vite que ce n’était pas le cas quand une voix qui ne m’était pas inconnue résonna à nouveau.

    « Approche, petite chose, n’aie pas peur. »

    Je sus immédiatement à qui j’avais affaire.

    « Loup… »

    La bête grogna d’un ton satisfait tandis que je me levait maladroitement, m’appuyant contre la surface froide d’un mur.

    « Oui… suis ma voix »

    La voix fiévreuse, je mesurais chaque mot, à l’image de mes pas hésitants.

    « Que… Que me veux-tu ? »

    « Tu l’ignores sans doute mais nos deux destins son très étroitement liés, petite chose. »

    Intriguée, j’ignorais presque la peur profonde que m’inspirait la créature.

    « C-comment ça ? »Il rit à nouveau.

    Désormais assez proche de l’autel, je pouvais enfin m’assurer de l’identité du corps reposant là. Comme je m’en doutais, il s’agissait du cadavre froid et immobile de ce qui fut autrefois ma mère, dont le visage, autrefois d’une extraordinaire beauté selon les dires de mon frère, était aujourd’hui atrocement usé et rongé par une vieillesse prématurée.

    « Tu n’as pas besoin de le savoir, sache simplement que tu m’appartiens depuis ta naissance… et bien avant encore… »

    En écoutant ses paroles, je compris immédiatement que je venais de faire une terrible erreur en m’approchant si près. Alors que je m’essayais à faire un pas en arrière, mon talon buta contre un relief du sol et je m’écrasais lourdement sur le sol, réveillant la pénible douleur de ma blessure. Au même moment, la dépouille en face de moi se décomposa brusquement, s’effondrant sur elle-même en un nuage de poussière tandis qu’une masse encore plus sombre que les ombres environnantes s’en extirpa, flottant au-dessus de moi en exécutant de larges cercles dans les airs.

    « N’aie crainte, petit agneau, bientôt nous ne ferons plus qu’un et tous tes soucis disparaitrons. »

    Hochant la tête, j’entrepris de ramper à reculons, cherchant à m’éloigner le plus vite possible de ce spectre terrifiant.

    « Non ! Je ne veux pas ! Je ne veux plus ! »

    Dans un ultime ricanement plus sinistre encore, la bête se jeta sur sa proie, poussée par une faim dévorante et sans limite. Lorsque son corps intangible entra en contact avec le mien, j’eus l’impression d’être jetée vive dans un immense brasier. Chaque parcelle de ma peau, de ma chair et même de mon âme semblait se déchirer et éclater, comme si l’on essayer de faire entrer un objet dans un moule bien trop petit. Mes ongles éclataient tandis que je griffais la roche indifférente à mes tourments et ma misérable carcasse se tordait comme un pantin désarticulé sur le sol nu, secoué par les spasmes violents d’une bataille invisible. Dans mon esprit en effet, deux consciences se faisaient face, me projetant à nouveau dans ce néant froidement immobile. Loup m’attendait, assit sur son séant me fixant de son regard perçant, le museau toujours fendu du même sourire malsain. Il avait toutefois adopté une taille plus « classique », moins intimidante. Il s’approcha de moi d’un pas pausé.

    « Ne cherche pas à lutter, tu n’en souffrirais que plus. »

    Il parlait à nouveau sans agiter les mâchoires, directement dans mon subconscient.

    « J’admire ta détermination, petite chose, je sais bien que tu cherches à faire comme ta mère, mais c’est en vain. »

    Il humait l’air en se léchant les babines, me tournant autour à la même allure.

    « J’aime quand mes proies me résistent, cela rajoute une certaine saveur à l’âme, mais je finis toujours par les briser. »

    Employant toutes mes forces pour ne pas perdre conscience, je ne me fatiguais pas à répondre.

    « Quel dommage pour ton frère… » Enchaina-t-il après quelques instants de réflexion.

    « T-tais-toi… »

    « Si jeune, si beau, si vigoureux… quel gâchis »

    Je sentais la peine et les larmes monter en moi à son souvenir douloureux.

    « Arr… Arrête… »

    Il s’arrêta en face de moi, s’asseyant à nouveau, en plongeant son regard dans le mien.

    « Tu sais… avec mes pouvoirs et ton corps, je pourrais le faire revenir… en es-tu consciente ? »

    Je savais. Je savais qu’il mentait. Je savais que chacune de ses paroles n’avait pour seul but que de me faire craquer et que si cela arrivait, alors je serais perdue. Pourtant, pendant un instant, je ne pus m’empêcher de caresser ce mince espoir de voir revenir cet être que j’aimais tant. Pendant une fraction de seconde, ma détermination faiblit, s’effrita, laissant apercevoir un mince interstice dans lequel la bête s’engouffra immédiatement.

    « Tu es à moi ! » Hurla-t-il.

    Instantanément, son corps se changeant en une espèce de mélasse sombre et gluante qui emplit rapidement tout l’espace autour de nous, que je pensais pourtant infini. Très rapidement, je me retrouvais submergée, me débattant éperdument pour me maintenir à la surface de cette marrée de goudron étouffante. Bien vite, le souffle me manqua et me fis lentement aspirer dans ces profondeurs opaques. Peu à peu, ma conscience s’effaçait, remplacée au fur et à mesure de celle du Loup. Résolue, épuisée, je ne me battais plus, sombrant paisiblement vers un fond qui n’existait probablement pas. Mais soudain, une présence chaude, rassurante, m’entoura. J’ouvrais un instant les yeux pour découvrir là, devant moi, mon frère. Je savais que ce n’était pas véritablement lui. Il irradiait d’une lumière pure et éblouissante tandis qu’il me souriait tendrement.

    « G-Gwen… Tu es revenu ? »

    Son visage s’assombrit, hochant négativement la tête.

    « Ne fais jamais confiance au Loup, tu t’en souviens petite sœur ? »

    « Oui ! Oui je me souviens ! Alors reste avec moi ! »

    « Je serais toujours avec toi petite sœur, mais pour ça du dois rester forte, résister, tu comprends ? »

    Je hochais frénétiquement la tête tandis que son image s’estompait peu à peu, ses paroles disparaissant en un murmure à peine perceptible.

    « Je… aim… tite…œur… »

    Dans un geste désespéré, je tendais la main vers la surface, hurlant son nom à pleins poumons.

    « GWEEEEN ! »

    Soudain, portée par une force qui n’était plus la mienne, une puissante émission lumineuse irradia de mon tout mon être, balayant d’un seul coup les ténèbres pour ne laisser place qu’à un blanc éblouissant. Au loin, j’entendais un hurlement vaguement bestial être emporté dans un recoin de ma tête, comme s’il n’avait jamais existé. L’instant suivant, je me réveillais dans la même pièce sombre. Cette fois-ci, la lumière du jour filtrait à travers les peaux tendues devant la porte et les fenêtres, éclairant les alentours. Mon corps tout entier était couvert de sueur, d’égratignures et de sang. Le totem de pierre quant à lui s’était brisé, la tête de Loup gisant sur l’autel, brisée en dizaines de morceaux. Combien de temps étais-je partie ? Avais-je gagné ? Où était parti Loup s’il n’avait pas pu prendre le contrôle de mon corps et mon esprit ? Autant de question auxquelles je ne pus trouver réponse, interrompue par l’arrivée précipitée des anciens qui se jetèrent à mon chevet.

    « S-Seigneur Loup ? Tout va bien ? Nous vous avons entendu hurler ! »

    Le regard circonspect, je fixais le vieillard devant moi.

    « L-Loup ? »

    Surpris, presque choqué, il me saisit par les épaules.

    « Naä'vys ? C’est toi Naä'vys ?! »

    Son souffle se faisait difficile et agité.

    « Le dieu-loup, où est passé le dieu-loup ? »

    Il me secouait de plus en plus fort, manquant de me faire mal.

    « Je… Je ne sais pas… Parti ? »

    Il se figea, comme pétrifié, foudroyé sur place.

    « P-Parti… ? Qu’as-tu fait… »

    Sans prévenir, il se rua sur moi avant de rouer mon visage de plusieurs claques jusqu’à ce que les autres membres présents ne viennent le saisir pour l’écarter de moi, me laissant gisante sur le sol, les oreilles sifflant douloureusement et le nez en sang.

    « Sais-tu seulement ce que tu viens de faire, petite sotte ?! »

    Complètement déchainé, l’homme se serait sûrement défoulé à nouveau sur moi s’il n’avait pas été retenu.

    « Sans le Loup nous sommes tous condamnés ! Qui va nous protéger désormais ? »

    Des murmures inquiets se diffusèrent dans la foule qui s’était rassemblée autour de l’entrée, attirée par l’agitation soudaine. Alors que je tentais difficilement de reprendre mes esprits, on me prit sans ménagement par-dessous les aisselles afin de me redresser, manquant de rouvrir la plaie qui avait été grossièrement recousue. Avec hâte on me tira à l’extérieur, m’exposant aux éblouissants rayons du soleil. Presque tout le village était désormais rassemblé là, interrogeant du regard l’étrange scène qui se déroulait devant eux. D’un côté, l’étrange fillette recouverte de poussière et de sang et à peine consciente et de l’autre, les membres du conseil discutant fiévreusement entre eux à la recherche d’une solution. Quelque minutes plus tard, un des anciens vint se placer au milieu de la foule, haussant la voix.

    « Écoutez tous ! Le dieu-loup est parti ! »

    Comme précédemment, cette annonce provoqua une agitation paniquée au sein des spectateurs rassemblés là.

    « Naä'vys, l'enfant du précédent hôte, l’a chassé d’une façon que nous ignorons encore, nous exposant tous à un très grand danger ! »

    La panique commença à se diffuser, les habitants se faisant de plus en plus agités.

    « Toutefois, nous allons tenter de le faire revenir parmi nous et prier pour qu’il nous pardonne et nous accorde à nouveau sa protection ! »

    « Et comment allons-nous faire ? » s’éleva une voix dans la foule.

    L’ancien reprit calmement.

    « Nous allons sacrifier la petite, dans l’espoir que cela libère l’esprit du Loup de son emprise. »

    Sur ces mots, il claqua des doigts et je fus emmenée au centre de la foule. On m’allongea sur une pierre suffisamment large avant de m’attacher les membres de chaque côté. Le corps endolori, je ne trouvais même pas la force de me débattre ni de me défendre. Après quelques incantations adressées à la créature dans le but de le faire revenir en lui promettant un hôte plus beau et plus fort que les précédents, le vieillard se positionna au-dessus de moi, levant sa dague dans les airs tout en continuant de psalmodier ses prières tribales. Ne voyant aucun moyen de m’en sortir, je fermais lassement les paupières, attendant le coup fatal. Pourtant, la mort ne vint pas. Lorsqu’un bruit sec se fit entendre sans que je ressente la moindre douleur, je me risquais à rouvrir un œil. Je découvrais alors le vieux sage immobile, une expression à la fois surprise et consternée sur le visage, probablement due à la flèche lui transperçant la gorge de part en part. Lorsqu’il s’essaya à la parole, seuls des gargouillis incompréhensibles accompagnés d’une gerbe de sang ne s’échappèrent de ses lèvres avant qu’il ne s’effondre lourdement sur le sol. Incrédules les villageois se tournèrent vers la forêt d’où avait été tirée la flèche. L’instant qui suivit, ce fut tout une volée de ces mortels projectiles qui fusèrent depuis les frondaisons, s’abattant sur le village comme une pluie mortelle tandis que la foule se dispersait dans la panique, oubliant complètement que j’étais toujours attachée. Alors que je cherchais désespérément un moyen de me défaire de mes liens, ma tête fut heurtée par le bois de la lance d’un chasseur qui, dans sa fuite, balança son arme sans remarquer que je me trouvais à ses pieds. Le coup fut suffisamment fort pour m’assommer, me faisant sombrer, encore, dans l’inconscience. Je me réveillais en panique une poignées d’heures plus tard lorsqu’une voix que je ne connaissais trop bien résonna dans mon esprit.

    « Tu vas amèrement regretter de m’avoir défié, petit agneau. »

    Les yeux écarquillés, je sondais les environs à la recherche d’un élément familier. J’avais l’air d’être installée sur la croupe d’une étrange créature à sabots et dont la queue, ressemblant étrangement à la coiffure de certaines femmes du village, me fouettait de temps à autre le visage. Devant moi était assis ce qui semblait être son maitre, un homme dont la peau était aussi froide et dure que la pierre et dans laquelle se reflétait la lumière rougeoyante du crépuscule. Derrière nous, une rangée de villageois, reliés les uns aux autres par des liens semblant être faits de la même matière, avançaient péniblement, le visage fermé et abattu. Plus au loin encore, un immense feu embrasait la forêt à l’emplacement où reposait autrefois notre village. Peinant à comprendre ce qu’il était en train de se passer, je commençais à m’agiter, interrogeant mon effrayant gardien qui ne semblait pas saisir le sens de mes paroles. Semblant toutefois agacé, il leva un bras en l’air et l’étrange cohorte s’arrêta. Un autre homme vint à ma hauteur avant de me faire glisser de la monture, me déposant au sol. Avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, on m’attacha pieds et mains avant de me ranger devant ce qui restait des habitants. Lorsque j’interrogeais la femme derrière moi, elle ne me répondit que par un regard sombre et haineux qui me fit frissonner. Préférant ne pas insister je me retournais alors que l’on nous faisait reprendre la marche. Débuta ainsi un long périple à travers la forêt qui dura plusieurs jours de marche éreintante. Pendant cette période, on nous donna à peine de quoi boire et manger, ce qui porta un coup fatal aux plus faibles des survivants, qui furent laissés pour mort au bord du chemin. De constitution fragile, il m’arrivait couramment de m’évanouir forçant la troupe à s’arrêter parfois plusieurs fois par jours. Heureusement, celui qui semblait être le chef avait l’air de tenir à ce que je reste en vie et l’on finit par m’installer sur un chariot rempli de babioles et de breloques récupérées dans notre village. J’appris également, en surprenant la discussion entre deux membres de la tribu qu’il s’agissait du groupe qui avait attaqué nos chasseurs quelques jours plus tôt et qu’ils avaient sans doute remonté leur piste avant de s’en prendre au village, tuant et brûlant tout ce qui leur résistait. Je compris bien assez vite que la plupart des survivants me tenaient pour responsable des récents malheurs qui s’étaient abattus sur nous, moi qui avais volé leur dieu et protecteur.

    Le triste convoi s’arrêta finalement en bordure d’une immense étendue d’eau qui semblait ne pas avoir de fin. Au pied d’un escarpement rocheux était dissimulé un genre d’immense maison en bois qui flottait sans mal sur ce gigantesque lac. Pour une raison que nous ignorions tous, d’immenses toiles de tissus blanc étaient suspendues dans les air à des poteaux si hauts que l’on aurait pu les confondre avec des arbres. L’émerveillement et la curiosité nous firent oublier l’espace d’un court instant les raisons nous ayant poussés jusqu’ici. À notre arrivée, des hommes descendirent de l’étrange bâtiment, saluant chaleureusement les leurs. Le chef et l’un d’entre eux semblaient discuter entre eux, jetant de temps à autre un regard sur moi ou les villageois épuisés.

    « Comment s’est passée l’expédition ? Vous n’êtes pas tombés sur une patrouille de la République ?»

    « Non, ça va ! Nous avons perdu quelques hommes chez ces sauvages, mais le jeu en valait la chandelle. »

    « Et la gamine là-bas ? Elle a l’air bien trop abimée pour avoir de la valeur… »

    Je détournais le regard en comprenant qu’ils parlaient de moi.

    « Ho, c’est un caprice. Elle me plait bien. Elle a des yeux incroyables, je suis certain qu’ils peuvent avoir un bon prix ! »

    Ils se mirent à rire grassement d’un air entendu avant de se remettre en marche, nous poussant jusqu’au navire.

    « Allez en route ! On rentre à Kaizoku ! »

    Sans guère de ménagement, on nous poussa jusqu’au navire. Une fois que toute la tribu fut rassemblée, on nous aligna les uns à côté des autres le long de la coque avant de nous mettre à genoux. Peut de temps après, un homme à l’allure droite et à la tenue largement plus classieuse que le reste de son équipe descendit du pont d’un pas altier. Après quelques mots échangés avec l’homme qui dirigeait la troupe de pillards, il entreprit de nous examiner les uns après les autres, tournant autour de certains, faisant relever la tête d’autres. Finalement, après quelques trop longues minutes d’hésitation, il fit un dernier demi-tour. Sur son passage, il accordait un bref coup de canne sur l’épaule de certains membres du clan, qui furent emportés à sa suite, les autres restant sur place. Lorsqu’il parvint à mon niveau, je sentis son regard peser lourdement sur moi pendant quelques instants, puis il reprit son inspection me laissant patauger dans le sable et la boue. À ce moment-là, l’homme qui n’avait de cesse de me surveiller vint à sa hauteur.

    « Pardon Monsieur. Pourriez-vous aussi emporter la fille aux cheveux blancs ? »

    Il haussa un sourcil, se retournant vers moi.

    « Mais enfin pourquoi ferais-je ça ? Tu as vu son état ? Elle est toute maigre et faible… elle n’a aucune valeur marchande et elle a peut de chance de survivre au voyage ! »

    Le capitaine insista encore d’avantage.

    « Je sais bien mais… disons que… qu’elle me plait bien… »

    Son interlocuteur sursauta, la mine déconfite.

    « Mais enfin, ce n’est qu’une enfant ! »

    « S’il vous plaît monsieur, considérez cela comme une prime de risque et puis… elle a des yeux vraiment particuliers, vous avez dû le remarquer vous aussi… »

    Après un instant d’hésitation, le marchand soupira, puis d’un geste de la main fit signe à ses hommes pour que l’on m’emmène.

    « Très bien ! Mais vous vous occuperez vous-même de votre petit animal ! »

    L’instant d’après, on me hissait sur mes deux jambes avant de m’entrainer à la suite des autres sur la massive embarcation. Tandis que le reste de mes compagnons fut envoyé dans ce qui ressemblait à une porte faite dans le sol, menant à une partie inférieur de leur étrange construction, on me mit à l’écart, près d’une cabine dont certaines parties du mur étaient faites en une matière transparente qui laissait voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Peu de temps après les deux meneurs remontèrent et le plus habillé d’entre eux se pencha en arrière pour s’adresser au reste de sa troupe.

    « Bien messieurs, toute la marchandise de valeur a été embarquée, vous pouvez vous débarrasser des rebus ! »

    L’instant d’après, des hurlements horrifiés se firent entendre et le temps que je me rue sur le côté pour voir ce qui se passait, le reste des hommes et femmes du village qui étaient restés à terre gisaient désormais au sol, les yeux vitreux et la gorge tranchée. Je n’eus pas le temps d’exprimer ma tristesse puisque mon ravisseur me saisit par le col avant de m’entraîner à sa suite. Dans le même temps, l’énorme bâtiment se mit lentement en branle, nous séparant peu à peu du rivage. Avant d’être à mon tour enfermée entre quatre murs, je jetais un dernier regard empli de larmes aux hautes ramures verdoyantes de la forêt que je savais contempler pour la dernière fois. Ce que j’ignorais en revanche, c’est que le véritable calvaire ne faisait que commencer.
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  • Jeu 29 Déc - 11:18
    Durant les premiers jours du voyage, l’homme se montra relativement attentionné à mon égard, me faisant prendre un bain et me laissant manger à ma faim. Cependant, il révéla bien vite la véritable nature de ses intentions. À longueur de temps, je sentais ses yeux parcourir mon corps et je n’ignorais pas la grosseur qui gonflait la toile grossièrement cousue qui lui servait de culotte. En plus de la crainte constante qu’il m’inspirait s’ajoutait une fatigue toujours plus pesante liée aux nuits passées sans que je puisse trouver le repos, Loup m’apparaissant en vision à chaque fois que je fermais les paupières. Finalement, un soir venu alors que, fourbue, je rejoignais la « litière » qu’il avait aménagé pour moi dans un coin de sa cabine, il me saisit par le bras avant de me projeter sur sa paillasse. Immédiatement, il se positionna au-dessus de moi, m’immobilisant de sa masse et son poids. Courbé en deux sur sa proie, haletant et grognant comme un animal surexcité, son humanité semblait s’être évaporée sous les rayons indifférents de la lune. Tremblant comme un possédé, il m’arracha d’un geste sec ce qui me servait de tunique tandis qu’il se débarrassait péniblement de ses oripeaux. Je rassemblais tous mes vains efforts dans une lutte que je savais perdue d’avance. Aucun de mes entrainements de mon enfance ne m’avaient préparée à ça et je me sentais encore plus impuissante que devant le corps de mon frère aimé.  

    Mon bourreau ne put contenir un râle de satisfaction lorsqu’il parvint enfin à dégager son membre turgescent des vêtements qui le gênaient, pointant son gland fébrile vers ma chair frissonnante de dégoût. Mes suppliques et mes coups de pieds n’y firent rien. De toute façon il ne pouvait pas me comprendre, et il ne le voulait pas. Je n’étais à ses yeux qu’une sauvageonne, un petit oiseau blessé qui avait recueilli pour mieux lui arracher les ailes. Je sentis mon ventre se déchirer lorsqu’un premier coup de rein acheva de briser ce qui restait de mon innocence, m’arrachant un cri de douleur qui couvrit ses propres jappements de plaisir. D’ailleurs il n’y avait aucun plaisir. Pas pour moi. Seule sa jouissance personnelle importait alors qu’il violait égoïstement mon corps et mes sentiments. Les assauts suivants furent plus douloureux encore, chaque nouveau va et vient enfonçant sans ménagement mon entrejambe courbaturée et sanguinolente. Il se résigna à me faire taire quand il comprit que ses coups risquaient plutôt de me tuer et mon supplice ne prit fin que lorsqu’il prit suffisamment de plaisir pour se déverser dans mes entrailles en charpie. Enfin soulagé, il se retira lourdement, une expression béate sur le visage, avant de me pousser hors de ses draps, me laissant gisante à ses pieds, recroquevillées sur moi-même, le corps secoué de soubresauts incontrôlables. Je me sentais souillée, sale, misérable, comme si mon corps ne m’appartenait plus. Pourtant, je ne pleurais pas. Bien que la souffrance dans mon ventre fût insupportable, mon regard luminescent était rivé dans un coin sombre de la pièce, fixant deux pupilles aussi luisantes que les miennes et que je ne connaissais désormais que trop bien. La bête était toujours en vie et je savais qu’elle se délectait de ma souffrance, je le sentais. Ses paroles lugubres parvinrent jusqu’à mes oreilles, résonnant dans mon esprit comme le son inéluctable du glas.

    « Je te briserai, petite chose. Je te briserai et alors nous ne ferons plus qu’un… »

    Les jours suivants furent pires encore. Les soirs où le chef se lassait de moi, il me jetait en pâture au reste de la meute qui n’était pas vraiment plus tendre avec moi. Non content d’abuser de mon corps en miettes, l’équipage s’amusait à me donner les tâches les plus ingrates, comme nettoyer les geôles des miens qui, prenant « l’attention » qu’on me portait comme du favoritisme, se mirent à leur tour à m’ignorer puis à progressivement me rejeter. Dans ce formidable enfer qu’était devenue mon existence, l’ombre maléfique du Loup me suivait sans cesse, riant de mes malheurs, troublant les nuits, traquant le moment propice où lasse de cette vie, je m’abandonnerai enfin à lui. Après des semaines à revivre le même quotidien, mon corps s’était changé en une véritable coquille vide. Devenue complètement apathique et d’une maigreur extrême à cause du manque de nourriture et de sommeil, j’avais au moins réussi me débarrasser de mes tortionnaires qui, lassés de ne plus voir la moindre expression de ma part durant leur besogne, s’étaient peu à peu résignés à me laisser tranquille. Mes yeux, à l’image de mon corps, avaient lentement perdu leur éclat et par le même temps, le peu de valeur marchande qu’il me restait. Le regard vide, ma conscience s’effritait au fur et à mesure que j’errais sans but sur le pont du navire, discutant à tour de rôle avec moi-même, des fantômes ou l’ombre de Loup qui obscurcissait toujours plus ma vision. Si mes monologues solitaires amusèrent un moment le capitaine et l’équipage, il s’en lassèrent à nouveau bien vite et furent bientôt bien vite embarrassés d’avoir une bouche inutile à nourrir supplémentaire d’autant qu’à mesure que le voyage avançait, les rations n’allaient pas en augmentant.

    Un jour où la mer était particulièrement agitée du fait d’une tempête qui frappait en haute mer, on oublia de me faire rentrer dans la cale et à mesure que le bateau était secoué comme une vulgaire coque de noix par des murs d’eau inarrêtables mes pas hasardeux et mal assurés m’entrainaient toujours plus près du bastingage. Finalement, ce qui devait arriver… arriva. Une vague plus violente que les autres vint percuter la proue du navire si fort que je fus littéralement projetée dans les airs, ma chute s’achevant inexorablement dans l’océan en furie. Le choc et l’eau froide eurent tôt fait de me sortir de ma stase, mais il était déjà trop tard. Je n’avais plus assez de force pour me maintenir à la surface et les courants m’entrainèrent rapidement vers les profondeurs abyssales.
    Je me sentais pourtant soulagée, libérée. Bientôt l’air allait commencer à manquer et l’eau viendrait emplir mes poumons, mettant rapidement fin à ma trop courte existence et emporterait avec elle mes ressentiments. Une sensation d’extrême satisfaction m’envahit à mesure que les ténèbres m’enlaçaient de leurs bras glacés et je sombrais bien vite dans l’inconscience (promis c’est la dernière fois).

    Toutefois, ni la mort ni le dieu des océans ne voulurent de nous et les vagues nous recrachèrent sur le rivage au lever du jour. Il nous fallut quelques heures avant de revenir totalement à nous, d’autant que Loup, qui était parvenu à infiltrer notre esprit lors de notre chute, se battait encore contre des bribes de conscience de Naä'vys. Cependant, vu sa faiblesse émotionnelle elle ne tarderait pas à craquer et à ne faire plus qu’un avec nous. L’ingrate refusait d’admettre qu’il nous avait sauvés et se débattait bec et ongles pour regagner le contrôle de notre corps. Cependant, Loup étant magnanime, il accepta un compromis avec elle, fatigué de cette guerre sans fin. Nous garderions l’essentiel des commandes et en échange, elle pouvait conserver une part de conscience et observer à travers nos yeux. Elle n’eut de toute façon guère le choix d’accepter, sinon elle aurait tôt ou tard été totalement absorbée par la volonté du Loup. Grâce à sa force vitale et magique, il permit à notre enveloppe de recouvrer suffisamment de force et de vigueur pour se relever. À l’aide de notre propre sang, il traça des sigles magiques sur notre corps afin d’améliorer sa récupération, permettre à la magie de circuler librement et sceller son esprit dans la chair, pour que nous ne puissions plus jamais être séparés. Lorsqu’enfin Loup eut recouvré suffisamment de force lui aussi, il put se matérialiser à nos yeux sous une forme primitive et basique, notre coquille ne servant finalement que de réceptacle à sa conscience.

    « Tu es prêt petit Agneau ? Un long voyage nous attend. »

    « Oui, Loup. Nous sommes prêts. »

    Loup désirais nous conduire à un nouveau refuge, bien éloigné de notre contrée natale, qu’il avait jadis foulé de lui-même. Il espérait retrouver là-bas quelque relique ancienne qui lui permettrait de mettre en marche ses desseins. Nous marchâmes ainsi des semaines durant, traversant des contrées sableuses que nous n’avions jamais vues auparavant, du moins pas de mémoire d’homme. Évitant les routes et les villes des civilisations nouvelles, nous tenions la cadence grâce aux réserves spirituelles de Loup qui permettait à l’enveloppe de tenir bien plus longtemps sans avoir à se sustenter. Finalement nos pas nous menèrent dans une nouvelle forêt, plus grande, plus dense plus… ancienne. L’odeur du sang planait dans les airs tel un nuage d’orage, enivrant nos sens et nous mettant l’eau à la bouche. Nous accordions un dernier regard en arrière à notre hôtesse afin qu’elle puisse laisser derrière elle sa vie d’antan, puis nous nous enfonçâmes sous les frondaisons tropicales de la jungle de sang, cette fois-ci pour ne plus jamais en ressortir.


    ELLIPSE LIEE AUX AVENTURES SUR WORLD OF ASHES AVANT LA REFONTE.

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