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  • Lun 2 Jan - 11:20

    Octobre 3

    C'est pas tout ça de faire des programmes d'échange avec les offices républicains des autres villes du pays, faut aussi se rentrer, au bout d'un moment, et c'est précisément ce que j'suis en train de faire. Après quelques jours à Liberty, donc, j'suis sur la route à nouveau pour rentrer à Courage, et rien de mieux que de faire le voyage en bonne compagnie.

    Pas que la route soit pas sûre, patrouillée comme elle est par les garnisons locales et les grande armée républicaine, surtout un des axes majeurs du pays comme ça, mais on sait jamais : parfois, les bandits sont plus téméraires que malins. Souvent, même, à croire qu'ils viennent se suicider sur des groupes sur-armés. M'enfin, s'ils étaient si intelligents, ils auraient pas choisi bandit, déjà, pour commencer.

    On est à la dernière escale de la caravane, un genre d'immense clairière soigneusement délimitée qui sert régulièrement de point d'arrêt aux groupes de marchands qui circulent. M'est avis qu'avec le temps, on va avoir un relais qui va se pérenniser ici, et c'est même surprenant que ce soit pas déjà les cas. P'tet que les marchands eux-mêmes y rechignent, à l'idée de payer une nuitée et un toit alors même qu'ils voyagent avec largement de quoi, surtout pour un trajet aussi court jusqu'à Courage.

    A une bourgade qu'on a dépassée dans le courant de la matinée, j'ai acheté un gros jambon qui me faisait de l'oeil, et un p'tit baril d'une bière brune pas piquée des hannetons, que j'avais goûtée à l'aller il y a plus d'une semaine. Donc j'ai hâte des festivités de ce soir, qui vont pas tarder à commencer : c'est qu'on sait s'amuser, avec les marchands, surtout quand c'est le dernier soir avant d'arriver en ville, vers le milieu de journée le lendemain.

    Coup de bol, le temps est plutôt clément jusque-là, même si le soleil qui commence sérieusement à chuter derrière la cime des arbres risque de partir avec la bonne température, donc j'ai déjà ma veste et une cape pour me tenir chaud. On est une bonne trentaine, en comptant les caravaniers, les mercenaires qui servent de garde, mais sans compter les mioches qui courent partout en jouant autour des charrettes quand leurs parents les forcent pas à travailler, genre guider les bêtes de trait ou arrimer la marchandise.

    Nako, le gars avec qui j'fais le trajet, donne un dernier coup de rênes à ses bestioles, et on s'arrête pesamment sur un bord de la prairie, puis on va s'affairer à libérer les boeufs pour qu'ils puissent paître en paix, leur filer de l'eau, brosser leur poil, bref, toutes les tâches immuables des caravanes. Enfin, ça, j'lui laisse, et j'vais plutôt pour ramasser du bois, y'en aura besoin pour ce soir au coin du feu.

    « Tu me gardes mes trucs pour tout à l'heure, Nako ?
    - Pas de souci, Pan, t'éloigne pas trop !
    - J'espère, mais si les précédents ont pris tout le bois mort à portée, faudra bien.
    - Hé, bonne chance. »

    Ouais, forcément. Quelques jours à voyager ensemble, on s'fait des copains, pour peu qu'on soit pas trop con ou désagréable. J'm'engouffre dans la forêt, j'avance pépouze et fagottant tout ce qui a l'air de brûler tout à l'heure. Force est de constater que y'a pas grand-chose au début, mais heureusement, ça va mieux après. Faut dire qu'entre la saison et le vent de ses derniers jours, un paquet de branches sont tombées, et que l'occasion fait le larron.

    Quand j'reviens, les gens sont en cercle, et les préparatifs touchent à leur fin alors que des torches sont allumées sur tout le pourtour. Y'a même le vieux Sass qu'a sorti son crincrin, et j'arrive pas à savoir si j'en suis content : la dernière fois qu'il a été accordé doit dater d'avant la guerre contre les Titans, mais d'un autre côté, ça fait chanter Serena, sa p'tite-fille, et danser tout le monde, ce qui est sacrément convivial.

    Nako me fout une pinte de blonde dans les pognes, et on trinque avec un grand sourire.

    Hé, belle vie, quand même.
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  • Mer 11 Jan - 17:39
    J'aime bien ma vie de caravanière. Elle me permet de voyager. D'arpenter les routes. De découvrir le monde et les étranges personnalités qu'il recèle parfois. Aujourd'hui je suis sur une route de la république. J'ai acheté des perles à Courage, participé à quelques marchés tant que j'y étais. Je rentre à Liberty où j'ai deux ou trois bricoles à faire en rapport avec mes expériences sur l'électrum. Les propriétés de ce métal sont intrigantes. Je cherche encore à trouver des applications pratiques. Le livre de Erin la fantasque donne beaucoup de pistes farfelues sur le sujet mais assez peu d'indications concrètes sur la manière de les mettre en oeuvre.

    J'imagine que je pourrais décider ce soir de me pencher de nouveau sur le livre et d'essayer d'échafauder quelques expériences sur le sujet. J'imagine que je pourrais me plonger dans mes livres de comptes (en retard) avant d'aller trouver les banquiers et faire le point sur la situation financière de ma toute nouvelle entreprise installée au Reike ...  Mais non. Définitivement je ne suis pas d'humeur très studieuse ce soir. Nous sommes à une halte de caravaniers bien connus et j'ai envie de sociabiliser bien plus que de travailler.  Les gens du Sud rencontrent ceux du Nord. Certains sont des têtes connues (les routes du pays sont petites au final ... on ne fait que se croiser quand on est dans le métier). Certains de parfaits inconnus. Pour l'instant.

    J'ai dans l'idée que je pourrais aller boire un verre. Echanger quelques rumeurs. Ecouter p'têtre un peu de musique ou un conte. Voire (ce serait une chance inouïe) réussir à me glisser dans une partie de dé ou de cartes.

    A l'aise dans ce genre de situation, je m'approche d'un groupe qui a l'air sympa. Un gars que je connais de vue mais sur la figure de qui j'arrive pas à remettre de nom est en train de jouer de la musique. C'est entrainant. Ca trinque, ca parle fort, ca rit. J'aime bien.

    Ma choppe pour l'instant vide en main, j'ai pris avec moi quelques bouteilles de Rhum achetées à Courage. Je pourrais faire la réclame de ma propre piquette, la fameuse bleuette. Mais elle n'est pas assez forte à mon goût et mes quantité en stock sont très limitées !

    - Hey salut. J'peux m'joindre à vous ?

    Question rhétorique parce que je sais que tout le monde est toujour sle bienvenu dans ces moments là. Le musicien a l'air de me reconnaître, il m'adresse un grand sourire. Il a meilleure mémoire que moi car il se rapelle de mon nom. Il crie et fait un grand geste d'invitation.

    - Ah si c'est pas la petite demoiselle Gerda ? Viens, viens installes toi !

    Il en faut pas plus pour qu'en quelques instants, je me retrouve assise sur un banc improvisé, au milieu de joyeux inconnus. Mon verre est rempli de je ne sais quoi avant que je n'ai le temps de dire ouf et je lève mon verre pour remercier l'anonyme donateur.  Mon tour viendra quand il s'agira d'ouvrir ce que j'ai apporté. Les bouteilles attendent sagement leur heure à mes pieds.

    Sociable par nature, je me tourne vers mon voisin de gauche (un caravanier j'imagine ?) pour me présenter en quelques mots succincts.

    - Salut ! Gerda. Bijoutière. Et toi ?

    Je fais de même avec mon voisin de droite qui me tourne à moitié le dos à ce moment là. Pas sûr qu'il m'ait entendue avec la musique qui va. D'ailleurs la mélodie fait son petit effet. La belle chope que je tiens en main s'anime. Elle commence à émettre des sifflements joyeux en suivant la musique et à battre du clapet. Un petit accessoire enchanté bien joyeux qui connait son succès là où je le vend ! Il garde la bière au frais en plus.

    Répondant aux regards peut-être surpris de ceux qui ne me connaissent pas encore, j'explique.

    - ... j'enchante un peu les objets aussi ...

    J'ai un léger rire, fais un petit geste de la main, l'air de dire en désignant la choppe "fais pas attention à elle".
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    Pancrace Dosian
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  • Mer 18 Jan - 16:50

    On commence doucement, hein. Mais de ce que Nako m’a raconté, suivant les ambiances et les motivations des convives, ça peut aller jusqu’aux petites heures du matin, suite à quoi les gens vont difficilement gratter une petite heure les yeux fermés avant de devoir harnacher les bêtes, remballer tout le matériel, et entamer la dure fin de route. Dure, pasque les charrettes tanguent et soubresautent sur les ornières et cailloux de la route, ce qui peut s’avérer relativement fatal pour celui qu’a mal jaugé ses limites et doit subir une gueule de bois foudroyante.

    Les meilleures soirées sont celles où y’a un expert en guérison, d’après Nako, pour faire partir le poison. Là, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres, et à tous les excès. Ça m’aurait pas déplu, mais on n’a pas cette chance ce soir, à ma connaissance.

    J’avais pas vu, mais y’a une autre caravane qu’est arrivée, de l’autre sens, et qui fait halte au même endroit. Le coin est fait pour, et personne s’en plaint, surtout que c’est pas la place qui manque. Ça se hèle et ça se salue et ça échange les nouvelles, en rigolant si elles sont bonnes, avec de la commisération sinon. Quand on se capte de loin en loin, comme ça, y’a toujours des trucs à se raconter, j’suppose, et j’laisse mes esgourdes traîner en regardant autour de moi.

    Juste derrière, une nana essaie de faire connaissance, alors j’la salue d’un signe de tête en levant ma choppe.

    « Pancrace, ‘chanté. Pas vraiment caravanier, j’fais juste le trajet avec le groupe pasque c’est plus facile et pratique. »

    Pas que j’cache que j’suis officier républicain, mais y’en a qui le vivent mal, genre ils doivent avoir des trucs à se reprocher. Comme si j’allais me donner la peine de fouiller leur marchandise à la recherche de contrefaçon ou d’articles illégaux s’ils viennent pas me chier dans les bottes. Nan, j’suis en trajet, c’est-à-dire plus ou moins en vacances, alors si j’ai pas le type dans le pif, il peut dormir sur ses deux oreilles, je vais clairement pas m’emmerder.

    Puis ça mettrait une sale ambiance.

    Nan, mon attention est plutôt directement happée par la choppe à clapet, très pratique pour éviter que ça s’évente, mais qui est surtout animée, et ça, ça fait un peu rêver. Y’a un côté convivial, mais j’ai surtout un paquet de questions qui me viennent en tête.

    « Enchanteuse d’objets ? C’est trop cool ! Assez peu eu l’occasion d’en fréquenter, mais c’est toujours des grands moments ! »

    La plupart se prend juste beaucoup trop au sérieux, on croirait que ce sont des titans venus nous apporter la science et le progrès. J’dis pas que c’est pas vrai, mais qu’il faut rester lucide et modeste, hé ? En tout cas, Gerda a peu de chances de se prendre pour un titan, y’a déjà comme qui dirait un p’tit -on commentera pas le jeu de mot involontaire- problème de taille.

    « Je dois savoir. La choppe est contente quand elle se fait remplir, quand elle se fait vider ? Au-delà de tout jeu de mot un peu salace, hein. Elle se plaint si on la lave pas ? Elle fait du bruit quand ça fait trop longtemps qu’elle a pas servi ou qu’on n’a pas fait la fête ? »

    J’enchaîne un peu, mais ma curiosité a eu raison de moi. Hé, la magie, c’est quand même un des trucs les plus surprenants, c’est tout un champ des possibles, et si j’ai pas été particulièrement éduqué en la manière, ça m’empêche pas de vouloir me cultiver et de m’arranger pour trouver des babioles et des informations sur de nouveaux sorts, des objets, bref, toutes ces conneries.

    Juste qu’en tant qu’officier républicain de base, j’suis assez rarement confronté à des problématiques magiques avancées.

    « Du coup, ouais, bijoutière, les affaires t’appellent à Liberty après avoir commercé à Courage ? Y’a pas de rivalité particulière avec les gens qui sont tout le temps sur place, et qui ont une clientère établie ? Y’a un rapport avec l’académie Magic ? »

    Ouais, nan, entre l’alcool et ma bonhomie naturelle, j’me rends compte que j’ai envie de parler. Et trois jours avec les mêmes personnes, j’ai un peu l’impression d’avoir fait le tour. Des nouvelles têtes, ça fait déjà du bien, paradoxalement. C’est comme si la route, c’était un huis-clos, alors qu’on a toute l’immensité autour.

    Marrant, ça.
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  • Mar 24 Jan - 14:30
    L'un de mes voisins (celui dont l'attention a été attirée par les claquements de choppe) parait plus bavard et enclin à discuter que les autres.
    Parfait ! Grande sociable par nature, il ne m'en faut pas plus pour partir. Au milieu des rires, des chants et des craquements de feu, je me lance dans un joyeux bavardage.

    - Ah ! Pas caravanier, voyageur donc ! Méfies toi, on prend vite goût à cette vie là !

    Et je rajoute avec un ton malicieux.

    - Quoique ... des fois les paillasses sont horriblement inconfortables. Il y'en a qui en on vite marre de se reveiller avec des cailloux dans le creux du dos.

    Ce qui n'est bien sûr pas le cas de la mienne. J'ai une caravane 200% tout confort, équipée des tout derniers enchantements tout confort. Mais je suis prête à parier ma choppe enchantée qu'il accompagne quelqu'un qui lui a refilé le couchage minimal requis. Oui, celle là même qui fait la pitre. Je ris un peu.

    - Ouais. C'est une manière de briser la glace d'avoir un godet qui fait le mariole.

    Je fais semblant de le croire quand il affirme que le sous entendu salace était accidentel et regarde l'objet d'un air critique. J'essaye de me rappeler exactement l'entremêlage savant d'instructions magiques que j'ai utilisées pour confectionner l'objet.

    - Hum ... Contente je ne sais pas, je n'ai pas poussé le vice jusqu'à créer des émotions dessus.

    Cela dit et maintenant qu'on en parle, faire un objet qui se bidonne si il entend une blague ou si on le chatouille, ca peut être un défi intéressant.
    Quant à connaître l'utilité d'un pareil objet, ça ... c'est un autre problème !

    - En revanche, si tu mets un doigt ou essaye d'y boire, le couvercle reste en position ouverte. Manquerait plus que de se faire mordre par son propre verre ! Les choppes qui réclament à se faire laver auraient pas beaucoup de succès ... ca ferait un bordel incroyable dans les cuisines de tavernes en pleine nuit. De mémoire ses effets se déclenchent quand elle entend de la musique ou quand on la remplit !

    Je lève un index et avec un sourire plein d'autodérision, j'annonce :

    - Attention, démonstration !

    Même si mon public est réduit, je prend un grand plaisir à faire la démonstration immédiate de l'objet, en buvant de manière fort théatrale tout en désignant avec des gestes grandiloquents le résultat.

    - Observez, Monsieur Pancrace, à quel point tout cela est pratique et sophistiqué !  

    La preuve probante apportée, le bavardage continue. Banal et tout à fait dans le ton de la soirée, je répond volontiers aux interrogations du gaillard.

    - Quelque chose comme ça oui ! Je suis passée à Courage pour acheter des perles. J'ai fait quelques ventes au passage, rien de folichon en cette saison.  Je passe rapidement à Liberty pour régler des problèmes sur l'importation de bière.

    Oui c'est surprenant pour une bijoutière enchanteuse déclarée. J'anticipe la surprise en faisant un petit signe de la main et en précisant.

    - On monte une brasserie avec une copine de notre petite guilde de marchands itinerants. Ca marche pas mal mais il y a toujours plein de paperasse à faire pour que ca marche ...

    .. et de gens à soudoyer ... c'est la vie !

    - J'ai fait un semestre à l'académie Magic quand j'étais encore en étude à Melorn. C'est un bel endroit ! J'ai pas trop de rivalités à ma connaissance ... je suis sur un créneau très particulier. Je reste jamais assez longtemps en place pour concurrencer beaucoup les autres vendeurs de rue et j'ai parfois une clientèle noble assez difficile à approcher mais qui est régulière une fois qu'on est dans leurs carnets d'adresse. C'est eux qui font faire le boulot le plus "intéressant" je t'avoue.

    Pierres rares, métaux précieux, enchantements uniques et j'en passe. Mes talents de créatrice et d'artisane sont poussés à leurs limites pour satisfaire ces demandes particulières. Toute conversation exigeant sa réciprocité, vient mon tour d'essayer de connaître un peu mieux le gaillard que j'ai en face de moi.  Pancrace aurait le physique pour être garde ou travailler comme conducteur et palefrenier, il passerait inaperçu dans ces conditions. Mais rares sont les gens qui se déclarent "simples voyageurs" dans les caravanes. A moins de rouler dans des chariots spécialement affrétés pour l'occasion (quasiment des diligences en fait). Ca éveille la curiosité ! ( Curiosité j'ai dit ! Pas suspicion. Pourquoi je serai suspicieuse ?? Ce gars là à l'air joyeux, bien intentionné et intégré au sein d'un groupe de voyageurs que je connais au moins de vue. )

    Je change de position, de manière à me tourner davantage vers lui et croise les jambes, me mettant cette fois dans une posture d'écoute intéressée.

    - Alors et dites moi "Monsieur le voyageur", quelle est la teneur de votre périple ... ? Vous voyagez avec Sass et les autres ?

    Dis-je en désignant du menton le vieux et la troupe de joyeux lurons assemblés autour. Pour une fois, je l'avoue, je n'ai pas beaucoup d'idée sur ce qu'il risque de me répondre. Beaucoup d'hypothèses me paraissent valables. Du simple "je vais voir de la famille" à "Je vais tenter ma chance à Courage et me faire engager sur un navire !)
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  • Mar 31 Jan - 16:41

    La conversation démarre bien. Après tout, on aurait pu croire que l'enchanteresse serait super introvertie et utiliserait la choppe pour faire la conversation à sa place, de peur de devoir parler et échanger avec les gens. Du coup, ça serait un bon moyen d'avoir un peu de contact humain... personnel, vu que c'est une naine, et de discuter vaguement avec les gens.

    Même chez les caravaniers, y'a des gens un peu renfermés, ne serait-ce que parce qu'ils sont suffisamment inadaptés pour avoir choisi une vie sans, ou avec très peu, d'attaches. Ils représentent pas la majorité, c'est certain, pasque faut quand même réussir à vendre ensuite, peu importe ce qu'on a dans la charrette, mais dans l'idée, tout est possible.

    « Franchement, c'est impressionnant, cette choppe. Y'a moyen d'en acquérir une ? Ca ferait marrer les copains, et moi aussi, accessoirement. Ou en tout cas me dire où j'pourrais en trouver un exemplaire qui ressemble un peu. »

    Puis on reprend des sujets un peu plus sérieux, maintenant que la glace est rompue, et qu'il est possible d'envisager de se connaître davantage, autour d'une choppe qui s'agite toute seule, et une autre au bout de mon bras. C'est que les affaires roulent bien en République, c'est un peu notre spécialité locale, et on compte pas s'arrêter en si bon chemin, j'suppose.

    « L'importation de bière, la création d'une brasserie, les pintes qui remuent, est-ce qu'il faut y voir une thématique qui t'est chère, et vers laquelle tu diriges une belle part de ta créativité et de tes intérêts ? »

    J'éclate d'un rire plein de bonhomie en reprenant une lampée.

    « Faut que tu me dises de quelle bière il s'agit, et éventuellement où l'acheter, je me ferai un plaisir de goûter à l'occaz' ! »

    P'tet que c'est ça, le piège du caravanier : tu penses faire la fête, puis tu ressors avec des factures pour la moitié des villes du pays, et tout un barda qui va atterrir chez toi sous peu, à devoir entreposer quelque part ou bien refiler à droite à gauche. Pas que ça m'inquiète, on trouvera toujours à descendre un tonnelet avec les collègues, avec quelques merguez trop brûlées si on arrive jusqu'à la belle saison.

    « Ouais, les papiers, c'est un peu notre truc, on en fait même un peu trop... D'un autre côté, c'est ce qui participe aussi à la mécanique bien huilée du pays, et qui assure une part d'équité entre les villes, les administrateurs, les fonctionnaires... Bref, c'est moins à la tête du client, quoi. »

    Un mensonge éhonté, vu qu'il suffit d'orienter un formulaire dans un sens ou dans un autre, moyennant un peu de motivation sonnante et trébuchante, et on peut passer au travers de trois commissions sans même avoir le temps de faire "ouf", ou aussi bien se retrouver dans un néant administratif qui n'en finit pas pendant des années, jusqu'à devoir juste faire une nouvelle demande. Mais c'est aussi une manière de fonctionner qui assure que les gestionnaires finissent pas à la rue. S'ils étaient mieux payés, tout ça... Et je dis pas ça que pour nous autres Officiers Républicains !

    « Ouais, ça m'est arrivé de collaborer avec l'Académie Magic pour le boulot, de temps en temps. »

    Forcément, c'est des sujets sensibles, donc faut parfois faire appel à des professionnels, et j'en reviens quasiment, d'ailleurs.

    « Un coin sympa, mais les gens qui y vont sont pas toujours très dégourdis, faut bien le dire. Alors que l'armée et l'école de la vie, hein, ça te décille un peu plus vite que les grimoires et les vieux profs. M'enfin, sans vouloir généraliser, pas vrai ? »

    Mais un peu quand même, comme à chaque fois que quelqu'un dit qu'il veut pas donner l'air de balancer sur les autres. Sourire en coin. Alors qu'un tonneau roule à portée, j'tends ma choppe, qui se fait prestement remplir. Puis, comme il se doit, la conversation bascule vers l'autre plus gros sujet possible, à savoir : moi.

    Toujours pas trop envie de raconter mes aventures au service de la paix, alors on va se contenter d'être vague, hé ?

    « Ouais, j'rentre à Courage avec eux. J'les connaissais pas avant, mais si y'a moyen de faire le trajet en bonne compagnie, moi, j'suis preneur. Puis c'est plus sûr, avec tous les brigands qui infestent les montagnes et tout. J'étais pour quelques affaires à Liberty. J'bosse dans... la sécurité privée, pour un négociant de gros. Fallait transmettre un contrat, s'assurer que tout allait bien, toutes ces conneries, quoi. L'a pas voulu utiliser le service postal, donc j'ai gagné un aller-retour en express. »

    De toute façon, entre la Grande Armée Républicaine et le quotidien d'Officier, j'me leurre pas, j'ai pas la dégaine d'un restaurateur ou d'un couturier, donc autant rester dans le domaine paramilitaire.

    « T'sais ce que c'est, t'es jeune et con, tu veux pas finir pâtissier comme maman, le sergent passe dans le quartier et parle de voyages, d'aventures et d'esprit de corps. Trente minutes plus tard, t'embarques pour deux piges à marcher au pas sous la pluie avec cinquante kilos sur le dos. Ca te vaccine vite et quand tu reviens en civil, tu te rends compte que ça t'a marqué plus que t'aurais cru... Et voilà. »

    Un résumé très très proche de la réalité, même si les Officiers Républicains font partie d'une branche spécifique de l'armée. Reste que ça fait la conversation pas trop mal, m'est avis.

    « Là, ça roule bien, j'peux pas dire que j'aie à me plaindre ! »
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  • Mar 7 Fév - 10:13
    Amusée, je répond du tac au tac.

    -Il y a moyen.

    Je lève la choppe devant mon nez, la fait tourner pour faire mine d'observer un moment les reflets du feu sur l'étain. Bien que la décision soit prise depuis un moment, je fais mine de me décider.

    - Je la mise aux dés si tu veux. Cul de chouette, tu connais ? Tu gagnes t'as la choppe. Tu perds, tu bois.

    Présenté comme ça, ca ressemble à du gagnant-gagnant pour le caravanier, non ? Et puisque j'adore jouer aux dés et boire en bonne compagnie, je vous assure que moi aussi j'y trouverai mon compte.  Je suis douée au cul de chouette, ce n'est pas qu'un jeu de chance, non non. Si il veut gagner la choppe, il faudra qu'il s'acharne un petit peu jusqu'à ce que les dés me trahissent.

    Je ris un peu quand il me fait remarquer que effectivement, mon commerce semble suivre une direction tracée vers l'alcool. Je hausse les épaules, ne pouvant contredire l'ironie des choses.

    - Bah ... je suis bijoutière mais il faut être souple dans les affaires. Il faut croire que les gens ont davantage besoin d'alcool que de bijoux.

    Je lève un index, comme si j'allais énoncer une vérité sentencieuse issue d'une sagesse populaire ancestrale.

    - "On se marie qu'une fois, on boit pour le reste de sa vie".

    Il y a probablement un ancien sage et plein d'expérience qui a prononcé ces paroles.

    - C'est sans doutes pour ça que je vend plus de pintes que d'alliances.

    Je décroise les jambes, profite d'un court répits pour vider ma choppe. Il ne faut pas longtemps pour qu'une bouteille secourable me soit tendue et qu'un nouveau liquide vienne remplacer l'ancien.  L'ambiance est bonne. Les bouteilles que j'ai ramenées ont déjà commencé à être ouvertes et à tourner. Elles mettront un peu de temps à être vidées probablement. Le rhum c'est costaud. Pour eux.

    Je balaye l'air d'un geste amusé quand on évoque la paperasserie. Le geste fait tinter les quelques bracelets de breloques que je porte.

    - Ah oui, quel enfer ! Je me demande ce que vous faites de toute cette paperasse une fois qu'elle est signée. Certains doivent s'en nourrir ... des espèces de ... de ...

    Je plisse les yeux, essayant d'imaginer quelle créature incongrue et maléfique pourrait se repaître des fruits de cette administration Dantesque.

    - ... Fonctionnaires-garous mangeurs de papiers. Pâles, édentés, les doigts noirs d'encre qui se nourrissent de la contrariété des gens qui imprègne les parchemins qu'ils utilisent pour tapisser leurs antres, au plus profond des archives cachées où jamais le soleil ne brille.

    Quelle imagination, je m'épate moi même des fois. Et je n'ai encore (presque) rien bu ! Attendez un peu la fin de soirée. Je hoche un peu, prenant un air intense et sérieux.

    - Des monstres. Le fléau de l'humanité.

    La conversation tourne et c'est à mon tour d'écouter la vie de "monsieur Pancrace". Une vie, c'est complexe et riche. C'est amusant de voir ce que les gens choisissent de dire d'eux pour se décrire. Le temps de parole est limité, ils savent qu'ils doivent aller à l'essentiel dans un sens.

    Il a donc fait un petit tour à l'académie. Pas vraiment en tant qu'élève. Sa description du lieu  d'enseignement me fait sourire. J'approuve même d'un hochement de tête ! Bien que je sois passée par la case "école de magie" je ne suis pas une rate de bibliothèque. Je ne serai pas ici sur les routes, sinon !

    - L'école de la vie, la meilleure !

    Cette déclaration mérite que je lève ma choppe pour trinquer.

    La suite du récit est intéressante. C'est l'histoire d'un gars qui s'est engagé dans l'armée et qui après son service s'est reconverti comme épée à louer. J'imagine qu'il a pu vivre de son savoir-faire de façon relativement honnête, sinon il ne serait pas là au milieu des marchands.

    - Je vois. La boulangerie des parents semblait un peu petite une fois rentré au bercail ... ? Tu as ramené une ou deux cicatrices de tes voyages du coups  ... ?

    Une question que je n'aurais pas posée si j'avais constaté qu'il était défiguré ou amoché.

    - Voire un tatouage ... ?

    Certains régiments ou équipages aiment bien tracer des souvenirs à l'encre. Quoique ce soit peut être plus répandu au Reike ... ? Je ne sais pas. Cette mode m'a toujours fascinée. Chez les autres. Je ne tiens pas à expérimenter l'aiguille pour ma part. Mes goûts sont bien trop changeants pour ça.
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