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  • Mar 11 Juin - 13:32

    Ce qui aurait dû n’être que quelques jours de marches semblaient s’étirer à l’infini.

    Il avançait sous un ciel perpétuellement gris, franchissant des collines chauves et des vallées désolées, se perdant dans des bosquets de pins argentés en espérant y trouver de l’eau ou quelque chose à manger. Rendu à devoir se nourrir de racines noircies qu’il devait broyer des heures durant entre ses molaires pour en tirer une quelconque forme de nutrition avant d’en cracher la pulpe sur le sol boueux.

    Même sa bave s’était épaissie et tâchait de blanc son gambison noir quand il s’essuyait les lèvres d’un revers de l’avant-bras. Sa barbe était hirsute, de la boue séchée liant ses poils en agglomérats terreux et sales. Ses cheveux, noueux et gras étaient en batailles quand ils n’étaient pas recouverts d’une gangue de boue qu’il effritait entre ses doigts quand il parvenait à trouver un refuge entre les contreforts de pins argentés millénaires pour échapper à ces créatures qui hantaient désormais la terre du Shoumeï.

    Des cerfs à la mâchoire ballante, brâmant un air sépulcral en trainant derrières eux les tripes qui pendaient d’une blessure béante s’étaient attaqués sous ses yeux à une créature colossale, faite de griffes, de plaques d’os et de crocs. Plus grande qu’un ours géant des cimes, plus vive et forte qu’un vezkang. Il se rappelait encore avoir vu le mastodonte fendre en deux une biche aux cornes argentés, dont la partie inférieure avait été projetée jusqu’à lui. Dont les pattes continuaient à avancer et frapper dans le vide sans que cette vie impie ne la quitte. Puis, coups de cornes par coup de cornes, la harde parvint à terrasser la bête pour ensuite venir se baffrer de chair fraiche…

    Jusqu’à ce que le corps inerte du monstre ne soit parcouru de spasmes, que cette vie impie ne se fraye un chemin à travers ses veines et ses organes perforés, ramenant le mastodonte à cette parodie de vie. Et que les hardes ne se dispersent, parcourant le Shoumeï.

    Cette terre inhospitalière était désormais devenue ouvertement hostile à la vie et ce sans qu’il ne sache pourquoi.

    Trouvant refuge dans une tour partiellement effondrée battue par les vents, il s’emmitoufla dans la bannière noire et gueule pour se protéger des éléments. Enfoncé dans une alcôve formée par un escalier défoncé et d’un mur encore assez solide pour empêcher le vent de s’y faufiler, il avait attendu quelques heures, si matinée entière que les bruits gutturaux des hardes en mouvement ne se dispersent et ne meurent, le laissant seul avec sa honte et sa peur.

    À l’heure qu’il est, il aurait déjà dû se trouver à Maël, avoir fait son rapport à ses supérieurs et profiter du réconfort d’un bain chaud et d’un repas copieux constitué d’autre chose que de viande séchée et de biscuits secs. Et il était là, caché derrière un escalier fendu comme le dernier des lâches, à serrer la bannière entre ses mains pour se protéger du froid. Réduit à l’état d’un simple rongeur, d’un vulgaire rat, qui ronge les racines pour s’hydrater et récupérer quelques nutriments.

    Et cette magie qui refusait de lui obéir, ce feu qui s’était éteint avec le dernier soupir de ses hommes. Cette force qui avait fuis ses bras et ses jambes… Ces plaies béantes le long de ses bras et de son torse qui refusaient de guérir. Oh, bien entendu qu’il avait dû combattre, les premières heures de sa longue marche de la honte jusqu’à Maël avaient été ponctuées de batailles contre des brigands, de luttes épiques contre des bêtes sauvages… Mais la faim, la soif, la fatigue avaient pris leurs dû… Sans parler de cette pestilence qui se répandait dans la terre, ramenant les morts dans l’étreinte du Pilleur de Tombes et révoltant sa propre magie. Il était là, désarmé, à bout de forces, si fatigué qu’il semblait avoir vieilli de plusieurs années. La terre elle-même s’était révoltée de ce qu’il avait fait et le drainait de toutes ses forces, comme pour le forcer à comprendre enfin ce que c’était, être faible.

    Au bout du troisième jour, il tomba sur une caravane éventrée, attaquée par quelque chose qui ne pouvait être humain. Les traces de griffes sur le bois des chariots, les tentes déchirées et les plaies monstrueuses qu’il pouvait deviner sur le cuir des bêtes de traits qui bien que démembrées, continuaient de bouger dans le vide.

    - Réduit à voler les morts.

    Tulkas n’écouta pas la voix qui résonnait en lui, ses paupières prises de tics nerveux, ses pommettes tremblotantes et le visage déformé par une moue agacée. Il s’approcha d’un essieu pour s’agripper au rayon d’une roue, posa son pied contre et se hissa dans le chariot éventré pour le fouiller.

    Des boisseaux de fruits et de légumes, putréfiés et couverts d’une moisissure bleutée qu’il chassa de sa main. Autrefois l’odeur lui aurais soulevé le cœur, mais s’étant habitué à sa propre puanteur, il s’en désintéressa avec une apathie particulière. Il attrapa un baril, qu’il souleva pour taper contre. Il sonnait creux, mais fit l’effort de le percer avec la lame cassée de son épée avant de sentir une odeur vinaigrée brûler ses narines et larmoyer ses yeux. Il se retourna pour s’éloigner de la source de cette odeur qui lui provoqua, elle, un haut le cœur bruyant.

    Toussant, crachant, il plissa le nez en se posant la main gauche sur le visage pour ouvrir ce tonneau et se retrouver nez à nez avec des poissons en saumure. Conservés par le vinaigre mais immangeable tant le goût du vinaigre était fort. Mais rendu à l’état dans lequel il était…

    Il avala un premier poisson, peau et arrêtes, sans mâcher. Pour s’épargner autant que possible du goût vinaigré et du fumet tout bonnement atroce du poisson maturé, puis un second, un troisième jusqu’à ce qu’il ne se baffre. La faim était telle que le corps ne se souciait plus du luxe des préférences alimentaires. Ecrasant les têtes de poissons entre ses molaires, déglutissant bruyamment, retenant de douloureux reflux, il se gavait pour renouveler un peu ses réserves d’énergies. Et une fois le ventre distendu par l’abominable festin, Tulkas se releva pour ressortir et reprendre sa route.

    Sautant du bord de la charrette, qu’il contourna, il senti quelque chose le saisir par la cheville et le faire trébucher. Se retournant en panique et frappant du pieds, le luteni se libéra et se retourna en tenant son épée brisée à la main pour observer ce qui venait de l’attraper. Un homme, à la peau flétrie et brûlée par le soleil. Aux orbites vides, dévorées par des corbeaux dont la mâchoire s’ouvrait et se fermait en boucle, mordant l’air. Tulkas resta un instant à observer la scène, le cœur battant dans sa poitrine avec tant de force qu’il était persuadé que ce dernier allait lâcher. Il ferma alors les yeux, se concentra sur le rythme frénétique des ses inspirations et s’imposa de ralentir son rythme cardiaque en contrôlant sa respiration. Puis, il se leva, s’approchant du mort-vivant.

    - Ça doit faire quelques jours que tu es là-dessous, mon pauvre ami.

    Le cadavre bougeait frénétiquement sa main libre, lacérant l’air en lâchant des cris silencieux. Son bras fut chassé d’un coup de pieds, ce qu’il devait rester de ses cheveux fut agrippé par la poigne d’acier du Luteni, sa peau relâchée se tendit sur son crâne, remontant ses sourcils sur son front et ses orbites dévoilant ses os. Un coup de la garde de son arme sectionna la tête qu’il leva à sa hauteur. Elle ne parlait pas, mais ses lèvres et sa mâchoire bougeaient.

    - Oui, tu as raison. La solitude c’est l’enfer.

    Le visage crasseux de Tulkas se déforma d’un sourire doux.

    - Que dirais-tu que nous continuions notre route ensemble ? Oui ? Ah… Soupira il de soulagement. Je t’avoue que j’ai besoin de parler à quelqu’un, ou quelque chose sinon… Je vais devenir complétement dingue.

    Le claquement de dents trop blanches fut sa seule réponse. Il s’attacha la tête à la ceinture et la sécurisé bien en place en passant une cordelette entre ses orbites vides. Au moins, il aurait quelqu’un à qui parler sans devoir se concentrer sur cette chose démembrée qu’il avait dans la poitrine, qui s’agrippait fermement à ce qu’elle avait pu dérober à Celle qui l’avait condamné à errer sur cette terre dévastée. A marcher des jours durant dans l’espoir d’atteindre enfin la cité blanche. Les jours et les conversations creuses se multiplièrent, mais au moins, Varek, comme il avait été soudainement baptisé lui tenait compagnie et aussi étrange que cela puisse paraître, lui permettait de focaliser son esprit sur autre chose.

    - Mh ?

    Demanda-il en entendant encore un claquement de la dent. Les monstres étaient moins présents dans ce bosquet de pins argentés qu’il traversait. La civilisation ne devait plus être très loin, et pourtant toujours aucune trace de colons, de marchands ou de patrouilles militaires.

    - Oui, tu as raison, moi aussi je tuerais pour un peu de vin là dans l’immédiat.

    Un rire lui échappa en entendant la série de claquement de dents suivi d’une légère pression à sa cuisse. Varek venait de tenter de le mordre à travers son gambison.

    - Et un bon jambon, oui. Qu’il dit, la joie dans la voix. Mais par-dessus tout je rêve d’un bain et de…

    Sa bonne humeur s’estompa aussi vite qu’elle ne s’était manifestée. En battant des yeux, il l’avait vue Elle, celle dont il ignorait le nom et qu’il avait baptisé Hrakkina. Il l’avait vue elle, lovée contre lui dans la tente, à veiller sur son sommeil pour ensuite se redresser et l’appeler d’une voix aussi cruelle qu’aimante. Pour lui montrer son œuvre d’art, peinte de flammes, de souffrances et de cruauté.

    Et son cœur se serra. Il s’arrêta un instant, posant sa main contre l’écorce du pin argenté en fermant les yeux, respirant lentement pour empêcher cette vague froide de l’emporter là où il ne voulait pas aller. Se réfugiant plus près des flammes de la bête enchainée dans son âme.

    Et l’air changea à nouveau.

    Le claquement des dents de Varek le ramena à la réalité, tournant le visage pour baisser les yeux vers cette tête décharnée qui vivait dans la mort et sans son corps.

    - Mh ? Tu as mal aux pieds ? Ça me fait une belle jambe.

    Avait-il répondu, se réfugiant dans un humour macabre. Ensuite, il continua sa marche à travers le bosquet. Des heures durants, contournant les arbres et gravant le dénivelé de petites buttes boisées. Pour enfin quitter le sous-bois et se figer. Car les grands murs blancs de Maël se dressaient devant lui. Le corps de garde ne se trouvait qu'à quelques centaines de pas de lui. Enfin, il était enfin arrivé à destination.


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  • Jeu 27 Juin - 20:04


    La Terre se meurt et Siame ne s’en émeut pas. Elle aussi meurt à petit feu, depuis 10 000 ans. Mais – malgré les ravages de la guerre, malgré le cœur du Sekaï perfusé à la Corruption – le Monde continuera à tourner, et Elle s’entêtera à subsister. Il n’y avait pas de retour en arrière possible : il n’y avait jamais de retour en arrière possible. Voilà ce qui déambulait désormais : Une Ange sans Maître—une créature sans visage et sans but. Ses tourments pour seule religion. Tout ça n’était rien de plus, rien de moins qu’un deuil perpétuel. Elle n’y pense plus vraiment : dans son esprit, tout se suspend.

    Maël, dernier rempart de l'ancien Shoumeï encore debout, s’était désigné comme la destination la plus évidente. Elle l’avait donc visité en premier, en quête de révélation—était arrivée avant, évidemment. Ici, dans les ruelles lumineuses de la ville blanche, les effets de la corruption sont un peu moins évidents. Ils se manifestent chez l’Homme : dans l’ombre d’un sourire fou ou d’un regard flou. On découvre son voisin pris d’hystérie, un beau matin, à s’arracher la peau et les cheveux en bas de chez lui, aux yeux de tous. Le moindre regard en biais est devenu une excuse suffisante pour lever le poing et déclencher une guerre de quartier—quand on a jamais vu le phénomène se produire ici : Maël qui, avant la guerre, n’avait jamais connu ni les ordures, ni l’obscénité, ni la débauche, pas moins l’indécence et le vagabondage. Désormais, on y trouvait des mendiants parmi les étudiants. La ville est devenue maniaque et le fanatisme n’a plus rien de religieux : on ne sait plus vraiment qui prier, qui remercier. La présence de l’armée reikoise sur les lieux n'aide en rien à apaiser l’hostilité sous-jacente. Pourtant, à cette époque-ci, le Nouvel Ordre n’était pas encore tombé. À cette époque-ci, on croyait – peut-être, naïvement – à une entente possible entre les guerriers du désert et les habitants de la ville blanche.

    Bien sûr, l’église l’avait appelée. Où l’Ange aurait-elle pu aller ? Après tout, il s’agissait encore des derniers lieux sur ce Sekaï où elle était “chez elle”. Elle n’avait pas trouvé sa place en République, pas plus qu’au Reike, et ça n’avait jamais été l’objectif. Sa place était Ailleurs. Pas ici, pas tout à fait, mais déjà, elle se rapprochait. Il lui avait alors fallu apaiser ses rancœurs, mais l’évidence s’était très vite imposée ; elle ne serait jamais autre chose que ce qu’elle avait un jour été. Et Siame tremblait à l’idée d’être moins—car tout ça s’accordait très mal avec l’arrogance divine dans laquelle sa Maîtresse l’avait un jour drapée. Depuis son retour, depuis que le marbre s’était brisé, elle vivait, son âme suspendue à un fil. Il lui fallait bâtir : se rebâtir. Et si cela impliquait revêtir à nouveau le blanc, alors ainsi soit-il. On ne pouvait pas réellement dire que cela faisait d’elle une hypocrite : car celle qu’elle était – dans le fond de ses pensées, derrière les masques – ne regardait personne d’autre. Personne n’avait besoin de savoir ce qu’elle avait fait, personne n’avait besoin de connaître les pensées vilaines, les pensées mauvaises qui l'habitaient. Et ceux qui avaient le malheur de s’y frotter ne pouvaient alors que s’en prendre à eux-mêmes.

    N’est-ce pas, Tulkas ?

    Siame aime la certitude. Celle de savoir qu’il viendrait. Pas immédiatement. Non, lui aussi avait son chemin à parcourir, pour arriver jusque-là. Elle l’attendrait, bien sûr, sur les bancs de cette église dans laquelle elle avait élu refuge. Elle l’attendrait—lui avait promis qu’elle le ferait. Cette solitude qu’il avait chassée – préférant accompagner son voyage de la présence des morts, pour peu qu’il ait une présence à ses côtés – l’Ange l'accueillait paisiblement, domptant sa propre impatience. Elle savourait ce calme artificieux qui l'enveloppait alors, ici, sous les yeux – lisses, absents – des icônes de ses anciens Maîtres. Oui, elle savourait, buvait ce silence qu’elle imaginait très bientôt éclater dans des “pourquoi ?” rageurs ; des “comment as-tu pu ?” désespérés ; des “tu m’as menti !” accusateurs. Oh oui, elle respirait l’odeur encore fraîche des murs épais de l’église, cette odeur qui viendrait bientôt s’alourdir d’une toute autre—celle de la corruption, de la turpitude et de l’hostilité. Siame considérait l’ordre dans lequel elle baignait encore alors, contemplant alors ce qui venait à elle, quelque part, dans ce Sekaï. Il viendrait, oui. Bientôt. Et pourtant, cela n’avait rien d’une faveur qu’il lui faisait, pas vrai ?

    Non, la solitude n’était pas l’enfer, Tulkas.

    C’était seulement un soupir sur la partition : entre le départ et les arrivées. Le calme avant la tempête, comme on se plaisait à le dire. Un joli rire, clair, vient perturber le silence trompeur de la chapelle. L’Ange est enveloppée dans des tulles vaporeux, elle se trouve des airs un peu fantomatiques quand le marbre lisse lui renvoie son reflet. Le blanc lui va comme un gant, bien sûr—s’accorde à merveille à sa peau recousue, propre et fraîche. Siame a retrouvé sa jolie gueule d’Ange : elle est de nouveau-là, ce compendium de perfection—cette garcerie angélique. Il semble que plus Il se défraîchi, plus Elle se ravigote, comme si l’Homme payait sa dette à l’équilibre cosmique. En elle, cette fièvre vicieuse se répand addictivement : c’est celle de l’artiste qui suce l’essence de sa muse, jusqu’à qu’il n’en reste rien de plus qu’un rien. Oh, évidemment, elle avait bien compris qu’il ne venait pas pour capituler, mais Siame sourit face à cette rétivité avec laquelle il s’apprête certainement à débarquer. Oui, elle jubile déjà à l’idée : celle de cette indocilité qu’elle prendrait tout autant de plaisir à mater qu’à enflammer. Le jeu en valait la chandelle.

    Ces dernières nuits, elle n’a plus rêvé que du bruit sec que fait la chair brûlée qui éclate sous les flammes et de la fumée qui lui prend les poumons. Elle échappe un rire essoufflé, les yeux levés au plafond, dans une forme de satisfaction mêlée de bravade. Ce n’est pas un rêve, pas vraiment. C’est un souvenir. Un souvenir ravivé, tandis qu’Il se rapproche, quelque part, dans l’univers. Le souvenir d’une rencontre, d’un court moment, où il lui avait révélé, sans le vouloir, ce dont elle abuserait encore, souvent, fréquemment, par simple plaisir de destruction. Dont elle abuserait jusqu’à la fin, jusqu'à qu'il n'en reste plus rien.

    Après tout, c’était le propre de l’Homme de se montrer déraisonnable et en ça, elle le croit, ils avaient bien raison. D’où venait cette idée que tout devait toujours se dérouler sans complications, que l’on pouvait éviter toute contradiction, toute espèce de trahison ? Que l’on pouvait éviter la souffrance, ou toute forme de passion ? Combien d’années avait-elle passé à tenter de s’en convaincre ? Combien d’années avait-on passé à tenter de la convaincre ? Bien-sûr, puritaine, elle l’avait été. Oh, qui trompait-elle ? Elle l’était toujours. Et celle de la pire espèce, qui plus est : celle des hypocrites qui n’en font, de toute façon, qu’à leur tête, sans éprouver la moindre culpabilité. Ah voilà, on l’avait dit ! C’était ainsi. Car oui, corruptrice, elle l’était bien davantage encore. Oui, oui (certitude). Elle repensait à lui, à son air de matamore, qui semblait dire “je sais ce qu’il te faut, je sais ce qu’il me faut, je sais ce qu'il nous faut”, tandis qu’il passait cette main faussement audacieuse dans ses cheveux. On ne touche pas de la sorte une Ange sans conséquence. Et quelque chose au fond d’elle lui ordonnait de lui faire regretter : de lui faire regretter cette main faussement conquérante—de lui faire regretter d’être venu. Tout cela, la perspective de le défaire enfin de son orgueil léonin la faisait exulter, véritablement.

    Tic, tac. Tic, tac.
    Ne me fais pas attendre trop longuement...


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  • Dim 30 Juin - 22:04



    Son approche, d’abord silencieuse, n’avait été remarquée par personne. Véritable fantôme hirsute aux joues creuses qui claudiquait jusqu’aux portes de la capitale. Ses doigts lui piquent un peu, ses muscles endoloris lui refusent tout effort supplémentaire et sa gorge enflammée ne peut que déglutir avec peine, ses poumons en feu peinent à lui donner le souffle nécessaire. Il essaye de parler, mais n’arrive à produire qu’un gargouillement guttural et râpeux. L’air viens à lui manquer un instant, ses jambes tremblent, se tendent et ses articulations cèdent face à la fatigue. Ses genouillères cognent contre le sol caillouteux, ses talons s’enfoncent dans son fessier. Le dos penché un peu en arrière, sa poitrine écrasée dans sa carapace d’acier se gonfle et s’affaisse à un rythme soutenu.

    Un cri fend l’air, puis un trait sombre fends l’air et s’enfonce dans l’acier qui l’étouffe. Il hoquète, tente de bouger une épaule et de lever une main vers le fût qui dépasse de sa poitrine. Il déglutit, tente de relever un genou puis, dans une gerbe de poussière, s’effondre contre la terre aride du Shoumeï.

    Ses paupières, lourdes, peinent à rester ouvertes. Sa vision périphérique se désature, puis s’assombris, jusqu’à ce que dans une perle de conscience, il n’entende le bruit caractéristique de solerets cavalant vers lui. Et qu’enfin, la nuit ne tombe et que la mort vienne enfin l’accueillir.

    - Encore quelques combats et tu devrais pouvoir racheter ta liberté, non ?

    Rompant le pain de ses deux mains, Tulkas en arrachait quelques morceaux qu’il utilisait pour saucer son repas. Un genre de ragoût riche en viandes et en légumes, tapotant son assiette de terre cuite avec son éponge faite de mie de pain. Pour ne rien en perdre. Il aurait pu manger dans ses quartiers privatifs, mais les entrailles de ce théâtre martial étaient bien plus fraiches. Roulant un peu des épaules, sa peau luisante par la chaleur et l’effort, il tournait son regard vers son interlocuteur, sans lui répondre.

    Qu’en ferait-il ? De cette liberté qu’on agitait sous leurs nez pour les encourager à s’entretuer pour le loisir de ceux qui n’oseraient jamais prendre les armes pour assouvir leurs désirs ? C’était un mensonge, qui durait depuis des années et qui bernait ceux de son rang de générations en générations. Il était un dieu, dans cette arène, du moins, il l’avait été avant qu’Iratus ne vienne parasiter sa vedette en gagnant l’amour de ce peuple de lâches qui l’acclamaient à chaque fois que ses griffes rougies par le sang n’éventraient un énième condamné à mort ou que d’un coup de dents il n’arrache la jugulaire d’une grande bête supposée être envoyée pour le tuer. Maintenant que le Loup avait été réquisitionné pour la guerre, envoyé mourir sur un quelconque champ de bataille, personne ne s’opposerait à lui et à son ascension vers la seule forme d’immortalité qu’il pouvait espérer gagner.

    Il était un dieu, qui avait fait gagner des fortunes pharamineuses à son maître, et pourtant ce n’était jamais assez. Il fallait toujours plus, il y avait toujours plus à rembourser, toujours plus de dettes à éponger, toujours plus de sang à verser.

    Et cet idiot qui lui parlait de liberté qui continuait de l’observer.

    A quoi bon ? La liberté, c’est l’abandon. C’est perdre tout objectif, toute guidance. C’est être abandonné à un monde pour lequel il n’était pas préparé, pour lequel il n’était pas né, non. Il était un outil, tout comme cet idiot qui lui parlais, avec ses yeux noirs et sa peau trop blanche. La liberté c’est un mensonge, un don créé par des dieux cruels qui la donnent à des puissants qui ne savent pas quoi en faire et avec laquelle ils appâtent les pauvres et miséreux pour qu’ils se jettent dans la gueule béante de ce monde et n’abreuvent la terre de leurs espoirs écrasés.

    C'est une malédiction.


    Une malédiction, un mensonge jeté à la face des mortels pour les plonger dans la folie et le désespoir, pour répandre le chaos et la souffrance sur tout le Sekaï, pour plonger les peuples profanes dans une spirale destructrice qui condamneraient la terre à l’oblivion.

    Et que resterait-il, alors, de ce pauvre garçon né propriétaire que de ses pensées ? Rien, rien de plus que des os blanchis par le soleil et nettoyé par les vautours… Jusqu’à ce que les tempêtes fouettant sa carcasse ne la réduisent en poussière et qu’il ne devienne rien de plus qu’un grain de sable, perdu dans une mer de dunes. Pourquoi est-ce que son père l’avait-il abandonné là ? Pourquoi l’avait-il maudit en répandant sa semence dont il n’était même pas le propriétaire dans la matrice de sa mère qui n’allait jamais avoir le droit de l’appeler fils ? Pourquoi lui avoir donné la vie si c’était pour l’abandonner dans un monde tumultueux qu’il ne comprenait pas et qu’il ne comprendrait jamais vraiment ?

    Pourquoi est-ce que les parents abandonnaient ils leurs enfants sur ce monde maudit et abandonné par les dieux ? Pourquoi les condamner à côtoyer la vermine et l’ivraie ? Et pourquoi, une fois disparus, venait-on à les regretter ? Pourquoi chercher à retrouver leurs étreintes alors qu’ils nous avaient laissés là ? Car en fin de compte, nous cherchons tous quelqu’un qui nous dit quoi faire, quoi penser.

    Comme un oiseau, à qui on arrachait les ailes.

    - Luteni ?

    Le croassement lointain le tira de ses songes, les sourcils froncés, le corps endolori et le souffle douloureux. L’homme du désert tenta de mobiliser ses bras qui lui répondirent en irradiant ses muscles d’une douleur cotonneuse. Pourtant, il parvint à se redresser, faisant choir de son torse nu le drap de lin qui le recouvrait. Sa peau luisante, sa peau recouverte par endroits de bandages qui avaient la puanteur caractéristique du pus mélangé à celle de cataplasmes guérisseurs. Le parfum du soldat ayant réchappé à la mort, qui lui collait à la peau comme la crasse à ses cheveux. Il avait maigri, et son corps réclamait réparation.

    - J’ai faim.

    S’était-il contenté de dire, le corps traversé d’un frémissement douloureux. Son estomac, noueux, se contracta à l’idée de manger quoi que ce soit, se souvenant le goût des racines broyées des heures durant, l’odeur de la terre et des vers qu’il avait dévorés avec avidité pour survivre.

    Son odorat, affiné par la faim, sentait le bouquet lointain de la nourriture qui frétillait dans l’huile. L’odeur de l’eau qui bout et s’imprègne du goût des légumes qui se gorgent d’eau, devenant mous et plus faciles à digérer. Le parfum du pain qui dore dans la gueule enflammée d’un fourneau. Le souvenir lointain d’un véritable repas.

    La bouillie infame de légumes trop cuits, la viande presque carbonisée et le pain frais qu’on lui apporta avait des airs de festins, et comme un rapace plongeant sur une carcasse fraiche, il se saisit avidement de l’assiette d’acier pour la poser sur ses genoux, se brûla les doigts en venant attraper la viande et s’engourdit la langue en buvant à grandes gorgées un bouillon trop chaud pour lui. C’était fade, sans épices et sans la moindre texture intéressante. Le pain gorgé de bouillon, ramassant les légumes bouillis comme une cuillère de fortune tout en peinant à ne pas se désagréger tant la mie se gorgeait d’eau était dévoré avidement. Le corps revigoré par ce repas qui n’était copieux qu’en apparence, Tulkas inspira. Regardant autour de lui, levant la main vers son pectoral bandé en grimaçant.

    - Que m’est-il arrivé ? Demandait-il.
    - Un sajenti vous a confondu avec une de ces abominations… Il vous a tiré dessus avec un carreau d’arbalète mais… Il a manqué votre tête, c’est en vous voyant tomber par terre qu’il s’est rendu compte que vous étiez un vivant.

    Un éclair douloureux fendit son crâne en deux. Levant les mains sur ses tempes en grognant, il pouvait sentir cette chose affreuse dans sa poitrine se révolter et tenter de dévorer son crâne. Il se recroquevilla, grondant en calmant le feu qui courait dans ses veines, se révoltant des choses qu’il avait traversé pour arriver là, des cauchemars vivants qu’il avait affrontés, de l’horreur et de la honte. De cette honte de s’être caché sous un escalier défoncé, cette honte, d’avoir échoué. Soupirant, la douleur finit par s’estomper, alors, il demanda.

    - Je veux me laver… Un bain, je veux un bain.

    Laver, laver la crasse qui agglutinais ses cheveux, laver ces plaques dures comme la pierre qui se tenaient dans ses cheveux et avec elle, laver la honte. La honte d’avoir été berné, la honte, de s’être trompé. Ou bien ?


    Car seul, dans son bain, il s’était installé dos contre le baquet. Ses cheveux mouillés tombant sur ses épaules dans l’eau savonneuse – petit privilège de Luteni – pour ramener à son torse ses mains et observer les flammes qui dansaient dans le creux de ses paumes, dans lesquelles il pouvait distinguer la forme d’un oiseau. Terrifié et esseulé, abandonné par sa mère. Jusqu’à refermer doucement les mains en coupes et laisser le feu retourner sous le toit de sa peau, glisser le long du canal de ses veines et retrouver la bête enchainée qui trônait dans sa poitrine. Il se sentait revivre.

    Le jour suivant ne fut fait que de rencontres avec des armuriers pour retaper son armure, de rapports au Khashis sur la nature même du mal nouveau qui rongeait le Shoumeï, de souligner l’importance accrue de brûler les corps des morts le plus vite possible. Si les mourants se réanimaient en quelques jours auparavant après la mort, il ne leurs fallait maintenant plus que quelques minutes. Et les échauffourées avec les abominations X’o-rathiennes devenaient désormais des occurrences journalières dans cette ville en état de siège. Et Tulkas décida de mener la charge le temps que de nouveaux ordres ne lui soient transmis, dirigeant à plusieurs reprises des patrouilles pour purger les quartiers de leurs morts et organiser la levée des corps avec une rigueur qui s’approchait plus de la dictature militaire que de la protection bienveillante dont se targuaient les grands seigneurs du Reike. Cela étant, la junte militaire n’était-elle pas la plus appropriée pour gouverner dans ce genre de crises ? Le Reike lui-même n’était il pas fondé sur ce principe, sur la loi du plus fort ?

    C’est ce jour, où après avoir débriefé ses hommes que Tulkas se sentit poussé par une force qu’il ne comprenait pas, qu’il décida d’arpenter seul les rues de la cité blanche, d’admirer cette architecture préservée d’un empire désormais effondré. Il passa aussi bien par des places que par des faubourgs, suivant la trainée de plumes laissée là, sans qu’il ne le sache, par celle qui lui avait dérobé son feu, tout en lui abandonnant sans le savoir ses ailes.

    Cette ville était si différente de celles qu’il avait pu connaître, de celles dans lesquelles il avait vécu et combattu. C’est comme si toute la ville avait été construite autour de temples et pas à l’inverse. Aussi, s’aventurant dans les faubourgs les plus malfamés de Maël, pour arriver sur le parvis d’une église oubliée de l’empire et de ses ennemis. L’une des rares à n’avoir pas été transformée en bastion du Reike. Elle n’était que le souvenir d’une époque oubliée, veillant sur… La seule qui avait pu connaître sa gloire d’antan. L’Ange était là, il ne saurait dire qui des deux avait vu l’autre en premier. Quoi qu’il en soit, il était resté à l’ombre un instant à l’observer, à pondérer la chose, à reposer le poing autour de la fusée de son épée. Il n’avait qu’un pas à franchir, un bond à faire et à lui trancher la tête pour ce qu’elle lui avait fait. Et pourtant, sans réellement comprendre pourquoi, il s’avança avec cette certitude que cette fois, rien ne pourrait lui arriver.

    Il s’avança jusqu’à elle. S’arrêtant pour l’observer, silencieux, la main gauche posée sur son épée, qui, elle aussi, flanquait à sa gauche.

    - Maël n’est plus que le pâle reflet de ce qu’elle a pu être. Dit-il, la voix douce et posée, retournant son attention sur l’église abandonnée de tous, sauf de ses fidèles les plus craintifs. Le sable érode la mémoire de la pierre, mais ici, elle semble immuable. Observa-il en regardant cette bâtisse aussi grandiose que pathétique.

    Il baissa ensuite les yeux vers elle. L’observa un instant en découvrant enfin la beauté de la fille d’Aurya, cette beauté qu’elle avait lacérée pour l’amadouer et gagner sa confiance. Oui, l’ange était belle, aussi belle qu’elle était cruelle. Tout aurait du le pousser à la confrontation, la bête à l’intérieur était rageante, furieuse et prête à se jeter tout crocs dehors à cette gorge délicate et parachever la désacralisation de ce lieu, en le baignant dans le sang d’une ange abandonnée par sa propre mère.

    Et pourtant, il pouvait sentir ses flammes en elle. Et en lui, quelque chose résonnait. Il leva doucement la main droite, fit danser une flammèche entre ses doigts un instant. Contemplant le motif de ses flammes avant de laisser sa main rejoindre son flanc droit.

    - Bonjour, Hrakkina.


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  • Lun 8 Juil - 17:47
    Qui de lui, ou elle, avait vu l’autre en premier ? À vrai dire, cela n'avait pas la moindre importance. Ses lèvres s’étaient étirées dans un véritable ravissement, tandis qu’elle le regardait approcher avec précaution. Elle lui souriait. Comme un ange—comme un diable. Comme prête à faire une grosse bêtise. L’arc de ses sourcils s’était haussé, à se demander ce qui pouvait encore le retenir.

    Le Sekaï tout entier n’est plus que le pâle reflet de ce qu’il a pu être, avait-elle rétorqué, d’une voix anormalement douce. Allez, elle acceptait de lui complaire, et de se lancer dans une petite tirade insignifiante, pour commencer—quand bien même il lui tardait de rentrer dans le vif du sujet. Le marbre n’est que plus beau une fois usé—et Maël, ses rues et ses églises marbrées de blanc, resplendissait, malgré le passage éreintant des militaires reikois.

    Elle n’avait pas détourné le regard en le disant. Puis, sa main – accueillante – était venue tapoter doucement la place à côté, sur le banc en bois, pour l’inviter gentiment à venir s’installer tout près d’elle.

    Je t’attendais, Tulkas, et Siame avait ponctué sa phrase d’un regard insistant, l'impudeur au fond de ses yeux l’accusant d’un “tu as pris ton temps” impatient.

    Certainement aurait-elle dû le craindre, après ce qu’elle avait fait… Ou bien, plutôt, c’était à se demander : qu’avait-elle fait au juste ? Qu’avait-elle fait qu’il n’avait pas inéluctablement voulu, tout au fond ? Qu’aurait-elle été capable de faire, elle – l’Ange déchue, sans aile, sans pouvoir, perdue dans ce Sekaï, ce triste monde, qui ne veut plus d’elle – si lui ne l’avait pas ardemment désiré ? Oh, oui, bien sûr, elle avait un peu menti. Un peu enjolivé les choses. Mais tout cela naissait d’abord dans la psyché du mortel, n’est-ce pas ? Tout le reste n’avait été qu’une stupide histoire de séduction, qu’un malheureux stratégème… Ou bien ? Ou bien c’était tellement plus que cela ? Qui de l’Homme ou de l’Ange mettait l’autre à l’épreuve ? Qui de lui ou d’elle faisait vaciller les convictions de l’autre à l’aube d’une nouvelle ère—le lendemain d’une guerre dont le seul objectif avait été d’attiser l’hostilité entre les enfants nés de la Terre et ceux venus des Cieux.

    Elle lui avait opposé un sourire impudent à la vue des flammes dans ses mains–ce reste de feu, comme l'ultime preuve de ce qu’elle ne lui avait pas encore arraché. C’était un aveu presque touchant. Si cette petite flamme s’était drapée d’ailes, l’Ange ne l’avait pas encore remarquée. Ou bien l’avait-elle ignoré ? Aucune réaction de sa part. Elle s’était contenté de secouer lentement la tête de droite à gauche, l’air moralisatrice.

    Tu ne devrais pas invoquer le feu dans une église, tu sais ?

    Son regard l’avait suivi, tandis qu’il s'approchait. Il s’installa à côté d’elle, à l’ombre d’une statue. L’Ange s’était tournée tranquillement vers lui, délaissant la contemplation de l’icône de sa Mère, fièrement dressée au-dessus de l’autel. Voilà, nous y étions enfin… Elle le dévisageait, à se demander ce qu’elle aurait pu encore tirer de lui, à se demander ce qu’il lui était arrivé depuis qu’elle l’avait quitté. À se demander ce qu’il était venu chercher. Son visage s’était amaigri – lui sembla-t-il – et ses yeux étaient soulignés de cernes sombres, à force de fatigue. Il s’était étiolé, comme si quelqu’un, ou quelque chose, était venu le siffler directement à la paille. En face, Siame resplendissait, dans une vigueur toute retrouvée. La victoire lui allait comme un gant—pour peu qu’elle continuait d’ignorer ce qu’il lui avait été dérobé. Ses yeux perçaient à travers le voile blanc, et seule sa bouche – enfin dégonflé – s’étirait dans une forme de satisfaction, à la vue de tous. Cette jolie bouche à vous donner le tournis, ces jolies lèvres que sa Mère lui avait un jour offertes—qui ne lui avaient jamais mieux servi que lorsqu’il s’agissait de mentir.

    Elle l’avait caressé d’un regard et ses yeux gris avaient parcouru fugacement, suivant les contours du mortel, pour s’arrêter sur cette main gauche, agrippée à son épée. Qu'avait-il l'intention de faire avec cette arme ? L'égorger pour assouvir sa vengeance ? Son cœur se mit à battre fiévreusement contre sa poitrine, à cette même idée. Quand bien même les reikois avaient décidé d’user des temples sacrés comme de bâtiment militaire – insulte de plus faite aux divins. – les églises divinistes restaient sacrées. Ces mortels ne montraient vraiment aucun respect pour les traditions ancestrales. Mais Siame ne s’en offusquait pas plus que ça. Au contraire, elle se ravissait à le lui reprocher. Son regard durci d’objurgation se dispute avec la courbe vicieuse de son petit sourire de conne. À l’abri des regards, – attention, scène strictement interdite aux mineurs – ses doigts s’étaient faufilés le long de sa cuisse, jusqu'au manche de l’arme. Elle chasse la main du mortel pour y cramponner la sienne. Cette main soyeuse, trompeusement douce, qui a plus souvent griffé que caressé. Sans tirer l’épée de son fourreau, l’Ange s’était contenté d’attirer l’Homme vers elle, d’un geste aussi impérieux qu’envahissant.

    Et tu ne devrais pas non plus être armé en ces lieux… C’est très mal Tulkas. Ne respectes-tu donc rien ? Elle s’était rapprochée subrepticement, le temps d’une confidence, pour chuchoter contre son oreille. Son odeur lui revenait, voilée derrière savon et parfum. Qu’avais-tu prévu de faire avec ça ? Me trancher la gorge ? Quelle riche idée… Un rictus impitoyable sur le bout de ses lèvres et une sensation réjouissante dans le ventre, quand elle le dit.

    Oh, cela aurait presque pu s’apparenter à une invitation : celle de se confesser, par exemple... Bien sûr, l’Ange aurait dû se montrer prudente—mais il fallait croire que se brûler sur le feu une première fois ne lui avait pas suffit. Elle qui, pourtant, même sous le toit des Titans, se trouvait en territoire ennemi. Comme si cela lui donnait une quelconque impunité… Comme si ce qu’elle avait fait ne méritait pas toutes les défiances que le Monde pouvait bien lui opposer. Mais la vérité était ailleurs : quel recoin de ce foutu Sekaï n’était pas, de toute manière, une contrée hostile ? Lorsque le danger était partout, il n'était finalement plus nulle part. Pas la moindre crainte sur sa jolie gueule d’ange. Pourtant, s’il se décide à lui bondir dessus, elle est à peu près certaine de crever.

    Allons, allons, tu n’oserais tout de même pas faire couler le sang d’une Ange pieuse dans la maison de ses Maîtres ?

    Elle s’était détachée de lui pour le regarder sévèrement dans le fond des yeux, une quiétude insolente sur son petit minois, alors que sa vie ne tenait sans doute qu’à un fil de volonté. Et cette fois-ci, ce n’était pas la sienne. Siame n’avait pas encore idée qu’à jouer à ce jeu, elle aussi devait parier ses jetons. On ne pouvait réellement espérer arracher une part de l’autre sans sacrifier un morceau de soi dans l’équation. L’Ange était fière, ragaillardie par ses grands désirs de pouvoir et de victoire, ses grands désirs insatiables qui ne pouvaient, ironiquement, que la dévorer. À cette heure, elle en est certaine : il n’est là que pour qu’elle puisse finir ce qu’elle a commencé avec lui. Car la liberté – aussi bandant le concept soit-il – n’était qu’une simple illusion n’est-ce pas ? Allez, une malédiction, disons le. Sinon, pourquoi le mortel se serait-il précipité entre les barreaux de cette cage qu’elle avait traîtreusement ouverte ? C’est à cet instant qu’il lui semble déceler en lui une forme de sérénité, presque tendre, à son égard. QQuelque chose qui ne lui dit rien qui vaille et sur laquelle elle s’étrangle rien qu’à y penser. La chose lui aurait certainement parue séduisante, dans d'autres cas. Mais ici, à cet instant, le sentiment que l'une des règles du jeu lui a mystérieusement échappé l'assailli étrangement.


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  • Jeu 11 Juil - 17:55

    - Je te déteste…

    C’est ce qu’il aurait dû murmurer, souffler, dire, crier, hurler, rugir, en plantant sa lame dans son estomac, encore et encore jusqu’à ce que sa furie soit apaisée. Comment pouvait-il en être autrement ? Elle qui avait attisé la chose terrible qui dormait dans le gouffre béant niché entre ses poumons. Il devait la haïr, pour tout ce qu’elle avait fait, pour tout ce qu’elle était. Un ange, une fille de ces dieux de pacotilles qui avaient décidés de détruire le monde, de tout brûler, d’effacer toute peine comme toute joie, toute larme comme tout rire, de tuer, encore et encore jusqu’à ce que le monde ne redevienne gris, que les montagnes ne soient tassées sous le poing de leur tyrannie et que les océans eux-mêmes ne soient drainés jusqu’à la dernière goutte. Ne laissant le Sekaï qu’à l’état d’un vulgaire caillou stérile fendant le cosmos en tournant autour d’une étoile nourricière sans personne pour profiter de sa générosité.

    Pourtant, il s’était assis à côté d’elle sans protester, l’écoutant et l’observant de ses yeux d’ambres. Et quand l’impudente lui reprocha en sous-texte son retard, un sourire doux et coupable se dessina sur son visage.

    - Pardonne-moi de t’avoir fait attendre, Hrakkina, mais tu ne m’as pas rendu la chose facile.

    Et c’était là un cruel euphémisme. Forcé à devenir un vulgaire sauvage l’espace de quelques jours jusqu’à atteindre la sécurité relative de Mael la Blanche, Tulkas aurait été bien incapable de lister toutes les tribulations et péripéties terrifiantes qu’il avait du traverser pour lui revenir en ce jour. Les créatures qu’il avait tuées, celles dont il s’était caché, les racines qu’il avait broyées entre ses dents, l’eau croupie qu’il avait du boire et cette terreur constante, cette crainte permanente d’être observé par une légion d’yeux à l’orée de sa vision périphérique, qui se dérobaient dans les ombres à chaque instant.

    Et cette bête, qui tambourinait de rage dans sa poitrine, cette bête qui avais été volée, qui réclamait vengeance sourdement. Cette bête pleine de douleur et de violence qui, sans qu’il ne puisse réellement comprendre, s’était tue au moment où il avait reposé les yeux sur Elle, avec un E majuscule. Bête, qui retroussa le nez en entendant parler de feu.

    - Qu’est-ce qu’une église, sans congrégation ? Avait-il demandé en ouvrant à nouveau la paume pour voir ses veines, enroulées autours de ses phalanges, luire juste sous la surface de sa peau. Un amas de pierre, qui n’a de valeur que pour ceux qui ont un jour connu sa grandeur.

    Levant les yeux vers la Mère de l’Ange, immortalisée dans le même marbre que celui qui se faisait peau de sa fille abandonnée, Tulkas put sentir ceux de la Lionne glisser sur son corps, l’observant ou l’admirant ? Il aurait été bien incapable de le dire jusqu’à ce qu’il ne perçoive un mouvement là, dans sa vision périphérique. Jusqu’à ce qu’il ne tressaille et que son cœur ne s’emballe.

    Elle était là, si proche de lui qu’il pouvait la toucher en pivotant à peine le visage, elle était là, cette digne fille d’Aurya. Toute faite de douceurs et de mensonges, drapée de passions et de manipulations… Aussi belle que cruelle. Il n’avait pas chassé cette main qui remontait lentement le long de sa cuisse tandis que sa chair, pourtant révulsée, se tends violemment. Sa peau se hérisse, frémit sous le tracé de ces doigts qui, d’un simple roulis du poignet, pourraient tracer un sillon carmin à travers ses braies. Un frisson le prend, remontant jusqu’à sa nuque en lui arrachant un soupir, aspiré par cette créature qui s’en amuse. Qui, bien incapable de produire sa propre chaleur, viens embrasser son souffle qu’elle boit à grande goulées, se nourrissant de ce feu liquide qui coule dans ses veines tandis que son cœur bat la chamade. Jusqu’à ce qu’elle n’agrippe la fusée de son épée.

    Sa main se leva qui, tout naturellement, vint se poser sur la sienne. Alors que le visage pivota, si proche du marmoréen, qu’il aurait pu lui arracher la joue d’un coup de dent. Elle se hissa contre lui, se lovant presque contre son torse pour venir glisser ses mots à son oreille, et que lui, ne réponde au creux de la sienne d’un murmure.

    - Je devrais… Mais non, cette épée n’est pas là pour trancher ta gorge…

    Elle se détacha et seulement alors se rendit-il compte à quel point son cœur tambourinait dans ses oreilles. On aurait pu s’y méprendre, y voir de l’excitation ou un désir dévorant mais non. Il avait tout simplement peur d’elle, de ce qu’elle était et de ces choses qui résonnaient dans le gouffre niché dans sa poitrine.

    Car si elle ne s’était pas bien rendu compte des règles du jeu, Tulkas lui en avait fait les douloureux frais. Ses flammes changées par la Prométhéenne qui lui avait repris son don en y laissant ses ailes. Cette révélation, douloureuse, qu’une partie de lui ne lui appartenait plus s’était manifestée dans ses flammes dont les fumerolles ressemblaient à des ailes. Ces escarbilles, précieuses, qu’il couvrait de ses deux mains pour les protéger du vent. Une partie oubliée d’elle-même, qu’elle lui avait confié. Qu’il ne parvenait pas à se résoudre à écraser entre ses mains. Il inspira un instant, pour tourner ce regard doux et tendre qu’elle avait décelé chez lui et la regarder. Perdue dans ce grand monde qui ne ressemblait plus en rien à ce qu’elle avait pu connaître, il se leva simplement pour observer la statue d’Aurya qui avait été, jusqu’ici, épargnée de toute désacralisation.

    - La maison de tes maîtres ? La question, bien que rhétorique, tenait en réalité plus de l’observation. Allons, Hrakkina, tu sais aussi bien que moi qu’ils ne sont plus là, qu’ils ont fuis le monde des hommes face à la fureur des dragons. Dit-il en regardant les statues de ces « dieux » d’antan. Ils n’ont laissé derrière eux que des populations terrifiées, seules face à la rétribution de ceux qu’ils avaient injustement condamnés à mort. Il marqua un temps d’arrêt. Que des populations terrifiées, seules… Et leurs enfants, sinon, tu ne serais pas là.

    Il l’observa un instant, considérant un instant sa nature, sa parentalité, ses origines les plus profondes. Malgré ses airs décharnés, usé par la malédiction du Shoumeï, la fatigue et la faim, il avait gardé cet air léonin d’arrogant petit gladiateur, de petit dieu du petit peuple, l’observant elle et sa beauté surnaturelle contre laquelle il tentait de s’endurcir.

    - Toi, comme moi, avons été condamnés à l’Apothètes, alors pourquoi es-tu si dévouée ? Observa-il un instant avant de lui confier, dans une confession étrange. Je ne ferais pas couler ton sang, pas aujourd’hui. Non, aujourd’hui, je suis venu faire mentir tes convictions.

    Il l’observa un instant, silencieux avant que son visage ne retrouve ces traits chaleureux qu’il avait eu pour elle quelques jours après leurs premières rencontres.

    - Je ne suis pas revenu par vengeance.


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