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  • Jeu 6 Avr - 23:24
    Devant la façade d'une échoppe estampillée "Chez Nessa", se tenait un homme assez grand, vêtu d'une tunique sans manche qui révélait la musculature développée de ses épaules et de ses bras, croisés sur son torse, alors qu'il inspectait la scène d'un air grave. A ses côtés, la projection diaphane de Perséis, présente sans l'être physiquement, pointait du doigt la ruelle qui longeait le mur gauche de la boutique, et sur laquelle donnait une fenêtre brisée. Située un plus haut que la tête d'un homme de taille moyenne, cette lucarne était destinée à laisser un peu de lumière naturelle entrer dans l'arrière-boutique, sans offrir aux indiscrets qui passeraient par là une vue facile sur ce qui s'y passe.

    - "Même type d'effraction que dans les deux autres boutiques. Pas par la porte principale, pas par une des vitrines, toujours par une fenêtre dérobée, qui mène directement à ce qu'ils cherchent." dit Perséis d'un air pensif.


    L'homme à ses côtés passa une main sur son crâne, dénué du moindre cheveu, avant de pousser un profond soupir.

    - "Qui que ce soit, ils savaient exactement où aller. C'est pas la seule fenêtre qui donne sur l'arrière, et c'est même pas la plus facile d'accès. Mais celle là donne pile à côté de la porte de la réserve. Qu'est-ce-qu'ils ont pris dans les deux autres ?"

    - "Exactement comme ici. Les mêmes précurseurs, et quelques fioles précises sur les rayons. J'ai demandé à ce qu'on me fasse parvenir les derniers registres des inventaires, mais je suis persuadée que ce sont les mêmes potions à chaque fois. Je ne saisis pas la logique, et c'est ce qui m'inquiète. Les potions, soit, mais les précurseurs ? A moins d'avoir une taupe haut placée, ils sont inutiles, sauf à un alchimiste très compétent. Et un tel alchimiste n'aurait nul besoin de les faire voler."


    La silhouette translucide de la sirène se retourna vers quelques rues derrière eux qui, au fur et à mesure qu'elles serpentaient entre des bâtiments qui semblaient de plus en plus décrépits à chaque mètre, devenaient un peu plus sales et sombres. Ils n'étaient pas ici dans les beaux quartiers où elle vivait, loin de là. Comme la plupart de ses boutiques "Chez Nessa", celle-ci était dans un quartier moyen, et même particulièrement proche de la lisière des bas-fonds de la ville.

    - "Les trois boutiques prises pour cible sont réparties à travers la ville. Leur seul point commun est d'être à la frontière avec les bas-fonds. Et même si les coupables savaient exactement comment atteindre ce qu'ils voulaient le plus efficacement possible, ils sont rentrées par la force. Pas par la ruse, ou la magie. Tout ça ressemble un peu trop à ce qui pourrait se tramer là-bas. Mais aucun gang ne couvre assez de territoire pour frapper à trois endroits si éloignés de la ville la même nuit, à la même heure. Nous avons à faire à quelqu'un de plus influent."

    - "La Gorgone, vous pensez ?"

    - "Je vois difficilement pourquoi elle voudrait s'attaquer à mes boutiques, surtout maintenant. Ni ce qu'elle pourrait bien faire de la marchandise... Mais je n'ai à l'esprit personne d'autre qui aurait suffisamment d'influence pour agir sur le territoire d'autres bandes des bas-fonds de manière si organisée. J'ai du mal à l'imaginer coupable, mais je n'ai encore aucun suspect..."


    Le regard glacial de la sirène qui parcourait une énième fois la scène à la recherche d'un élément, aussi infime soit-il, qui puisse la guider vers l'auteur de ces méfaits, s'arrêta net sur une silhouette familière à une cinquantaine de mètres plus haut dans l'avenue, et l'intense concentration qui s'y lisait depuis son arrivée fit place à une surprise presque désarmante. Dahlia, ici ? Si le quartier n'était pas dangereux à cette heure, à la lueur du jour naissant, il ne présentait pour la directrice aucun attrait qui sautait aux yeux de Perséis, et il était suffisamment éloigné de l'orphelinat pour qu'il ne s'agisse pas d'une simple promenade matinale.


    Et pourtant, la démarche de la jeune femme ne présentait aucune trace de la hâte ou de la résolution qu'on pourrait s'attendre à trouver dans le pas de quelqu'un qui se rendrait, si tôt, à un endroit précis aussi éloigné de chez elle. A l'inverse, ses épaules paraissaient presque tombantes sous le poids de l'air encore lourd de rosée, son visage semblait davantage tourné vers le sol que vers son chemin, et sa grâce naturelle avait laissé place à un pas trainant qui ne rendait aucunement justice à sa silhouette d'ordinaire élégante. Pendant un instant, l'alchimiste oublia l'inquiétante série de cambriolages qui venait d'avoir lieu, le mystère que représentait le vol de ces ingrédients dont personne n'était censé savoir que faire, et l'affront fait à sa stature de baronne de la pègre que représentaient ces forfaits.


    Cela faisait plus de trente ans que les deux femmes se côtoyaient, souvent en affaires, parfois en dehors, et si Perséis n'était pas de celles qui s'attachaient au premier venu, elle avait développé une certaine affection pour la jeune femme, qui avait été, après tout, une des premières relations grâce auxquelles son empire avait vu le jour. Dahlia, au quotidien, n'était pas d'un naturel joyeux et extraverti, visiblement torturée par son propre fardeau, mais aux yeux de la sirène à cet instant, quelque chose lui soufflait que la situation était plus préoccupante qu'à l'accoutumée.


    Perséis reporta brièvement son attention, sur la boutique, et l'homme à ses côtés.

    - "Renforce la sécurité dans toutes les boutiques de ton secteur. Fais surveiller les environs. Je vais faire passer les mêmes directives aux autres lieutenants. Tant que je n'en sais pas davantage sur le coupable et ses motivations, nous ne laisserons aucune ouverture, où que ce soit."

    - "Très bien, Madame."

    La projection se dissipa aussi soudainement qu'elle était apparue.





    Perséis ouvrit les yeux, assise dans ses quartiers, les mains croisées devant elle et les coudes posés sur son bureau d'ébène. Elle tendit la main vers une pile de papiers, divers rapports et registres qu'elle avait avait fait quérir, pour tenter d'y dénicher le moindre indice sur l'ennemi qui avait décidé de s'en prendre à son organisation. Sa main se figea à mi-chemin, et elle marqua un temps d'hésitation. Changeant soudainement d'avis, elle saisit un parchemin vierge dans un tiroir, et de son autre main, poussant légèrement le masque qui gisait, comme souvent, sur son bureau, s'empara de la plume qui se tenait derrière.


    "Dahlia,

    Voilà quelques temps que nous n'avons eu l'occasion de discuter ensemble, professionnellement comme personnellement.
    Que dirais-tu de venir à la Maison d'Oreithye, un soir ? Je n'ai encore jamais pu prendre le temps de te faire visiter les lieux convenablement.
    Je te laisse choisir le jour et l'heure de ta convenance.

    Perséis.
    "


    Elle relit la missive plusieurs fois, pour s'assurer que le choix des mots était le bon. Elle désirait rester vague, pour ne pas révéler de suite ses intentions réelles et ses inquiétudes, mais elle ne souhaitait pas que l'invitation semble être un prétexte pour parler affaires. Sans pour autant sonner faux venant de sa part, Perséis voulait que le message soit tout de même suffisamment personnel, pour que la jeune femme comprenne qu'elle désirait passer du temps avec elle, pour elle, et pas pour ce qu'elle pouvait lui apporter. Semblant satisfaite, elle quitta ses quartiers et confia la lettre à un homme de main, ordonnant qu'elle soit délivrée à l'orphelinat de suite.



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  • Ven 7 Avr - 19:23
    Sans but, Dahlia errait dans les ruelles de Liberty vêtue de sa fétiche robe blanche, tel un fantôme ignorant encore quelle demeure il devait hanter. Les yeux rivés sur les pavés, ne sortant de dissociation que par le froid qui lui glaçait les épaules et les mollets, la directrice mettait un pied devant l’autre mollement. Souvent, elle venait à s’arrêter au bord d’un chemin, sans relever la tête, sans répondre à ceux qui venaient la saluer, entendant à peine le bruit de la capitale qui se réveillait. Toute la nuit la jeune femme s’était promenée d’un bout à l’autre de la cité, elle avait tourné en rond, revenant systématiquement sur ses pas, devant l’immense portail en fer de l’orphelinat qu’elle dévisageait longuement sans parvenir à en passer la grille. La peur d’être saisie par des malfrats ne l’atteignait guère, trop préoccupée par le chagrin qui partait de son cœur pour s’immiscer dans son cerveau, dans son esprit malade et torturé. À ce stade, peut-être aurait-elle préféré être kidnappée. Était-ce par nécessité d’attirer l’attention sur elle, elle qui se démenait pour autrui, mettant en péril sa propre vie, ses propres objectifs ? Ou simplement, car elle espérait ne jamais être retrouvée, pouvoir se rouler en boule dans un taudis, les poignets enserrés par des chaînes dont elle désirait ne jamais se défaire.


    Un long soupir s’échappa de l’entre ouverture de ses lèvres, le dixième en moins d’une vingtaine de secondes. Elle leva ses yeux orangés vers une des fenêtres de son établissement, y apercevant quelques enfants qui jouaient innocemment, s’arrachant le nouveau cheval à bascule qu’elle s’était procurée la semaine passée en traînant de brocantes en brocantes. Regarder ses orphelins s’amuser suffisait d’ordinaire à apaiser ses tourments, ne serait-ce que pour quelques secondes. Elle resta ainsi sans bouger un doigt, hurlant à son propre cerveau de se réveiller, de fonctionner correctement, tout du moins de façon à la rendre fonctionnelle. Les enfants continuaient à rire aux éclats, se poussant l'un l'autre sur le jouet. Elle ne ressentait... Rien. Un vide, un abysse qui l'engloutissait dans toute sa noirceur. Elle haussa les épaules. C’était peine perdue. Depuis trois jours, son état empirait considérablement et Dahlia ignorait tout de la solution à ce problème. Pour cela, il aurait fallu qu’elle sache ce qui lui causait tant de chagrin, et cet élément indispensable était enfoui au plus profond de son âme, refusant d’être mis en lumière. Parfois, il fallait juste accepter de souffrir, de baisser les bras.


    Assise à la cantine de l’orphelinat, la directrice se forçait à avaler des quantités raisonnables de nourriture avec une lenteur édifiante. Son assistante la regardait dépérir, s’approchant de ses épaules pour les masser, lui apportant les derniers dessins de ses petits protégés, des portraits de sa personne entourée d’ailes d’ange. Elle saisissait les parchemins entre ses doigts tremblants, les contemplant quelques instants avant de les plier et de les ranger dans un tiroir, étalant ses coudes sur le chêne massif pour y enfouir sa tête. Sans une larme, pas même l’ombre d’un sanglot, Dahlia restait inerte dans ses quartiers des heures durant, allant se coucher à des horaires improbables, se traînant d’une pièce à l’autre faiblement. S’enfuir, oui, mais pour aller où ? Sa main vint se placer sur son cœur, serrant le tissu qui l’entourait tandis que ses yeux se fermaient dans une grimace de souffrance. Elle ne pouvait pas toujours compter sur lui. Ni sur elle. Ni sur qui que ce soit. Dahlia était seule face à ses démons, face à sa dépression qui observait chacun de ses faux pas, prêt à bondir tel un félin sur sa proie affaiblie. N’avait-elle pas le droit de connaitre la paix, la sérénité ?


    Ses journées se répétaient inlassablement selon le même schéma, attendant sans doute qu’un événement extérieur ne vienne les perturber. Ce jour-là, Dahlia était rentrée tôt de sa balade matinale, s’enfermant à nouveau derrière les murs épais de son bureau, les yeux perlant de larmes qui refusaient de couler, ignorant seulement la raison qui les poussait à exister. Un sursaut la parcourut alors qu’on vint toquer à sa porte. Elle se leva lentement de son fauteuil, s’approchant de la porte, hésitant à l’ouvrir. Elle priait pour ne pas tomber sur un enfant désirant son affection, elle qui était incapable d’en prodiguer à qui que ce soit dans son état si fragile. Prenant une grande inspiration, elle se saisit enfin de la poignée, se retrouvant devant un homme qu’elle ne reconnaissait guère. Ce dernier lui tendit une missive qu’elle ouvrit avec apathie, secouant la tête pour chasser les larmes qui rendaient sa vision floue, compliquant sa lecture.


    Elle hocha la tête, rangeant la lettre sur le meuble à sa droite. Sa voix enrouée de n’avoir que trop peu parlé durant ces dernières journées s’éleva enfin. « Demain soir. Vous pouvez lui dire que… ». Simplement s’exprimer lui coûtait une montagne d’énergie. « Je serai là demain soir. ». Dahlia n’avait pas envie de se rendre à ce rendez-vous. Face à Perséis qu’elle côtoyait depuis déjà plus d’une quinzaine d’années, elle arborait une façade, une certaine prestance. Néanmoins, la Fae n’était pas sotte. La sirène était bien plus intelligente qu’elle, disposait de moyens de renseignements au-delà de son imagination. La directrice ne la jalousait point. Elle n’aurait su que faire de tout ce que la cheffe d’entreprise possédait. L’objet de sa convoitise ne pouvait être acquis avec tout l’or du monde. Elle se retourna, fermant la porte sur son passage dans un énième soupir, se laissant glisser contre son encadrure. Elle avait une journée entière pour s’y préparer. Cela suffirait. Cela suffirait ?...


    Le lendemain, la Fae apparut sans un son devant les quartiers de la jeune femme l’ayant conviée. Elle y resta interdite, n’osant franchir le pas de la porte, pas même toquer pour signaler sa présence. Lentement, elle poussa son corps à avancer à contrecœur, repliant ses doigts dans un poing qui vint donner quelques coups sur la devanture, sans même qu’elle ne lève son bras à sa hauteur. Secouant la tête, envoyant valser sa chevelure blonde en arrière, Dahlia se donna deux petites claques sur le visage. La comédie, juste pour ce soir, pour une nuit de plus. Elle devait y arriver. Elle ne se donnait pas le choix.
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  • Dim 16 Avr - 20:43
    Perséis faisait inlassablement les cent pas dans un bureau situé à l'étage de sa demeure, où elle venait de recevoir un énième agent, dépêché sur le terrain en quête d'informations, qui venait lui faire son rapport. La situation évoluait trop peu à son goût, et si elle ne craignait guère une récidive cette nuit, elle n'aimait pas rester ainsi dans l'incertitude. Passant pour la millième fois devant l'immense baie vitrée surplombant la grande rue sur laquelle donnait l'édifice, elle reconnut du coin de l'œil la silhouette de Dahlia, qui approchait de la grande porte. Elle était attendue pour ce soir-même, mais plongée dans ses inquiétudes, Perséis n'avait pas réalisé que l'heure de sa visite était arrivée.


    Elle quitta le bureau et se dirigea vers l'entrée principale de sa résidence. Le large couloir qui se tenait derrière l'imposante double porte en bois massif, donnait d'une part sur l'aile où se trouvaient des laboratoires, des salles de recherche, et tout au bout, sa boutique, d'autre part sur une aile résidentielle qui contenait des quartiers d'habitation et de commodités, pour ses hommes et femmes ainsi que ses éventuels invités. Au centre, face à la grande porte, se trouvait un grand escalier double de marbre blanc, dont les deux volées de marche se rejoignaient à l'étage. Au rez-de-chaussée, entre les deux, flanqué de deux arches qui menaient à un grand jardin intérieur à la végétation abondante minutieusement entretenue pour sembler naturelle tout en restant contrôlée, un dernier escalier plongeait dans les entrailles de la terre.


    Au moment où son pied se posa sur la dernière marche, quelques coups discrets retentirent sur le bois de la grande porte. Signifiant au majordome d'un geste de la main qu'elle se chargerait elle-même d'accueillir son invitée, Perséis se dirigea vers la porte et l'ouvrit. Face à elle, Dahlia se tenait sur le seuil. Ses efforts pour garder une contenance digne de ce nom, bien qu'honorables, étaient flagrants aux yeux de la sirène qui l'avait vue le matin précédent en bien piètre condition.

    - "Dahlia ! Je suis ravie de te recevoir, je t'en prie, entre."

    Perséis s'effaça de l'embrasure de la porte, invitant d'un geste Dahlia à entrer. Sans déborder d'un enthousiasme qui sonnerait faux pour une femme comme elle, son ton témoignait toutefois d'une certaine satisfaction à l'idée de passer quelques temps en compagnie de Dahlia.

    - "Cela fait bien longtemps que tu n'as pas eu l'occasion de mettre les pieds ici, et c'était seulement pour parler affaires... Marche avec moi, veux-tu. J'aimerais t'accueillir dans un lieu un peu plus personnel."


    C'était une remarque étrange alors que les deux femmes se tenaient dans la demeure de l'alchimiste, mais Dahlia n'avait vu que la partie publique des lieux, la façade à la vue de tous ; il ne s'agissait pas de l'endroit où la sirène était réellement chez elle, du moins, pas tout à fait. Elle posa une main sur l'épaule de Dahlia alors que celle-ci passait à sa hauteur, en prenant la direction des grands escaliers. Face à elles, au travers des arches, le somptueux jardin les appelait du doux clapotis de l'eau de ses fontaines et du chant énivrant de ses oiseaux.


    La sirène comptait bien profiter de ce contact, innocent en apparence. Si elle voulait que la jeune femme puisse se détendre un tant soit peu, voire se confier à elle sur les raisons de son mal-être évident, il fallait en amoindrir quelque peu la profondeur. Faisant appel à ses facultés magiques, elle se concentra sur l'océan de tristesse qui se déchainait dans le cœur de son invitée, et fit de son mieux pour l'amoindrir autant que possible. Désirant masquer les effets du sort par des paroles chaleureuses, elle reprit, pendant que ses effets commençaient à se mettre en place.

    - "Nous pourrions visiter le jardin un peu plus tard, si tu le souhaites, je suis sûre que tu l'aimeras. Mais tout d'abord, j'aimerais te montrer quelque chose." La dirigeant avec une infinie douceur vers l'escalier qui disparaissait sous le sol, bien en deçà du jardin, la sirène commença à descendre les premières marches. "Les quartiers dans lesquels je t'ai reçue il y a des années de cela, ne sont pas réellement ceux où je vis. Ce n'est qu'une question d'apparat, une diversion pour éloigner les simples partenaires d'affaires, et réserver le lieu où je t'emmène à ceux dont je suis intime. Et j'estime que tu l'es bien assez pour y être reçue. J'aurais du le faire il y a longtemps déjà, et j'en suis navrée."


    L'escalier était large, richement décoré et bien assez éclairé pour ne pas sembler inquiétant. Il s'agissait ni plus ni moins, à la première impression, que d'un escalier comme tant d'autres dans le grand édifice. Et pourtant, celui-ci s'enfonçait profondément sous la terre, à une vingtaine de mètres sous la surface. Une fois arrivés en bas, d'autres escaliers et couloirs s'étendaient dans de multiples directions. Réservés au stockage de matières premières pour certains, et aux activités illicites de la sirène pour d'autres, ils semblaient insignifiants en comparaison du vaste hall qui menait à deux grandes portes de bois sculpté, encadrées d'une arche de pierre bleue, vers laquelle la sirène se dirigeait désormais. Sans effort, elle ouvrit une des imposantes portes et invita Dahlia à y entrer.


    Les deux femmes arrivèrent alors dans le grand bureau de Perséis. Première pièce située à l'entrée de ses quartiers privés, il s'agissait d'un espace très particulier. Les murs, hauts d'une dizaine de mètres, étaient d'immenses parois d'un verre épais, enchâssées dans des arches faites de la traditionnelle pierre de la République, finement sculptée en arabesques élégantes. Derrière les murs de verre, une multitude de poissons, de coraux, d'algues et de roches remplissaient un immense bassin dont il semblait impossible de voir le bout, dans un fourmillement de vie constant qui semblait presque surnaturel. Baigné par une douce lueur, l'eau, et par extension la pièce située en son centre, dégageait une atmosphère unique, mélange habile de sources magiques de lumière, et de lumière naturelle issue du jardin et amenée jusqu'ici sous la terre par des procédés physiques et magiques.


    A travers l'eau, il semblait possible de discerner d'autres pièces, faites de parois similaires, mais la réflexion en dissimulait parfaitement le contenu. Parfois, entre les bancs de poissons et le décor fourni, des créatures diverses, plus imposantes, semblaient vaquer à leurs occupations, sans aucune agressivité envers les autres habitants de cet immense bassin.


    Dans le bureau à proprement parler, le mobilier et la décoration étaient sommaires; le lieu se suffisait à lui-même. Quelques meubles utilitaires, un paravent, et le bureau lui-même de Perséis bien sûr, en ébène massif, qui se trouvait près d'une des parois de verre, différente des autres. En son centre, le verre laissait place à une petite arche de pierre qui contenait une barrière magique maintenant l'eau en place. Devant cette barrière, le sol n'était pas de pierre polie et de verre comme partout ailleurs, mais était en réalité simplement une ouverture sur le bassin, où l'eau venait clapoter doucement.

    - "Bienvenue chez moi, Dahlia ! J'espère que cet endroit te plaira. Je l'ai fait construire personnellement, et il n'y en a nul autre à Liberty, ni même probablement dans toute la République. Très peu de gens ont pu mettre les pieds en ce lieu."


    Elle retourna toute son attention la jeune femme, une des rares personnes qu'elle avait emmenée ici :

    - "Mais je ne t'ai pas invitée ici pour parader. Dis moi, ma chère, comment vas-tu ? Comment vont les choses, autant à l'orphelinat que dans ta vie ?"


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  • Jeu 20 Avr - 13:35
    Dahlia ne voulait pas être là. Si cela ne tenait qu’à elle, la Fae se serait empressée de refuser l’invitation de sa collaboratrice pour se terrer dans ses quartiers et oublier que le soleil se lèverait le lendemain, avec où sans elle. Debout sur les marches qui la menaient à la demeure de Perséis, ses poings se serraient de toutes ses forces jusqu’à en faire blanchir ses phalanges. Au-delà de ses propres problèmes, la directrice n’imaginait pas être conviée pour une raison autre que professionnelle. Certes, elle entretenait d’excellentes relations avec l’alchimiste, qui dépassaient le cadre des échanges de potions de perte de mémoire, néanmoins la jeune femme restait extrêmement discrète à propos de sa vie privée. Personne n’invitait Dahlia pour prendre le thé ou se quérir de ses états d’âmes. Si elle vagabondait dans Liberty, c’était d’un point A à un point B, un objectif clair en tête, ce dont elle ne disposait guère depuis une petite semaine. Elle était seule. Encore et toujours, profondément, inlassablement seule.


    La voix de la sirène la sortit de ses songes, lui faisant doucement relever la tête pour croiser timidement son regard, de crainte qu’elle n’y remarque le torrent de mélancolie qui l’affaiblissait considérablement. Envers et contre tout, Dahlia refusait de montrer ses faiblesses, de laisser qui que ce soit panser ses plaies ouvertes. Si d’ordinaire la peur des représailles l’aurait saisi à la gorge pour l’empêcher de parler, il n’en était rien. La Fae n’avait ni l’envie ni la force de se méfier de qui que ce soit. « Bonsoir Perséis. J’espère que je ne dérange pas. J’ai fait au plus vite. ». Sa voix douce, fluette ainsi que légèrement enrouée ne s’éleva pas plus haut que nécessaire, sonnant presque comme un murmure. Passant l’encadrure de la porte, elle frotta ses pieds sur le paillasson pour retirer les saletés potentielles de ses talons en adressant un hochement de tête en guise de salutations au majordome qu’elle croisa du regard. Lorsque ses yeux se déposèrent à nouveau sur la sirène, Dahlia puisa dans l’énergie qu’elle avait accumulé la veille en prévision de leur rencontre et la gratifia d’un mince sourire, la remerciant pour son offre.


    Au-delà du désespoir qui rythmait ses journées ; celle-ci ne faisant pas exception ; la Fae ne pouvait nier une certaine curiosité concernant les quartiers de la cheffe d’entreprise qu’elle côtoyait. D’extérieur, la demeure respirait l’oisiveté, la richesse, l’extravagance. Tout ce qu’au final, Dahlia ne représenterait jamais. Si la plupart développaient une jalousie maladive, voire de l’aigreur envers les plus fortunés, la directrice n’en pensait pas un mot. Sa situation, en plus de lui convenir, lui permettait de profiter justement de la richesse d’autrui. Sans eux et leurs grands airs dédaigneux, l’orphelinat n’en menait pas large. Dahlia ne ressentait pas de gratitude à leur égard, tout juste une neutralité qui était parfois complexe à maintenir. Le contact de la main froide de la sirène sur son épaule la fit tressaillir, avançant dans la demeure, le regard partant occasionnellement dans le vide, secouant la tête régulièrement pour éviter la dissociation qui la guettait. Ce n’était qu’une soirée, que quelques heures à tenir. Elle pouvait y arriver.


    Avançant à pas de velours dans la gigantesque demeure de Perséis, Dahlia se laissa intriguer momentanément par la vue imprenable sur les jardins sauvages qu’elle apercevait à travers les vitres des arches. À cet instant précis, sa peine sembla s’apaiser considérablement, son rythme cardiaque diminua et ses muscles se détendirent lentement. Jamais la jeune femme n’aurait été en capacité de faire le rapprochement entre cette sensation et une quelconque source extérieure. Elle se disait simplement que la vue de fleurs et de plantes en effervescence lui apportait une certaine sérénité, ce qui en soi n’était pas foncièrement faux. « Non, non, ne t’excuse pas. Je comprends. ». Peu bavarde, la Fae tentait d’apprécier les bonnes grâces prodiguées par la sirène, sa gentillesse qui lui paraissait presque suspecte, trop prononcée pour être vraie. Elle haussa les épaules. Qu’importe. Plus rien n’avait d’importance, alors si on se jouait d’elle, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Elle s’arrêta quelques secondes sur l’immense paroi en verre derrière laquelle paradaient différentes espèces de poisson, une sorte d’aquarium géant qui lui donnait des frissons. Dahlia n’avait jamais été friande des créatures aquatiques, tout du moins en dehors de son assiette. Pour autant, elle ne se sentait pas particulièrement en danger. Si Perséis vivait ici, c’est qu’elle avait le contrôle sur ses quartiers en toutes circonstances. La Fae la connaissait assez pour savoir que la sirène ne se faisait jamais surprendre.


    « Je suis honorée que tu m’aies invitée chez toi. Tu as une décoration... Originale. ». Elle s’inclina doucement en guise de remerciement avant de poursuivre, légèrement prise au dépourvu par le piège qui se refermait lentement sur elle. « Je vais bien. ». Un mensonge, comme elle avait l’habitude d’en déblatérer, parfois plus qu’elle ne disait la vérité, celui-ci étant plus facile à repérer que les autres. « La situation à l’orphelinat est plus complexe que d’ordinaire. Certains donateurs se sont retirés pour une raison qui m’échappe. J’ai baissé mon salaire pour équilibrer la balance, j’espère que cela ne durera pas plus que nécessaire. ». Presque robotique, sa voix s’articulait parfaitement, preuve d’une maîtrise d’elle-même poussée à l’extrême. S’accroupissant devant l’arche en pierre où l’eau venait se déposer, Dahlia passa sa main sur la surface, tentant d’éveiller ses sens au monde qui l’entourait, de retrouver la réalité qui lui glissait des doigts un peu plus chaque seconde. Secouant ses mains pour en retirer l’excédent d’eau, elle se retourna vers la sirène après avoir pris une grande inspiration. « Et toi, comment vas-tu ? C’est rare que tu prennes du temps pour toi. Tout du moins c’est l’impression que tu donnes. ». Son regard sembla partir à nouveau dans le vide durant quelques secondes. « Tu es toujours si occupée, si demandée partout… ». Pour quelqu’un dont l’univers entier n’avait que faire, dont le monde se serait délesté avec grand plaisir, la comparaison piquait…
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  • Ven 21 Avr - 22:48
    La voix d'ordinaire discrète et fluette de la jeune femme s'était mue en à peine plus qu'un murmure soufflé du bout des lèvres, et son regard fuyant semblait déborder d'une sorte de timidité qui n'avait pas lieu d'être face à Perséis, qu'elle fréquentait depuis longtemps maintenant. Il n'en fallut guère plus à la sirène pour confirmer ses soupçons : quelque chose n'allait pas, et la situation ne s'était pas arrangée depuis la veille.


    - "Dahlia, tu sais que tu peux venir me voir si tu as un souci avec l'orphelinat... Même s'il ne s'agit que d'une question d'ordre financier. Fais moi parvenir, quand tu le peux, un compte-rendu à propos de ces donateurs soudainement devenus avares. Je couvrirai la différence, et j'échangerai quelques mots avec eux à ce sujet, à la première occasion."

    La directrice avait donc des soucis avec l'orphelinat. Ce n'était pas réellement une surprise, diriger un établissement de ce genre en ne pouvant compter que sur le bon vouloir de riches républicains ne pouvait pas être une promenade de santé. La plupart sont d'une volonté et d'un dévouement variables quand il s'agit de nobles causes : ils agissent souvent pour leur image, ou par lubie passagère, plus que par réelle bonté d'âme. Perséis n'était guère plus louable que ceux-là, mais elle mettait un point d'honneur à être d'une loyauté indiscutable envers ses engagements, et, pour de multiples raisons plus ou moins – mais surtout moins – altruistes, elle s'était engagée à œuvrer autant que possible pour assurer la pérennité de l'orphelinat.


    Avant de laisser à Dahlia le temps de répondre à ce sujet, la sirène enchaina d'une traite.

    - "Si je puis me permettre, ma chère, j'ai la nette impression que tu ne te trouves pas dans la meilleure des dispositions. Les finances de l'orphelinat en sont la seule cause ?"

    Comme pour ponctuer sa phrase, elle désigna du bout des doigts un petit salon aménagé en marge de la piège : un canapé de cuir et deux fauteuils, d'apparence très confortables, disposés en arc de cercle autour d'une table basse finement ouvragée, face à une des parois de verre de la pièce. La sirène s'installa sur le canapé, et laissa libre choix à la jeune femme de s'asseoir à ses côtés, ou sur un des deux fauteuils, plus distants. Il s'agissait de ne pas mettre son invitée dans une position d'inconfort alors qu'elle souhaitait s'enquérir de son état, chose qui, elle le savait depuis le départ, ne serait pas aisée.

    - "Installe-toi avec moi, je t'en prie, mets toi à ton aise."


    Sur la table basse reposait une bouteille de vin blanc, ainsi que deux verres de cristal. Perséis tendit la main vers la bouteille, pour en constater la température. Elle l'avait fait sortir de sa cave personnelle au moment précis pour que la bouteille soit juste à la bonne température, ni trop fraiche, ni trop chaude, et comme elle l'avait prévu, tout était parfait.

    - "Je me suis permise de faire quérir une bouteille de vin pour notre entrevue, j'espère que cela te convient, et dans le cas contraire, je peux te faire servir autre chose. J'ai essayé d'estimer tes goûts au mieux, si je me suis méprise, n'hésite pas à me le faire savoir."


    A ces mots, l'alchimiste remplit tour à tour les deux verres, en commençant bien sûr par celui de son invitée. Une fois la bouteille reposée, elle répondit à la jeune femme qui s'enquérait de sa propre situation.

    - "Ugh." soupira-t-elle, en penchant la tête en arrière contre le dossier du canapé, et en se pinçant la base du nez, comme pour chasser la source de ses propres traquas en même temps que la migraine que tout cela lui causait. "Tu ne me le fais pas dire. Pour être honnête avec toi, les choses sont quelque peu compliquées. Hier matin, très tôt, trois de mes établissements ont été victimes d'effractions et de vols. Au delà de l'acte en lui-même, certains points à propos des coupables demeurent encore au delà de ma compréhension. Leurs motivations, leur intentions et leurs moyens d'action, par exemple, mais aussi et surtout leur identité. Autant te dire que c'est une très mauvaise chose, inquiétante également, et pour les deux facettes de mon organisation."

    Elle marqua un court temps d'arrêt, avant de s'extirper de ces considérations et de redresser la tête, pour tourner son regard vers Dahlia à nouveau.

    - "Mais assez parlé de mes soucis professionnels, nous ne sommes pas là pour ça ! Tu sais, même si je suis généralement très, voire trop, occupée, d'ordinaire je sais prendre le temps de me délasser, d'une manière ou d'une autre. Je pense tendre, en temps normal, vers un équilibre assez sain. Je dors peu, certes, mais je n'ai guère besoin de plus de sommeil. Mais tu es aussi bien placée que moi pour savoir que ce n'est pas chose aisée. Tu prends suffisamment de repos ? De temps pour te divertir ? Le plus souvent, je ne te vois que dans ou autour de ton orphelinat... Je dois dire que je m'inquiète pour toi."


    Elle tendit à Dahlia le verre préparé à son intention, avant de porter le sien à ses narines. Elle le fit doucement tournoyer, pour en libérer tous les arômes au contact de l'air. Si ce vin l'aiderait probablement à se détendre un tant soit peu, son but était plus grand : elle espérait pouvoir faire de ce moment, dans l'esprit de Dahlia, une entrevue personnelle, un moment de confiance où elle pourrait en apprendre plus sur ce qui la préoccupait réellement. Un moment entre amies, ni plus ni moins, sans arrière-pensées, sans but secret ni intérêt personnel. En soi, rien de tout cela n'était faux. Si Perséis l'avait invitée, c'était avant tout pour qu'elle se sente prise en considération, et qu'elle ait, si elle le souhaitait, une opportunité de se confier sur ses maux, qui semblaient plus grands encore qu'à l'accoutumée.
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  • Sam 22 Avr - 20:43
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    Face aux yeux de Perséis qui la dévisageaient, cherchant la moindre faille dans la comédie qu’elle joue avec grande difficulté, Dahlia se sentait démunie. Si la sirène faisait tout son possible pour ne pas paraître intimidante, pour lui tendre la main dans ce moment de faiblesse, la Fae peinait à comprendre l’intérêt qu’on pouvait bien lui porter. Certes, après plusieurs années de collaboration, il lui était arrivé de s’arrêter pour prendre le temps de discuter avec l’alchimiste, de se quérir de son état et du bon fonctionnement de ses entreprises. Là où d’ordinaire les jeunes femmes n’échangeaient que des politesses, s’appréciant sans vraiment se le dire, le ton était différent. Perséis n’était pas la première à lui proposer de renflouer les caisses de l’orphelinat. Neera avait tenté sa chance quelques semaines auparavant, sans parler de l’Elfe qui faisait chavirer son cœur qui tentait par tous les moyens de tenir la tête de la directrice hors de l’eau. Et sans exception, ils recevaient tous le même accueil : un tonitruant, non.

    Si sa relation avec la sirène avait commencé sur une base transactionnelle, Dahlia aimait penser qu’elles étaient aujourd’hui passées à autre chose. Aussi, elle se refusait totalement à l’idée de devoir une faveur financière, quand bien même le don serait fait de bon cœur. Ceux qui la connaissaient savaient qu’il était plus malin et plus utile de lui envoyer des fonds anonymement. La Fae n’étant pas complètement stupide, elle ferait le lien aisément, mais serait bien trop embarrassée pour venir toquer à la porte de son mystérieux donateur pour lui rendre sa monnaie. N’ayant pas le temps de contredire son interlocutrice, en plus de la force colossale que cette simple interaction lui demandait, elle se contenta de suivre ses indications et de s’installer sur le fauteuil adjacent au canapé. Dahlia connaissait ses limites, aussi, elle savait très bien qu’elles avaient largement été franchies. Un seul petit détail incohérent dans son histoire, et elle serait prise au piège.

    Sans un mot, la jeune femme prit entre ses doigts fins le verre de vin à sa disposition. Oh, elle connaissait les effets de l’alcool sur son organisme, son incapacité à garder le contrôle sur ce qui sortait de ses lèvres. Mais elle connaissait également l’euphorie qui s’emparait de tout son être, les gloussements qu’elle ne pouvait retenir, la joie qu’elle ressentait momentanément… Une chance que le vin soit prohibé dans son orphelinat ; entre sa dépression et le bonheur éphémère qu’apportait la boisson, une addiction serait vite arrivée. Y trempant le bout des lèvres, la Fae ferma les yeux avant de l’engloutir presque d’une traite. Dans son état actuel, Dahlia ne pouvait simplement pas profiter du goût envoûtant d’une bonne bouteille. Elle n’en avait ni l’envie ni la capacité. Laissant le vin faire son petit bout de chemin dans ses veines, elle acquiesça aux paroles de la sirène. « Je comprends. Si tous ces établissements t’appartiennent officiellement, il faudrait peut-être envisager le fait que ce soit une attaque personnelle. Je ne suis pas assez folle pour m’en prendre à toi, mais le monde... ».

    Sa phrase s’arrêta en plein milieu. La bouche entre ouverte, la Fae attendait que la suite en sorte, mais elle resta ainsi bloquée, complètement immobile, dans un état de choc incompréhensible. Les yeux bordés de larmes, elle vint les frotter d’un revers de manche en prétextant un éternuement, tendant à nouveau son verre vers Perséis pour lui demander silencieusement de le remplir encore une fois. « E… Excuse-moi. J’ai la tête ailleurs en ce moment. ». Elle se détestait tellement. Si elle souffrait autant, c’était sa faute. Elle aurait pu refuser l’invitation, prétexter une indisponibilité, mais non. Dahlia persistait à vouloir être là pour les autres plus qu’elle ne l’était pour elle, à refuser de prendre en compte ses propres émotions qui se débattaient dans son esprit, à retirer le cadenas qui enfermait ses sentiments au plus profond d’elle. Son altruisme, sa volonté de soigner cette image de sainte qu’elle avait créé dans l’espoir d’en devenir véritablement une un jour, cette pièce de théâtre immonde qu’elle s’acharnait à jouer chaque jour… Tout ceci venait la saisir à la gorge, l’étouffant en silence, menaçant de la faire exploser d’une seconde à l’autre.


    « Je n’ai pas… Je n’ai pas vraiment l’occasion de sortir de l’orphelinat. Je sais que ça doit te paraître un peu étrange, et même osé venant de moi, mais je suis trop occupée pour penser à autre chose. ». Au réveil, l’orphelinat, au repas, l’orphelinat, au goûter, l’orphelinat, au coucher, l’orphelinat. Tout son univers ne tournait qu’autour d’une seule et unique entité, son établissement qui la surplombait, détruisant la moindre possibilité d’échappatoire. « Les enfants ont besoin de ma présence. J’ignore pourquoi, néanmoins il semblerait qu’ils soient plus calme quand je suis dans les parages. Mon personnel est pourtant compétent, mais je ne vis que pour mes orphelins alors pourquoi... ». Elle s’arrêta à nouveau au milieu de sa phrase, le souffle coupé, les larmes glissant enfin sur ses joues rosées. « Pourquoi... ». Venant enfouir son visage dans ses mains tremblantes, Dahlia se mit à sangloter, perdant complètement le contrôle de la situation comme elle l’avait prédit. L'alcool avait aidé, néanmoins ce n'était pas dans le sens qu'elle espérait. Ses doigts vinrent serrer sa chevelure dorée, emmêlant ses fines mèches au passage, tirant sur ses racines comme si la douleur allait la sortir du pétrin dans lequel elle s’était fourré. Et d’un coup, sa voix se fit beaucoup plus forte, se tordant en un cri de souffrance, un cri du cœur bien trop longtemps tu.

    « Pourquoi j’ai envie de mourir, Perséis ? Pourquoi ?! »
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  • Jeu 1 Juin - 22:21
    Tout comme elle s'était laissée guider jusqu'au petit salon sans manifester la moindre émotion ou réticence, Dahlia s'empara du verre de vin, qu'elle ingurgita d'une traite après avoir trempé ses lèvres dans le liquide légèrement ambré. Elle n'allait pas s'en offusquer, mais il fallait reconnaître que ce n'était pas la manière la plus commune de déguster un grand cru, et même si la directrice n'était sans doute pas une œnologue confirmée, ce comportement n'en était pas moins étonnant. Peut-être que l'intention de faire de ce rendez-vous un moment de confiance et de détente était un peu inconsidéré, mais la boisson n'en servirait pas moins un autre but, tout aussi efficace : lever les inhibitions de la jeune femme quant à l'origine de ses troubles, qu'elle aurait en temps normal passé sous silence. Aussi quand elle tendit son verre pour que la sirène le remplisse à nouveau, elle obtempéra sans discuter.


    L'alcool faisant, à une vitesse étonnante par ailleurs, son ouvrage, Dahlia peinait de plus en plus à dissimuler l'abime vorace de la dépression qui semblait avaler à chaque seconde un peu plus de sa personne. Une phrase arrêtée nette dont elle avait perdu le fil, des larmes vainement dissimulées, des excuses péniblement formulées... La jeune femme perdait pied dans ce qui n'était censé être qu'une conversation amicale, sans obligation ou intérêt dissimulé. Qu'elle se méprenne sur les intentions réelles de la sirène, ou qu'elle cherche juste à dissimuler son mal-être, le résultat était sans équivoque : Dahlia tentait toujours de se terrer derrière une façade, et celle-ci se morcelait sous leurs yeux.


    Et soudain, elle s'écroula purement et simplement. Des larmes, mais surtout, une question. Une question terrible, déchirante, adressée à elle-même et à l'univers tout entier plus qu'à son interlocutrice. Une question qui venait plus des tréfonds de ce gouffre qui la happe, que de sa propre bouche, et qui glaça la pièce, et le temps lui-même.


    Perséis tendit à nouveau la main, pour la poser sur l'épaule de Dahlia, autant pour lui offrir un contact physique concret auquel se raccrocher, que pour laisser à sa magie l'occasion de tenter d'amoindrir la douleur qui déchirait son amie. En y focalisant sa magie, elle parvint aisément à percevoir ce vide atroce en elle qui la rongeait petit à petit – il fallait admettre qu'il était difficile à manquer. Sa capacité à atténuer ou exacerber les émotions lui servait d'ordinaire à faciliter la signature d'un contrat avantageux, à dissiper la méfiance d'un potentiel partenaire, ou à attiser la rage envers un de ses rivaux d'un des pions sur son échiquier. Cette fois-ci, il s'agissait d'un acte altruiste, aussi surprenant que cela puisse paraître venant de la sirène, mais surtout, elle faisait face à une émotion d'une nature si sombre et d'une intensité si accablante qu'elle en eut un vertige qui la prit par surprise. Elle ressentait presque un infime aperçu de cette douleur déferlante, comme si non seulement elle résistait à sa tentative d'apaisement, mais qu'elle ripostait même en s'en prenant à Perséis en retour.

    "Oh, Dah..." Elle peina quelque peu à garder contenance face à ce vide abyssal qui s'ouvrait face à elle. "Dahlia, ma chère Dahlia... Je suis désolé de n'avoir pas vu plus tôt à quel point la situation était grave."


    Toujours secouée par l'ampleur de cette émotion qu'elle essayait d'apaiser chez la jeune femme, elle laissa son pouvoir s'infiltrer dans son esprit au maximum de ses capacités, espérant réduire un tant soit peu sa souffrance, quitte à en subir les effets elle-même.

    "Qu'est-ce-qui te cause tant de peine ? Puis-je faire quoi que ce soit pour toi ? Tu peux me demander tout ce dont tu as besoin, tu le sais, et je ne parle pas d'une simple faveur, ou d'une donation à l'orphelinat. Tu peux te confier à moi si tu le souhaites, je peux te faire quitter cette ville si tu as besoin de repos, je peux te protéger de qui que ce soit si tu t'es fait des ennem..." En une fraction de seconde, son sang se mit à bouillir, alors qu'une colère sourde enfouie profondément en elle refaisait lentement surface, et que sa voix se durcissait davantage à chaque syllabe. "Que dis-je, si quelqu'un est responsable de ton malheur, donne moi son nom, et je le ferai traquer et trainer jusqu'à mes cachots."


    Ignorant son verre à peine touché, elle se leva soudainement et alla chercher dans un argentier près de son bureau deux verres et une carafe de cristal emplie d'un liquide ambré bien plus foncé que le vin qui lui semblait maintenant trop léger et trop doux pour ces circonstances. Elle en versa un doigt dans chaque verre, avant de porter le sien à ses lèvres et de le vider d'une traite. Elle se concentra quelques secondes sur la légère brûlure de l'alcool dans sa bouche initiée, comme pour tempérer ses propres émotions, et se recentrer sur le cœur du problème. Le calme revenait lentement en elle, néanmoins toujours mis à mal par une inquiétude vivace.

    - "Doucement, avec ce verre là. Ce n'est pas du vin cette fois."


    Perséis inspira profondément avant de laisser échapper un long soupir. La demoiselle face à elle avait toujours été assez secrète sur son passé et sa vie personnelle. Elle n'était pas d'un naturel joyeux, n'importe qui aurait pu le remarquer, et Perséis avait bien compris au fil des années qu'elle portait seule un fardeau dont elle ne s'entretenait jamais. Mais en cet instant, il paraissait plus lourd, plus écrasant que jamais, bien trop pour que quiconque puisse le porter seul sans ployer. Plus effrayant encore, il semblait être sur le point de triompher dans cette lutte de chaque instant, où la survie de sa victime était en jeu depuis des siècles déjà.

    - "Je n'aurais pas la présomption de prétendre avoir un remède à même de terrasser ce mal en toi, et je n'oserai jamais te faire miroiter ne serait-ce que son existence. Mais si tu l'acceptes, et si tu me laisses l'étudier un tant soit peu, je pourrais peut-être parvenir à te préparer de quoi alléger quelque peu ta peine."


    Elle reposa son verre vide qui émit un son caractéristique sur le bois massif de la table basse, en brisant le silence de plomb qui s'était installé dans la pièce, comme si le monde entier s'était tu autour d'elles. Si les quartiers de la sirène lui garantissaient un calme absolu et imperturbable, en cet instant, un soupçon de vie aurait été le bienvenu pour alléger l'atmosphère devenu glaciale.

    - "Ce monde, ses habitants, le sort... Tout, ou presque, est pourri jusqu'à la moelle. Une fleur telle que toi, ma douce, mérite mieux que ça. Bien mieux que ça."


    Il ne s'agissait pas de mondanités ou d'une pathétique tentative de flatterie destinée à adoucir le moral de Dahlia. Elle pensait chacun de ces mots. Elle n'avait pas connu le même destin que la directrice, et elle ignorait même ce qu'il était; mais elle portait aussi son propre fardeau, et si c'était par une colère inextinguible qu'elle y faisait face, plutôt que par la dépression dans laquelle Dahlia était engloutie peu à peu, elle n'en était pas moins à même de compatir, et de s'indigner qu'une créature si douce ait à subir un sort si cruel.
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  • Jeu 8 Juin - 15:48
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    Recroquevillée sur elle-même, les doigts tremblants, Dahlia se laissait tomber dans ce gouffre qui l’appelait inlassablement, cette tentation indéniable qui l’attirait dans ses filets en lui faisant miroiter un autre chemin. Une autre vie, dénuée de la souffrance qui régnait sur la sienne, qui jonchait son existence malheureuse. Ses parents seraient encore en vie, sa magie ne se serait jamais déclenchée de la sorte. L’orphelinat n’aurait été qu’une partie du paysage de Liberty, si tant est qu’elle l’aurait remarqué. Ses yeux se fermaient de plus en plus fort sous la pression des souvenirs qui défilaient dans sa tête à une vitesse hallucinante. Le sourire de sa mère, les matinées passées à étendre le linge, les après-midis dans le potager, son père qui lui courait après avec une bassine remplie d’eau pour l’arroser et elle qui riait, encore et encore, dans l’innocence et l’euphorie qui caractérisait son enfance si douce. Pendant un instant, elle oublia complètement la présence de Perséis, son regard erra dans le vide, un ultrason parcourut ses oreilles. Dans l’obscurité de son esprit, elle ne sentait que le parfum de la sirène se frayer un chemin dans ses narines, le contact de sa paume contre son épaule alors qu’un flux magique s’immisçait au plus proche de ses émotions qui déferlaient dans une tempête qui faisait rage…  


    « Tu as échoué. ». Son poing se serra, ses yeux s’écarquillèrent. « Tu n’es même pas capable de faire la comédie. ». Les larmes continuaient de couler, autant de tristesse que de haine. « Bien joué, maintenant, elle va s’inquiéter pour toi, c’est ce que tu voulais ? Lui faire de la peine ? Évidemment, car il n’y a rien de plus important que toi. ». Ce n’était pas vrai… ? « Tu es égoïste, tu l’as toujours été. À part blesser les autres, à quoi sers-tu, Dahlia ? ». Elle avait… « À rien. Et tu lui fais pitié. Tu leur fais tous pitié. Tu me dégoûtes, tu les dégoûtes. Tu te dégoûtes. Alors finissons-en. ». Raison ?...


    Absente, interdite, la Fae ne parvenait pas à aligner le moindre mot. Ses pensées intrusives se déchaînaient, sa conscience s’amusait à la torturer, parsemant du sel dans ses plaies ouvertes qui ne cessaient de saigner malgré les années. La voix se fit plus basse, plus discrète. La magie de Perséis avait un effet moindre, mais un effet. « Laisse là… ». Elle cligna des yeux, une de ses mains alla tâter un des accoudoirs en cuir, tentant de s’ancrer dans la réalité. Et lorsqu’elle croisa le regard apeuré et affaibli de son amie, son sang se glaça. Sa voix sonnait si lointaine, rebondissant en écho dans sa tête qui peinait à faire sens de ce qui se passait. Profondément confuse, la Fae ouvrit la bouche sans qu’aucun son n’en sorte. La peine était trop grande, la douleur la submergeait. Pourtant, dans une minuscule faille, dans un temps d’accalmie improbable, elle trouva le courage qui lui manquait. Dahlia se racla la gorge bruyamment, essuyant ses larmes d’un revers de manche alors qu’elles continuaient à couler, trempant son cou et glissant jusqu’à sa poitrine.


    « C’est… C’est moi que tu devrais enfermer. ». Sa voix se brisa. « Tout est ma faute… ». Encore et toujours. « Je ne voulais pas… te faire de mal... ». Un sanglot secoua son corps. « Je suis désolée… ». Alors que le calme semblait revenir, le tsunami dans son cœur ne fit que s’amplifier, emportant la moindre once de raison qui lui restait sur son passage, dégageant sauvagement l'emprise de la sirène. Elle prit le verre entre ses doigts et en avala le contenu lentement, dans un geste mécanique, tel un automate obéissant à des ordres. Esclave de ses propres émotions, la directrice se faisait ballotter d’un extrême à un autre, entre la reconnaissance profonde et la honte la plus violente qu’elle n’ait jamais ressentie. Jamais elle ne fautait. Jamais son masque ne tombait. Elle savait qu’elle aurait dû refuser son invitation. Elle aurait dû trouver une excuse, un prétexte. Était-ce une erreur ou un dernier appel à l'aide ?... « Il… Il n’y a rien à faire Perséis. ». Son ton se fit tout à coup plus sec, plus dur, plus fataliste. « J’apprécie l’intention mais… ». Son visage se tordit dans une grimace de douleur. « Non, je n’apprécie pas… C'est... ». La voix dans sa tête hurlait de plus en plus fort, assourdissante. « Le meilleur service que tu pourrais me rendre serait de m’aider à … Mettre un terme à tout cela. ».


    Et lorsque la sirène ouvrit la bouche, elle lui délivra le coup de grâce. L’esprit embrumé par l’alcool qui parcourait ses veines, elle sanglota de plus belle. « Tu ne me connais pas… Tu ne me connais pas Perséis ! Tu ne m’as jamais connue ! Tu ne sais rien de moi, pas plus que je sais quoi que ce soit de toi, de ta vie ! Tu n’as plus besoin de faire semblant de t’inquiéter, je... Je n’en ai pas besoin, je n’en veux pas. ». Dahlia pleurait comme une enfant, le volume de ses plaintes augmentant petit à petit jusqu’à n’être que des cris qui déchiraient la pièce. « Je ne mérite rien ! Je n’ai rien, je ne suis rien ! La fleur dont tu parles, elle n'existe pas ! ». « Exactement… ». Ses membres commencèrent à la lâcher et elle tomba sèchement sur le plancher, le verre qu’elle tenait entre ses doigts éclata sur le sol, quelques fragments se figeant dans sa jambe nue. « Je suis plus pourrie que tu ne pourras jamais l’être, Perséis… C’est inutile… J’ai tué tant de gens, j’ai les mains sales, je revois leurs visages, encore et encore, j’entends leurs voix, elles ne me quitteront jamais, tu entends, jamais ! ». Ses doigts s’approchèrent dangereusement d’un des plus gros bouts de verre. « Presque… ». Son cœur frappait contre sa poitrine dans un boucan ignoble, son instinct de survie se déclenchait tant bien que mal. Pour survivre, paradoxalement elle devait…

    « Je veux juste mourir… S’il te plaît laisse-moi mourir… »
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  • Dim 25 Juin - 18:51
    Pendant un bref instant, le déferlement incessant et destructeur qui ravageait le cœur de Dahlia sembla s'affaiblir quelque peu, alors que ses pleurs et ses tremblements laissaient place à un mutisme impassible, sous l'étreinte apaisante de la magie de la sirène. Une bien pathétique victoire, car cette apathie soudaine n'était guère signe d'un rétablissement quelconque, d'autant plus que l'illusion ne tarda pas à voler en éclat. Ce n'était pas une accalmie, ce n'était que le silence de plomb qui s'installe entre la fin d'un coup de tonnerre et l'arrivée inéluctable du suivant, alors que l'orage approche de plus en plus à chaque seconde; et celui-là était à présent juste au dessus d'elles.


    Et il ne se fit pas attendre longtemps. Plus véhémente que jamais, ses mots empreints d'un dégoût irrépressible envers elle-même tonnèrent dans la grande pièce, avant d'être ponctués par sa chute, et le fracas du cristal sur le sol, qui arrachèrent Perséis de la légère torpeur induite par le torrent d'émotions noires bien trop puissant pour ses capacités magiques, qu'elle avait essayé de contenir.


    Voyant la main de Dahlia s'égarer en direction d'un des fragments du verre presque aussi brisé qu'elle, elle balaya l'air d'un geste discret de la main, qui eut pour effet d'éloigner les éclats hors de sa portée. Elle n'était peut-être pas en mesure de tempérer les pensées sombres de son amie, mais il était hors de question qu'elle la laisse attenter à sa vie par négligence.

    - "Tu te trompes, Dahlia... Je ne connais pas toute ton histoire, non, mais ta valeur se mesure bien plus par le présent que par le passé." La sirène s'agenouilla aux côtés de la jeune femme éplorée, inspectant rapidement sa jambe légèrement meurtrie, avant de poser une main sur la sienne. "Tu n'as presque rien car tu sacrifies tout. Temps, argent, efforts, relations, tu dédies tout ce que tu as et plus encore à ton orphelinat. Combien de centaines d'enfants as-tu vu entre ses murs, combien d'entre eux as-tu sauvés de la mort, ou d'un sort moins enviable encore ? Tu as choisi pendant si longtemps d'œuvrer à leur donner une chance d'avoir une vie décente, au prix de cesser de vivre la tienne. Et je sais très bien que tu ne te contentes pas d'être une simple directrice. Tu as été une mère pour chacun d'eux. Rien que pour ça, tu vaux plus que n'importe qui que je connaisse, moi y compris..."


    Ainsi la douce Dahlia, de son aveu, avait du sang sur les mains. Ce n'était qu'une demi-surprise, une jeune femme seule et innocente ne serait jamais parvenue à diriger et protéger aussi longtemps un établissement tel que le sien sans avoir recours à certains actes peu recommandables, mais pour autant, et malgré ses nombreux informateurs, Perséis n'avait jamais obtenu de preuves concrètes de ce fait. Aucun mercenaire payé, aucun cadavre dissimulé, aucune arme ou poison acheté, aucune magie destructrice repérée... Ce qu'elle avait du faire, elle l'avait probablement fait pour le bien de son orphelinat et de ses pensionnaires, et elle l'avait fait d'une manière indétectable.

    - "Pour ce qui est du reste, je suis intimement convaincue que tu n'as jamais fait volontairement le moindre mal à quelqu'un qui ne le méritait pas. Il y a bien moins de gens prêts à protéger que de gens prêts à causer du tort, par intérêt comme par cruauté. Parfois, des décisions difficiles s'imposent... Ce que tu as fait pour le bien de tes petits protégés ne fait pas de toi une mauvaise personne, bien au contraire, et ta culpabilité en témoigne. Ce n'est qu'un sacrifice de plus que tu as fait. Il te faudra peut-être du temps pour l'accepter, mais tu dois te pardonner pour cela. Ce n'est qu'ainsi que les voix se tairont et que les regrets s'éteindront..."


    La dernière chose qu'il restait à adresser, et paradoxalement la plus importante et la plus urgente, était cette volonté répétée une fois à nouveau de mettre fin, abruptement, à ce calvaire constant. Elle était prête à l'écouter se confier sur n'importe quel sujet, à lui concocter toutes les préparations du monde, à faire traquer et disparaître chaque responsable de ses maux, mais pas à l'aider à mettre fin à ses jours.

    - "C'est bien là la seule requête que je te refuserais jamais, petite fleur. Les mots sonneront creux à tes oreilles, et les conseils à la fois évidents et irréalisables, mais tu dois lutter, d'une façon ou d'une autre, que ce soit en affrontant seule tes démons, en appelant à l'aide les gens qui sont prêts à t'épauler, ou en fuyant, s'ils peuvent être fuis, pour débuter ailleurs une nouvelle vie plus sereine. Tu es plus forte que tu ne le penses. Tu n'aurais jamais accompli ce que tu as accompli seule, ni porté aussi loin ce fardeau qui te fait faillir aujourd'hui, s'il en était autrement."


    Perséis n'était pas de nature sensible, mais voir la jeune femme dans cet état lui crevait le cœur. Elle était méritante, dévouée et combattive, et pourtant aujourd'hui elle était brisée à un point qui frôlait dangereusement l'irréversible. Elle était consciente de n'être probablement pas en mesure de l'en préserver définitivement, mais elle devait pouvoir l'aider à dépasser cet écueil, à affermir sa prise à travers cette tempête jusqu'à une autre accalmie où Dahlia pourrait poursuivre sa quête d'un ultime havre.

    - "Laisse moi t'aider Dahlia, je t'en supplie. Tu me connais bien assez, tu sais que je n'abandonnerai pas. Je ne t'abandonnerai pas. Je dois pouvoir alléger un tant soit peu tes tourments, tu n'as pas à affronter cela seule." Elle jeta à nouveau un regard sur la jambe de la directrice, d'où perlaient quelques gouttes de sang, à travers les plaies obstruées de fragments de cristal. "Et laisse moi commencer par soigner cette jambe."



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    Anonymous
  • Mar 22 Aoû - 20:58
    Dansant entre la haine et la mélancolie profonde, la Fae n'entendait le son de la voix de la sirène que dans un écho qui retentissait inlassablement contre les barrières qu'elle érigeait devant son esprit. Incapable de se laisser aller dans sa tristesse pendant tant d'années, se refusant d'exprimer la moindre once d'émotion qui viendrait mettre un terme à sa couverture si rondement ficelée au fil des siècles, la jeune femme avait simplement oublié ce qu'être humaine voulait dire. Elle ne savait pas, elle ne savait plus. A quoi rimait cette vie, si ce n'est la souffrance, si ce n'est l'appréhension, que de se demander quel drame allait rythmer son existence le lendemain ? Dahlia se couchait dans le désespoir de voir le jour se lever et se réveillait dans l'amertume d'avoir une fois encore survécu. Les larmes coulant à flot sur ses joues rosies, son épiderme trempé sous les torrents qui le parcouraient, l'élégance et le charme de la Fae venaient de prendre un coup de grâce. Une de ses pensées s'envola vers leur première rencontre, celle où, de peur d'être ainsi doublée par une jeune fille dont elle ne connaissait rien, la directrice d'orphelinat s'était montrée odieuse, hautaine. Un comportement qu'elle abhorrait, une protection nécessaire face à la pègre qui n'attendait qu'une faille dans son plan pour s'y faufiler. Alors devant Perséis, qui ignorait tout de ses secrets et qui s'y retrouvait malgré elle embourbée, la Fae perdait pied. « Je ne peux pas penser à autre chose que mon orphelinat Perséis je… Je ne peux pas ! ». Une vérité cruelle, difficile à entendre mais on ne peut plus réelle.


    Sa main libre s'arrêta à la frontière que dessinait le corps de la sirène, l'empeĉhant de se saisir d'un des bouts de verre pour tenter d'en finir. Au même moment, la culpabilité dans son coeur ne se fit que plus lourde, tonitruante. Qu'adviendrait-il de Perséis si elle mettait un terme à sa vie dans ses bureaux ? Dahlia ferma les yeux, pliant sous le poids imaginaire de cette épée de Damoclès qui la menaçait de céder au-dessus de sa nuque. Dans sa détresse, jamais elle n'avait pensé à l'impact que ses actes pourraient avoir sur ses proches, là était tout le côté vicieux du mal qui l'accablait. Coupable jusqu'au bout des doigts, la Fae pleurait son incompétence, son état pitoyable l'énervant de plus en plus. Que pouvait-elle faire, ainsi brisée par les événements traumatiques qui se chevauchaient ? « Tu te trompes Perséis tu… Tu ne sais pas ce que je suis capable de faire, tu ne sais pas ce que j'ai fait, le nombre de gens qui sont morts de mes mains. ». Elle renifla un bon coup, sa voix se faisant plus basse. « J'ai tué mes parents Perséis… Tout est ma faute, entièrement ma faute, uniquement ma faute. Si je me sens coupable, c'est parce que je suis coupable, du pire crime qui puisse être commis, des horreurs que toi-même tu n'oserais conter. ». Ses démons tentant toujours d'enfoncer la porte qu'elle fermait tant bien que mal, la Fae commençait à faiblir. « Si je suis orpheline c'est.. c'est de mon fait. C'est ce qui arrive quand on me contrarie, quand on me met des bâtons dans les roues. ». Ses épaules s'affaissèrent. Elle craquait. « Je… Je ne voulais pas je… je te jure que je n'ai jamais voulu faire de mal à qui que ce soit Perséis mais… mais… ». Les larmes reprirent de plus belle. « Je ne fais que tuer autour de moi, je ne fais que blesser, je ne veux pas que cela t'arrive également alors je t'en prie… je t'en supplie… laisse-moi partir, oublie-moi, je ne suis rien pour toi après tout. Je ne l'ai jamais été, je ne le serais jamais. Tu peux… Tu peux arrêter de mentir maintenant je… je n'en ai plus besoin… ».


    Incapable de voir une autre fin que celle qui se terminait par sa mort inéluctable, Dahlia n'entendait qu'à moitié les demandes de sa confidente. Puis d'un coup, un éclair de lucidité ; ou de folie ; lui traversa l'esprit. Elle attrapa les mains de l'alchimiste dans les siennes, la suppliant du regard, ignorant la douleur qui lui traversait la jambe. « Perséis tu… Tu es une alchimiste de talent tu es… Tu es formidable et pleine de ressources, tu as toujours ce qu'il faut pour tous les besoins je… ». Elle se racla la gorge. Sa demande était osée, désespérée. « Est-ce que… Est-ce qu'il existerait un élixir pour… Pour apaiser tout ceci, pour me permettre de … de… vivre comme quelqu'un de normal ? Comme toi ? ». Jamais elle n'atteindrait la confiance en elle que possédait la baronne du crime, néanmoins le fait de vouloir essayer, la minuscule lueur d'espoir qui venait de s'allumer, tout ceci devait être chéri, préservé, jusqu'à ce que les ténèbres ne viennent l'éteindre. « Et... Et si ce n'est pas possible alors... est-ce que... est-ce que tu connaîtrais un moyen de bloquer ma magie, afin que je ne blesse plus personne?... Je ferais… Je ferais tout ce que tu me demanderas Perséis je… Je ne veux plus.. Je ne veux plus rien… Tu es mon dernier espoir… ». Son dernier rempart devant des envies qui ne faisaient que grandir, s'immisçant dans l'esprit malade d'une dépressive dont les forces s'amenuisaient à vue d'oeil. La Fae s'effondra contre la sirène, posant tout son poids sur son épaule tandis que les sanglots continuaient de la secouer. « Je suis désolée Perséis.. Je ne voulais pas… Je ne voulais pas te montrer cette facette de moi mais… je… je crois que je suis à bout de forces…»
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