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  • Mer 22 Mar - 0:09
    AN 3, SEPTEMBRE // Palais du seigneur de Kyouji-

    Être en un tel endroit lui semblait irréel.

    Elle avait l'impression de ne pas y être à sa place, et pour cause.

    Cet endroit était immense. Ce palais luxueux s'élevait au dessus de la ville de Kyouji comme d'une forteresse inexpugnable. Il fallait même traverser des étendues d'eau pour y accéder, au grand dam de la barbare. Elle détestait l'eau bien qu'elle imaginait pouvoir y nager convenablement. Il s'agissait plus d'une peur viscérale que d'une véritable logique raisonnée. Sans doute parce qu'elle avait toujours manqué de se noyer à plusieurs reprises dans les abysses de sa propre âme. Il était parfois difficile de faire la différence entre le cauchemar et la réalité, surtout avec une Mirelys au passé un peu trop tumultueux. Fort heureusement, l'embarcation tenait bon. Elle pesait le poids de trois humains à elle seule, alors la drakyn avait le droit d'exprimer des doutes. Et ce n'était pas le batelier qui parviendrait à la convaincre du contraire, malgré tous ses efforts. La terre ferme était donc bienvenue, la barbare ne s'éternisait guère sur l'appareillage maritime. Malheureusement, il lui resterait toujours le retour à faire. Mieux valait ne pas trop y penser...

    Guidée par ce qu'elle devinait être une servante, l'esclave se sentait petite. Même pour une colosse dans son genre, ces lieux étaient totalement démesurés. Le couloir décoré qu'elle traversait semblait interminable, les portes souffraient de gigantisme et le plafond avait l'air beaucoup, beaucoup, mais vraiment beaucoup trop haut. - Combien de temps faut-il pour nettoyer un endroit aussi grand? Était une des innombrables questions stupides que se posait la verte en cet instant. - Je me demande comment ils font les toiles... La servante avait esquissé une réponse mais la drakyn était juste perdue dans ses pensées. - Possèdent-ils des balais suffisamment longs pour atteindre les rebords? Dire tout ce qu'elle pensait à voix haute faisait partie de ses défauts les plus communs. Cela avait le mérite d'amuser les gens, chacun se disant que la barbare était une simple d'esprit. On ne pouvait pas lui reprocher de manquer d'honnêteté dans tous les cas, puisqu'elle n'était pas capable de cacher grand chose. Sauf peut être quand elle avait l'ordre clair de se taire, ce qui n'arrivait pas souvent avec ses Maîtres actuels.

    L'admiration de Mirelys fut interrompue par l'arrêt de la servante.

    - Veuillez patienter ici s'il-vous-plaît. Vous allez être reçue sous peu.

    Un hôchement de tête et la drakyn prit son mal en patience. Dans ses mains, un parchemin écrit de la main de Maître Kalhede qui concernait une possession immobilière dans les faubourgs de Kyouji. Une petite demeure qu'il avait acheté quelques années durant pour un de ses fils, avant que celui-ci ne rejoigne Drakstrang. Aujourd'hui, après des années d'inutilisation, le patriarche des Leotoris s'était décidé à s'en séparer, en faisant don au seigneur de Kyouji dans l'espoir qu'il en fasse un bâtiment d'intérêt général. Le noble vieil homme, médecin retraité ayant œuvré à la capitale, estimait que c'était l'endroit parfait pour un dispensaire ou une maison de soins. Ultimement, ce serait le seigneur de Kyouji qui aurait le dernier mot, cela restait un don sans contrepartie financière. Si le dirigeant de la cité décidait de raser purement et simplement la bâtisse, personne s'y opposerait même si le Maître de Mirelys en aurait le cœur pincé. L'homme n'avait guère besoin de ce genre de nouvelle, sa santé était déjà assez défaillante comme cela. D'où le déplacement de son esclave de confiance pour la remise en mains propres du précieux document.

    La colosse attendait. Encore. Encore et encore. On lui avait dit de rester droite, de se tenir convenablement, d'être respectable face au seigneur de la cité et de suivre les directives données. Sa Maîtresse l'avait même peignée pour l'occasion. Mais si le principal intéressé ne se montrait pas, est-ce qu'elle était censée rester plantée là pour toujours? Un brin d'inquiétude la guettait. Avait-elle été oubliée? Si oui, comment faire connaitre sa présence? Cela commençait à faire un moment qu'elle ne voyait plus personne. - J'ai la sensation d'être une voleuse alors que je n'ai rien dérobé... Se disait-elle avec crainte. Elle fit quelques timides pas, juste dans la longueur du couloir. Si un parfait silence régnait derrière certaines portes, l'une d'elle laissait faiblement entendre une voix familière. Une voix qu'elle avait déjà entendue dans la rue, au marché local, mais aussi quelques années plus tôt, quand elle vivait encore dans les entraves de sa folie. Cette voix était celle du seigneur de Kyouji, il n'y avait aucun doute là dessus! Aussi, elle fit l'erreur de sauter quelques étapes et laissa un brin d'impulsivité parler pour elle, quitte à sauter quelques graves protocoles locaux: elle avait directement ouvert la porte et été rentrée.

    - Monseigneur Crocell?
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    Anonymous
  • Mer 22 Mar - 22:27
    Encore une énième journée à écouter sûrement des doléances du style “il a marché sur mon sentier”, ou encore “il m’a regardé de travers”.

    *Qu’est-ce qu’ils peuvent être sanguins ces reikois… Et je vous parle pas des shoumeiens qui pullulent sur ma ville… Je serais encore conseiller, je…*

    Ses pensées furent interrompues, tandis qu’un sujet haut placé se mit dans l’ouverture de sa porte. Le Seigneur, lui, était allongé sur la Couche Lunaire, profitant de ces quelques instants de répit à une longue et fastidieuse réflexion sur le devenir et déroulement de la journée. Malgré les supplications, il laissa le pauvre homme pendant une dizaine de minutes, avant qu’un autre arrive, demandant expressément à ce qu’il soit prêt à recevoir une première personne, malgré l’heure pas si…

    Il regarde d’un coin de l’œil le cadran solaire, et bondit hors de son lit, se ruant vers les deux hommes, qui se cachèrent pudiquement les yeux. Lui, n’en avait que faire, il attrapa une partie de ses vêtements, et se vêtit le long de sa marche. Le plus dur, était le bas à faire en sautillant comme un idiot au milieu d’un couloir, entre les personnes choquées, ou au regard alléché. Mais l’oni n’était pas très sujet au principe de la honte, du ridicule. Être en retard était tout à fait un concept mortel, et cela, il ne pouvait y déroger.

    Cela lui pris pas plus de deux minutes, les quelques suivants tentant de remettre bien en place ses habits, tandis qu’il se débattait voulant conserver un minimum d’amour-propre.

    “Je ne suis pas encore vieux et sénile, j’ai encore tout l’usage de mes mouvements. Maintenant, débarrassez l’endroit, mettez-vous en place, avant que…”

    Et dans la plus grande des classes qu’un dirigeant pouvait avoir en se ramassant par terre, perdant au passage son haut, et une partie du bas qui était presque descendu entièrement, si ce n’est qu’un écartement de jambes réflexes arrêta dans sa course la fuite du vêtement, Crocell fit les frais d’une situation malencontreuse.

    Car oui, au même instant, les portes s’ouvrirent, sans qu’il en ait donné l’ordre d’effectuer cette action. Toujours plus exaspéré que jamais, il ne put cacher ses émotions plus longtemps.

    “Si j’attrape le couillon qui a décidé d’ouvrir, je vais le pendre par les tripes, et…”

    Le regard posé, malgré une position des plus suggestives, ne pouvait pas vraiment réaliser que l’âme ayant décidé de rentrer en ces lieux, était bien là un lointain souvenir d’une époque longtemps passée.

    De ses cheveux verts si caractéristique, aux traits du visage féminin qui, malgré le manque d’ornements, et ce, pour cause d’une condition qui n’existerait bientôt plus, se présentait la jeune esclave du nom de…

    *Mirelys… Que fait-elle ici ?”

    Puis, comme une grande chaleur, ses joues, son visage entier, se mit à rougir, presque autant que ses marquages corporels. Presque tremblant de rage, il souffla un bon coup, avant de prendre presque sur un ton froid, cachant là une grande colère.

    “Veuillez fermer les portes, et attendez sagement. S’il vous plaît. Quant à vous…” Il regarda ses serviteurs et conseillers. “Si un mot de ce qui s’est passé sort, vous ne verrez plus le jour. Compris ?”

    Il avait presque son accent rural qui venait à ressortir sur le moment, et les personnes habitant le palais, savaient que si Crocell usait d’une intonation pareille, il fallait s’agiter au plus vite, sans une seule seconde de trop. L’oni se relève, remis en place l’entièreté de son attirail, retrouva une posture plus solennelle, digne de lui, et digne de son titre, avant de se diriger prestement vers son trône, s’y installer presque à s’en vautrer, avant de se redresser, épousant au mieux les formes de l’assise.

    “Bien, faites entrer cette personne, je vous prie.”

    Lentement, les portes s’ouvrirent, annonçant le début de la journée des doléances. Mais étrangement, seule cette jeune femme était présente. Et plus elle s’avançait, plus le maître de ces lieux se rendit compte de l’imposante stature qu’elle affichait au reste des regards. Elle en était même presque gênée de tout cela. D’une main tremblante, elle attrapa comme un parchemin plié.

    D’un claquement de doigts, il ordonna à ce qu’on le récupère le papier, et qu’on lui lise. Au défilé de la lecture orale, il voyait la jeune drakyn hésitant à trouver un lieu ou une position à afficher au grand personne qu’il était. Il n’avait cependant pas raté une miette du contenu écrit, et ni de ce qu’il voyait. Se penchant un peu plus en avant, il allait converser avec la messagère.

    “Ainsi, le patriarche Leotoris nous fait généreusement don d’une infrastructure. C’est fort aimable à lui. Pouvez-vous…” Il fit signe comme pour essayer de se rappeler. “Me redire qui est il ? Pour vous, comme pour Kyouji. En prenant soin aussi de vous présenter. Oh, et veuillez excuser ma réaction précédente. Les mots dépassent facilement ma pensée, surtout en situation… Singulière.”
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  • Jeu 23 Mar - 0:44
    Ce qui était censé n'être qu'une formalité était devenue... toute autre chose. La colosse s'attendait à voir un grand dirigeant juché sur son trône, l'image populaire que l'on se faisait d'un puissant seigneur. Alors pourquoi le voyait-elle affalée par terre avec le bas pratiquement sur les chevilles, les parties génitales à l'air libre? Plus surprenant encore, pourquoi toutes ces personnes semblaient lui courir après? Pourchasser le seigneur des lieux de cette manière n'était pas très protocolaire, même aux yeux d'une barbare. Une chose était sûre, Mirelys ne savait pas ce qu'elle voyait. Elle ne savait pas comment l’interpréter. Alors elle fit la statue dans l'encadrement de la porte, l'expression perplexe de son visage étant assez parlante.

    Pas un mot ne s'extirpa de sa bouche, pas un son. Même quand le digne seigneur proféra de sombres menaces envers ses suivants, et par extension envers tout spectateur de cette scène étrange, la verte était restée parfaitement silencieuse. Pour une bavarde dans son genre, c'était assez surprenant pour être souligné. Après un temps de latence elle recevait l'ordre de sortir et c'est ce qu'elle fit sans se priver. La porte refermée dans son dos, elle commençait à réaliser ce qu'elle venait de voir. L'inquiétude la gagnait aussitôt, et ses membres furent pris de tremblements. - Si j'avais patienté cela ne serait pas arrivé. Se marmonnait-elle, entre deux souffles.

    Mirelys ne craignait pas d'être punie. Elle était prête à accepter tout châtiment qui lui serait imposé du moment que cela lui permettait d'expier sa faute. Mais elle était là pour son Maître, sa mission était d'une grande importance et on comptait sur elle. Si Monseigneur Crocell déchirait cet acte de propriété sous la colère, ce serait un véritable drame! Et que dire des tracas causés à Maître Kalhede? Leur relation de bonne entente pourrait prendre un tournant inatendu par la faute d'une esclave stupide qui n'avait pas su se tenir tranquille. - On ne m'a pas chassée encore... Rien n'était donc perdu, pensait-elle. Ni même châtiée. Elle se devait de rester optimiste. A peine quelques minutes et elle était invitée à entrer. Dans les respects du protocole, cette fois.

    Le seigneur de Kyouji était à sa place, là où elle l'avait imaginé à l'origine. Fièrement assis sur son trône avec une grande prestance, un incroyable charisme. L'admiration qu'elle ressentait envers cette personne ne datait pas d'hier, cependant... l'image de l'oni avachit par terre avec ses bas sur les chevilles lui revenait constamment en tête. Il allait bien falloir pourtant qu'elle en fasse abstraction, sinon elle serait bien incapable de se concentrer sur le reste! Le document lui était pris des mains et le seigneur en prenait connaissance. La verte n'était pas à l'aise. Elle voyait déjà le parchemin finir déchiré en deux, d'un coup. Elle fit son possible pour détourner les yeux, regarder ailleurs, mais c'était peine perdue. - Ne le déchirez pas, je vous en conjure... avait-elle marmonné à voix basse.

    Heureusement, ce n'était pas dans les projets du maître des lieux.

    Et la question de ce dernier rendit la colosse aussi surprise que perplexe.

    - Vous n'êtes pas amis? Sa voix n'aura jamais été aussi claire. Elle avait pensé à voix haute, sans s'en rendre compte. Elle était pourtant persuadée que son Maître connaissait très bien le dirigeant de Kyouji, pourquoi en parlerait-il aussi souvent sinon? Dans tous les cas, l'esclave fit un pas en avant, esquissant une légère révérence comme le lui avait enseigné ses propriétaires. Ni trop solennel, ni pas assez. Physiquement, elle n'avait plus rien à voir avec cette folle aux cheveux en bataille qui marmonnait des choses incompréhensibles sur ce marché quelques années auparavant. Peignée pour l'occasion bien que des mèches rebelles faisaient de la résistance, elle portait une tunique très sobre qui n'avait rien d'exceptionnelle. Un brin luxueux pour une esclave certes mais adaptée pour faire la rencontre d'un noble dirigeant.

    - Pardonnez mon insolence, je me présente. Je m'appelle Mirelys, je suis une esclave au service de la maison Leotoris. Mon Maître Kalhede est un ancien Shekh-drivo de la capitale et Maîtresse Amisla est une soignante locale. Les six fils de la famille sont dans l'armée de l'Empire ou le seront prochainement. Les Leotoris font partie des plus vieilles lignées de Kyouji et travaillent dans la médecine depuis des générations. Je n'en sais guère plus sur l'histoire du blason familial. Son maître ne s'était guère étendu sur le passé de sa lignée. Sans doute y avait-il des choses qu'une esclave n'était pas censée savoir. - Maître Kalhede a exprimé le souhait que ce bâtiment soit utilisé si possible à des fins de soins ou d’accueil de personnes en besoin de repos. Cependant si une autre décision venait à être prise, il ne s'y opposera pas. A compter de ce jours, les lieux vous appartiennent, Monseigneur.

    Un léger silence.

    Elle récupérait son souffle. Osait regarder le dirigeant avec sérieux.

    - Avez-vous besoin d'aide? Fit-elle simplement, d'un air concerné. Son regard balaya la pièce rapidement, juste pour voir où se positionnaient les quelques servants en place. Eux avaient droit à un air suspicieux.

    - Cette situation singulière dont vous parlez, est-elle récurrente? Vous voir pourchassé par des individus qui vous arrachent vos vêtements me semble parfaitement inapproprié. Même si je ne suis qu'une esclave, je représente la volonté de mon Maître ainsi que ses principes. Il ne resterait pas sans réagir devant une telle scène, vous qu'il considère comme le bienfaiteur de cette cité. Avez-vous besoin d'aide, Monseigneur Crocell?

    C'était la seule manière qu'elle avait d’interpréter cette scène. Le dirigeant de la cité était un individu bon, une personne loyal et dévouée qui avait tout les éloges du couple Leotoris. Ses suivants s'en prenaient à lui, c'était évident! Cela n'expliquait pas tout ce qu'elle avait vu mais c'était le raisonnement le plus logique à ses yeux. Comment comptait-elle aider? Bonne question. Elle n'y avait pas réfléchit encore. Il restait encore beaucoup d'inconnues à cette scène... étrange.
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    Invité
    Anonymous
  • Jeu 23 Mar - 23:14
    À l’interrogation posée à la jeune esclave, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir pensé très haut, se demandant si lui et son maître, n’entretenaient pas ou plus des relations amicales. Beaucoup dans la salle semblaient s’offusquer de cette prise de parole, de ce manque de tact très certains. Mais comme toujours, ils oubliaient que l’ex-conseiller aussi avait un dialecte des plus francs. Et par franc, c’était souvent de la vérité blessante, ou de la méchanceté gratuite. Or, elle ne dégageait aucune malice, aucune arrière-pensée. Elle était, en tout point physique, plus une personne recherchant l’abnégation de ses pairs, des autres, et surtout, du Seigneur qu’elle avait assisté dans un instant de faiblesse.

    Il sourit à cela. Il n’était pas gêné, par presque ce qu’on pourrait qualifier de réflexe verbal. Cela montrait sa dévotion complète, et l’admiration de celui qui l’avait sorti de son enfer, officiellement. Officieusement, l’histoire était bien plus triste. Triste, du fait que son sauveur ne fût pas celui qu’elle croyait, si elle venait à découvrir la vérité. Une libération, basée sur un mensonge. Encore un des nombreux que l’oni possédait à en avoir une étagère complète.

    Il l’écouta attentivement dans sa présentation, et dans l’explication de Khalede Leotoris, ancien Shekh-drivo. En vrai, il se rappelait bien de cet homme, quoique plus jeune à l’époque où il l’avait connu, lors de sa prise au poste de conseiller. Muni des nouvelles données concernant l’actualité de la situation, il laissa planer un léger silence. Un de ses sujets se pencha à son oreille, proposant que la bâtisse soit plus dans le côté habitation, un lieu pour les plus démunis. D’un geste, il usa de sa télékinésie pour faire voler le couvre-chef un peu plus loin, pour éviter d’être dérangé de nouveau.

    Soudainement, l’entité aux cheveux verts s’exprima dans la volonté d’apporter son aide. Subitement, toute l’atmosphère changea d’une tension palpable, à une légèreté anodine. Tous les sujets se détendaient, commençaient à presque prendre une posture de repos relâché, tandis qu’elle… Revenait sur la situation précédente.

    À cela, quelques malheureux eurent des rictus, des sourires, et des regards en coin. Mais Crocell, lui… Commençait tout doucement à bouillonner de colère. Sa main commençait à tapoter dans une série consécutive de ses doigts aux ongles pointus. De longues inspirations et expirations pour essayer d’évacuer l’émotion forte qui arrivait petit à petit, avant d’un long soupir, et d’un relâchement aussi de sa part.

    “Non. Et non. Enfin…” Il fit silence, tandis qu'un léger brouhaha se faisait tout autour de lui. “Si. Restez où vous êtes.”

    Il se leva de son trône, et s’avança lentement dans la direction de l’esclave. De son geste, l’entourage royal commençait à se taire, presque effrayé de la suite de la scène. On entendait plus que le bruit de l’écho de ses pas, marqué à chaque pose de son pied.

    S’arrêtant à la longueur de son bras, on pouvait voir la différence flagrante entre leur physique. Elle était, pour ainsi dire, sacrément grande. Peut-être une dizaine de centimètres les séparaient. Il voyait le visage de Mirelys se décomposer à son approche. Elle en venait presque à hésiter à poser le genou à terre, regardant le sol plusieurs fois, mais aussi les autres sujets, qui devaient lui faire signe de poser à terre son articulation. Néanmoins, le regard du dirigeant disait tout : au moindre manquement de l’ordre, il y aura punition, car on ne lui manquait pas de respect en ignorant impunément une parole légiférée de sa voix.

    “Que tous quittent la pièce. Tous, sauf vous.” Il dit cela en regardant directement dans le miroir de l’âme de la drakyn. “La suite est matière privée. Je ne tolérerai aucun écart de conduite. Et ce, je le jure : un regard, un bout de vous, et je vous renvoie du palais définitivement.”

    Ils obéirent à la commande du Seigneur de Kyouji, libérant la salle, pour que seuls eux deux se retrouvent entre quatre yeux. Cela prit une longue minute, qui semblait peut-être déjà interminable pour l’esclave Leotoris. Enfin, si elle était si dévouée, elle était sûrement une personne très patiente. S’assurant d’un dernier regard que la salle du trône était déserte, il se relâcha un peu, perdant tout de son côté royal, mais toujours dans un dialecte approprié.

    “Le Soleil ne veut pas me gracier de sa protection, semble-t-il. L’infortune et le malheur me suivent depuis ce matin. Là n’est pas mon intention de dénigrer votre arrivée plus que préventive. Au contraire, beaucoup devraient prendre exemple sur votre ponctualité et votre dévouement. Enfin, je n’ai pas fait purger l’endroit pour tout vous raconter et me plaindre de mes soucis. Venons-en au fait : comment se porte Kalhede ?”

    Presque avec une familiarité que la jeune Mirelys ne devait pas se douter, le mage pouvait voir un sourire radieux, une joie expressive et intense se dessiner sur son visage. Encore une fois, sa pensée dépasser ses mots, mais encore, il ne releva pas ce léger dérapage. Il rit même, très légèrement.

    “Ne vous inquiétez pas pour le manque d’étiquette quand nous ne sommes que nous deux ici, Mirelys. Votre sincérité est quelque chose qui me plaît beaucoup. Maintenant, tendez vos mains, paumes orientées vers le haut, je vous prie.”

    Dès l’instant qu’elle était en position, il lui attrapa chacun de ses appendices avec les siennes. Il aurait pu scruter son âme de la sorte, mais il ne sentait pas l’envie de le faire. Non, c’était plus comme trouver un contact physique, quelque chose qu’il n’avait pas pu réaliser, plusieurs années auparavant.

    “Que ressentez-vous, là, en ce moment ? Confusion ? Joie ? Gêne ? Peur ? Envie ?”
    Invité
    Invité
    Anonymous
  • Sam 25 Mar - 17:13
    Offrir son aide, de la façon la plus génuine et la plus honnête que soit.

    C'étaient les paroles mêmes de son Maître, Kalhede. Et elles étaient ancrées dans la tête de la drakyn depuis.

    C'est pourquoi elle avait du mal à comprendre ce début de colère qu'elle percevait de la part du seigneur de Kyouji. S'énervait-il envers la drakyn, ou envers tous ces suivants qui ricanaient? Pour l'esclave c'était une preuve de plus que le seigneur n'était guère très respecté en ces lieux, il y avait clairement quelque chose de louche ici! Mais lorsque l'oni commença à descendre les marches du trône avec ce qui semblait être une bouillante rage, la résolution de Mirelys devint confusion. Elle avait fait une erreur? Elle s'était trompée? C'était elle qui était visée? Pourquoi? Le dirigeant s'était-il offusqué qu'elle offre son aide? L'inquiétude la gagnait. Clairement, sa proposition ne plaisait guère. Que faire dans une telle situation? S'incliner? Poser pied à terre? Sans doute même se mettre à genoux pour s'excuser.

    Tant que c'était elle qui était châtiée, et non son Maître. Là était sa plus profonde crainte.

    Pendant une éternelle minute elle était là, à attendre son éventuelle punition. - Maître Kalhede..., murmurait-elle presque imperceptiblement. Si seulement vous étiez là! Lui aurait sans doute une bien meilleure élocution qu'elle, lui n'aurait sans doute pas offensé le seigneur même de cette cité. Mais de punition, il n'en fut rien. Au contraire, c'était un individu nouveau qui lui adressait la parole, loin de l'oni colérique de ces précédentes secondes. Évidemment rassurée, le visage de la barbare avait immédiatement repris des couleurs. Maître Kalhede et Monseigneur Crocell étaient donc bien amis! Elle le savait, il ne pouvait pas en être autrement! Le dirigeant ne serait pas autant le sujet de conversation du couple âgé si ce n'était pas le cas!

    - Maître Kalhede va très bien, même si son grand âge l'empêche évidemment de se déplacer comme il le souhaiterait! Chose évidente puisqu'elle était là à sa place. A bientôt plus de soixante dix ans passés, son propriétaire était encore loin d'être sénile et ses compétences de médecin restaient indiscutées. Loin était cependant le temps où il faisait des chirurgies sur le champs de bataille. Avec ses doigts tremblants aujourd'hui, il ne s'y risquerait pas. - Je pense qu'il serait très heureux de pouvoir vous parler de vive voix. En des jours meilleurs, il fera sans doute le déplacement!

    C'était très étrange de voir d'aussi près le seigneur de Kyouji. L'oni possédait une musculature très plaisante à l'oeil, et son regard perçant avait quelque chose de séducteur, bien qu'il était intimidant. C'était une personne très charismatique que la verte respectait énormément et à juste titre. N'était-il pas le bienfaiteur de la cité? Celui qui avait redressé les murs après ces mois de sièges atroces? La famine, le sang, la destruction... c'était lui qui avait permis à Kyouji de renaître de ses cendres. En tout cas c'était ce dont tout le monde était convaincu, Mirelys la première. Étrangement, elle ressentait aussi une forme de nostalgie en le regardant. Quelque part dans ses souvenirs, quelques images floues vivaient. Impossible de mettre le doigt dessus, elles fuyaient sans cesse.

    - Monseigneur? L'interrogation de ce dernier la rendait confuse. Cependant elle s'exécutait, offrant ses paumes levées vers les cieux.

    C'était une inspection. Vérifiait-il quelque chose? Si elle était bien traitée par les Leotoris, peut être? La raison lui échappait, mais ce n'était clairement pas malicieux. Un bienfaiteur comme lui ne pouvait être pernicieux. Si les doigts de la drakyn avait été relativement épargnés par les tortures, ses avants-bras comptaient des dizaines et des dizaines de lacérations. Avec ses cuisses et son dos, c'étaient les lieux les plus marqués de son corps. Bien sûr, se faire briser les phalanges ou arracher les ongles ne laissait guère de traces, ce qui ne voulait pas dire que ce n'était pas arrivé.

    - De la joie, bien sûr! Je n'aurais jamais pensé pouvoir converser avec vous un jour, encore moins d'aussi près. C'est un grand honneur pour une esclave comme moi. Joyeuse, elle l'était. Son visage irradiait d'une expression de bonheur, d'un sourire doux. Une criminelle comme elle, qui recevait autant d'égards de la part du dirigeant de la cité? Elle ignorait ce qu'elle avait fait pour mériter cela, mais une chose était sûre: Maître Kalhede serait très fier d'elle s'il l'apprenait. A aucun moment Mirelys ne s'était inquiétée de sa situation. Monseigneur Crocell n'était ni en colère ni agressif, et surtout... enfoui dans les tréfonds de l'esprit de la barbare résidait un instinct de guerrier toujours présent. Si une vraie menace, un danger imminent mortel venait à se présenter, elle en ressentirait aussitôt les frissons. Comme un sixième sens.

    - Je crains comprendre. Une criminelle aux mains tâchées de sang ne peut guère vous aider, c'est cela? Ce même irréductible sourire radieux restait ancré sur son visage. - Je vous prie d'excuser mon insolence. Mes mots ont dépassés mes pensées, bien que je vous assure que Maître Kalhede aurait réagit de la même manière. Si bien sûr, vous avez besoin de quoi que ce soit, la famille Leotoris fera tout ce qui est en son pouvoir pour vous aider. Je transmettrais vos demandes religieusement, bien que je comprendrais qu'une indigne esclave dans mon genre soit loin d'être la personne la plus appropriée pour cela. Oh! Maître Rhistel sera bientôt de passage à Kyouji, préféreriez-vous vous adresser à lui? Rhistel Leotoris. Le fils ainé de la famille, le premier des six hommes. Dunark au service du Reike, en poste à la Capitale. Un militaire ambitieux et froid, avec qui il était parfois difficile de converser, en tout cas pour une extravertie comme Mirelys. Dans tous les cas, il était le futur patriarche de la famille et donc... la future personne d'importance.

    Ceci étant dit, la barbare n'avait rien d'autre à ajouter. Si tout ce qu'elle pouvait faire s'arrêtait là, sans doute sa présence était-elle désormais indésirable en ces lieux. Et c'était compréhensible! Il était un seigneur puissant qui avait sans doute mieux à faire que de s'intéresser à une esclave commune, fût-elle drakyn ou appartenant à un ami de longue date. Seulement... combien de temps comptait-il encore l'inspecter? La verte ne protestait pas, d'ailleurs si l'oni le réclamait, elle accéderait à la moindre de ses demandes quitte à tomber ses vêtements. Elle n'avait rien à cacher, son corps de drakyn était somme toute assez commun, mis à part ces innombrables cicatrices qui parsemaient son être. Pourquoi un seigneur s'intéresserait-il à cela de toute façon? En tant qu'ami fidèle de son Maître, peut être? Par bienveillance pure, ce pour quoi il était si connu dans cette magnifique cité?

    - Cela me fait penser... Que Maître Kalhede me pardonne d'aborder le sujet sans son consentement, mais il a exprimé le souhait d'ériger une stèle à la gloire des défenseurs de Kyouji. Il aimerait offrir un lieu de recueillement pour les familles qui ont perdu des proches pendant le siège. C'est un sujet de discussion qui revient souvent au sein des Leotoris, bien qu'il soit loin de faire l'unanimité. J'estime ne pas faire erreur en vous en parlant, Monseigneur.

    Une stèle à la gloire de ceux qui ont résisté face au Roi actuel. Était-il possible de faire quelque chose d'aussi controversé?
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  • Dim 26 Mar - 23:10
    Rien qu’en évoquant le prénom du maître de l’esclave, suffit à redonner un coup d’éclat à la bonne humeur dont elle avait fait preuve jusqu’à maintenant. Or, on pourrait penser que ce dernier aurait usé d’un contrôle de ses émotions, et aurait légèrement augmenté ce sentiment positif en elle. Mais n’étant là que pour vraiment s’assurer de la santé du vieillard, il voulait une réaction authentique, sans artifice, sans tour de magie. Et il n’était pas déçu. Même de son regard froid pour garder sa pareille de dirigeant de Kyouji, il exprimait, au plus profond de lui, une satisfaction réelle.

    *Vous êtes une personne admirable, Kalhede Leotoris. Vous, ainsi que votre épouse. La fierté d’une nation.*

    Ce furent des pensées éphémères, vite étouffés par les mots que portrait l’esclave, promettant d’une certaine manière, que celui-ci aurait été bien plus heureux d’être la personne à lui donner les papiers du bâtiment, en plus de la suggestion.

    Puis, à la demande du manieur tellurique, elle ne lâcha qu’une interrogation orale, voué plutôt à sa pensée, mais celle-ci se manifestait assez fortement pour être entendue, par le biais d’un ton questionneur. De son toucher, il en parcourait les lignes et frontières de la peau de ses digitales, puis de sa main. Son regard, lui, allait au-delà du poignet, pour y observer ses bras jusqu’à la limite de l’épaule. De là, il remarquait les nombreux indices de sévices passés, que même une magie ne pourrait point effacer. Peut-être à la fois une bénédiction, pour rester motiver et connaître sa valeur, mais une malédiction. Une pièce, deux visions de chaque côté. Cependant, le Seigneur n’oubliait pas la présence de la tranche, troisième face de l’objet rond métallique. Elle était la frontière, le mélange, le lien qui unissait les deux. Il cherchait peut-être à connaître qui elle était, rien qu’en la tâtant à divers endroits.

    Joie. Ce mot fut choisi pour définir sa sensation, son état d’âme actuel. Il était vrai que le Seigneur Yesfaren n’était pas un homme très activement proche, et préférait l’assise confortable de son trône, que les serrages de main réconfortantes. Plus il était dans la distance, mieux c'était. Au moins, pour un temps. Il cédait tout de même aux caprices et accordait maintes fois de l’aide, pour s’attirer l’opinion publique et la faveur des kyoujiens. Mais ici, il n’était plus question du Seigneur, mais de Crocell, un simple demi-oni.

    Au croisement de son regard bleu ciel, une autre pensée se manifesta oralement, pensant que le mage ne saurait trouver une utilité à sa présence, autre que d’être une messagère d’infortune et temporaire, et ce, proposa que l’aîné de la famille soit la prochaine âme à converser avec lui. Il arqua un sourcil, un peu surpris de ce revirement soudain, mais il semblerait que s'habituer allât devoir être une nouvelle méthode de travail sur soi, surtout en la présence de la drakyn.

    “Bien que le fils prodige de Leotoris ait un avenir merveilleux et tracé par sa force d’esprit, je n’ai pas besoin d’une seconde personne pour venir juste me faire de la courbette et raconter exactement les mêmes paroles tel un perroquet. Je me dois de dire non à votre suggestion.”

    Il n’était pas là pour voir défiler la fratrie des Leotoris, qui, même étant une fierté reikoise, n’apporterait rien de plus qu’une hypocrisie prévisible de leur part. Le bon côté qu’avait cette femme aux cheveux verts, était son honnêteté indirecte. De plus, l’inspection montrait peut-être que les cicatrices sur ses deux membres supérieurs, n’étaient qu’un avant-goût, ce qu’il allait découvrir par sa simple demande.

    Mais avant, il écouta les dires de Mirelys, s’excusant d’être avant-gardiste de l’idée originale de son maître, souhaitant simplement un lieu de commémoration pour ceux qui ont vaillamment défendus la cité, à l’époque où l'ex-conseiller, avait commis l’un des plus graves crimes de la loi du Reike : celle d’offrir les portes de la ville à l’envahisseur, voyant en ce conquérant, une nation moins oppressée, et une vision plus différente au long terme que des nobliaux à l’âme d’un lézard ailée.

    “Au contraire, c’est un bon point à soulever, car vous n'êtes pas les seuls à en débattre. Je suis pour une Kyouji qui prône la tolérance et l’acceptation pluriculturelle des nations, et races de ce monde. Je viendrais en parler à mes conseillers de ce projet. Peut-être qu’à cette issue, la stèle verra le jour. Mais ne vous emballez pas. Des affaires plus urgentes restent à régler de prime abord.”

    Il disait vrai, car Kyouji était dans un besoin nécessaire de sécurité. Et avec l’arrivée et la présence de shoumeiens, les reikois se sentaient à la fois bienveillants, curieux, craintifs, ou violents parfois envers ces réfugiés. Il avait essayé de créer plusieurs lois internes à Kyouji concernant ces gens sans territoires d’attache, mais tout ne pouvait pas se passer comme prévu. Le poids des semaines et mois, ne pourra être qu’un indicateur officiel de l’efficacité de sa stratégie.

    “À présent, voici ma nouvelle requête.” Il respira un peu, et prit contact avec le miroir de l’âme de la femme, son iris comparable au toit du monde sous une journée sans nuages. “Déshabillez-vous. Je voudrais voir si d’autres marques corporelles vous ont été infligées, et connaître les tortionnaires ou exacteurs, si vous pouvez vous en rappeler, et si vous souhaitez m’en faire part. Vous pourrez me répondre quand je vous inspecterais.”

    Presque sans une once d’hésitation, les vêtements tombèrent, mettant à la vue innocente d’un jeune homme, et moins pour celle de Crocell, le corps de Mirelys. La définition de ses muscles était saillante, bien plus que pensait le Seigneur. Malgré cet aspect physique, les formes définissant sa féminité étaient présentes, et assez généreuses dans l’ensemble. D’un coup d’œil général, miroitant autour de la concernée. Il se tenait le menton, jugeant en premier lieu les emplacements des marques passés du fouet. Ils étaient épars, répandus, et nombreux. Il pouvait s’en douter, car rapidement, le souvenir douloureux de sa venue, quand il l’avait vue pour la première fois, refit surface subtilement. Tel un voilage subliminal de son esprit, une comparaison d’avant-après se fit, avant qu’il force cette pensée à s’effacer en s’arrêtant de tourner, et s’approcher de plus près, usant de ses mains pour en palper les recoins de la jeune femme, respectant bien de ne point toucher ce qui la définissait tel quel.

    Il souleva le bras, passant ses doigts sur chaque trace, irrégularité, et ligne de muscle. Son regard, presque celui d’un serpent, observait les réactions visuelles ou même gestuelles de la drakyn, tandis qu’elle faisait de son mieux pour répondre à la requête précédant l’acte.

    Il en venait même à souligner de ses doigts les jambes, et toujours dans la retenue, n’allait pas plus loin que l’intérieur de la moitié de la cuisse, et l'extérieur fessier. Il n’éprouvait pas de désir particulier d'effectuer cela, c’était… Presque pour s’assurer qu’aucun changement entre ces deux temporalités n’ait surgi. Kalhede avait fait vite pour récupérer cette jeune à l’esprit brisé. Si une trace supplémentaire s’y trouvait, des représailles tomberaient. Et une question des plus singulières vint vers lui, lui demandant si c’était pour le fait qu’il était vu nu par le regard innocent de l’esclave. Mentir était bien là une réaction naturelle de Crocell.

    “En somme. Je ne vois pas pourquoi je pourrais observer une merveille comme vous, Mirelys. Votre regard contre le mien. Or, mon contact est bien de trop. Je souhaitais voir surtout l’ampleur de ce que vous avez subi. Je sais bien que les Leotoris ne feraient point une telle ignominie. Et pour revenir à vous…” Il plongea encore plus son regard dans le sien. “Si vous pensez que je suis supérieur à vous, que j’ai été gracié, et que ma vie est un cadeau, alors…”

    Il se mit devant elle, presque leurs deux corps à se toucher, elle légèrement au-dessus, tant que son visage visait le bas, et l’autre vers le haut. Le Seigneur de Kyouji indiqua alors sa marque reikoise, celle qui lui donnait cette nationalité, qui n’était pas la sienne.

    “Touchez ici. Et dites-moi ce que vous ressentez à travers vos doigts.”

    Il viendrait à confirmer certes, qu'au contact du côté gauche de son torse, pas loin du cœur, se trouvait certes sa marque, mais aussi une autre, bien plus masquée et cachée à la vue, mais pas à la main. Des irrégularités de brûlures, formant quelques plis légers, mais invisibles à l'œil.

    “Je suis aussi commun que n’importe qui, Mirelys.”

    De sa voix chaude et grave, le son était audible, mais perceptible, car la vibration se sentait au travers par sa main, lui-même sentait la répercussion retour.
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  • Jeu 30 Mar - 21:41
    A la grande, très grande surprise de Mirelys, le seigneur ne voulait pas voir Maître Rhistel.

    Les raisons échappaient un peu à la grande verte. N'aurait-il pas été plus adéquat de discuter avec l'un des enfants Leotoris directement? Qui plus était un personnage important comme l'éminent Dunark qu'était le sixième fils? L'homme avait beau être un peu froid, il n'en était pas moins d'un très grand sérieux. C'était la raison pour laquelle on pouvait compter sur lui... et aussi pourquoi ses parents ne le voyait jamais. L'individu passait sa vie à la capitale ou sur le terrain, menant ses hommes d'un endroit à l'autre de l'Empire pour accomplir son devoir. Il connaissait le succès, mais l'ambition le rongeait beaucoup trop. A croire que sa famille était devenue secondaire à ses yeux. Heureusement les autres fils Leotoris étaient plus accessibles, quand bien même cela ne semblait pas du tout être ce que recherchait Monseigneur Crocell.

    Dans un éphémère silence, la barbare se laissait inspecter. Bien qu'elle était heureuse que le dirigeant de Kyouji lui portait autant d'attention, elle ne pouvait s'empêcher de s'interroger sur les raisons qui le poussait à examiner la moindre de ses cicatrices. Cela la mettait un peu mal à l'aise. - Peut être par curiosité... Se murmurait-elle. Il restait tout de même étrange qu'une personne autre que la famille Leotoris porte la main sur elle. Ce n'était pas dans ses habitudes, encore moins depuis que ses plaies étaient totalement cicatrisées. Aujourd'hui elle se débrouillait seule pour tout, même pour ses propres blessures, elle n'avait plus besoin de voir Amisla accourir avec un air inquiet. Mirelys avait récupéré le contrôle de son corps et en prenait soin, bien que les choses étaient encore délicates pour ses facultés mentales. Son âme restait fissurée à bien des égards, et nul ne saurait dire si elle cicatriserait un jour.

    - Vraiment, vous êtes sûr? Mirelys n'en croyait pas ses oreilles. Quand Monseigneur Crocell lui expliquait que la création d'une stèle n'était pas impossible, elle s'en sentait emplie de joie. - Je suis contente de vous en avoir parlé, cela me tient beaucoup à cœur. Pas seulement pour moi, mais aussi pour Maître Kalhede et Maîtresse Amisla. Si cela venait à se réaliser, nous aurions enfin un petit lieu de recueillement. Son sourire radieux montrait à quel point cela lui faisait plaisir. D'ici quelque mois, ce serait le triste anniversaire de la chute de Kyouji. Les habitants auraient ainsi un endroit où venir prier leurs proches, eux qui ont lutté héroïquement lors du siège de la cité et y ont laissé leurs vies. Plutôt que d'allumer une chandelle dans la demeure familiale, la verte voyait déjà le couple plutôt en installer une sur le devant d'une jolie stèle. Tout cela pour le plus grand bonheur d'une étoile isolée.

    Un léger silence.

    Puis sans prévenir, cette demande.

    La verte était un peu prise par surprise. Que l'oni examine ses cicatrices et en fasse commentaire était une chose. Qu'elle se déshabille entièrement devant lui en était une autre. Mais la drakyn n'avait rien à cacher, rien à dissimuler. Seulement un corps marqué par des années d'esclavage qui n'était pas digne d'être montré à qui que c'était. Dans tous les cas, elle n'avait aucune raison de refuser sa demande. Qui plus était, elle ne pouvait pas refuser sa demande. Inconsciemment ou consciemment, un ordre restait un ordre. Et l'esclave sans droit qu'elle était n'y avait pas son mot à dire, en particulier si la demande venait d'un seigneur tout puissant... et accessoirement ami de son Maître. Elle eut tout de même une légère hésitation, qui disparu très vite devant le regard écarlate et profond de l'oni. Ce regard de sang qui semblait être l'incarnation des émotions les plus fortes.

    - Oui, Monseigneur. Fit-elle simplement, détachant sa tunique pour la faire glisser à même le sol. Un bandage soutenait sa poitrine, elle s'en débarrassait également. - Les Leotoris ne se permettraient jamais de... Sa voix s'étranglait. Comme si sa raison rappelait ses pensées troublées à l'ordre. Pourquoi, Ô Soleil puissant, avait-elle osé un simple instant évoquer ses Maîtres ainsi? La réponse était pourtant évidente. Elle le savait. Il le savait. Pourtant elle s'était sentie obligée de les dédouaner, presque immédiatement. Telle une enfant coupable qui sentait la punition approcher. Que cachait-elle sur son corps qui justifiait qu'elle se trouve des excuses avant même que ses vêtements ne soient entièrement tombés? Son bas trouvait le chemin du sol, ainsi que ce tissu qui entourait son entrecuisse et servait de sous-vêtements. Sa nudité était désormais totale et elle gardait les bras ballants, le long du corps.

    Ce n'était pas la première fois. C'était arrivé à maintes reprises, pour de diverses raisons. Par le passé, chez son ancien Maître. Exhibée comme un trophée. Présentée comme une pièce rare. Une esclave drakyn docile qui servait de statue parmi une collection d'autres infortunées créatures. Se montrer de cette manière ne l'éprouvait plus, sa pudeur étant un lointain souvenir. Elle pouvait déjà sentir les doigts de l'oni parcourir sa peau.

    -  Je doute me souvenir de tout. Murmurait-elle avec un air absent.

    Sa musculature était typique d'une drakyn, marquée, dessinée, présente. Biceps, trapèzes, adducteurs, quadriceps, deltoïdes, abdominaux. Il était facile de nommer chaque muscle individuellement et apprécier la forme. Son physique était cependant moindre que dans sa jeunesse, à l'époque où elle tuait, pillait, et dévorait de malheureux voyageurs telle une sauvage. Paradoxalement, cela faisait ressortir ses formes féminines davantage et la rendait plus attrayante à l’œil. En tout cas, c'étaient des qualités que vantait son propriétaire antérieur. Ses courbes étaient agréables sous le regard bien que gâchées par ces innombrables plaies. Et malgré d'horribles traces sur les endroits qui faisaient d'elle femme, rien ne manquait. Son terrible possesseur avait tout fait pour la garder entière. Quels que soient les sévices causés.

    - Maître Rowland... Commençait-elle. Des mots presque bafouillés. Le début d'une longue et interminable répétition. - Maître Rowland. Chaque trace qui était touchée par l'oni recevait une réponse. Comme cela lui avait été ordonné. - Maître Rowland. Les cicatrices de son dos offraient la même réponse. - Maître Rowland. Certaines lacérations dans le bas de son dos, notamment au niveau de son fessier, donnaient des réponses plus confuses. - Maître Rowland et d'autres personnes. Je ne saurais me souvenir... Même chose pour l'intérieur de ses cuisses. - Des... personnes. Elle avait beau y songer, y réfléchir, se concentrer. Rien. Aucun souvenir ne semblait être extirpé des abysses les plus noires de son âme. Sa mémoire n'arrivait pas à retrouver les visages de ses innombrables tortionnaires. Non pas qu'elle n'ait jamais connu leurs noms de toute manière.

    - Maître Dashgarr. Une trace pas si ancienne qui trônait en plein sur sa cuisse. - C'était un accident, pendant un entrainement à l'épée. Assez profonde pour démontrer une sérieuse blessure en tout cas. - Maître Kalhede a interdit ce genre de joute peu après. C'était cette cicatrice qu'elle craignait de devoir justifier auprès du dirigeant. Fort évidemment, à ses yeux cela n'avait été qu'un accident. Mais quiconque connaissant l'hostilité de Dashgarr Leotoris à l'encontre de l'esclave pouvait s'en persuader du contraire. Le benjamin de la famille était dur, irrascible et exigeant. Sa jeunesse le rendait fougueux et par extension dangereux. Il étudiait à Drakstrang depuis 4 ans et passait rarement à Kyouji pour le plaisir. Malgré ses défauts, il était loin d'avoir la cruauté de Wilfrid Rowland.

    L'homme par qui tout avait commencé et par qui tout s'était fini. Le premier Maître de sa vie. Il avait péri dans l'incendie de sa demeure prestigieuse bien qu'il persistait à hanter les cauchemars de la verte.

    - Je crains de ne pas comprendre.

    Non. Elle ne comprenait pas pourquoi l'homme désirait autant voir ses anciennes plaies. Elle ne comprenait pas pourquoi il s'intéressait autant à elle. Ni pourquoi il disait qu'elle était une merveille. L'esprit troublé de la verte n'arrivait pas à comprendre la logique de sa situation. Qu'avait-elle mérité pour avoir un tel traitement de faveur? Qu'il soit ami avec son Maître ne justifiait pas tout! La barbare sentait une goutte perler de son front. Son cœur palpitait déjà bien plus rapidement depuis que l'oni avait commencé à la scruter sous toutes les coutures, à la toucher. Le rouge s'était installé sur ses joues, et elle n'osait soutenir son regard. Il fuyait à chaque fois, échappant à celui du bel homme. Ce n'était pas de la gène qu'elle ressentait, bien qu'elle était nue et palpée. C'était de la honte. La honte de montrer un corps aussi indigne à une personne d'un si grand statut. Tout le peu qu'il lui restait de sa fierté de drakyn.

    Une demande supplémentaire la tirait un peu de sa torpeur. Le toucher? C'était un ordre?

    Du bout des doigts, elle accédait à sa requête. Sentant les marques anciennes laissées par le fer. Les traces de la servitude.

    - Vous avez été esclave? Ses doigts restaient collés contre son torse, suivant les traces de cette brulure. Confuse, perplexe, songeuse. Comme si elle ne réalisait pas vraiment ce qu'elle faisait. Doigts qu'elle retirait très vite une fois qu'elle revenait à elle, tombant à genoux devant l'oni dans un signe immédiat de soumission... et de pardon.

    - Monseigneur Crocell! Vous êtes... le dirigeant de Kyouji. Quel que soit votre passé, vous êtes le bienfaiteur de cette cité. Maître Kalhede croit en vous, Maîtresse Amisla croit en vous. Les habitants aussi. Vous êtes une personne de grande réputation contrairement à moi, qui suis indigne de votre regard. Pas parce que je suis une esclave drakyn, mais parce que je suis la pire engeance que ces contrées ait connues. Le simple fait que vos yeux soient rivés sur cette souillure qu'est mon corps me couvre de honte.

    Sa voix se nouait, ses mains se joignaient comme pour implorer ou prier. Un profond malaise secouait son être. Elle entendait encore cette voix familière résonner dans sa tête. La voix d'un mort. « LÂCHE »

    - Je mérite la moindre de mes cicatrices, aussi bien celles passées que celles futures. Je n'ai pas fini d'expier mes péchés ni de laver mon âme souillée. Maître Kalhede m'a offert une seconde chance, aussi j'espère trouver la rédemption à ses côtés. Je lui dois le peu d'espoir qu'il me reste de devenir un jour une étoile brillante et non une ombre dans l'obscurité des cieux.

    Ses mains jointes tremblaient. Une peur viscérale la prenait au corps. Les yeux fermés, elle attendait quelque chose. Une punition. Un coup. N'importe quoi. Elle était indigne d'être en la présence de cet être, d'avoir osé le toucher bien qu'il en avait donné l'ordre. Une créature comme elle n'en avait pas le droit. Aucune valeur ne pouvait lui être attribuée, au mieux elle était un trophée du Reike, fabriquée sur mesure par un noble pervers. Une créature lâche et faible qui n'avait plus ni fierté ni honneur. Sa seule force, son seul espoir, était d'espérer trouver le salut en servant ses Maîtres actuels et sauver son âme. Retrouver une place parmi les astres à sa mort. Terriblement dévouée et terriblement égoïste. Terriblement honteuse aussi.

    Elle voulait disparaître de sa vue séance tenante.
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  • Dim 9 Avr - 14:55
    Le fait d’avoir bien étudié les avis venant de toute part sur sa ville, Crocell avait répondu que son conseil et lui-même viendrait à soulever cette question à leur prochain rassemblement. Une parole qui semblait ravir la drakyn.

    Puis, la requête assez spéciale venant du demi-oni, surpris légèrement l'esclave, avant qu’elle ne s'exécute sans émettre une once de résignation, de contestation ou d'agression dans le déroulement des actes perpétrer à son encontre.

    Seulement, elle exposa ses pensées à mesure que l’homme palpait certains des lieux presque intimes de la femme. Plusieurs noms venaient en sortant, rythmés par quelques souffles d’étonnement. Or, l’un d’entre eux revenait sans cesse : Rowland. À ce mot, il cherchait lui aussi si ce patronyme lui évoquait une quelconque remembrance passée. Pour de la zone intime, c’était un groupe, anonyme, sans appellations. Cependant, il savait qui pouvait être ces malfaiteurs : à quelques années précédentes de celle-ci, il avait bien vu l’état déplorable qu’elle affichait, tandis que certains s’adonnaient à des vices aussi punissables de mort de corps, que de destruction d’âme. En clair, une envie de les éradiquer purement, et simplement.

    Pour une autre, Maître Dashgaar n’allait pas être une cible à surveiller. En soit, un entraînement à l’arme venait souvent avec son lot de blessures, de coups, de bleus et d’hématomes. Mais une cicatrice, cela était fait avec une arme réelle, et non émoussée. Il se permit de lâcher une remarque à cet instant.

    “Ce dernier est simplement un idiot, ou alors, mériterait de lui infliger même marque. Un entraînement, ça se fait avec des armes émoussées, pas au tranchant affûté. Encore un que je n’inviterais pour rien au monde à ma cour. Seulement sur ordre officiel. J’ose espérer que ce calvaire n’a pas trop été douloureux, et durable.”

    Il s’arrêta, pour enchaîner à nouveau sur une excuse mal formulée selon un code éthique, avant de proposer que la main de la jeune femme vienne s’apposer sur sa marque reikoise. Il venait juste de remarque la rougeur commune de la gêne teindre sa peau sur ses joues. Le Seigneur de Kyouji sentait qu’il jouait avec la ligne fine du permissif sur les ordres et demandes qu’il vocalisait, mais cela n’allait pas durer. Elle comme lui, avaient des limites. Et chacun réprimait cette transgression, à sa manière.

    Au contact de ce qui se révélait être l’endroit où se trouvait également son ancienne appartenance à une vie de servitude, la surprise et confusion remplacèrent les émotions précédentes de Mirelys, qui dans de douces paroles, s’étonnait de ce secret. Pour des anciens proches, qui n’avaient que peu de contact avec le dirigeant, ils avaient cure de sa montée presque incroyable dans l’échelle sociale. Pour des anonymes, et dans ce cas, comme une personne comme elle, c’était comme découvrir un mystère qu’on ne cherchait pas à espérer en sa présence.

    Elle en retira même sa main, s’offrant cette fois-ci à genoux devant l’homme, presque dans une piété religieuse, s’excusant au mieux de ses paroles, à s’en damner elle-même à l’occasion.

    *Elle se déteste autant que ça ? Même après tout ce temps ?*

    Une vague de mélancolie submergea l’homme, comme s'il remontait presque cinquante longues années en arrière. Une période d’enfance secouée, jugée, mise à l’épreuve par une religion qui avait jugé une famille aux regards de leurs “représentants”. Un éveil à des vies perdues dans les terres et mémoires du monde, une explosion de colère et de rage, et une fuite jusqu'à la fatigue encourue. Tout ça, pour finir dans une autre famille, mais aux desseins pervers et sombres. Il devait le savoir, lui plus que quiconque, jusqu’à où l’on pouvait modeler et rendre malléable l’esprit d’un enfant. Mais par sa condition unique, il en était ressorti plus fort, plus vaillant, et plus terrible. Pour celle qui semblait prier les astres, la guérison s’annonçait être longue. Très longue.

    Du peu de pitié qu’il démontrait à un seul regard, il attrapa les vêtements de l’esclave, et commença à la rhabiller, quoiqu’elle faisait ou disait. Dans son regard, on pouvait y lire une tristesse taciturne. Il prenait soin que ses doigts s’attardent peu aux endroits trop marqués physiquement, et mentalement de par son investigation précédente. Elle se trouvait toujours agenouillée, malgré son geste plus qu’exceptionnel.

    Il s’agenouilla à son tour, faisant d’eux deux, à avoir une taille égale sans qu’aucun ne se fasse un tour de cou. Il avait une posture droite, et sa voix ne trahissait pas l’émoi qu’il avait à son auditrice.

    “Chacun a une face de lui où le voile de l’ombre se projette, à la fois pour en cacher le contenu, mais aussi pour en avertir les plus proches de soi. Ne vous sentez pas désolé, soyez juste meilleure, car je suis le seul qui vous a causé ce soudain surgissement de tracas. Il n’y pas honte d'exprimer le peu de sentiments qui peuvent nous habiter. Vous me rappelez de doux souvenirs, quand je vous vois…” Une légère vague de mélancolie se glissa dans ces derniers mots, avant qu’une assurance nouvelle se réveilla, comme un énième sermon qu’il cherchait à s’appliquer depuis sa mise au pouvoir. “Un grand homme, à présent dans l'enlacement du repos éternel, m’a dit un jour une phrase, que je garderais comme une source de motivation : il faut voir toujours en grand les choses, et jamais s'arrêter sur le peu qu’on a. Pour vous, cela est simplement que ce ne sont pas les étoiles que vous devez viser. Lors d’une nuit sans eux, un seul reste dans le ciel. Ou plutôt, une seule, toujours brillante, toujours observatrice, toujours confidente : soyez la Lune, Mirelys.”

    Il se releva, proposant d’une main à l’accompagner aussi dans ce geste.

    “La dignité est parfois un concept qu’il faut savoir abandonner. Je ne vous demande pas là de l’oublier, mais même si ma position est la plus haute dans la ville de Kyouji, je reste comme vous, un citoyen. Et une main tendue, aussi mystérieuse et emprunt de sombres secrets que la mienne, reste toujours un outil qui me permet de serrer, d’attraper, et de hisser vers le haut ceux qui ont besoin d’une aide. Je peux être cette personne pour vous, Mirelys. À cela, j’accepterais que vous soyez, en terme légal non-légal, mon esclave personnel. Mais je ne vous freinerais pas, ni enchaînerais à notre cité. Je sens en vous, une âme vagabonde, qui veut aller explorer et chercher à faire amende honorable par des actes de rédemption.”

    Il attendit qu’elle se dresse de sa hauteur, avant de poursuivre ses mots.

    “Je loue cette prise de risques et de courage qui émane de vous. Soyez sûre que je suivrais votre évolution avec intérêt. Et pour cela, voici ma dernière et ultime requête : lorsque vous viendriez à repasser par Kyouji, si le cœur vous en dit, venez me chercher. En prévenant de votre venue, bien entendu. Je souhaiterais point subir une seconde fois cet embarras. Avez-vous une envie de reformuler ma demande, ou avez-vous quelques dernières envies à me transmettre ?”
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  • Mer 26 Avr - 6:31
    Mirelys s'était montrée nue, dévoilant pour la première fois depuis qu'elle était esclave chez les Leotoris son corps à autrui. Maître Kalhede lui avait pourtant interdit de le faire si ce n'était pas quelque chose qu'elle désirait d'elle-même, il lui avait appris qu'elle devait chérir son être et en prendre soin. Cela faisait partie des plus éminentes règles du Reike. Mais si tenir tête à de simples soldats pervers n'était pas un problème, faire face à la demande d'un puissant seigneur en était un autre. Qui plus était un personnage ami de son Maître, qui semblait plus intéressé par sa santé que par un simple désir de domination.

    Cela ne l'empêchait d'éprouver une très grande honte à l'idée d'imposer la vue de son corps d'esclave à des yeux nobles.

    - Maître Dashgarr est jeune et fougueux. Il ne pensait pas à mal. Murmurait-elle entre deux pensées confuses. La voix inquisitrice du seigneur indiquait clairement que celui-ci n'aimait guère ce qu'il venait d'entendre. Dashgarr Leotoris n'était pas juste un jeune homme plein d'énergie, c'était aussi celui qui appréciait le moins la présence de Mirelys dans les murs de la résidence. Cet 'accident' causé lors d'un entrainement en était probablement un aux yeux de la verte, mais l'absence de compassion qu'avait éprouvé son assaillant ne pouvait tromper personne. Pas même une esclave idéaliste. Elle savait qu'il ne l'aimait pas. Qu'il ne l'aimerait probablement jamais. Et que sa relation future avec lui risquait d'être très compliquée. - Veuillez lui pardonner, Monseigneur.

    Cette soumission à genoux devant cette personne lui sembla durer une éternité.

    Elle craignait de susciter le dégoût le plus profond chez ce noble dirigeant, quand bien même ce dernier avait un passif d'esclave. Mirelys avait beau couler des jours heureux, rien ne semblait pouvoir effacer les plaies de son âme. Remodelée pour être une créature inférieure et obéissante, elle ne pouvait pas voir autrement les autres que comme des individus supérieurs. A leurs yeux, elle n'était qu'une misérable fourmi. Aussi, en cet instant, elle attendait ses éventuels châtiments. Des coups de fouets, de pieds, de martinet. Elle avait été éduquée à les recevoir et elle n'avait aucun moyen d'y échapper. Aucun moyen de refuser.

    Le doux contact du textile contre sa peau ne suffisait pas à ce qu'elle rouvre les yeux. Le pire pouvait encore arriver, si le seigneur le décidait. Mais non, l'oni la rhabillait lentement, dans un geste qui rappelait à Mirelys sa première rencontre avec Dame Amisla. Vêtue à l'époque de frusques déchirées à peine qualifiables de vêtements, sa noble Maîtresse l'avait confortée, lavée, habillée avec le plus grand soin. Un profond sentiment de nostalgie qui chassait l'espace d'une seconde les ténèbres de son âme, la ramenait à la réalité. La verte relevait le regard vers son bienfaiteur, qui n'avait rien du tortionnaire fantasmé par ses craintes. La confusion qui régnait dans son esprit ne l'aidait guère à savoir quelle conduite à adopter, aussi elle se contentait d'aider le Seigneur à la rhabiller, bougeant au minimum ses membres pour lui faciliter la tâche. - Veuillez me pardonner... Elle ne pouvait s'empêcher de souffler des excuses.

    L'oni s'adonnait alors à une longue tirade empreinte de mélancolie qui laissa l'esclave pantoise. Elle buvait ses paroles sans mot dire, peut être trop confuse pour avoir une réaction adéquate, ou trop polie pour interrompre l'individu. Elle ne comprenait pas à quoi il faisait allusion, mais quelque chose en elle lui disait que ses mots possédaient un sens bien plus profond qu'ils n'en avaient l'air. Cette manière familière qu'avait Monseigneur Crocell de lui parler, cet intérêt qu'il portait à sa personne, à son passé... Possédait-il un quelconque pouvoir sur la destinée de la verte? Avait-il eu une influence sur sa vie, à un moment donné? La verte l'ignorait pleinement. Et impossible de chercher la réponse dans ses souvenirs passés, tout n'était qu'abysses, ténèbres et perdition. Elle en venait même à craindre de l'avoir déjà rencontré mais d'en avoir effacé toute preuve, comme beaucoup d'autres choses oubliées pour préserver sa santé mentale défaillante.

    - Je crains... ne pas pouvoir accéder à votre requête. Commençait-elle en se relevant, par son aide. - Je n'aurais jamais la prétention d'incarner la Lune, pour moi qui n'ait été qu'abysses tout du long de ma vie.

    Aussi bien pendant sa jeunesse que pendant sa captivité. Néanmoins, elle ne se laissait pas happer par les ténèbres, par cette partie sombre d'elle. Elle daignait faire face à cet homme important, en dépit de la profonde mélancolie qu'elle ressentait et de sa confusion initiale.

    - Monseigneur Crocell, je suis l'esclave du Reike. Je soufflerais mon dernier soupir en tant que tel, mais je persisterais à expier mes crimes par mes actions. Ma loyauté envers la famille Leotoris, qui m'a offerte une seconde chance, est tout ce qu'il me reste pour aller de l'avant. Je ne saurais jamais être en capacité de guider qui que ce soit, moi qui ne cesse de me perdre dans mes propres ténèbres, c'est pourquoi...

    Sa main venait prendre celle de l'oni, qu'elle serrait avec prudence.

    - ... j'accepte d'être guidée par vous, si vous y trouvez quelconque intérêt. Je doute pouvoir vous être d'une grande utilité en la présente, vous possédez des serviteurs... Elle fit une pause, se remémorant la scène passée. - ... dévoués, et je ne pourrais également me soustraire à mes obligations envers mes Maîtres pour accourir à vos côtés. Ma promesse résonne d'une grande futilité, mais je...

    Sa seconde main rejoignait la première, ses doigts tremblants serrant ceux du dirigeant.

    - Je vous promets de revenir vers vous aussi souvent que possible. Vous avez raison, je rêve de m'aventurer hors de la cité, d'en apprendre plus sur le monde qui m'entoure autrement que par les récits des voyageurs. Cependant ma loyauté réside à Kyouji, aussi il m'est impossible de partir. De toute façon, mes Maîtres craignent bien trop que je sois considérée comme une esclave en fuite si je venais à vagabonder à l'extérieur.

    Mirelys osait un sourire, l'expression de son visage trahissait une légère mélancolie. L'impossibilité de satisfaire sa curiosité maladive en partant à la rencontre du monde était attristant, mais sa vie était enchainée à cet endroit. Kyouji était sa demeure, les Leotoris étaient ses protecteurs et Monseigneur Crocell serait son guide pour les années à venir. Que pouvait-elle demander de plus? Rares étaient les criminelles qui se voyaient offertes une seconde chance en la compagnie de personnes aussi bienveillantes. Fort évidemment, elle ignorait que quelques mois plus tard l'état de santé déclinant de son Maître la forcerait à quitter la cité, à se faire vagabonde dans un but noble en dépit des dangers. Peut être que le dirigeant qui se tenait face à elle avait prédit une telle destinée. Sans parler de prémonition, sans doute était-il au courant de choses qu'ignorait la barbare. Combien de sombres et mystérieux secrets possédait-il donc en son pouvoir?

    - Veuillez m'excuser, je crois qu'il est temps pour moi de prendre congé, je n'avais guère prévu de rester aussi longtemps. Je ne saurais jamais assez vous remercier pour votre bienveillance, et j'espère vous être d'une quelconque utilité à l'avenir. Enfin seulement, elle relâchait la main de l'oni. Comme si elle se rendait compte que son geste était probablement déplacé. - J'aimerai juste... si cela est possible... que nous gardions secret ma nudité. J'ai promis à Maître Kalhede de ne pas me dévêtir devant quiconque, je ne voudrais pas qu'il s'en offusque. Bien entendu je ne dirais mot concernant ce que j'ai vu, également. Dans l'attente de notre prochaine rencontre, je vous souhaite une agréable journée, Monseigneur.

    La paume contre le cœur, une légère courbette. Ni plus ni moins que le salut propre à la maison Leotoris. Sur le départ, elle attendait simplement d'être congédiée par son hôte, en respect de ce qu'il restait des protocoles. Et une fois autorisée à prendre congé, elle ne put s'empêcher de lui jeter un dernier regard, comme si elle avait quelque chose à dire. Elle ne trouva pas la force de le faire, sombrant dans ses pensées une fois sur le chemin de la sortie, accompagnée par les servants. Il savait que le dirigeant de Kyouji était une personne admirable, mais elle ignorait qu'il serait aussi intéressé par une esclave comme elle. Ce n'était pas parce qu'elle appartenait aux Leotoris, ce n'était pas par amitié pour Maître Kalhede. Il y avait des raisons plus profondes, des secrets qu'elle ne saisissait pas. Cette idée la rendait curieuse, mais instillait en elle également une forme de peur. La peur que quelqu'un en sache plus sur elle qu'elle-même.

    En cette journée fatidique, elle avait peut être, consciemment ou inconsciemment, fait un pacte avec le diable.
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  • Mar 11 Juil - 23:20
    Malgré la remarque faite à l’encontre du perpétuer de la blessure de Mirelys, elle cherchait à le discréditer d’une intention malveillante à son égard. Le monde n’était pas bâti sur des excuses, mais des vices accomplis pour plaire à sa propre personne. Crocell, lui, assouvit le sien dans l’opulence et le pouvoir qui lui permettait sa position. Mais, il savait retenir sa pulsion, et l’avenir d’une ville aux multiples regards, surtout quand ceux-ci étaient tournés vers vous, le rendait plus prudent, et plus créatif dans sa prise de décisions, et de projets pour rendre Kyouji plus meilleure qu’elle ne l’était.

    Et encore une fois, une nouvelle demande de pardon soufflé pour Dashgaar, et aussi pour elle-même. Elle s’était légèrement animée pour aider au rhabillage. À cela, elle l’écouta lors de ses longues paroles, ne loupant pas le moindre de ses mots, tant son regard restait fixé sur lui.

    Enfin, en l’aidant à se relever, il eut sa réponse à sa question : elle refusait la demande, du moins, sur la métaphore qu’avait proposé le Seigneur de Kyouji. Mais pas que, sur la proposition d’être personnellement l’esclave du Seigneur, sans pour autant officialiser ce titre. Il ne fallait pas oublier le nouvel édit proclamé par le couple royal.

    À son tour, il l’écoutait avec la plus grande attention, sa main joignant la sienne, puis enclavée par ses deux mains, tremblant d’excitation ? De peur ? Impossible de le savoir, et encore moins sans fouiller dans son esprit, chose qu’il ne se permettrait pas de faire. Aucune utilité, il aimait l’interaction qu’il avait avec cette drakyn.

    Il mit lui aussi sa deuxième par-dessus le tout, pour rassurer l’esclave, mais aussi lui-même : le voilà à nouveau promettre une chose qu'il le serait, au plus profond, de respecter. Pour sa survie, et son mérité, il avait du mal à garder des contacts prêts à suivre ses idées, aussi folles soient elles. Un jour viendra.

    Vint le temps de congédier sa présence. Ce n’était que le début de la journée, et peut-être que d’autres attendaient leur tour pour s’entretenir avec le dirigeant. Relâchant son emprise, elle soutint le fait de ne pas évoquer leur “moment intime”. D’un geste, comme pour sceller ses lèvres, et d’un sourire, il lui répondit.

    “Ces lèvres sont scellées. Partez donc, Mirelys. À notre prochaine rencontre.”

    Il usa de sa télékinésie pour frapper le heurtoir de la porte où attendaient sagement les serviteurs, et dès lors qu’ils entendirent le bruit, ils remplissaient la pièce, alors que la jeune femme partait dans la direction opposée de sa venue. Elle lui jeta un dernier regard, auquel il acquiesça, avant de se tourner, direction son siège d’office royal.

    Se jetant dedans, affalé, il repensait à nouveau à son entrevue particulière. Le reste de la journée…

    “Que ça va être barbant maintenant… Enfin bref. Que les audiences commencent, et puissent-elles être plus… Non. Je suis plutôt de bonne humeur, et je pense que la journée passera vite, pour une fois.”

    Ainsi se termina leur rencontre : une première, parmi une longue série.
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