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  • Dim 11 Juin - 10:46
    « Dans ce genre de cas, on parle de stabilisation, mais oui, il y a de bonnes chances. Vous avez conscience du problème et de certains schémas de pensés qui amènent à ces crises d’angoisses. C’est déjà une avancée assez importante par rapport à d’autres cas que j’ai pu voir. »

    Beaucoup de gens pensent que les maladies de l’esprit se règlent par des élixirs et des décoctions. S’il est vrai qu’ils peuvent faire la différence, souvent, la plus grosse charge de travail revient au patient : il faut avoir la volonté de sortir de l’abîme et ça, c’est parfois difficile à faire prendre conscience. Dahlia exhibe une nette intention de s’en sortir, même si elle a du mal à garder la tête au-dessus de l’eau. En un sens, une partie du boulot est faite et nuls doutes qu’avec quelques médicaments pour garder la tête froide, elle sera capable de remonter la pente, pour elle comme pour son entourage.
    Il suffit de voir la politesse dont elle fait preuve en lui présentant sa chambre : elle s’excuse de n’avoir que ça à offrir. Mais pour Nineveh qui a l’habitude de dormir dans un hamac à la belle étoile et parfois, de se disputer avec les loups qui viennent l’embêter durant la nuit, c’est déjà très confortable. La médecin voit un lit chaud, des nuits tranquilles et un endroit pour poser ses affaires sans craindre que le lendemain, une chenille ait grimpé dessus en pensant que sa cape était une immense feuille de salade. Très honnêtement, pour l’elfe, il n’y a pas de quoi se plaindre.

    « C’est parfait. Je vais déballer mon matériel, puis j’irai en ville pour faire mes emplettes. Je réapparaîtrais dans la soirée pour le dîner et les premiers tests. Gardez un jus de fruit sous la main, cela aidera à faire passer le goût des médocs. »

    Le reste de la journée est une longue marche en ville à faire le tour des apothicaires pour noter les prix, comparer la qualité des marchandises et acheter tous les ingrédients nécessaires pour préparer les médicaments. En voyant la liste de courses, certains des apothicaires et alchimistes lancent de drôles de regards à l’elfe. Quelque chose à propos des effets potentiellement indésirables de certaines recettes, mais pour Nineveh qui a l’habitude de manipuler ces produits, rien d’extraordinaire.
    Après tout, si elle sait travailler avec des barbituriques et des tablettes de coca extra concentrée, ce ne sont pas quelques somnifères et des stabilisateurs de moral qui vont s’avérer dangereux.
    En particulier quand elle a un peu plus qu’une casserole et un feu de camp pour les préparer. Vieux souvenirs de la guerre, celui qu’elle déteste le plus : le manque de moyens pour intervenir et agir.
    Il n’empêche, il est rare qu’elle passe une journée entière devant les casseroles et les mortiers. D’ordinaire, ses pouvoirs suffisent. Mais aujourd’hui ? Il faudra trouver les moyens de pallier à son absence, elle ne peut pas rester autant de temps qu’elle ne le voudrait : le malheur d’être une médecin nomade avec un emploi du temps très précis à respecter.

    « A prendre à l’heure du repas. Matin et soir. » Débute Nineveh en déposant un petit sachet de poudre sur le bureau. « Pour l’humeur : éviter les crises d’angoisse. » Dosage qui est ajusté au fil des jours et des effets sur Dahlia.
    « Le soir, avant de dormir. » Un morceau de sucre imbibé d’élixir, le tout enveloppé dans une demi-feuille de bananier. « Un somnifère, pour le repos. »
    « Ca. »
    Reprend la médecin avec un air on ne peut plus sérieux en montrant une sorte de gomme à mâcher, « en cas d’extrême urgence ou de passage à l’acte. C’est un relaxant très puissant. Je n’en donne qu’un seul car l’accoutumance vient très vite et la dose mortelle, elle, reste toujours la même. Vous mâchez ça en vous asseyant sur votre lit. Vous vous réveillerez le lendemain avec un léger mal de tête, mais normalement, vous aurez franchi la crise. » Au vu de la corpulence de Dahlia, lui en donner deux représente un gros risque d’overdose et c’est à bannir chez une patiente à tendance suicidaire.

    Mais c’est peut-être à l’heure du repas, un soir parmi d’autres, que Nineveh aborde le sujet de manière plus légère, au détour d’une conversation tout ce qu’il y a de plus ordinaire pour elle (pas forcément pour les autres). Quand tout le monde mange à table.

    « Oui bien sûr, » débute l’elfe pour répondre à une question qu’on lui pose. « Il y a des traitements plus spectaculaires et plus efficaces. Seulement, ils sont aussi plus dangereux pour les personnes. En termes de maladie de l’esprit, il y a les comas sucrés qui peuvent avoir du résultat, mais c’est quelque chose de très, très, très pointu qui nécessite de l’expertise et une attention redoublée. Même en hôpital, j’aurais de gros doutes sur la pertinence d’un tel traitement. J’en ai déjà pratiqué, et c’est littéralement un médecin pour un patient. Un infirmier par patient si vraiment on a confiance en eux, mais… » L’elfe hausse les épaules. « Comme dans l’immense majorité des thérapies de choc, il faut être attentif et ne pas se laisser distraire. Après, le choc peut ouvrir à des états de conscience alternatifs donc… Le risque en vaut la chandelle. Si on sait s’y prendre. »
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  • Dim 18 Juin - 0:30
    Aux yeux de Dahlia, les jours passaient et se ressemblaient inlassablement. Dans sa mélancolie profonde, la directrice en oubliait souvent de manger où de prendre le temps de se reposer, des notions simples de survie pour le commun de mortel qui ne lui traversaient pas même l'esprit. Un esprit qu'elle s'efforçait d'occuper pour l'empêcher de divaguer, de l'emmener dans ce précipice qui la narguait, se targuant d'être la solution à tous ses problèmes. Sans doute que son subconscient avait raison : plus de vie, plus de soucis. Pourtant, elle luttait encore et encore contre ses démons, à se demander pourquoi elle continuait à se battre. Elle-même l'ignorait et c'était probablement mieux qu'elle l'ignore, à défaut de le savoir et de s'en dégoûter. La Fae connaissait ses propres capacités, sa manie de détruire tout ce qu'elle touchait, de ne voir chaque relation que comme une déception à venir. Nineveh ne faisait pas exception à la règle, mais il aurait été mentir de dire que sa présence dans son quotidien, au-delà d'être rafraîchissante, se trouvait être un véritable réconfort. Tant par son professionnalisme que par sa personnalité incomparable au reste du Sekai, cette habileté à garder son calme et à retourner la situation à son avantage qu'elle lui enviait. Et que dire de ses connaissances en médecine qui aurait fait pâlir les soigneurs ayant croisé le chemin de la semeuse de maladies.


    Assise à son bureau, elle écoutait sagement les instructions de la médecin, prenant grand soin de les noter pour ne pas les oublier. Elle se contenta d'acquiescer, acceptant les prescriptions de Nineveh sans se poser la moindre question ou opposer la moindre résistance qu'elle savait de toute façon futile. Une fois la médecin remerciée, elle prit une grande inspiration pour assimiler toutes les informations qui venaient de lui être délivrées, fixant d'un œil médusé les traitements avec la vague impression d'être observée à son tour. Dans son quotidien terriblement mouvementé, la course contre-la-montre qui rythmait son quotidien, la Fae parvenait par miracle à ne pas oublier de prendre ses petits sachets contre les crises ainsi que son somnifère. Si les crises persistaient et augmentaient parfois en intensité, elles n'étaient plus aussi longues qu'auparavant, ce qui lui permettait de profiter des quelques moments de répits qu'elle s'autorisait. Quant aux somnifères… Dire qu'ils étaient salvateurs aurait été un euphémisme. Dahlia dormait comme un bébé, tombant de fatigue alors qu'elle laissait le sucre se dissoudre lentement dans sa bouche. La gomme à mâcher restait intacte, cachée au fin fond du tiroir de sa table de nuit, prête à être utilisée si elle s'approchait trop près de l'irrémédiable. Et si elle refusait de l'admettre, la présence de Nineveh l'empêchait régulièrement de flancher, que ce soit par fierté, par égo ou par affection envers elle. Après tout, Dahlia avait une fâcheuse tendance à s'attacher à ceux qui partageaient sa vie et la médecin était rentrée de force dans cette catégorie.


    Attablée avec son assistante, une des seules bien au courant de son état de santé, Dahlia mangeait tranquillement une assiette remplie de légumes en tout genre, brocolis, carottes, choux, haricots verts… Le tout ressemblant plus à des restes de la veille qu'à un véritable plat, mais qui semblait parfaitement convenir à la directrice. Davina regardait Nineveh avec de grands yeux, toujours aussi ravie de constater la présence de ce qui se rapprochait le plus d'une amie pour sa supérieure hiérarchique. De plus, cela lui permettait de mener une conversation intéressante, la Fae se murant souvent dans un silence religieux lors des repas. La bouche à moitié pleine, acquiesçant alors qu'elle obtenait la réponse à sa question, l'Elfe regardait sa congénère avec curiosité. « C'est dingue ce que la médecine permet de faire de nos jours. Des comas sucrés, le nom paraît presque doux, c'est trompeur ! ». Elle adressa un regard furtif à la directrice qui restait interdite, poursuivant la dégustation de son dîner. Une tentative fugace d'attirer son attention, un échec cuisant auquel elle était malheureusement habituée. Au bout de quelques secondes, Dahlia se leva pour aller chercher les desserts dans la pièce adjacente et Davina en profita pour gratifier la médecin de ses remerciements bien mérités. « Je suis vraiment ravie que Dahlia ait décidé de faire appel à vous. Elle n'a pas l'air comme ça, mais je vous assure qu'elle est plus chaleureuse qu'elle ne le laisse penser. Cela faisait plus d'une centaine d'années que je ne l'avais pas vue dormir comme ça ! Où dormir tout court en fait, je sais que j'ai besoin de mes huit heures au quotidien, mais elle allait toujours se coucher après moi et se lever avant moi. Vous êtes magique ! ». La Fae refit lentement irruption et la discussion se poursuivit sur un ton plus léger, l'assistante préférant changer de sujet pour ne pas replonger sa supérieure dans ses troubles les plus sévères.


    Une fois le repas terminé et Davina remerciée, la jeune femme à la longue chevelure dorée se retourna vers la médecin, considérant ses paroles avec intérêt tandis qu'elle rangeait les assiettes propres. Sa main se serra autour de la céramique, tremblante. Etait-ce étrange qu'elle ait envie d'essayer, malgré les contre-indications ? Nineveh voudrait-elle seulement rester à son chevet aussi longtemps, se livrer à des méthodes dont elle doutait franchement ? Il n'y avait qu'une seule façon de le savoir et la question lui brûlait les lèvres. Que craignait-elle, un refus ? Les traitements avaient déjà prouvé leur efficacité, néanmoins la peur ne quittait jamais véritablement l'esprit de la Fae. Et si…. « Si je venais à interrompre le traitement, pensez-vous que je retournerais à la case départ ? ». Une coupure abrupte dans une soirée pourtant si chaleureuse, car après tout Dahlia ne savait profiter des bons moments. « Je sais que cela ne fait que quelques semaines et que les résultats sont là, pour la plupart, mais… ». Elle poussa un long soupir. « Cela va vous paraître stupide, mais j'ai peur de la réaction des autres en apprenant que je suis un traitement, que je suis incapable de m'occuper de moi-même. Je ne veux pas non plus attirer la pitié de mes proches et si je venais à vivre avec … ». Elle marqua une courte pause, son seul souvenir la secouant considérablement. « Avec quelqu'un… Ce serait impossible d'éviter les questions à ce sujet. ». Les lèvres pincées, Dahlia sembla hésiter. Puis, elle releva la tête, plongeant son regard dans celui de la médecin, entre le supplice et la détermination. « S'il y a une infime partie de vous qui pense qu'un de ses traitements de choc pourrait me débarrasser définitivement de ce mal qui m'accable, je voudrais… Je voudrais essayer. »
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  • Dim 18 Juin - 23:52
    « C’est mon travail, et c’est mon plaisir. » Répond Nineveh avec une pointe de fierté qu’elle peine à réprimer, un sourire sincère sur les lèvres.

    Mais pourtant, c’est en effet une coupure abrupte dans l’ambiance, lorsque Dahlia commence à poser des questions qui arrachent un haussement de sourcils.

    « Si vous veniez à interrompre le traitement ? Difficile à dire : pour certains, les médicaments aident à franchir un cap, pour d’autres, c’est une béquille dont ils auront besoin toute leur vie. Je ne peux pas répondre à votre place pour cette question hélas. Je pense que vous avez ce qu’il faut pour faire des progrès, même sans médocs. » Après tout, combien de malades ont-ils conscience de leur affliction ? Pas beaucoup. « Honnêtement, il y a certes un aspect social gênant à prendre des médicaments, mais rien ne vous oblige à dire l’objectif du traitement. Cela ne concerne que vous après tout. Ensuite, disons que pour le bien être des patients, tout comme de leur entourage et de l’ordre public, je préfère quelqu’un qui est sous traitement. Plutôt qu’un patient qui y renonce et se rabat sur l’alcool. » Elle a un sourire rassurant, « de toute façon, » elle pointe du doigt ses cicatrices, « la pitié ça va bien un temps, mais d’expérience personnelle, cela s’efface assez vite. Chacun porte son fardeau à sa manière. Au pire, si vous souhaitez arrêter le traitement, rien ne vous empêche de garder ce qui reste de médocs en cas de pépin. Aucun homme n’a à fouiller dans la boîte à secrets d’une dame. » Conclut Nineveh sur un air léger.

    Pourtant, quand il s’agit d’effectuer une thérapie de choc, elle a un hochement de tête sérieux, elle perd son sourire.

    « Les traitements de chocs sont risqués pour les patients, s’ils ont des résultats notables la plupart du temps, ils ne sont pas garantis. Il faudra que vous bloquiez une journée entière où personne n’aura besoin de vous. » Maintenant, pour décrire l’actuel traitement : « un choc sucré consiste à faire baisser le taux de sucre dans le sang pour induire un coma, pour ensuite faire émerger le patient et lui parler quand il est dans les vapes, pour traiter ses troubles de l’esprit depuis un angle différent. Le coma sucré est ce qu’il y a de plus fiable et humain parmi toutes les méthodes qui ont été inventées. Il y a toujours le risque de ne pas se réveiller, mais j’en ai déjà pratiqué et cela devrait pouvoir se faire en toute sécurité, normalement. »

    Entre autres : douche froide, injection de lait entre les omoplates, inoculation du paludisme, création d’abcès pour engendrer des fièvres délirantes, électrochocs et dans le pire du pire, lobotomie par injection d’alcool ou action mécanique.
    Autrement dit, il est hors de question de balancer Dahlia dans un bain glacé ou de lui faire subir ce type de sévices au motif qu’elle est déprimée. Si ce n’est pas couvert par le serment des médecins, ça le devrait, car les troubles de l’esprit sont particulièrement délicats et certains ne se privent pas de faire n’importe quoi.

    « Mais si j’ai votre accord, je peux procéder à un coma sucré. Il me faut juste une journée, pour préparer le rituel. »

    Et Dahlia le donne.
    Par les dieux, ça va être le boxon.

    ***

    Quelques jours plus tard, c’est une Nineveh qui a abandonné la tenue de voyageuse pour une chemise à manches courtes et un pantalon noir. Sur le bureau de sa chambre, plusieurs longues aiguilles à côté de nombreux flacons de médicaments. De l’anesthésiant au stimulant, en passant par toutes les sensations qu’on peut subir ou émettre.
    Il y a cette odeur caractéristique de vinaigre des quatre voleurs qui imprègne la pièce, qui se mélange aux arômes de savon et de désinfectant.
    La cure va commencer un petit peu avant l’aube et se finir un peu après le crépuscule. Dahlia sera en contrôle durant ces deux moments, entre les deux, c’est à l’elfe de surveiller le moindre changement de métabolisme.

    « Vous pouvez vous allonger sur le lit et rabattre les couvertures si vous le souhaitez, je ne vais pas quitter la pièce de la journée. » Ce qui veut dire ne boire que très peu et grignoter un petit encas sur le temps de midi. « Vous serez sous surveillance constante, soit par ma personne, soit par votre assistante si je dois m’absenter pour une urgence extrême. Dans tous les cas, je serai de retour au plus tôt. En fin de journée, lorsque vous serez de retour parmi nous, je resterai avec vous pendant quelques heures, que vous évitiez de faire un malaise si vous veniez à trop manger après la cure. »

    Nineveh continue d’expliquer le protocole en piquant le doigt de Dahlia de la pointe d’une aiguille, la goutte de sang se met à flotter dans l’air tandis que la médecin en mesure le taux de sucre. Puis prend le bras de Dahlia pour mettre ses pouvoirs en œuvre, on commence tout doucement la descente.

    « Il est normal tout à fait normal que vous vous sentiez fatiguée ou agitée. Si vous vous mettez à saliver c’est normal, ne vous en faites pas il y a un mouchoir de soie sur votre gauche. Si vous éprouvez des angoisses, vous pouvez prendre dans vos bras le nounours sur le lit. Si vous vous mettez à rougir ou au contraire à pâlir, c’est normal. »

    Et petit à petit, la directrice de l’orphelinat s’endort. Au rythme de la médecin qui compte les secondes, « une république, deux républiques, trois républiques, quatre républiques… » comme on compte les moutons.
    Nineveh note le moindre changement sur une feuille de papier : heure de l’endormissement, une éventuelle convulsion, le moindre spasme, l’apparition des premières sueurs sur son front. L’elfe prend soin de la fae avec une rigueur religieuse et une précision chirurgicale, quitte à congédier sans ménagement les mômes qui toquent à sa porte d’un glacial « je bosse. »
    D’ordinaire, les descentes et remontées se font beaucoup plus rapidement, mais elles sont plus risquées. Plus prompts à des accidents qui peuvent se solder à des accidents irrémédiables et des morts.
    C’est bien pour cela qu’après une longue, longue journée passée au chevet de Dahlia à surveiller ses signes vitaux comme un moine qui prie devant son idole, elle a un soupir de soulagement lorsque la directrice de l’orphelinat se réveille petit à petit.
    Quant à savoir son état psychologique.

    « Dahlia ? Vous m’entendez ? Comment vous sentez-vous ? »

    Une fois qu’elle a obtenue une réponse à peu près cohérente, elle se permet un bref test d’attention.

    « Combien de doigts ? » Demande la médecin en tendant l’index, le majeur et l’annulaire. Elle note la réponse sur son papier. Elle se penche un peu plus vers la fae. « Qu’est-ce qui vous tracasse ? »

    Question ouverte.
    Réponse ouverte.
    L’elfe espère profiter de l’éclaircie psychologique pour obtenir des réponses qui peinent peut être à sortir lorsque Dahlia est dans son état normal. Enfin, si on considère que la dépression n’est pas une altération de la conscience, évidemment.
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  • Mar 20 Juin - 13:52
    Face à Nineveh, Dahlia semblait s'adoucir considérablement. Consciente de ses capacités réduites face au mal qui la frappait, la Fae comprenait les tenants et les aboutissants d'une thérapie de choc. Tout du moins elle pensait comprendre, car personne n'était jamais véritablement prêt pour une opération de cette envergure, encore moins dans un état aussi fragile. Les yeux rivés vers le plancher, les doigts tremblants le long de ses hanches, la directrice vacillait entre le besoin inexplicable de guérir le plus rapidement possible et la patience dont elle devait pourtant faire preuve, le temps que le traitement agisse. Si beaucoup se targuaient de connaître Dahlia en la qualifiant de patience incarnée, ils se trompaient lourdement. Elle ne connaissait que la frustration, se flagellant au moindre échec, considérant qu'elle devait être parfaite et tout réussir du premier coup. Un perfectionnisme combiné à des traumatismes puissants qui lui pourrissaient l'existence, un combo qui aurait pu avoir sa peau si dans un éclair de lucidité elle ne s'était pas jetée sur son papier à lettres et son encre pour contacter l'oncle de Nineveh. A sa question, la médecin n'a pas de réponses concrètes et il est difficile pour la Fae de l'accepter. La moue dubitative, elle resta interdite, repoussant de toutes ses forces la petite voix qui l'incitait à blâmer celle qui était venue l'aider.


    « Je ne considère pas mon traitement comme une mauvaise chose, encore moins un élément de ma vie à cacher à mes proches, cependant… ». Elle ferma les yeux une seconde, prenant une grande inspiration avant de reprendre. « Je me dois de garder une certaine image pour que mon établissement prospère. Il est déjà assez difficile de faire adopter les enfants en temps normal, alors avec une directrice dépressive… ». Les souvenirs de ses potentielles adoptions revenaient en flèche, toujours aussi douloureux qu'au premier jour. « Je n'ai jamais été adoptée quand j'étais une enfant à l'orphelinat. Les parents me trouvaient trop… Fermée ? Triste ? Je ne l'ai jamais su, ce ne sont que des suppositions. L'ancienne directrice était très bonne pour garder des secrets et quand j'ai accédé à son poste, toutes les notes à mon sujet avaient été brûlées. ». Sans doute était-ce mieux qu'elle ne soit jamais tombée dessus au final. La curiosité lui tiraillait le ventre mais ne suffirait pas pour la remettre d'aplomb face à ses démons qui tenaient à peine en cage sous l'effet des remèdes de Nineveh.


    Elle redressa les yeux vers les cicatrices de la médecin, prenant enfin le temps de les observer plus longuement. Dahlia étant tant concentrée sur ses propres soucis qu'elle n'avait pas même songé aux difficultés de la vie de l'Elfe, un brin d'égoïsme qui la surprenait. Elle s'y attarda tandis que Nineveh énumérait les précautions à prendre pour effectuer un coma sucré, le fait que la directrice doive bloquer une journée entière passant par une oreille pour sortir par l'autre. Si l'Elfe pensait bien faire en expliquant le processus de A à Z, le cerveau de la Fae bloquait toutes les informations dans une volonté malsaine de se protéger, d'ignorer le danger, la gueule béante du loup dans laquelle elle sautait à pieds joints. Presque absente, les yeux dans le vide, elle formula une affirmation qu'elle voulut convaincante, sans grand succès. « Je comprends… Je suis d'accord. »


    ***


    La boule au ventre, saisie par sa propre appréhension qui paralysait ses jambes, la Fae se tenait devant la chambre réservée pour l'occasion. Son coeur tambourinait contre sa poitrine, l'adrénaline lui donnant quelques vertiges qui la firent s'appuyer sur le montant de la porte alors que quelques gouttes de sueurs s'échappaient de son front. Et si elle mourrait? Que pourrait-elle dire à son bien-aimé, à ses rares amis? Apprendraient-ils la sévérité de son état alors qu'elle n'était plus en capacité de leur avouer ? Et les enfants, dans tout ça, y avait-elle seulement pensé? Elle avala sa salive, la nervosité lui titillant le bout des doigts, le peu de force qui lui restait commençant à se dissiper. Puis elle secoua la tête avant de poser sa main sur la poignée et de franchir l'embrasure de la porte. Elle devait agir sous cette impulsion, où elle n'agirait jamais et se laisserait ternir jusqu'à mourir à petit feu. Et elle n'avait pas été si loin pour faire demi-tour devant une potentielle solution à tous ses problèmes.


    Elle se faufila sagement sous les couvertures en écoutant les instructions de la médecin, le souffle court, haletant malgré toutes ses tentatives pour cacher la panique qui s'emparait d'elle. Son regard croisa celui de Davina qui s'approcha lentement du lit pour lui tendre le nounours qu'elle attrapa à la volée, le serrant dans ses bras alors qu'une crise d'angoisse commençait à monter. L'Elfe rousse laissa un long soupir s'échapper d'entre ses lèvres. Elle aussi avait peur de l'issue de cette thérapie de choc mais elle ne pouvait pas lui montrer. Si Dahlia décelait une once de crainte chez elle, tout le projet tomberait à l'eau. La Fae ne montra aucune résistance, observant la goutte de sang flotter dans les airs alors qu'elle se sentait lentement partir, sa vision devenant progressivement floue tandis que les pouvoirs de la médecin faisaient leur effet. L'eau lui monta à la bouche et une sensation de froid glacial vint l'envahir alors qu'elle sombrait dans un coma artificiel dont elle espérait pour une fois se réveiller.


    Il faisait sombre. Seule dans une pièce plongée dans le noir, Dahlia criait. Elle hurlait, sa voix rebondissant contre des murs invisibles, elle avançait à tâtons dans la pénombre qui semblait s'accentuer à chacun de ses pas. Un visage lui apparaît, deux yeux blancs, des lèvres déformées prêtes à l'engloutir. Un rire. Puis un silence de mort et plus rien.


    Dans son sommeil, la Fae convulsa à plusieurs reprises, transpirant à grosses gouttes alors qu'elle oscillait entre la vie et la mort, marchant tel un funambule sur un fil qui menaçait de céder à la moindre erreur de sa part. Ses rêves se transformaient en délire, ses mains bougeaient pour attraper les draps et les serrer fermement, sa respiration se saccadait avant de revenir à la normale quelques secondes après. Si les signes vitaux de Dahlia n'indiquaient rien d'inquiétant, ce coma semblait la malmener plus que de raison, l'emmenant aux tréfonds de sa conscience qui refusait d'être ramenée au devant de la scène par la force. Les heures passèrent sans qu'elle ne se réveille malgré les secousses de son propre corps qui faisaient bouger le montant du lit, manquant de tomber plus d'une fois sur le côté alors que Davina la rattrapait délicatement. Les sourcils froncés, l'assistante observait le sérieux de l'Elfe avec une admiration non dissimulée et ce même si elle craignait pour la vie de sa supérieure. Puis enfin, comme un miracle, la directrice ouvrit lentement les yeux.


    Elle mit quelques secondes à revenir à elle, si tant est que cela était possible. Le regard embrumé par une sensation étrange de dissociation dont elle ne parvenait à se défaire, elle posa le regard sur Nineveh qui quémandait des nouvelles de son état. Elle ouvrit la bouche sans qu'aucun son n'en sorte, se raclant la gorge bruyamment, le palais pâteux et sec. Le silence s'installa à nouveau durant quelques secondes, Dahlia divaguant entre le sommeil et la conscience, les yeux mi-clos, sa voix douce s'élevant enfin à nouveau dans les airs. « Je… Ca… Ça va, je crois. J'ai soif. ». Plus terre à terre que d'ordinaire, la Fae ne semblait plus s'embarrasser de ses habituelles formules de politesse mais surtout elle formulait ses besoins clairement. « Je vous entends mais… C'est comme si vous étiez… Sous l'eau ? ». Elle plissa les yeux pour compter les doigts de la médecin, donnant la bonne réponse sans difficulté si ce n'est celle à parler alors que sa gorge la suppliait de s'hydrater. S'affaissant un peu plus sous la couette, son regard se dirigeant naturellement vers le plafond alors que Davina quittait précipitamment la pièce pour laisser la professionnelle gérer le réveil de sa supérieure, Dahlia se pinça les lèvres. Qu'est-ce qui n'allait pas ? La question était vaste, la réponse encore plus.


    « Me tracasser ? Je… Je ne sais pas je… je ne peux pas me pardonner, et je ne pense pas que je mérite le pardon… ». La Fae se sentait mal, terriblement mal mais les larmes ne venaient plus. « J'ai tué mes parents. ». Un aveu qu'elle ne faisait à personne, le coeur même de sa dépression, de la culpabilité qui lui rendait la vie impossible, venait de sortir naturellement de sa bouche sans être frappé d'une seule hésitation. Le coma semblait avoir fait son petit effet, s'il était positif c'était encore à définir. « Je n'ai pas fait exprès.. Je crois. Je ne suis plus sûre. Je leur en voulais. Ils allaient m'abandonner alors… J'imagine que c'est justifié. Je ne sais pas. Je ne me suis pas contrôlée. Mes pouvoirs ils sont… Mais je ne peux pas… ». Un mal de crâne violent vint la saisir. « Je… Je ne me sens pas très bien Nineveh… Tu … ». Retenant la nausée qui montait le long de sa gorge, elle toussa un bon coup avant de se reprendre. « Des… Des fois je … Je me demande si je veux vraiment aller mieux… Est-ce que c'est… Normal ?... ».
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    Anonymous
  • Jeu 22 Juin - 10:38
    Tuer ses parents.
    La vache, frangine, c’est brutalement honnête.
    Nineveh ne réagit pas vraiment, c’est habituel d’avoir des pépites de vérité chez les patients qui se réveillent, mais là quand même, on est dans le top 5 des révélations post-coma. Juste devant le type qui voulait épouser sa sœur, mais juste derrière la nana qui expliquait mener une double vie en tant qu’agent secret du SCAR. Seigneur, par les dieux, vrais comme faux, Dahlia a motif à être en dépression oui.

    « D’accord, ça va rejoindre mes petites notes secrètes, le dossier de fer pour les patients sensibles. » Le livre fermé à clef. « C’est normal que vous ne soyez pas dans votre assiette, vous sortez d’un coma sucré. Vous allez retrouver des couleurs au fur et à mesure de la journée. »

    Maintenant, pour s’occuper de l’éléphant dans la pièce : les parents, si elle ira mieux un jour et toutes les conséquences de ce traumatisme.

    « Ce n’est pas mon rôle en tant que thérapeute de juger des actions de mes patients. Mais oui, vous pouvez aller mieux : ça ne veut pas dire que vous serez guérie pour toujours de vos angoisses, mais beaucoup de gens arrivent à surmonter leurs problèmes et je pense que vous en faites partie. Le passé n’a pas à vous définir, il définit simplement votre point de départ pour le futur. Il est parfois difficile de vouloir aller mieux quand on s’est habitué à son état : aux crises d’angoisse, à la dépression. La mélancolie est un état difficile à gérer et il faut faire un effort consciencieux pour en sortir. Mais c’est une nécessité si on veut s’affranchir des envies suicidaires. C’est le corps qui s’est habitué aux symptômes de l’esprit. »

    C’est en général mauvais signe, très mauvais signe. Le genre de chose qui se termine en thérapie de choc, mais Nineveh se voit mal remettre Dahlia dans les vapes pour un simple aveu. Il était certain qu’elle admette des choses déplaisantes, difficile de se plaindre de la tempête quand on a semé le vent.

    « Si vous avez conscience de votre état, c’est que vous n’êtes pas encore au fond du trou. Vous devriez vous concentrer sur vos parents je pense : servez-vous de ces souvenirs pour avancer. Je ne pense pas qu’ils seraient heureux de vous savoir dans cet état et s’ils vous ont abandonné… » Aimaient-ils vraiment Dahlia ? Est-elle vraiment responsable de leur mort ? Des questions qui seront sans doute sans réponse, « de mon opinion personnelle, le pardon se gagne et souvent, le temps engourdit les vieilles blessures. Il est difficile de juger, chacun à son fardeau. »

    Elle lui tend un verre d’eau avant de poursuivre, cette fois-ci sans la plume ni le papier à notes.

    « Il est normal d’avoir du mal à se prononcer sur certains sujets. Si vos parents allaient vous abandonner, sans légitimer ce qui a pu se produire, cela reste un évènement traumatisant. » Sont-ils quitte l’un de l’autre ? Elle l’ignore. « Il ne faut pas que ces pensées soient des obsessions. Vous avez toute la vie devant-vous. »
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  • Jeu 22 Juin - 12:30
    Dahlia se sentait mal. Une émotion qui ne lui était guère inconnue, mais qui semblait bien plus singulière après le coma sucré. Elle voulait pleurer, se défaire de cette sensation qui lui tiraillait l'estomac, pourtant elle en était incapable. Elle restait ainsi enroulée dans la couette, le cœur lourd et l'âme en peine, saisissant à peine le sens des mots prononcés par la médecin qui l'observait. Bientôt les doutes commencèrent à refaire surface, et sa peur de l'abandon surgit à son tour des tréfonds de ses pensées, là où jamais personne ne mettait les pieds, pas même elle, au risque de se brûler face au soleil brûlant de sa culpabilité. Le regard embrumé autant par la fatigue que par la confusion, la surprise de sa confession l'ayant autant touchée que Nineveh, à se demander comment et pourquoi les mots étaient ainsi sortis de sa bouche sans difficulté, la Fae contempla pour une fois avec curiosité ces envies suicidaires qui revenaient inlassablement à la charge. Est-ce que mourir réglerait ses problèmes ? Sans doute. Est-ce que ses proches se sentiraient mieux sans le poids qu'elle leur imposait ? Assurément. Alors pourquoi était-elle encore en vie, à se battre pour le rester ?


    « Je… Je n'y arrive pas. ». Elle ramena la couette devant son visage, les mains tremblantes. « Je n'arrive pas à être heureuse, je n'arrive pas à penser à autre chose, je… ». Elle aimait malgré tout le confort de sa dépression, le sentiment de mélancolie lui apportait une sécurité toute relative, comme si… ⁣ « Quand tout va bien, si tant est qu'un jour tout aille bien, je ne fais qu'attendre que la roue tourne, que le karma vienne me cueillir. Je ne profite de rien, je… je n'ai pas le droit de profiter… ». Que ce soit du sourire de son bien-aimé ou simplement d'une journée de travail sans accrocs, la Fae se refusait le moindre plaisir, considérant qu'elle ne méritait rien si ce n'est la souffrance qui la parcourait. Elle serra les dents, prenant une grande inspiration pour envoyer paître la crise d'angoisse qui forçait son passage malgré la clarté étonnante de son cheminement de pensées. Ses révélations étaient brutales, dénuées de fioritures là où Dahlia passait son temps à embellir les choses, d'autant plus une vérité si traumatisante. Elle avait bien tenté de se rassurer, de se dire qu'elle n'était qu'une enfant. Cela ne justifiait rien à ses yeux. Elle les avait tués et elle devait vivre avec.


    Quant à savoir si Mariette et Erik seraient heureux de la savoir dans cet état… Ses souvenirs d'eux étaient complètement déformés. Un jour, elle les idéalisait, le lendemain, elle les détestait et se félicitait presque de leur disparition. Elle dansait entre deux extrêmes, incapable de faire un choix sain qui lui permettrait d'enfin passer à autre chose. Elle attrapa faiblement le verre entre ses doigts, engloutissant son contenu qui glissa dans sa gorge en apaisant ses maux. Elle avait l'impression de ne pas avoir bu depuis une éternité. « Ils voulaient… Me mettre ailleurs. Dans un temple, un orphelinat peut-être, quand on sait où j'ai fini, c'est ironique… ». Voilà maintenant qu'elle se mettait à faire du sarcasme. Si certains en auraient ri à juste titre, il s'agissait pourtant d'un signe de sa santé mentale décadente. Si la Fae commençait à s'amuser de ses traumatismes, il n'y aurait bientôt plus de retour en arrière possible. « Je les ai entendus et… Je ne sais plus… Je suis partie, et quand je suis revenue, ils étaient… ». Les mots lui manquaient, se bloquant au fond de sa gorge qui se serrait encore et encore. « Malades… Je les ai rendus malades… Ils voulaient se débarrasser de moi pour éviter de mourir et je les ai… ». Les barrières qu'elle avait érigées cédèrent encore une fois, les dernières. Dahlia n'était plus qu'un vide béant, une plaie ouverte. « Je ne voulais pas… Ils ne sauront jamais que je ne voulais pas… J'ai été odieuse et je les ai tués… ».


    Toute la vie devant elle… Une vie dont elle ne voulait guère, une perspective d'avenir qui lui glaçait le sang. « Je ne peux pas non plus… J'aimerais mais… ». Elle ferma les yeux, quelques larmes roulant enfin le long de ses joues. « Je sais que… Qu'il… Il va finir par vouloir une famille et… ». Elle grimaça. « J'ai peur… J'ai peur de lui faire du mal, de faire du mal à nos enfants, de me réveiller un jour et de les voir emportés par une maladie quelconque que j'aurais provoquée… ». Comment admettre un tel fardeau à l'élu de son cœur, comment se défaire de cette épée de Damoclès qui planait au-dessus de sa tête ? Lentement, la brume verte caractéristique de la Fae commença à s'échapper de ses doigts. Incapable de la contrôler, Dahlia la laissa prendre toute la place dans la pièce, diminuant sa propre visibilité alors que la pestilence s'infiltrait malgré elle au plus près de Nineveh. « Je ne veux pas non plus vous faire de mal mais… mais… ». Le mal s'amplifia, le silence se fit durant quelques secondes et soudainement ses yeux s'écarquillèrent… « Mais je ne mérite rien de tout ça et vous... tu… tu ne me connais pas et… et tu devrais… tu devrais partir… Tu… ».


    Une douleur intense ainsi qu'une convulsion parcourut la Fae qui laissa échapper un gémissement avant de se diriger vers Nineveh, son regard se plantant soudainement dans le sien, allant chercher dans les traumatismes de la médecin, dent pour dent, œil pour œil. Dahlia mit quelques secondes à se rendre compte de la brume qui avait pris possession de la pièce et qui commençait à s'immiscer sous les portes pour se glisser dans l'orphelinat et atteindre autant ses enfants que ses assistantes. Et, quand elle reprit enfin conscience, elle se redressa en manquant de tomber du lit, posant ses mains sur les épaules d'une Nineveh en bien mauvais état, du sang coulant autant de ses yeux que de son nez. « Je… je… Vous… tu… tu vas bien ?! Je suis désolée, je… je ne voulais pas, je te jure que je ne voulais pas, qu'est-ce qui cloche… qu'est-ce qui cloche chez moi, tu voulais m'aider et… je suis… je suis désolée… S'il te plaît, va-t'en avant que… ce soit pire... ». Ce qui n'était que de petites larmes se transforma en sanglots qui déchirèrent la pièce alors que la brume s'intensifia autour d'elle. Si elle ne se calmait pas très vite, il y aurait plus d'une victime…


    Utilisation de pouvoirs:
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  • Jeu 22 Juin - 15:54
    « Relax, vous avez le droit de profiter Dahlia. Il y aura toujours des jours d’horreurs, c’est pour ça qu’il faut profiter du moment présent. Si je puis me permettre une opinion personnelle : je pense que notre génération a suffisamment payé avec la guerre contre les titans. »

    Quant aux ruminations sur le fait d’avoir tué ses parents : Nineveh doit trouver un moyen d’y mettre une bonne fois pour toute. Il est manifeste que c’est un dossier qui a dû mal à se refermer, malgré les siècles qui sont passés. La médecin tente une réponse un peu clichée, mais qui marche régulièrement sur les patients qui ont du mal avec leurs parents.

    « Même s’ils sont morts, est-ce que cela ne vaudrait pas le coup de leur écrire une lettre ou de leur adresser une prière ? Que vous puissiez leur dire ce que vous avez sur le cœur dans un effort de surmonter leur fin… Inattendue ? Après tout, si les dieux sont réels et tangibles, il n’y a aucune raison pour que l’après-vie soit un mythe. »

    Quant aux suppositions : eh bien il va falloir affronter le réel. C’est peut-être cruel, mais si elle ne peut pas accéder à une vie tranquille, alors soit elle devra se confronter au présent, soit résoudre le problème avant d’atteindre cette vie de famille rangée. Dans tous les cas, longue bataille à mener. Mais rien d’impossible non ?

    « Si déjà nous faisons des progrès sur la dépression, rien ne dit que ce manque de contrôle sur la pestilence est incurable. Au pire, il y a toujours un moyen de traiter les maladies chroniques. De toute façon, j’ai l’habitude des… » Convulsion, la médecin abandonne immédiatement sa phrase pour se jeter au chevet de la fée et pose une main sur sa joue pour vérifier ce qui se produit.

    Le regard de Dahlia se rouvre de nouveau.

    Blanc. Blanc. Blanc.
    Noir. Noir. Noir.

    Le cauchemar le plus absolu, Nineveh sort la tête de l’eau, au sens le plus littéral et le plus noir du terme. Odeur délicieuse qui fait légèrement plané, goût infect dans la bouche, comme si elle venait de sortir d’une nappe de pétrole. L’impression d’être une torche humaine qui n’attend que de s’embraser et de mourir. Les jardins noirs de Xo’, le laboratoire de Puantrus, l’impression d’être entourée par la mort sans pouvoir la défaire. Des milliers de visages, de sans-vie qui vaquent à leurs occupations en jouant aux dés, en conservant précieusement les affaires qu’ils ont emmenées dans la tombe.
    Mais surtout, cette sensation de s’éteindre à son tour. L’elfe sent quelque chose vaciller dans sa bouche, du bout de la langue, elle y plonge deux doigts avant d’en extraire sa propre dent. En train de pourrir, suivi petit à petit de son corps qui commence à pâlir à vue d’œil, à noircir, les engelures éternelles que même la médecine ne peut soigner. Ses yeux qui se gorgent de sang, l’impression qu’on lui éclate l’esprit à coup de marteau, un tison chauffé au rouge dans le regard.

    L’elfe a un grognement de surprise en se réveillant, au point d’en avoir momentanément oubliée où elle est : elle semble presque surprise de voir Dahlia, la chambre où elle se trouve, il lui faut un bref instant pour comprendre où elle se trouve et secoue la tête. Trop de choses à gérer, trop de…
    Bref.

    « Je… Je vais bien. » Annonce Nineveh en résorbant le saignement à hauteur de ses yeux et de son nez sans même devoir claquer des doigts, elle a un soupir. « C’est tout, je vais bien. » Elle regarde la paume de ses mains : elle a serré si fort ses doigts que ses ongles ont rappé ses paumes. « Je… »

    Ah ! Par tous les enfers qui existent et en particulier, celui des médecins en carcasses : Dahlia est un de ces cas spectaculaire, dangereux et innovant. Elle en préfèrerait presque ceux qui ont un corps pour plusieurs âmes.
    Elle secoue la tête.
    Elle a prêté serment et surtout, elle a fait la guerre, c’est un petit obstacle par rapport au chaos d’il y a trois ans et quelque.

    « J’ai prêté serment. Je vais honorer le serment. Parce que c’est le serment qui me donne ce prestige, cette aura, et surtout, qui symbolise tout ce pourquoi je me bats quand il s’agit de sauver des vies. » Répond la docteur, « je ne vais pas rebrousser chemin alors que je commence à toucher le problème du doigt. » L’acharnement thérapeutique, c’est pour les spécialistes de la gériatrie et les oncologues.

    Elle secoue la tête, son humeur a changé pour une détermination plus froide.

    « Je vais bien. » Cette fois-ci avec beaucoup d’assurance. « Pas besoin de t’excuser, c’est pas ta faute. On a abordé la dépression, maintenant on va attaquer l’autre versant du problème : la pestilence. Pas d’attaque mentale par contre. Vous me renverrez la sauce un peu plus tard, déjà, mangé, ensuite, on verra pour la suite. Mais ce n’est pas trois larmes de sang et un cauchemar qui vont me faire peur. »

    Tant pis s’il faut embarquer des porcs pour leur inoculer la peste et les faire crever de défaillance généralisée des organes, tant pis si elle doit se chopper une ou deux fois la variole, s’il faut qu’elle maîtrise ses pouvoirs, on ne va pas y aller par quatre chemins.
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  • Dim 25 Juin - 17:28
    Les mains apposées sur les épaules de Nineveh, Dahlia tremblait. En une fraction de secondes, la Fae avait oublié qu'elle était la patiente et non pas le médecin, que si l'Elfe finissait blessée, alors elle réussirait à s'en sortir sans son aide. Pour l'heure sa culpabilité profonde l'empêchait de penser clairement et son étreinte se resserra sur la jeune femme au visage balafrée qui souffrait d'une absence douloureuse, les yeux fermés. Durant les quelques secondes qui séparent leurs deux mondes, la médecin étant perdue dans son subconscient qui l'attaquait à de multiples reprises, un milliard de pensées défilaient dans l'esprit malade de la Fae. Si sa Pestilence avait toujours été incontrôlable, il s'agissait ici d'une nouveauté. Dahlia savait maîtriser ses attaques mentales depuis sa tendre enfance. Elle ne les utilisait qu'en de rares occasions, majoritairement pour se défendre face à un assaillant bien plus fort qu'elle, ce qui n'était pas compliqué à trouver. Aussi fragile qu'une fleur, la directrice d'orphelinat pouvait se faire agresser à chaque coin de rue si tant est qu'elle se promène un peu trop tard dans les bas-fonds de Liberty, ce qui lui arrivait bien plus souvent qu'elle ne voulait l'admettre. Sa magie lui permettait d'obtenir un semblant de vérité, un parachute dans cette vie qui la malmenait. Jamais elle n'aurait pensé l'utiliser contre quelqu'un qui ne désirait que l'aider et sous le choc, elle resta interdite.


    Alors que Nineveh reprenait enfin ses esprits, résorbant le sang qui coulait de ses yeux alors que quelques gouttes gisaient sur la robe immaculée de la Fae qui refusait de la lâcher, ses paroles semblent plus dures. Son ton change, sa détermination grandit, à défaut de celle de Dahlia qui fonce vers le précipice sans espoir d'être arrêtée dans sa chute. La voix dont elle parlait plus tôt s'immisce dans son esprit et la jeune femme se laisse tomber à nouveau sous les draps, son regard se perdant dans le vide alors que sa conscience s'amusait à lui jouer des tours. « Elle n'est là que par serment. ». Ses doigts se serrent sur les coutures de la couette. « Tu ne pensais quand même pas qu'elle t'appréciait ? Oh pauvre petite Fae, tellement seule que tu t'attaches à ceux que tu paies pour avoir de la compagnie… ». Ses paroles résonnent dans son esprit, les larmes coulent. La voix de Nineveh paraît si proche et si lointaine à la fois, lui parvenant en échos qui la font sursauter. « Tu vois bien que tout ceci est inutile. Elle essaie de t'aider, tu l'attaques. Tu ne penses qu'à toi, encore et toujours, à ton petit confort. Tu es pitoyable… ». « Je… Je suis si désolée Nineveh je… Je ne voulais pas te faire du mal, je suis … » La voix rieuse se fit de plus en plus puissante, les mains de Dahlia vinrent saisir sa tête, boucher ses oreilles comme si cela allait la faire taire. « Un monstre. » Elle répéta sans émotions. « Un monstre…? ».


    Son regard croisa celui de la médecin l'espace d'une fraction de seconde et le monde s'arrêta de tourner. Elle plissa les yeux, le silence se faisant enfin dans son esprit tourmenté alors qu'elle saisissait les paroles de la jeune femme qui faisait partie de son quotidien depuis plus d'une semaine. Dahlia déglutit, fuyant ce regard qu'elle pensait accusateur, craignant le courroux qui n'attend que de s'abattre sur son corps fébrile et son mental affaibli. Dans cette chambre immense, la Fae n'est qu'une petite souris face au chat qui paradoxalement tente de la soigner par tous les moyens. Elle se renferme, elle pleure, mais elle n'abandonne guère. Si Nineveh se bat, alors elle aussi. Galvanisée par ses mots, la directrice secoue la tête à son tour pour faire taire la voix qui continue de la harceler, mettant un terme à ses jérémiades, tout du moins pour l'instant. « Je ne ferais plus d'attaque mentale. ». Si d'ordinaire Dahlia ornementait ses paroles d'un tas de fioritures, d'hésitations, d'appréhensions, elle se contenta ici de rester factuelle. Il lui fallait reprendre le contrôle, elle n'avait plus le choix. Pour Nineveh, pour ses proches, pour elle. Pour la première fois depuis plus de trois cents ans, face à la douleur qu'elle avait causée par erreur, Dahlia considérait sa propre personne comme facteur, comme motivation pour aller de l'avant. « Pour te répondre, je vais déjà voir régulièrement mes parents au cimetière. Les visites ne m'aident pas, bien au contraire, toutefois ne pas y aller empire le tout. ». Alors qu'elle commençait son énumération de faits, la brume verte de sa Pestilence commençait lentement à se dissiper. « Je n'ai jamais eu de réponse, peut-être que je ne fais pas assez attention aux signes. Comme tu peux le deviner, je ne crois… en rien. Probablement que me plonger dans la religion m'aiderait à voir les choses sous un autre angle. Cependant, le fanatisme est une pente risquée sur laquelle j'ai peur de m'aventurer. ». À juste titre, comme l'alcool ou la drogue, l'addiction et l'obsession ne se trouvaient pas si loin de la rédemption qu'elle cherchait tant. « Si… Si ça peut te rassurer, je n'ai jamais utilisé cette magie involontairement alors… Je doute que ça arrive à nouveau. Je vais me contrôler, je… je te l'assure. ». L'hésitation revenait progressivement, mais sûrement. Son courage s'étiolait bien plus rapidement qu'elle ne l'aurait voulu, mais Dahlia ne pouvait pas se permettre de faire des pas de géants vers une guérison aussi complexe que celle-ci.


    Elle se redressa doucement, prenant appui sur le cadre du lit en bois, avant de se mettre en position assise face à la médecin. Peu de temps après, Davina refit surface, portant dans ses bras un plateau avec deux repas copieux. Elle commença à ouvrir la bouche puis se ravisa en constatant que l'ambiance n'était définitivement pas à la plaisanterie et repartit sans demander son dû, laissant les deux demoiselles avec leur ecrasé de pommes de terres, leur poisson et leurs questionnements. La Fae se mit faiblement à battre des ailes, créant un léger courant d'air avec la fenêtre entrouverte, tenant hasardeusement sa fourchette entre ses doigts tremblants. « Si tu penses que… ». Elle fit une pause, sa gorge se serrant d'angoisse. « La… La dépression est liée à la pestilence alors… ». Elle avala une bouchée de son repas, gagnant du temps misérablement, prenant le temps de formuler ses pensées comme elle le pouvait. « N'existe-t-il pas des artefacts, des objets, même des malédictions qui pourraient m'empêcher de l'utiliser ? Juste le… le temps de guérir, si… si c'est possible ? ». Son affliction prenait l'apparence d'un serpent qui se mord la queue. Si Dahlia blessait Nineveh, elle s'en voudrait. Si elle s'en voulait, la voix reviendrait. Si la voix revenait, elle replongeait dans ses idées suicidaires. Et si elle replongeait dans ses idées suicidaires, sa Pestilence n'en ressortirait que plus puissante. Prisonnière de ce cercle vicieux, accablée par la culpabilité d'avoir mis à mal une des seules qui tentait de la sauver, la Fae laissa échapper un long soupir, autant de fatigue que d'exaspération. « Si j'avais su que tu serais blessée, je n'aurais jamais accepté cette thérapie… J'espère que… Tu pourras me pardonner. ». Elle devait le dire. Mieux, elle devait l'entendre. « Je… Je t'apprécie, Nineveh. Autant pour tes efforts que… pour toi. Je sais que je ne suis qu'une patiente et que tu ne fais que ton devoir mais… ta présence ici est réconfortante, rafraîchissante. Je me sens moins seule alors que paradoxalement, je suis toujours entourée. Tu fais … Tu fais la différence. ».
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  • Jeu 29 Juin - 19:01
    « Relax, je ne suis pas morte ni gravement blessée. » Répond l’elfe en perdant une partie de sa tension devant la réaction alarmée de Dahlia.

    Le repas, constitué de purée de patates et de poisson, s’il est un brin chiche pour Nineveh après cette expérience psychique, reste une bénédiction et elle attaque directement. Elle a faim. Elle a besoin de récupérer des forces. Cela lui permet de réfléchir aussi, à mesure qu’elle se sent regagner en énergie entre deux patates et le poisson qu’elle dévore : la meilleure nourriture, c’est la nourriture gratuite. Et après avoir subi un assaut mental et un saignement oculaire, elle est plus que ravie de profiter d’un repas chaud pour récupérer de ses émotions. Elle en profite pour écouter Dahlia qui semble plus loquace après la thérapie, ce qui semble plutôt bon signe : le simple fait de formuler à voix haute certains problèmes est déjà un grand pas en avant chez les patients difficiles.

    « Pas de soucis, et quant à ma perception des patients : c’est parfois difficile de maintenir un lien strictement professionnel. » ou de s’investir dans les irrécupérables qui ne font aucun effort. Dahlia est loin d’être la patiente la plus hostile à ses traitements. « J’ai fait la guerre et j’ai été l’assistante de mon oncle pendant un siècle, je sais très bien que les thérapies de chocs peuvent être musclées pour le médecin. En tout cas j’apprécie tes excuses. »

    Encore une fois, les patients malades de l’esprit ne sont pas tous raisonnables ou conscients de leurs actions. Il faut parfois leur forcer un peu la main ou les soigner sans avoir accès à leur consentement véritable. La psyché est un drôle de monde, une dimension alternative où les médecins doivent s’aventurer sans vraiment savoir ce qu’ils vont trouver.

    « La religion peut être un moyen utile de se changer les idées. Que ce soit la religion, ou la pratique d’un sport, l’art, l’important est d’avoir des loisirs et de croire en quelque chose. La spiritualité joue un rôle important dans la vie d’une personne et peut aider à combler un vide ou s’avérer être la pièce manquante du puzzle. Quant au fanatisme, c’est comme tout : une pente, une décision qu’on prend petit à petit, on ne passe pas du jour au lendemain d’athée à fanatique. Au pire, rien n’empêche de discuter avec un prêtre ou de faire une prière à l’attention de qui on souhaite. »

    Quant à la pestilence, pour la verrouiller ou la réprimer, ce n’est pas du ressort de Nineveh. Si elle sait comment faire, sceller la pestilence ne lui semble pas une bonne idée : qu’adviendrait-il si le sceau rompait un jour ?

    « Le problème de la plupart des sceaux est qu’ils sont intimement liés à la volonté de l’utilisateur. Mais aussi qu’ils ont des effets qu’on ne contrôle pas toujours. J’ai peur qu’en scellant la pestilence, tout cela ne mijote et n’explose un jour, potentiellement au pire moment. Je pense que la contrôler de A à Z pourrait être un moyen de diminuer la dépression, mais je peux comprendre que ça soit une option angoissante. Au risque de suggérer une bêtise : la pratique du sport pourrait être bénéfique. L’activité physique est liée à une baisse de la mélancolie. »

    Elle parle d’expérience personnelle : difficile de déprimer quand on marche des dizaines de lieues chaque jour pour atteindre la prochaine auberge ou la prochaine ville.

    « Le scellement reste une option de la dernière chance et dans certains cas, peut se faire de manière irréversible. Ce qui constitue un net danger pour la santé, bien évidemment. »
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  • Sam 1 Juil - 0:56
    Les yeux fermés, le souffle court, Dahlia tentait d'intégrer les réflexions de Nineveh aux siennes afin de réprimer cette voix qui lui chuchotait toutes sortes d'horreurs à son sujet, cherchant à la convaincre que la lutte était vaine, que l'espoir n'existait guère pour les cas désespérés comme elle. Elle profita de son repas, presque autant que la médecin, ayant l'impression d'avoir été privée de nourriture durant des jours entiers quand bien même sa convalescence n'avait duré que vingt-quatre heures, avec une préférence bien actée envers les pommes de terre qu'elle engloutissait à un rythme ahurissant, rappelant encore ses mauvaises habitudes de se presser pour le moindre mouvement du quotidien. Elle acquiesça aux paroles de l'Elfe alors qu'elle essayait manifestement de se mettre à sa place et de voir la situation de son point de vue, un exercice plus complexe qu'elle ne l'aurait pensé, elle qui débordait d'empathie. « Je ne voulais pas insinuer que tu ne savais pas ce que tu faisais, je… ». Elle déglutit, prenant une grande inspiration. « Désolée. Je te remercie d'avoir accepté mes excuses et je t'assure que cela ne se reproduira plus. ». Se contrôler devenait une obligation de plus en plus pressante, qu'adviendrait-il de ses altercations avec ses enfants, avec la milice de Liberty, avec son bien-aimé ? Elle ne pouvait plus se laisser dominer par ses émotions de la sorte. Elle le devait à ses proches et bien que cela lui coûtait de l'admettre, elle se le devait surtout à elle-même, pour les siècles de souffrance qu'elle traînait tel un fardeau au poids gargantuesque.


    La Fae commençait à comprendre malgré elle qu'une solution toute prête n'existait pas pour la sortir de ses tourments. Les remèdes de la médecin aidaient à nuancer les crises, atténuer les symptômes handicapants, néanmoins rien ne supprimait cette angoisse, cette boule au ventre dont elle ne parvenait à se défaire même dans les moments les plus heureux de sa vie. Toute cette guérison dépendait de sa volonté et de sa capacité à mettre la main à la pâte et cette perspective la terrorisait. « Je crois au karma, pour ce que ça vaut. J'imagine que ça doit expliquer pourquoi je pense à ce point mériter les maux qui m'accablent. Le revers de la médaille étant qu'un jour, la tendance devra forcément s'arrêter… Car j'ignore ce que j'ai pu faire dans une vie précédente pour me retrouver ici aujourd'hui. ». Tuer ses parents constituait un traumatisme conséquent qui avait secoué les fondements de sa vie, brisant son enfance et donc la formation de ce qu'elle devait être : un adulte fonctionnel. Pourtant, elle avait tant essayé de relativiser, de se dire que beaucoup faisaient pire qu'elle, de façon tout à fait volontaire qui plus est. Elle n'était pas le monstre qu'elle pensait être, mais le penser ne suffisait pas à éradiquer la voix de sa conscience qui hurlait dans ses oreilles que le Sekai se porterait bien mieux sans elle.


    Elle cligna des yeux, son regard s'illuminant à la mention d'art, les souvenirs de ses nombreuses promenades dans les galeries de peintre venant l'assaillir et lui prodiguer une dose de dopamine bien appréciée. Pour autant, Nineveh n'avait pas eu l'occasion d'observer son amour pour le dessin et pour la peinture durant ses quelques semaines de présence, Dahlia ne prenant le temps de se livrer à ses passions qu'une poignée de fois par an. Elle hocha la tête timidement. « Je… Je suppose que tu as raison. J'aime énormément peindre et dessiner mais je n'ai pas le temps et… ». Un long soupir s'échappa de l'entre ouverture de ses lèvres, la mélancolie qui la paralysait se transformant lentement en colère grondante. « Je ne prends pas le temps. J'ai besoin d'être partout à la fois, comme tu l'as dit cela permet de… combler le vide. ». Certains sombraient dans l'alcool ou dans la drogue, elle se tuait au travail, la moindre pause permettant à ses démons de refaire surface. « Je ne sais pas être seule. J'ai peur d'être seule. J'ai… J'ai peur d'être abandonnée. Par mes proches, par tout le monde, même par toi, que je connais si peu. ». Exaspérée par son propre comportement, la Fae commençait à bouillir. « Je me mettrai au sport dès demain. Je prendrai mes remèdes. J'irai peindre sur le toit de l'orphelinat. ». Plus que des résolutions, il s'agissait d'injonctions, d'ordre à sa propre attention qu'elle prononçait à voix haute, comme si le fait que Nineveh soit témoin de la scène l'obligeait à respecter ses engagements.


    « Je… J'ignore si c'est l'effet de la thérapie de choc mais… Je me sens… Je n'irais pas jusqu'à dire mieux, mais je pense… que c'est atteignable ?... ». Un petit pas pour la médecin, une avancée géante pour la psyché de Dahlia qui frôlait dangereusement la mort par moments. « Je comprends pour le scellement, je n'ai pas pensé à l'hypothèse de l'explosion. J'ai une confiance aveugle en la magie et ses capacités, paradoxalement à ma situation, c'est plutôt cocasse je dois le reconnaître. ». Le premier rire nerveux de la journée sortit plutôt naturellement, à sa grande surprise. « Je… Je ne voudrais pas te retenir plus que de raison Nineveh. J'ai conscience que les traitements mettent un certain temps à agir, et qu'au-delà d'une thérapie de choc, il ne reste plus grand-chose à tester. Tu as déjà fait largement plus que n'importe quel médecin aurait fait et… je suis heureuse que tu sois venue à la place de ton oncle. Tu es extrêmement compétente et je n'aurais pas pu trouver mieux. ». Si ces paroles sonnaient étrangement comme une lettre d'adieu avant un suicide précipité, Dahlia n'en avait absolument pas conscience et arborait un sourire de circonstance. « Qu'est-ce que tu comptes faire, une fois que tu auras quitté l'orphelinat ? Revoir Caeso, j'espère ? Je ne me suis pas permis de le contacter à ta place, même si l'envie me démangeait. Cependant, je pense réellement que tu devrais considérer de trouver un compromis avec lui. ». L'hôpital qui se fichait de la charité, encore et toujours.
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  • Ven 14 Juil - 14:54
    « Le karma n’est rien d’autre qu’une dette divine : elle peut se régler. La rédemption est possible, même quand on est endetté jusqu’au cou. Mais oui, c’est peut-être la thérapie de choc qui parle : c’est atteignable. » C’est simple même.

    Peindre un petit peu, quelques tours de bâtiment en marchant, des choses simples, mais qui peuvent être difficiles à faire lorsqu’on est déprimée. Si Nineveh n’a jamais été aussi atteinte que Dahlia, elle sait pertinemment qu’on a des jours sans et pour une elfe, cela peut durer un long moment. En particulier quand on se confronte à des échecs à répétition en médecine. Les années avec son oncle n’ont pas toujours été tendres, pour leurs patients comme pour eux.

    « Je suis flattée, mais j’ai encore beaucoup à apprendre en médecine. » C’est une médecin, elle aura toujours besoin d’humilité pour progresser et se confronter à de nouvelles maladies. « Ton compliment me touche, en espérant que je reste compétente à travers les siècles jusqu’à mes vieux jours. » Elle a un sourire.

    Elle a encore cinq cents ans devant elle, ils vont vite passer si elle continue à explorer le monde ainsi. Et surtout, elle aura de nombreuses anecdotes à raconter à ses enfants et petits-enfants. Ce qui lui fait penser que si elle veut avoir des petits-enfants, il va d’abord falloir qu’elle se mette au boulot et vite.

    « Je comprends que l’envie puisse démanger. J’irai le voir, nous discuterons de tout cela. C’est un homme, il a une mission à accomplir, il a dû mal à compromettre, enfin, ce sont les hommes. » S’amuse Nineveh, « je vais le voir, pour faire un peu plus que prendre une bière en ville, passer un peu plus de temps qu’une soirée, discuter un peu plus que de du boulot. Les classiques des couples dévorés d’ambiguïtés. Ensuite ? » La médecin hausse les épaules. « On verra bien. »

    Maintenant, pour aborder les adieux, l’elfe va être relativement sobre et concise.

    « Je vais rester jusqu’à demain matin, m’assurer que tout est en ordre, faire passer quelques examens de routines aux enfants ou au personnel si besoin, ensuite je reprendrai ma route. Pour l’encaissement, j’ai eu droit au gite et au couvert, c’était amplement suffisant. »

    Les classiques de la médecine selon le serment : on soigne tout, on exige rien, on repart sans élaborer à outrance.
    C’est peut-être pour cela que Nineveh part aux premières lueurs de l’aube le lendemain matin, quand les enfants sont encore endormis et que Dahlia et les autres émergent petit à petit. La médecin ne ressemble plus vraiment à une médecin avec sa large cape-poncho-toile de tente sur les épaules, ses fringues de voyages qui ont vu autant de kilomètres que de coups d’aiguilles et surtout, l’énorme musette sur son dos.
    Légèrement voutée, c’est une Nineveh voyageuse qui adresse un dernier salut aux gens de l’orphelinat avant de prendre congé, ses affaires sur le dos et un en sens, ses patients dans le cœur.
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