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  • Ven 10 Fév - 9:27
    ♪♫

    「 Ⅰ - La rencontre 」

    Dans la cour du domaine Kraüss-Lichtenfels, se faisait face Engel, élève à l'université Drakstrang et Blüm, la benjamine de la fratrie alors âgée de dix-sept ans. Tout deux étaient à l'épée et au bouclier. Les armes étaient d'une excellente qualité et bien entretenues et pour cause, elles sortaient tout droit de la grande armurerie familiale qui faisait leur fortune et leur influence dans le Reike.

    - Surveilles ton jeu de jambes, Blüm! Le bouclier ne fait pas tout.
    - Oui, Engel! Reprenons!
    - Non, petite soeur. Nous nous sommes assez entrainés pour aujourd'hui.
    - Mais...Engel!

    C'est alors qu'apparut un homme inconnu aux yeux de la Fleur. A vue d'oeil, il avoisinait la quarantaine et sa posture était bien droite.

    - Engel!
    - Ah Capitaine Rybak! Vous voilà!
    - Navré de vous interrompre.
    - Capitaine?!

    La surprise étant de taille pour la jeune blonde, elle ne sut réprimer son étonnement. Ce qui embarrassa le jeune soldat et fit finement sourire l'arrivant.

    - Ne vous excusez pas, Capitaine Rybak. J'apprenais à ma cadette quelques passes d'armes.
    - Capit...???

    L'oeillade vrilla d'un homme à l'autre, attendant des explications sur le ton informel qui semblait s'être instauré entre eux deux. Blüm avait une image très protocolaire et respectueuse de l'armée dans le berceau martial qu'était le Reike. Elle avait donc du mal à comprendre cette soudaine familiarité entre un soldat et un officier.

    -  Montrez-moi ça si vous le voulez bien
    - Tu as entendu, petite soeur? En garde!

    La Fleur allait de surprise en surprise à les écouter. Voilà qu'elle avait la possibilité de faire ses preuves devant un véritable officier de l'armée reikoise. Ni une ni deux, d'un hochement sec de la tête, elle se mit en garde face à son frère. Debout sur les marches de la terrasse, le Capitaine, les bras croisés sur son torse, observait attentivement le duel qui allait se dérouler.

    - En trois touches, Engel.

    Fléchis sur leur genoux, le bouclier au poing gauche pour l'aîné et au poing droit pour la cadette. L'officier reikois nota la différence d'appui et de main directrice du frère et de la soeur. Engel, pas bien plus haut que sa soeur - tout deux étant grands- jouait de sa force tandis que Blüm usait de sa vitesse. C'est elle qui ouvrit les hostilités dans un balayage des pieds. D'un mouvement souple et vif, elle s'accroupit et faucha les jambes cuirassées de son frère qui ne put que battre en retraite en assénant un coup aussitôt paré par le bouclier de l'adversaire se redressant. Le disciple grogna rageusement, sa soeur était vraiment très rapide. Le Capitaine, lui, sourit. Le coup était basique et peut-être risqué face à un combattant de taille similaire. Viser les genoux, c'est bon pour blesser plus grand que soi. Pour autant, la passe d'armes était bien effectuée et tout aussi bien contrée.

    Frère et soeur se tournaient autour avec méfiance et Blüm repartit à l'assaut. La semelle dérapa sur le sable de la lice improvisée, la silhouette bondit tandis que les boucliers s'entrechoquèrent brutalement. Le geste fut si rapide qu'à peine la poussière retombée sur le sol, la jeune blonde marquait le premier point d'une touche dans le dos. Le Capitaine eut un léger mouvement de recul, semblant sceptique. Aussitôt mis en garde, la Fleur harcela le jeune soldat de passes gauche-droite droite-gauche infernales à parer pour le forcer à battre en retraite. Cependant si la blonde était vive, lui était fort. A force de parer, il finit par bloquer la lame et du plat du sabaton et aidé du bouclier repoussa son adversaire de bons pas jusqu'à la déséquilibrer. Ni une ni deux, dans un mouvement puissant, Engel mit à terre sa soeur qui gronda à son tour. Sentant la tension des égo et l'atmosphère s'électriser, le Capitaine décroisa les bras dans un applaudissement et conclut.

    -  Bravo à vous deux! Cependant, Engel, nous avons encore à faire. Demoisell...
    - Blüm, Capitaine!
    -  Ravi Blüm. Pour vous, ce sera Teobalt.
    - Je te laisse tout ranger sur le râtelier, petite soeur.

    Les deux hommes disparurent aussitôt dans la demeure et la Fleur fut de corvée d'entretien et de rangement des épées et boucliers. Le visage aux traits naturellement soucieux du Capitaine la hantait. Ses cheveux blancs plaqués en catogan, les fines cicatrices nacrées qui constellaient son faciès parmi les rides d'expression et son regard pers perçant. Les épaules souples et dégagées, Blüm se mettait à l'imaginer dans son costume d'officier. Aujourd'hui, Teobalt était en tenue de civil, venu jouer une partie d'Arrake avec Engel.

    Les deux s'étaient installés dans la verrière donnant sur les jardins verdoyants de la propriété. Pour plus de tranquillité, les portes coulissantes en bois avaient été refermées derrière eux. Ainsi ils pouvaient profiter de leur jeu au calme, réchauffés par les doux rayons de soleil transperçant le verre. Confortablement assis dans ce salon d'été, ils jouissaient de la clarté du jour pour leur partie. La cadette plus si petite, après en avoir fini avec ses tâches, longea l'extérieur de la salle et les remarqua ainsi attablés. De son angle de vue, bien que celle-ci fut parfaite, Blüm ne voyait pas la carte qui avait été sélectionnée. Curieuse, elle se hissa sur la branche d'un arbre qui ombrageait la pièce et observa le déroulement du jeu.

    Engel était nerveux quand Teobalt était réfléchi. La Fleur reconnaissait bien là le défaut de son frère. Il allait rapidement à la confrontation, pensant gagner du temps, des points et la partie le plus vite possible. Cela marchait avec les débutants mais ça ne grugeait ni n'impressionnait pas un joueur expérimenté comme Rybak. L'objectif fut atteint en deux heures et remporté par l'officier qui salua poliment son adversaire. Blüm nota que son sourire était discret et humble. C'est alors qu'il releva son regard bleu-vert vers le toit vitré où était installé la jeune blonde. Aussitôt cette dernière s'empourpra et disparut dans les feuillages.
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  • Sam 11 Fév - 10:02
    「 Ⅱ - La partie d'Arrake ⑴ 」

    Les visites premièrement sporadiques du Capitaine devinrent de plus en plus régulières. Toujours quand le temps se prêtait à flâner dehors, Engel et Teobalt s'enfermaient dans la verrière et jouaient à l'Arrake. Quand Blüm apprenait que l'officier était dans les parages, elle faisait en sorte de croiser son chemin ou de l'épier par le toit vitré. Elle était impressionnée par cet homme. Sa bouche vrillait en un sourire niais et le rouge lui dévorait le teint quand ses pensées se tendaient vers lui. Voyait-elle des signes là où il n'y en avait pas? Il lui semblait pourtant que le Capitaine réagissait avec plus de douceur et d'attention avec elle. La jeune blonde remarquait aussi ses oeillades furtives vers elle. Son coeur cognait alors à s'en briser la cage thoracique.

    Un jour qu'Engel était à l'université Drakstrang, Blüm reçut une visite improptue et inespérée.

    - Bonjour Blüm
    - Cap...Capitaine. Engel est absent aujourd'hui.
    - C'est vous que je suis venu voir.

    Des papillons grouillèrent dans son ventre et après quelques secondes de silence et sans demander pourquoi, elle l'invita à entrer dans la demeure. Machinalement, elle le mena à la verrière où ils s'installèrent face à face sur les fauteuils.

    - Que...
    - Je...
    - Oh...
    - Allez-y je vous en prie, Blüm.
    - Souhaitez-vous faire une partie d'Arrake?
    - Volontiers.

    Pour la première fois, le Capitaine était là pour elle. La Fleur se redressa de son siège et vint récupérer le jeu. Un écrin de bois d'amarante ciré de la taille d'un plateau d'échecs, s'ouvrant en deux portes sur le dessus. Les deux battants étaient eux même divisés en deux cases. Un compartiment pour ranger un pochon en velours bordeaux et le second fermé d'une plaque coulissante vers l'intérieur de la boite. La finition de l'écrin est parfaite.

    - J'imagine que vous savez jouer si vous me proposez.
    - Oui, Capitaine. Engel m'a initié à ce jeu. Quelle carte voulez-vous utiliser?
    - Celle qui vous conviendra, Blüm.

    Même si la Fleur connaissait par coeur les quatre plaques en bois représentant les plateaux de jeu, elle continuait de les admirer. Sur chaque planche carrée, légèrement en relief de par leurs gravures, était dessiné le morceaux d'une carte du Reike. Il y avait la zone maritime qui donnait un bonus de déplacement aux unités. Un terrain pour les parties rapides. La zone désertique qui donnait un malus de déplacement aux unités. Un terrain pour des amateurs d'Arrake qui souhaitent se mettre un peu de difficulté. Mais encore la zone de jungle qui alliait un bonus d'attaque et un malus de déplacement. La carte favorite de Blüm pour ses gravures aux motifs végétaux. Enfin, la zone montagnarde avec son bonus défensif et son malus de déplacement.

    Empilant les plateaux les uns sur les autres dans la boite, elle choisit de jouer dans la jungle car elle se sentait à l'aise avec. Entre temps, Teobalt avait préparé son battant. La paroi coulissante avait été relevé entre les deux compartiments comme un écran pour ne pas que l'adversaire voit les manipulations qui se jouaient derrière. En effet, se dissimulait alors les deux jauges de tours et de ravitaillements faites sous forme de trois bouliers de perles en bois brillantes. La jeune blonde masqua ses propres compteurs choisissant alors le nombre de tours qu'il lui faudrait pour mettre l'armée de l'officier en déroute. Pour cela une solution: abattre le commandement de cette dernière.

    Elle choisit discrètement qu'elle vaincrait le Capitaine en onze tours. Et lui compta quatorze perles sur un maximum de vingt. Maintenant qu'ils avaient mis le plateau en place, ajusté leurs compteurs de tours et de ravitaillement -ce dernier commençant obligatoirement à dix grosses perles et dix petites faisant un total de cent points de ressource-, ils ouvrirent leur pochon de velours. Ceux-ci contenait un nombre important de petites pièces semblable à des fèves sculptées dans du bois de cerisier pour l'un et du bois d'eucalyptus pour l'autre. Les figurines comportaient deux faces. L'une lisse légèrement bombée comme une coquille d'oeuf de caille et l'autre incrustée d'un symbole représentant l'une des six unités pouvant être jouée.

    Après avoir pioché le nombre d'unités au coût correspondant aux points de prédiction de victoire, ils placèrent, chacun à leur tour, leurs pièces sur le quadrillage de la carte en respectant les caractéristiques de position de chacune. Cette phase dura longtemps et pour cause, les préparatifs d'un jeu de stratégie font déjà partie de la stratégie de jeu.

    Quand la dernière pièce fut posée sur le plateau, la partie put réellement débuter.
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  • Dim 12 Fév - 11:24
    「 Ⅱ - La partie d'Arrake ⑵ 」

    L'Arrake est un jeu de stratégie qui nécessite autant de temps de préparation que de temps de jeu. Il est parfois utilisé pour sensibiliser les futurs tacticiens. Malgré qu'il mériterait d'être plus connu, ce jeu de niche trouve facilement amateurs chez qui apprécie la réflexion et l'art de la guerre. Le but de ce jeu est de défaire l'adversaire dans le nombre de coups prédits lors des préparatifs. Avec son système de création d'armée libre, d'atouts et de faiblesses des terrains et des unités, l'Arrake - prononcé Arraké - offre une expérience ludique riche et variée. Il peut prendre diverses formes des plus basiques avec des cartes en vélin, parchemin, tissu brodé jusqu'aux plus prestigieuses en bois précieux voir en pierre taillée. Les pions sont alors ajustés au plateau dans des matières similaires : billes plates, épingles ornementées ou fèves en différents composites. Les bouliers de jauge peuvent être remplacé par des règles à curseur. Une version spécifique utilise même des sabliers pour le compte des tours mais c'est une variante encore plus complexe que le jeu de base. Les graphismes sur les cartes changent d'une édition à l'autre mais on retrouve toujours les quatre même thématiques : Mer/Eau/Automne, Montagne/Air/Hiver, Désert/Feu/Eté et Jungle/Terre/Printemps.

    Blüm observait les courbes sinueuses des lianes s'entrelaçant en arrière-plan sur le plateau de jeu quadrillé de rectangles tantôt verticaux tantôt horizontaux, les pièces en bois de cerisier toutes identiquement anonymes de son adversaire ainsi que les siennes aux teintes plus foncées de bois d'eucalyptus face visible de son point de vue. Le premier tour lui revenait. Misant sur les unités de fantassins, elle s'était tout de même octroyée le luxe de deux mages et un guérisseur. Délaissant la cavalerie dont l'atout de déplacement était annulé par la faiblesse du terrain, elle n'avait pas pensé aux archers tandis que Teobalt en avait fait ses unités principales. Le commandement bien derrière les lignes pour le protéger au maximum enfin c'est ce que la Fleur imaginait alors. Elle avançait ses unités en ligne pour couvrir le plus de terrain. Le Capitaine se garda de sourire ou de se moquer de cette technique de débutant car tout du long de sa carrière, il avait appris à se méfier de ses ennemis. Lui avait divisé ses archers en deux pack ajoutant au premier un mage et au second un guérisseur. Puisqu'il pariait sur plus de tours pour gagner que la jeune blonde, il avait moins de points de création d'armée à dépenser.

    A l'inverse d'Engel, Blüm avançait lentement vers l'ennemi, ratissant les points de ravitaillement pour ne pas manquer de ressources au cours de la partie. Elle avait pour stratégie de créer un mur infranchissable avec ses fantassins et son duo de mages pour protéger son commandement et son guérisseur en aval. Le souci était que les unités de base devaient se trouver sur une case adjacente pour attaquer comme une escouade au corps-à-corps tandis que les archers pouvaient tirer à longue portée soit à deux cases de l'adversaire. Rybak avançait par pack en biais l'un devant l'autre mais avec une économie de mouvement certaine par rapport à la Fleur. Il la laissait venir à lui, écraser ses fantassins sur sa percée d'archers. Les manoeuvres durèrent longtemps avant les premiers combats. Cependant, la ligne de corps à corps enfin détruite, ce sont les tireurs qui prirent l'avantage. La seule chose qui donna du fil à retordre à Teobalt fut le deuxième mage de la jeune blonde. Les mages sont des unités à distance puissantes bien qu'onéreuses et l'officier fut surpris d'en découvrir un second dans l'armée ennemie. C'était bien joué de la part de l'adversaire mais ça ne faisait que retarder l'inévitable car c'est une unité qui consomme aussi beaucoup des points de ravitaillement. Le onzième tour arriva et Blüm vit la détresse de la tournure des évènements. Elle aurait pu gagner en plus de tours que prévu ce qui ne lui aurait coûter que quelques points de pénalité sur son score final. Malheureusement pour la Fleur, le Capitaine avait vu juste et au quatorzième tour, la partie était finie, remportée par lui-même.

    Rybak ne fit aucun commentaire sur la stratégie de son adversaire. Les pensées insondables, le visage impassible, il la salua poliment, la remerciant pour le jeu après l'avoir aidé à ranger puis il se retira du domaine. La jeune blonde fut déconcertée par la réaction de l'officier reikois qu'elle ressentit soudainement froide mais ne souhaita en dire mot à son frère pour le moment.
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  • Mar 14 Fév - 9:16
    「 Ⅲ -  Dans le sillage de Rybak ⑴」

    Lors des visites suivant leur partie, Teobalt retourna toute son attention vers Engel. Du moins, c'était ce que percevait alors Blüm. Elle sentait une distance s'immiscer entre eux deux, ce qui l'attristait grandement. Ruminant intérieurement, moult interrogations la taraudèrent: Qu'ai-je fait pour mériter son ignorance ? Ou serait-ce du mépris ? Cela dit comment en sommes-nous arrivés là? Sa pauvre lippe était mordillée au sang. C'était la première fois qu'elle se faisait un tel sang d'encre sur son image. Que l'avis de quelqu'un d'autre que celui de son frère Engel lui importait. La première fois qu'elle ressentait tant d'émoi. Quand elle réalisa tout cela, c'est elle qui se mit à l'éviter lors de ses venues. Quelques semaines passèrent ainsi dans un simulacre d'indifférence de part et d'autre. A cette petite guerre - s'il y en avait réellement une -, aucun ne voulait baisser les armes et après la distance, ce fut l'absence. Habituée à sentir son parfum dans la verrière deux à trois fois par mois, la Fleur en perdit définitivement la trace olfactive au bout de quelques semaines de vide. Quand Rybak arrivait, la jeune blonde percevait des notes salicylées, sentant le sable chaud et le soleil d'Ikusa. A la fin d'une partie d'Arrake, lorsqu'il quittait son fauteuil, flottait dans l'air une fragrance de résines, rappelant les parfums dit orientaux. Mais après son départ, l'odorat si développé de Blüm détectait encore la présence boisée du cèdre.

    Les jours de visite jusqu'alors coutumier semblaient se traîner en longueur maintenant que l'officier et l'ainé ne se côtoyaient plus dans le domaine familial. En vérité, ce n'était qu'elle qui se languissait du quarantenaire. La Fleur se prenait à fantasmer secrètement, lui imaginant des sentiments réciproques et jusqu'à rêver de fragments d'idylle dans ses bras. Là où cela aurait dû être frais car nouveau, c'était déjà lourd et pesant. A qui donc en parler? Faut-il lui avouer? Comment? Les doutes la rongèrent, les questions s'assaillaient encore et toujours. Blüm finissait par croire qu'elle allait devenir folle. Elle choisit de s’entraîner à une nouvelle arme pour passer le temps, se défouler mais surtout progresser au combat. La jeune blonde jeta son dévolu sur une flamberge. Epée à deux mains à la lame longue et ondulée offrant allonge et étourdissement pour l'adversaire grâce aux vibrations qu'offre la forme du fer. De nombreuses heures furent dépensées à l'exercice mais l'occupation fut récompensée. Quelques semaines plus tard alors qu'elle s'initiait à la garde défensive dans la cour sablée, Engel la rejoignit après une longue absence dans le foyer. La joie de revoir son frère sans une égratignure fut de taille mais la surprise qui l'attendait derrière lui encore plus. Teobalt était présent, en retrait, respectueux des retrouvailles des Kraüss-Lichtenfels. Le minois de la petite soeur se décomposa à sa vue et le jeune soldat ne rata pas l'occasion de taquiner sa cadette.

    - Bah, alors Blüm, tu as vu un revenant?!
    - Cap...Capit...
    - Bonjour Blüm

    Les yeux bleus de la Fleur se mirent à briller. Si les codes ne lui interdisaient pas, elle aurait surement sauté dans les bras de Rybak. Réprimant ainsi son ardeur, elle le salua poliment. Elle remarqua tout de même trois choses: Premièrement, ses yeux pers étaient luisants à lui aussi. Deuxièmement, il était en tenue d'officier tiré à quatre épingles et comme elle l'avait imaginé, sa carrure droite faisait honneur au port de l'uniforme reikois. Finalement, il dégageait une odeur différente de ses souvenirs. La jeune blonde humait là une touche aldéhydée sûrement dû aux accents métalliques rutilants sur ses vêtements, un coeur chaud épicé partagé par de nombreux autochtones du Reike et un parfum de fond de cuir probablement dégagé par ses bottes impeccablement cirées. A moins qu'il ne revint des terres du nord où les peaux tannées, pelisses et autres fourrures en tout genre étaient usuelles. Engel fut immédiatement sollicité par leur mère, louant son retour dès qu'elle fut mise au courant. Blüm proposa alors au Capitaine de s'installer dans la verrière pour attendre le retour de son hôte. Son regard bleu-vert se levaau ciel comme s'il pesa la question. Le ciel était gris clair, les nuages barraient la clarté du soleil, assombrissant le paysage. L'air était lourd bien que le vent se levait et la terre regorgeait d'humidité. Les cieux allaient craquer et se fendre sous peu, grondant et éclatant de pluie.

    - Marchons.

    Sans faire mention du risque élevé d'averse, la Fleur accepta de lui faire une visite partielle des extérieurs du domaine Kraüss-Lichtenfels. Flamberge contre l'épaule gauche, ils longèrent la cour de sable avant de gravir les trois marches en arc de cercle qui donnaient sur une pelouse grasse et un décor luxuriant. Ce jardin était un autre signe extérieur de richesse. Il était entretenu par un jardinier employé et à la belle saison - comme c'était le cas à ce moment - dégageait mille et une senteurs, se parait de moult couleurs et donnait divers fruits et légumes pour la famille. Pour autant, ce ne fut pas de botanique que les deux marcheurs discutèrent. Tandis que Blüm essayait d'en savoir plus sur Rybak, celui-ci s'intéressait à la maîtrise des armes de cette dernière. C'était un échange de questions-réponses assez frustrant pour la jeune blonde qui n'arrivait pas à connaitre davantage le Capitaine. Ils allèrent par le petit chemin de pierres jusqu'au pavillon en bois au fond du jardin. Ce kiosque était utilisé pour les négociations quand le temps s'y prêtait. Il offrait un cadre plaisant et intimiste en plus d'étaler son opulence.

    - C'est ici que votre père négocie ses accords commerciaux, n'est ce pas?
    - Oui, Capitaine.
    - Je les préfère personnellement autour d'une table.

    Blüm était ravie: il s'ouvrait enfin à elle!

    - Est-ce vous qui aller reprendre l'armurerie Kraüss?

    C'était une interrogation dont les deux avaient déjà la réponse. Blüm était vouée à être mariée pour accroître la puissance de l'héritage Kraüss-Lichtenfels. Elle pouvait bien passer ses journées à batailler contre des mannequins de paille et de chiffons. Tout cela n'était qu'une occupation, un leurre pour les véritables desseins familiaux, elle finirait mère-porteuse de futurs riche marchands. L'idée la révoltait et c'est éclat de rébellion se lisait dans son regard.

    - A quoi aspirez-vous personnellement, Blüm?
    - A vivre par les armes, Capitaine.
    - Mais votre famille en vit déjà.
    - Du combat, Capitaine! Je veux me battre pour le Reike comme Engel! Je veux intégrer l'université Drakstrang à mon tour et marquer le monde de mes exploits.
    - Marquer le monde vos exploits... Vous savez, Blüm, la guerre réduit l'Homme à l'état d'animal sur le champs de bataille. Il n'y a pas de héros... A la limite des survivants souffrant de traumatismes. Vous idéalisez l'uniforme mais n'oubliez pas tout le sang dont il est teinté et le parfum de mort dans son sillage.
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  • Jeu 16 Fév - 8:46
    「 Ⅲ -  Dans le sillage de Rybak ⑵」

    Les propos de Rybak eurent un effet coup de poing sur Blüm. Elle en resta abasourdie quelques secondes, sonnée par la fatalité dont faisait preuve le Capitaine. Elle tendait ses pensées vers Engel fier de s'être engagé dans la voie martiale. A l'instar des chevaliers, il était loyal, droit et valeureux, prêt à défendre le Reike dans des combats épiques et couronnés de gloire. La cadette déglutit difficilement.

    - Nous l'apprends-t-on à l'université Drakstrang?
    - Pensez-vous réellement intégrer l'université?

    Le ton de l'officier reikois n'était pas moqueur, il était même empreint d'une certaine inquiétude.

    - Oui, Capitaine.
    - Vous n'y arriverez pas, Blüm.

    Cette fois-ci, il était ferme. Déchirant le voile entre espoir et désillusion. La phrase résonnait en boucle, lacérant comme un rasoir, les lambeaux de son idéal. Les sourcils blonds se froncèrent au fur et à mesure qu'elle réalisait. Une colère sourde l'envahit, l'envie d'hurler que si, elle réussirait, qu'elle avait la volonté et la détermination d'intégrer la prestigieuse université militaire. Pour autant, se montrer révoltée ou chercher à se rebeller contre le fait établi de surcroit devant un officier n'était ni utile ni bien vu.

    - Ce n'est pas parce que vos parents ont payés les frais de scolarité de votre frère qu'ils le feront pour vous. Le prix est toujours plus élevé pour une femme.

    Cherchait-il à l'humilier? A la briser? Les doigts se crispèrent sur la lame ondulée de la flamberge. Le fer mordit la paume en représailles et quelques gouttes carmines en suivirent les courbes avant de s'écraser au sol. L'université Drakstrang était le berceau de l'élite et les femmes n'avaient rarement leur place en son sein. Elles devaient redoubler d'efforts, s'affirmer davantage et réussir très haut la main. Pourtant, si cela en décourageait plus d'une, la Fleur était, elle, terrifiée à l'idée d'une vie de bourgeoise mariée par intérêts familiaux.

    - Devenez mon mentor, Capitaine.
    - Blüm
    - Je serai à la hauteur de votre enseignement.
    - Blüm
    - Je suivrai vos ordres au pied de la lettre!

    Il soupira et elle insista davantage, lui coupant la parole, craignant un refus de sa part. Après un temps, sans hausser la voix mais d'un timbre sec, l'officier reikois rompit le monologue.

    - Taisez-vous, Blüm.
    - Cap...
    - Ceci sera votre premier ordre.

    Ravalant son sourire pour contenir sa joie, la blonde comprit et hocha d'un mouvement franc et volontaire du menton. C'est ainsi que le Capitaine Teobalt Rybak entreprit de façonner la future Blüm Kraüss-Lichtenfels.
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