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  • Dim 4 Fév - 16:31
    L'assaut porté au foie et la menace planant sur l'articulation de l'espionne semblait avoir eu temporairement raison de son esprit de résistance. Tout en se montrant néanmoins vindicative, elle consentit non sans un soupçon de haine palpable à révéler quelques données concernant ses allégeances du moment. Serrant toujours la cuisse de sa prisonnière avec le même entrain; la chimère d'acier attendait tout de même un signal de la part de son mentor pour faire cesser ce traitement inhumain qu'il réservait à son actuelle victime.

    Avec une évidente satisfaction, Mortifère suivit des yeux les changements d'expression à peine perceptibles de Zelevas. S'il semblait peu surpris par les révélations de la demoiselle et qu'il conservait une façade de partielle indifférence, il laissa tout de même Mortifère supposait en tout cas que ces réponses étaient précisément celles qu'avait attendu d'entre le Sénateur. Lorsqu'elle avoua à contrecœur ses affiliations avec Aiwenor; un sourire se dessina enfin sur les lèvres du Sénateur et Abraham ne manqua pas de l'imiter tout en maintenant sévèrement sa prise sur la captive. Zelevas ordonna à  son cerbère apprivoisé de cesser de menacer l'intégrité du genou de leur invitée et sans mot dire, le géant de fer obtempéra en dépliant ses griffes immenses.

    Surveillant tout de même la jeune femme dont les râles encore douloureux évoquaient tout de même quelques contusions et brisures sur lesquelles il allait falloir se pencher sérieusement d'ici peu de temps; Mortifère s'éloigna avec lenteur pour venir se poster à la droite de la pauvrette; encore allongée par terre et couverte de poussière. Se parant à toute éventualité, il eut tout de même la décence de l'empoigner par le col pour la redresser légèrement, la plaçant ainsi dos au mur pour lui faire le "cadeau" d'une posture vaguement plus digne et présentable pour l'échange à venir. S'abaissant un peu vers le visage de l'espionne, le monstre se permit une énième remarque qu'il murmura d'un ton profondément déplaisant; puisqu'il n'avait visiblement pas digéré les mots qu'avait précédemment employé son vis-à-vis pour le qualifier :

    "Je vous laisse un peu de mou, mais tâchez de ne pas tirer sur le collier; compris ?"

    Souriant sous son masque de cuir, il passa avec douceur ses griffes sur le front humide de la demoiselle, chassant via cette serre crochue quelques mèches blondes qui lui obscurcissaient la vision. Sachant pertinemment que tout contact avec son agresseur devait arracher à la guerrière un frisson de dégoût couplé à une bonne dose d'angoisse; il ne put réprimer un ricanement né de son plus pur sadisme mais s'abstint toutefois de se montrer plus ignoble encore. Après avoir retrouvé un semblant de calme; il se redressa avec une lenteur mesurée pour enfin retourner tranquillement à son poste. On abusait pas des bonnes choses.

    A nouveau niché dans les ombres; le charognard qu'il était laissa au Sénateur le champ libre. Si Mortifère semblait savoir se tenir en temps normal; il paraissait curieusement agité et plus hostile qu'à l'accoutumée. Était ce à cause de cet instant de faiblesse dont il avait été victime à l'issue de l'affrontement entre l'espionne et lui qu'il dévoilait les symptômes une telle frustration ? Sans doute; mais il était bien trop borné et aliéné jusqu'à la moelle pour l'admettre.
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    Zelevas E. Fraternitas
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  • Lun 5 Fév - 15:29
    Zelevas ne peut qu’être satisfait, il a en ce moment même le plaisir double de non seulement voir le fruit de son plus gros projet se montrer plus que convaincant dans son rôle et d’accueillir à bras ouverts, façon de parler, les maigres informations données par la supposément dénommée Sixte. Ce n’est pas grand chose, un prénom, sans nom de famille associé ou quoi que ce soit, probablement un prénom qui ne remonterait à aucune réelle identité archivée dans les services républicains et cela serait sans doute plus un pseudonyme qu’autre chose, et même là Zelevas n’avait aucune garantie que ce nom d’emprunt ne soit pas
    inventé sur le tas, mais il y avait fort à parier que dans une telle situation de stress et tant la mercenaire était prise au dépourvue, elle lui ait refourgué un nom qu’elle aurait pu utiliser à droite à gauche. En enquêtant là dessus il est peut-être possible de naviguer dans les archives et d’obtenir plus de renseignements concernant cette femme, c’est quelque chose dont il s’assurera plus tard, mais en attendant il doit se concentrer sur le moment présent. Cette ouverture, de la part de Sixte, aussi maigre et avare qu’elle soit en informations, demeure ce qu’elle est, une ouverture. Si la mercenaire s’avère prête à ravaler sa fierté pour accéder à la négociation alors la tournure de la conversation se promettait bien plus douce et constructive qu’elle n’avait commencé. Zelevas accorde donc un sourire de complaisance à Mortifère et laisse le colosse restaurer un semblant de dignitée à la femme en la redressant, puis lorsqu’il se met en retrait, le Sénateur hoche la tête d’approbation envers leur captive.


    ”Bien, bien, très bien. Je vous l’ai dit, je cherche avant tout à traiter avec vous, à négocier, alors… ” le vieillard sort de sa poche une petite bourse tintante, il extirpe de la sacoche une première pièce d’argent qu’il fait sauter entre son pouce et son index avant d’en présenter la face vers Sixte. ”Pour le nom.” Il récupère ensuite une deuxième pièce. ”Pour les informations sur Azura. Je me doute que ceci doit être en dessous de vos tarifs usuels mais voyez plutôt cela comme un gage symbolique de bonne volonté. Une garantie que tout ceci, n’est qu’un échange d’affaire. Je vous garantie que tant que nous nous en tiendrons à une discussion respectueuse et en règle, il n’y aura plus d’atteinte à votre intégrité physique. Dites moi maintenant, ma petite Sixte, quel langage parlez-vous? Mmh? Est-ce qu’il y a quelque chose que vous convoitez par dessus tout, quelque chose peut-être, d’inatteignable, que vous n’espériez plus obtenir.” Au fur et à mesure de sa dernière phrase, le Sénateur s’est avancé vers Sixte lentement, pas à pas au rythme de son discours, jusqu’à arriver à une dizaine de centimètre d’elle, suffisamment près pour qu’elle puisse même sentir son souffle puant le tabac rustre sur son visage. ”Ou au contraire y a t-il quoi que ce soit que vous possédiez déjà mais que vous êtes soucieuse de perdre et qui aurait désespérément besoin d'une sécurité, parce que, je suis apte à payer vos service argent comptant en incluant même une prime et des dédommagements pour les dérangements que vous venez de subir, mais je n’ai pas que ça à vous offrir. La SSG, la ville de Justice, le FRN, les Fraternitas et le Sénat ont tous des ressources prêtes à vous rendre service, si jamais vous acceptez de prêter les vôtres à la République.” Dans un geste ambigu dérangeant, Zelevas dépose sa main dégantée sur la nuque de Sixte, et caresse le crâne de l’elfe en laissant ses cheveux dorés passer entre ses vieux doigts. Derrière lui le molosse d’acier claque ses griffes acérées pour rappeler à sa victime qu’il veille attentivement. ”On a tous tant à gagner à faire perdurer la République, mais face aux dangers qui la menace, il y a tout à perdre.” Arrivé sur le côté de sa tête, il joue avec une des mèches de la mercenaire. Son regard bleu acier ignore la colère furibonde et le dégoût profond qu’il peut lire dans les yeux de son interlocutrice. ”Et avec les élections qui approchent, Mirelda qui place ses pions sur l’échiquier, l’Assemblée qui s’excite, il est grand temps que ce pays suive le mouvement. Aiwenor est une bonne élément, elle est un pas dans une direction novatrice qui apporte partiellement ce dont le peuple a besoin, mais je suis persuadé qu’elle n’a pas assez de ventre pour assurer la sécurité de cette nation. C’est une tâche trop intransigeante pour son petit coeur tendre, nos ennemis sont tous plus amorales les uns que les autres…” Arrêtant son manège l’espace d’un instant, il observe avec un rictus légèrement amusé ce que provoque l’hypocrisie de son propos chez la jeune femme, lui qui se plaint du manque d’éthique c’était vraiment la Croix Bleue qui se fichait de la charité. ”... et quand votre adversaire s’affranchit des règles du jeu, il faut savoir en faire de même. Aujourd’hui plus que n’importe quand, je dois m’assurer de la fiabilité des alliés qui m’entourent.” Zelevas regarde à nouveau les cheveux d’or qui filent entre ses doigts et il tire délicatement sur une des mèches en joignant son index et son majeur, avant de reprendre enfin quelques distances avec la jeune femme. En s’écartant, le vieillard contemple les quelques bruns de soleil qui sont restés coincés entre ses doigts, et de l’autre main il vient ranger sa bourse pour ressortir de sa poche intérieure la montre à gousset de sa mère, en l’ouvrant, il range précautionneusement les cheveux de Sixte à l’intérieur et avant de la ranger, il la brandit devant la mercenaire. ”Je suis de l’avis que… la confiance n’exclut pas le contrôle. Je souhaiterai que vous retrouviez Aiwenor et que vous lui délivriez des informations triées sur le volet, j’aimerai également que vous vous débrouilliez pour la convaincre de continuer d’avoir recours à vos service, mais de travailler pour moi. Vous surveilleriez d’abord mes deux collègues Goldheart et Aiwenor, et je vous propose d’abord de voir comment se déroulera cette première… ‘collaboration’, avant de tirer des plans plus loin. Qu’est-ce que vous en dites?”
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    Sixte V. Amala
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  • Sam 10 Fév - 16:08
    Sixte n’était plus qu’un amas douloureux de colère à peine contenue. Les émotions qui se bousculaient dans sa poitrine étaient en train de la clouer au sol aussi abruptement que la créature ne l’avait fait quelques secondes auparavant. Quand il se pencha, son cœur eut un loupé si violent qu’elle eut presque l’impression qu’il pouvait l’entendre. Mais il ne s’arrêta pas, au contraire et murmura bassement à son oreille quelques mots qui attisèrent une émotion bien plus violente que ne l’était la peur ; la fureur. Aveuglante, avide, elle ne cessait de ronfler dans un coin de son esprit mais Sixte n’était que trop bien consciente de ce qui lui arriverait si elle la laissait exploser. Pieds et poings liés, elle ne ferait qu’offrir à ses geôliers une raison de la briser un peu plus. Il valait encore mieux la laisser infuser pour en déguster toute la saveur plus tard. Bientôt toute trace de rage fut balayée par la douleur lancinante qui se propagea dans l’entièreté de son corps lorsqu’il la redressa. De ses entrailles jusqu’à la pointe de ses cheveux, l’elfe eut l’impression qu’on l’avait piétiné et elle fut certaine qu’au moins une de ses côtes était brisée - ce qui, en l’état actuel des choses, serait un moindre mal.

    - Va te faire foutre… Grogna-t-elle si bassement qu’elle ne fut pas certaine qu’il l’entendit.

    Rapidement le chien retourna à sa niche et si elle le gratifia d’un regard dédaigneux, elle ne put s’empêcher d’éprouver du soulagement. Parce qu’il était loin mais aussi parce que la pression sur sa jambe s’était enfin relâchée. Hélas son répit fut de courte durée et bientôt un déluge de petite piécette lui tombèrent sur les cuisses comme si elle avait été une mendiante. Ses joues s’empourprèrent, à nouveau elle sentit toute son ire s’enflammer, à un rien d’exploser une bonne fois pour toute avant d'être soufflée comme une bougie.

    Sixte n’avait pas vécu la moitié de sa vie, elle était -pour les siens- une jeune âme qui n’avait pas vu un tiers de ce qu’elle devait voir et d’une certaine façon c’était exactement la réalité. La demi-elfe était jeune, intrépide et à l’image de sa jeunesse impétueuse et téméraire. D’aucun disait qu’elle ne craignait rien ni personne. Pourtant Sixte était terrifiée par deux choses en ce monde ; les souvenirs et l’asservissement. Deux cartes que Zelevas possédait dans sa main et il abattit la première avec une telle fulgurance que ses poumons se vidèrent de leur air au seul contact de son gant de coton sur son crâne. Muette comme une carpe, elle ouvrit la bouche mais aucun son ne franchit la barrière de ses lèvres. Sa vue se brouilla et sa conscience fut catapultée près de cent ans en arrière, dans une ruelle étroite de Taisen. Des mains invisibles se mêlèrent à celle de Zelevas, dardant leurs doigts immonde sur sa peau laiteuse.  Un cri mourut dans sa gorge et une larme se fondit dans les gouttes de sueur qui roulaient déjà le long de ses joues. Et alors qu’elle crut perdre pied le claquement du métal lui fit l’effet d’une gifle et la ramena dans les profondeurs humides du barrage.

    La peur avait terrassé tout ce qui avait pu subsister dans son esprit, elle aurait presque pu entendre le calme s’imposer. Un apaisement latent qui n’attendait rien de plus qu’une brise pour devenir un ouragan. Malgré sa sidération, elle obligea ses yeux à vomir leur colère ; elle aurait préféré mourir que de laisser ce vieil humain entrevoir les ténèbres qu’il avait ravivé. Finalement ses efforts payèrent car quand il se retira enfin, elle n’avait ni hurlé comme une aliénée, ni fondu en larme, ni perdu le contrôle. Sa tête retomba lourdement sur la pierre, lui donnant un air nonchalant qu’elle était loin de ressentir. A cet instant précis, elle prit conscience qu’elle avait oublié de respirer.

    - Je ne possède rien. Gronda Sixte les dents serrées. Et c’était la réalité. En dehors de l’argent qu’elle gagnait et qui était sagement entreposée à un endroit connu d’elle seule, elle ne possédait aucun bien matériel, toute trace d’héritage ayant disparu lorsqu’elle avait rayé son existence de tous les registres depuis plus de cinquante ans. Elle ne tenait pas à l'y revoir pour tout l’or du monde d’ailleurs. - Je ne convoite rien. A part l’argent, sa liberté chérie et une vengeance sanglante contre son passé, Sixte ne voulait rien d’autre. Pas pour l’heure en tout cas. De cela elle se félicita, le sénateur avait déjà passé bien trop de laisses autour de son cou, ne pas lui en fournir une de plus était une victoire en soit. - Et je n’ai rien à perdre. Hormis la vie et peut-être quelque chose dont elle n’avait même pas encore conscience tant le bourgeon était ridicule et profondément enfoui. Mais la première était une chose non négligeable, la seule qui l’empêchait de cracher tout le venin qui lui revenait naturellement maintenant que les affres de son passé s’éloignait peu à peu.

    - Peut-être que son cœur est moins tendre que vous ne semblez le croire. La république n’a jamais été féroce de toute façon, elle n’est pas le Reike. Ou peut-être est-ce l’excuse que vous avez concoctée pour justifier ce que vous êtes en train de me demander ? Elle était lasse de cette conversation, des grands airs de cet imbécile d’humain dont elle rêvait d’arracher les yeux à la petite cuillère. D’un coup de nez, elle désigna la créature qui se tenait encore dans l’ombre -peut-être plus pour très longtemps. - Ne vous êtes-vous pas déjà affranchie des règles du jeu ? Elle soutint un moment son regard avant de soupirer simplement.

    - Goldheart ?
    Sa voix trahissait sa fébrilité, autant que son regard fiévreux, mais cela n’empêcha pas un sourire sardonique d’étirer ses lèvres. - Je croyais pourtant qu’il était votre petit favori. A vrai dire, elle lui vendrait volontiers la tête de Soren mais pas tant qu’elle n’en aurait pas terminé avec lui. Il avait promis de lui offrir plus que ce qu’elle aurait pu gagner en le tuant et elle entendait bien lui faire respecter sa part du marché. Aiwenor quant à elle ne représentait rien, sauf peut-être une entrée d’argent profitable doublée d’un esprit sagace. Dans sa situation, Sixte ne pouvait refuser elle le savait, Zelevas le savait et même sa créature stupide en avait conscience. - Et si je refuse ? Il n’y eut pas de lueur de défi dans ses yeux bleus, seulement l’abnégation. Elle était faite comme un rat mais cela ne l’empêchait ni de jouer avec le feu, ni de tâter le terrain.
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    Zelevas E. Fraternitas
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  • Ven 23 Fév - 16:42


    Devant les questions presque triviale de Sixte, Zelevas souffle du nez en esquissant un léger sourire, si le simple fait qu’ils soient entrain d’interroger une citoyenne de la République à huis-clot dans un barrage sombre ne constituait pas déjà une entorse flagrante aux règles morales, judiciaires et formelles, alors il ne savait pas comment faire de plus gros dessin pour l’expliciter. Il renvoya donc un regard d’approbation à Sixte pendant qu’elle questionnait avec fiel sa probité. Comme il venait de l’expliquer, il devait bien selon lui y avoir quelqu’un qui fasse le sacrifice de la vertue pour pouvoir combattre les ombres rampantes en dessous d’eux, tant pis si ça devait être lui, mais dans ce cas il n’attendrait pas les bras croisés que la Nation y soit forcée, il prendrait les devants et couperait l’herbe sous le pieds de l’Assemblée.
    Du moins il essaierait.

    Lorsque la blondinette s’étonne ensuite que le vieillard ait ajouté le nom de Soren à la liste de cibles à surveiller, Zelevas tapote nonchalamment sa pipe du bout du doigt pour en évacuer les cendres inutiles et dit d’une voix sereine:

    ”Un bon conseil: toujours surveiller ses ennemis de près, et ses alliés d’encore plus près.”

    C’est d’autant plus vrai que s’il n’avait pas fait suivre Azura par les espions de la Maison Fraternitas, il n’aurait jamais été au courant que celle-ci avait contacté Sixte, et les Gardiens seuls savent ce qu’elle aurait pu découvrir si le Sénateur avait vaqué à ses occupations usuelles concernant Palladium, sa campagne présidentielle ou ses enquêtes personnelles. Rien de tout ça ne pourrait de toute façon ternir son image auprès de la Consule, puisqu’elle n’apprendra jamais rien de tout ça. N’est-ce pas?

    Une dernière question vient sortir des lèvres de la mercenaire pour échouer dans l’oreille surprise de Zelevas. Le vieux hausse les sourcils en l’entendant, et il regarde avec un air faussement incrédule Mortifère comme pour confirmer que lui aussi a entendu la même chose. Il prend alors un air de sympathie feinte et se remet à tirer sur sa pipe tout en faisant quelques déambulations devant la prisonnière pour se dégourdir un peu les jambes.

    ”Eh bien dans ce cas… Je ne vois qu’une seule solution n’est-ce pas?” N’est-ce pas? ”Je connais quelqu’un qui saura très bien faire l’affaire avec un peu de métamorphose et une petite lecture de votre esprit. Je suis sûr qu’il sera amplement suffisant pour bluffer la Consule, une seule fois suffira…” Il tousse un peu en avalant une bouffée de travers, sa voix devient un peu plus rauque et travaillée alors qu’il parle en reprenant son souffle. ”... et si l’originale ne nous sera pas plus utile, peut-être que les poissons y trouveront de quoi faire.” Le d’Élusie prend le temps de se râcler la gorge avant de continuer. ”Alors oui, c’est du chantage et c’est illégal, et un peu hypocrite de ma part de présenter tout ceci comme une simple opportunité d’affaire alors que vos options sont limitées, mais vous savez ce qui est également illégal? Espionner un représentant des institutions républicaine sans faire vous-même partie du SCAR.” Il adopte un air contri et dis ensuite, ”Donc je me doute que refuser n’est pas une option très attrayante même si je vous laisse la prendre, cependant il y a quelque chose dans votre discours qui me fait réagir. Voyez-vous… vous mentez.” Il s’arrête de marcher et fixe Sixte avec insistance, comme si c’était là la plus grave des erreurs. ”À moi ou à vous-même ça je ne sais pas, mais vous mentez. Vous n’avez rien à perdre? Vous ne convoitez pas quoi que ce soit? Vraiment? Je vais vous dire quelque chose ma petite, j’ai été Limier du Razkaal pendant six ans, six années passées à écumer les bas-fonds de ce pays, j’ai vu à quoi ressemblait des gens comme ça, des gens qui n’avaient et ne voulaient rrrien. Ce sont des loques. Des misérables pantins esclaves du quelconque paradis artificiel qu’ils ont élu pour passer le temps vide de sens de leur vie. Ce sont des gens qui n’ont même pas le désir de vivre, ils n’ont ni colère, ni désir. Ni peur ni amour ni haine ni rien, ils n’ont rien. Rien du tout. Et parce qu’ils ne veulent rien, ils ne font rien, ils se laissent décrépir dans les rues à même les pavés, ils ont de la moisissure qui leur pousse dans les bottes parce qu’ils ne se lèveraient même pas pour marcher trois mètres s’ils n’y étaient pas obligés.”

    Après s’être progressivement rapproché de Sixte en brandissant un doigt sermonneur, il s’écarte à nouveau d’elle en haussant la voix, sa tête secouant de droite à gauche dans un hochement réfutant:

    ”Alors quand j’entend que vous prétendez pareillement n’avoir rien à perdre et rien à gagner, je n’y crois pas une seule seconde. Peut-être que vous croyez être sincère, mais dans ce cas vous vous mentez à vous-même, parce que si ce n’était pas le cas, si vous n’aviez réellement rien de cher à vos yeux…” Il revient brusquement murmurer les derniers mots dans son visage, à quelques centimètres de sa face, ”Vous seriez morte! Crevée la bouche ouverte dans une ruelle de Courage avec la bave aux lèvres d’une surdose de drogue ou d’un coma éthylique, et certainement pas entrain de vendre vos service de mercenariat au plus offrant.”

    Zelevas reste quelques instants ainsi, juste devant Sixte, son souffle haletant est remonté par une certaine colère qui ne provient cependant pas de l’idée qu’on puisse lui mentir, mais plutôt du sentiment d’indignation profonde qui lui vient en repensant à la pauvreté extrême dont il avait été témoin à cette époque. Voir le peuple républicain se souiller dans une telle abîme et voir des hommes et femmes dénués d’ambitions et de volonté, il n’y avait rien de plus révoltant pour le jeune homme qu’il était alors, lui-même plein d’espoirs et de rêves.
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