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  • Sam 22 Avr - 21:48
    On entrait pas facilement au RSAF, ça, Alasker risquait de s'en souvenir. L'accès aux quartiers du "régiment spécial des animaux fantastiques" semblait aussi stupidement alambiqué que son appellation. Il fallait : se munir d'un papier signé par l'empereur ou l'impératrice, se rendre à Ikusa et passer les innombrables barrages de contrôle de la ville royale puis, pénétrer dans le palais impérial, se frotter à ces clowns de gardes royaux aux armures rutilantes, patienter deux interminables heures le temps que l'accès soit finalement autorisé et que l'information soit relayée partout dans le palais puis, enfin, pénétrer dans le complexe souterrain.
    Alors, on pouvait ensuite commencer la traversée des innombrables et trop sombres couloirs reliant les différentes sections de la mal nommée "luxuriance", guidé par un larbin trop révérancieux qu'Iratus soupçonnait n'être réservé qu'à ceux qui parlaient au nom d'un des membres de la main. S'ensuivait de longues, très longues minutes de palabres de présentation sur fond de "La Griffe ne nous a pas encore fait l'honneur de sa visite" et de "les ressources du RSAF sont considérââââbles" puis, enfin, arrivait un grondement, annonciateur de la fin d'une patience bien fragile, naissant tout au fond de la gorge d'une brute ne goûtant que fort peu l'idée de marcher sous terre.
    "-Je suis venu pour des Behemoth, fiston. Alors amènes-moi à quelqu'un qui s'y connaît."
    Constatant que son accompagnateur un peu trop révérancieux -un gobelin à en juger la carrure et la couleur- s'apprêtait à ouvrir la boîte à clou qui lui servait de bouche une fois de plus, Alasker s'enquit de préciser :
    "-En silence."
    La suite du trajet eut au moins le mérite de se passer dans un calme relatif, uniquement troublé par la respiration saccadée du gobelin, qui couvait manifestement un sale rhume.
    Le géant d’Airain ne pouvait décemment pas prétendre qu’il venait véritablement dans le but d’établir un premier contact entre le RSAF et la Griffe, quand bien même Iratus s’était engagé à remplir cette tâche, au passage. Son objectif principal restait d’entrer en possession d’une monture adaptée à…Hé bien…Sa stature. Aucun cheval ne pouvait encaisser son poids et, de toute façon, sa simple vue suffisait en général à les terroriser. Ces stupides bestioles devaient sentir qu’il n’était pas vraiment humain, une théorie qui avait tendance à se confirmer en présence de la sale carne servant de monture à son frère d’arme, Deydreus. Le lycanthrope restait tout bonnement incapable de s’en approcher sans subir, au moins, deux dizaines de désagréables hennissements de protestation et même quelques tentatives de morsures. Etant d’un naturel fort peu enclin au doute, Alasker avait fini par tirer une conclusion simple : Il lui fallait un prédateur. Une bête aussi hargneuse et lourde que lui, voire plus, quelque chose qui était susceptible de ne pas le craindre, dans la nature.
    Son intérêt s’était donc tout naturellement orienté vers les stock du RSAF. A ce qu'on disait, les originaux qui officiaient en-dessous d'Ikusa gardaient, chez eux, toute sorte de monstruosité à peine dressée. Ainsi, le bras droit de la Griffe s'était arrogé le droit de rendre une petite visite, bien informelle, aux grattes-cavernes officiant sous Ikusa. Qu'importe ce qu'il y trouverait, en réalité, c'était toujours mieux que de rester à végéter, tel un garde royal, au beau milieu de la capitale.
    Naturellement, l’idée du Behemoth semblait la plus censée. L’histoire relatait l’existence d’un nombre non-négligeable de seigneur de guerre montés sur des Behemoth ou, même, des wyvern. Alasker ayant toujours détesté les wyverns, le choix paraissait évident.

    Les pensées du lycanthrope furent interrompues par la vue -littérale- d’une lumière, au bout du corridor qu’ils suivaient depuis bien trop longtemps. Presqu’aussitôt, une odeur musquée, aussi forte qu’impossible à identifier, parvint aux narines du visiteur, qui fronça les sourcils en posant son regard d’encre sur son guide.
    “-Il y a un feu? Qu’est-ce donc que toute cette lumière maintenant?
    Le gobelin répondit à sa question par un ricanement satisfait avant d’accélérer le pas. Alasker le suivi, non sans soupirer d’agacement.
    “-Voici, messire, la très-splendide Luxuriance !” S’extasia le petit homme vert en pénétrant dans la lumière.
    Alors, pour la première fois depuis longtemps, Iratus, vétéran de deux guerres, champion d’une arène aussi mortelle que reconnue et fils maudit de la lune, découvrit un panorama qui lui coupa le souffle.
    Car Luxuriance n’avait pas volé son nom. Ce n’était pas simplement le grotesque surnom d’un complexe souterrain sordide, non. Il s’agissait d’une forêt, d’un paysage quasi-paradisiaque s’étendant à perte de vue où fleurissait des champs entiers de plantes exotiques, où paissait paisiblement des herbivores n’ayant peut-être même pas conscience d’être cavernicoles et où chassait des spécimens rares de prédateurs alpha. Le tout, éclairé par les dieux seuls savaient quoi. Un enchantement, un soleil artificiel, qu’importe. C’était tout simplement trop grotesque pour être plausible. Et pourtant, ça existait, ça prospérait, sous les yeux d’encres d’un homme-loup ô combien estomaqué et songeur.
    “-Impressionnant, hein?” Crana le gobelin à ses côtés.
    Les crocs d’Iratus se découvrirent dans un rictus sauvage, à mi-chemin entre le sourire et le rictus de colère. Cela suffit pour rendre son guide aussi muet qu’une tombe. Et la marche reprit son cours.

    Une trentaine de minutes plus tard, Alasker se trouvait à patienter, assis sur un siège de bois grinçant manifestement prévu à cet effet, dans une sorte de grand hall à toit ouvert, infesté par la verdure et tout à fait vide d'activité. Le gobelin l’avait laissé ici quelques instants auparavant, justifiant cet abandon par le fait qu’il se devait d’aller quérir le responsable de cette section, ce qui paraissait, somme toute, assez plausible et acceptable. Ce qui l’était beaucoup moins, cependant, c’était le fait qu’en entrant dans ce hall si étrange, Alasker avait clairement lu “LANCONDA” sur une pancarte dévorée par le lierre infestant les murs alentour. Le Géant d’Airain connaissait bien les Lancondas, assez pour en avoir déjà chassé, et il savait pertinemment que ces serpents géants, incroyablement voraces, ne goûtaient que fort peu l’idée de partager leurs territoires de chasse avec d’autres super-prédateurs. On ne l’avait donc pas amené au bon endroit. A moins, bien sûr, que ça ne soit -encore- une nouvelle étape administrative chargée de valider et d’acter sa présence ici-bas.
    “-Messire !” Gueula le gobelin en trottinant dans sa direction.
    Alasker grimaça à l’entente de la voix trop aigüe.
    “-La responsable de la section semble être malencontreusement occupée.
    Deux cents kilos de muscles et de bronze se redressèrent bien trop rapidement pour que l’annonciateur de mauvaises nouvelles n’ait ne serait-ce que l’occasion de reculer. Iratus demeura silencieux et parfaitement immobile, toisant simplement l’avorton recroquevillé sur lui-même qui geignait dans son ombre, puis, enfin, sa voix de baryton gronda :
    “-Et donc?
    -Son s…superviseur adjoint devrait arriver…Bientôt.
    L’ombre de la brute s’éloigna immédiatement du sous-fifre verdâtre.
    “-Bien. Je vais l’attendre ici alors. Casse-toi.
    L’ordre fut suivi à la lettre et l’irascible lycanthrope se retrouva bien vite de nouveau seul, à attendre. Pour s’occuper, il se mit en tête de parcourir le hall, tirant, du pouce, sur les chaînes maintenant la salvatrice dans son dos, tout en inspectant l’architecture du bâtiment dévorée par la végétation…Et en priant pour que cet “adjoint” se presse de le rejoindre.
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    Lardon
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  • Mar 25 Avr - 14:28
    Il fait bon vivre à Luxuriance où la météo est régulée par d'habiles mages dévoués à cette tâche, particulièrement dans les zones tempérés, plus clémentes que la plupart des zones arides qui bordent la capitale reikoise.
    L'endroit où avait été mené le chevalier faisait partit de ces zones douces, une luminosité égalant un soleil éclatant de printemps, la température idéale pour qui voulait faire sa sieste dans l'herbe grasse et verdoyante qui entourait le bâtiment et en tendant l'oreille, le chant des oiseaux et des insectes déclamaient leur ode symphonique à la nature. Soudain une cavalcade vient perturber le concert des grillons, pour qui à une bonne oreille, ce sont des quadrupèdes, au moins six, dont un plus lourd que les autres, se rapprochant du bâtiment avec la pancarte.
    Depuis son siège, Alasker pourra apercevoir, s'il daigne tourner la tête vers la large entrée donnant sur l'extérieur, une petite meute de cerbère s'arrêter dans son champ de vision. Massés autour d'un Alpha dont le garrot s'arrêtait au niveau du buste du lycanthrope s'il se tenait debout à côté, les autres membres plus petit de moitié commençaient à humer l'air de leurs multiples têtes et se séparaient, certainement à la recherche de proie susceptible de leur offrir un festin.
    D'une allure majestueuse grâce à sa robe bicolore, son corps au pelage de jais était éclaboussé de nacre sur son poitrail, sa stature imposante, l'Alpha de la meute surveillait les alentours, le regard de la tête centrale finalement attiré vers le bâtiment, suivit par ses voisines, fixant la masse de fer à forme humaine qui s'y trouvait assise. Expectatif dans son observation silencieuse du géant d'airain, on pouvait déceler une lueur très expressive dans les yeux du monstre tricéphale, qu'on pourrait presque traduire par « Papa ? ».

    Le questionnement sur la parenté fut cependant interrompu par un couinement aigu de l'un des plus petits cerbères qui s'était éloigné. Aussitôt le reste de la meute vint à la rescousse de leur congénère, l'Alpha en tête, les quatre autres l'accompagnant pour couvrir ses flancs et prendre en tenaille l'inconscient qui avait osé attaquer l'un des membres de la tribu.
    Malheureusement pour eux, la course des cerbères fut meurtrière pour la meute. Tapis et embusqués au milieu des herbes qui n'étaient pourtant pas si hautes, des Lancondas proche du mètre de long bondissaient comme des diables à ressorts, de très vicieux et mauvais diables. Le premier saut visait toujours les pattes pour faire chuter le quadrupède, la morsure profonde dans le cuissot, avant que le reste du corps écailleux tente de s'enrouler à ce qu'il pouvait, une fois à terre ou au moins ralentit, d'autres assassins se ruaient à l'assaut, visant cette fois les gorges des têtes dangereuses.
    Avant même d'avoir pu rejoindre la première victime, la harde de l'Alpha avait été fauchée en pleine course, ses individus mort ou en passe de l'être. Les trois têtes dominantes grondèrent de rage, leurs gorges gonflant comme le sac vocal d'un batracien juste avant qu'il n'éructe une déferlante de flammes sur les assaillants écailleux qui se repliaient aussitôt que le feu était soufflé dans leur direction, délaissant leur victime aux gorges ou pattes broyées par leurs mâchoires.
    Poursuivant les saloperies rampantes, l'Alpha comptait bien leur faire payer d'avoir attaquer sa meute, incendiant le moindre carré d'herbe sur son chemin tandis que les serpents se repliaient vers de gros rochers d'entre lesquels ils se faufilaient. Arrivé aux pieds de ceux-ci le loup tricéphale cherchait un passage, grattant la terre et la pierre qu'il taillait sans mal, sans succès, qu'à cela ne tienne, ses gorges gonflèrent à nouveau, bien déterminé à inonder de flamme le moindre interstice de cet amas de rocaille.
    Une masse d'une taille équivalente à l'Alpha jaillit sur son flanc si vite que le cerbère n'eut pas le temps ni de bondir pour esquiver, ni de rectifier la direction de son futur tir, laissant trois grandes gerbes enflammés s'élancer dans les airs et tourbillonner en même temps que le corps de la bête qui était jetée à terre par un Lanconda bien plus gros. Les deux monstres n'avaient pas atteint le sol que le craquement caractéristique de côtes qui se brisent sous la pression se fit entendre, puis il ne s'écoula pas plus d'une seconde après la chute avant que les premiers attaquants serpentins ne reviennent broyer les gorges de l'Alpha pour l'achever.

    Apparaît alors quelques secondes plus tard, sortant de derrière les rochers, un homme, vêtu d'un uniforme de l'armée, un homme particulier puisqu'en lieu d'une tête humaine c'est une face porcine et joufflue qui siégeait sur ses épaules. Carnet à la main sur lequel il griffonnait, l'hybride déambulait silencieusement au milieu des Lancondas qui se redressait à son approche, et plus encore même puisqu'ils s'alignaient en rang devant lui. Il fixait les bêtes une à une, toujours sans dire mot, et le plus grand serpent commença à sillonner le champ en passant sur les flammèches qui couvaient afin de les éteindre par étouffement tandis que la moitié des plus petits se séparaient pour rassembler les cadavres des cerbères, rejoignant ensuite le porcin qui se dirigeait vers le bâtiment.

    Arrivant sur le pas de l'entrée, il lève le groin de ses notes ainsi qu'un sourcil à la présence de l'armure géante, restant silencieux et indécis de l'attitude à adopter comme si on venait de le surprendre la main dans le pot à biscuit. Il détaillait rapidement le tas de ferraille, n'y trouvant ni galons ou médailles qui pourrait lui indiquer son grade ou sa section, l'absence d'entraves excluait un statut de prisonnier, le port de l'amure au mieux lui suggérait que ce n'était pas un ouvrier et en même temps que ce n'était pas non plus un garde d'ici.

    - Vous êtes qui, vous ? Tentait-il en première approche sur un ton neutre quoiqu'un peu sur la réserve, méfiant. Du même temps qu'il posait la question, tous les Lancondas fixaient leurs petits yeux brillants sur le grand bonhomme. Personne n'est autorisé dans la zone durant les essais, question de sécurité, vous n'avez pas été prévenu ? Demande-t-il alors, ce qui expliquait l'absence de toute vie à l'entrée du bâtiment. Lardon conservait un ton informatif tant qu'il ignorait à qui il avait affaire, peut-être un peu sur la défensive face à la masse de métal dont il se tenait à quelques pas de distance.
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  • Sam 29 Avr - 17:32
    Alasker souriait encore lorsque l’étrange hybride osa vocaliser une certaine dubitation, concernant sa présence. D’aussi loin qu’il se souvenait, le lycanthrope n’avait jamais pu observer la chasse d’une harde de Lancondas juvéniles. Pour tout dire, jusqu’à maintenant, le bras droit de la Griffe s’était toujours persuadé que ces gros et bien trop voraces serpents restaient, par nature, solitaires…Comme quoi, cette visite s’avérait d’ores et déjà productive, d’une certaine manière.
    Alors, même si l’interpellation du singulier et porcin scribouillard trahissait -une fois de plus- le fait que certains membres du RSAF éprouvaient manifestement des difficultés d’ordre organisationnelles, la fine couche de patience recouvrant l’éternel courroux du Géant d’Airain demeurait parfaitement intacte. On ne pouvait, après tout, demander à des types passant leur temps à élever des bestioles dangereuses, d’avoir un agenda aussi clair et impeccable qu’un garde royal. Au moins, ici, à en juger les rangs immobiles des Lancondas “dressés” , on s’échinait à faire un vrai boulot, plutôt que de parcourir inlassablement les couloirs vides d’un palais bien trop gardé.

    Tandis qu’il quittait son siège pour rejoindre l'entrée du bâtiment où le singulier groupe s'était "glissé", Alasker avait pu constater plusieurs choses, au sujet de son futur nouveau guide :
    Tout d’abord, malgré son aspect relativement…Sphérique. L’hybride ne semblait pas particulièrement fragile. Un humain normalement constitué n’aurait tout simplement pas pu bouger sa propre masse en milieu sauvage sans suer sang et eau et paraître essoufflé au deuxième pas. Ce n’était pas son cas. Pas une goutte de sueur ne perlait du bout de son groin et -encore plus surprenant- son souffle semblait assez stable pour qu’il puisse se permettre de noter frénétiquement des observations dans son petit calepin tout en le sommant, lui, de se présenter. Ainsi, le nouvel arrivant semblait cacher une certaine robustesse, sous ses airs de fouisseur de boue.
    Ensuite, venait le comportement de ses protégés : Les petits yeux malveillants de chacun des Lancondas se trémoussant dans l’ombre du scribouillard s’étaient posés sur la massive silhouette d’Iratus, à l’instant où celui-ci avait commencé à s’avancer dans la direction de leur maître supposé. Ils n’attaquaient pas, ne mangeaient pas les victimes de leur improbable chasse et semblaient attendre, simplement, que le bonhomme face à eux ordonne quelque chose. Il était leur maître. Des serpents géants jouant aux petits chiens-chiens, ça, c’était foutrement inédit.
    Ainsi, le Rsaf s’adonnait à ce genre d’exercice. Leurs mages, dresseurs ou les astres seuls savaient quoi, paraissaient bel et bien capables de transformer un cochon bipède en charmeur de Lancondas. Intéressant. Un peu trop, même.

    Quelques questions futiles fusèrent immédiatement dans son esprit, passé ces premiers constats : Est-ce que chaque espèce dangereuse se retrouvait, ici-bas, pareillement domestiquée? Pour les Behemoths, Wyverns et autres griffons, ça n’avait rien d’étonnant. On ne pouvait pas ouvrir un livre d’histoire sans tomber sur un héros de guerre s’étant arrogé le droit de monter l’un des représentants de ces trois espèces. Mais qu’en était-il des espèces plus…capricieuses? Quid de ces fichues hydres ? Des kirins, ou même des primitives Geomis? Éveiller suffisamment l’intellect d’un Lanconda pour provoquer un semblant de fidélité paraissait plausible, mais celui d’une araignée géante ne savait à-priori traduire que “faim”, “reproduction” et “repos”, alors, était-ce seulement possible? Y’avait-il donc une grotte, quelque part, à Luxuriance, où un autre superviseur seulement armé d’un carnet de note et d’une plume, se tenait droit devant une dizaine de Géomis aux pédipalpes relevées dans l’attente d’un nouvel ordre? Et est-ce que tous lesdits superviseurs possédaient une tête de cochon et un corps humanoïde? Le troglodyte RSAF faisait son travail si discrètement, sous terre, que bien peu d’informations parvenaient à percer la croûte de la surface. Le géant se fit le serment de changer cela, plus tard. Après sa petite visite.

    “-J’ai tué un Lanconda, un jour.” Commença le géant d’airain, un sourire clairement perceptible dans la voix. “Il était…Hm…Plus grand que tes petits gars. Vraiment plus. Et il n’obéïssait pas du tout quand on lui demandait de lever la patte, lui.” Alors qu’il franchissait d’un pas vif les derniers mètres le séparant de l’hybride au groin proéminent, les serpents se mirent unanimement à siffler un avertissement aussi sonore que limpide, que le lycanthrope se contenta d’ignorer. “Quand je l’ai blessé, il est parti se terrer dans son antre : une caverne, sous une cascade. L’eau dissimulait en partie son odeur, lorsqu’il franchissait le seuil.” Un gloussement souleva la carcasse de métal tandis que les souvenirs de la mise à mort lui revenaient. “En partie seulement.

    Court silence. Le géant s’immobilisa finalement, à un peu moins de deux pas du scribouillard en uniforme, l’encre insondable de ses yeux rivée sur cette proie qui n’en était pas une, s’amusant ouvertement de l’inconfort que sa propre présence devait causer en elle. Durant quelques battements de coeurs, Iratus s’interrogea sur le comportement qu’aurait eu la harde, en l’absence de “superviseur”. Les reptiles se seraient-ils risqués à l’attaquer? Auraient-ils tentés de percer l’airain de son armure, à l’aide de leurs fragiles petits crochets ? Combien de pertes cette petite meute pouvait-elle accepter, avant de céder en perdant toute cohésion?
    Ses crocs grincèrent sous la pression de ses mâchoires serrées tandis qu’il luttait pour ne pas céder à la tentation et vérifier par lui-même. A la place, il s’efforça de balayer toute pression en laissant -une fois de plus- un rire grave, évoquant le fracas d’un éboulement et le rugissement joyeux d’une bête sauvage, filtrer de ses lèvres tordues.

    “-Alasker Crudelis.” Se présenta le loup en bâclant un salut impérial.  “Bras droit de la Griffe Impériale, Lieutenant des Serres Pourpres et…Enfin qu’importe.” Lister ses titres lui avait toujours paru à la fois grossier et grotesque. Ceux qui éprouvaient le besoin de se rassurer sur leur propre valeur en noyant leur auditoire sous une dizaine de surnoms ronflants manquaient bien souvent de toutes les qualités censées être inhérentes à leurs titres. “Je visite un peu le coin, maintenant que mon patron est devenu le patron de beaucoup de monde. Et si personne d’autre que toi ne traîne ici, mon gars, il va falloir que tu me serves de guide, maintenant. Il acheva sa présentation par un grondement, adressé non pas à l’hybride mais aux serpents, qui refusaient manifestement d’arrêter de siffler en sa présence. “Mais avant tout : dis-moi fiston, qu’est-ce que tu fous, avec ces bestioles?
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    Lardon
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  • Dim 30 Avr - 1:36
    Inquiétant. C'était le mot pour définir la perception de Lardon envers l'individu qui se tenait en face de lui. Pas seulement à cause de sa taille, ni même son apparence qui lui donnait des airs d'armure hanté, ni son rire... cacophonique. Non, c'était quelque chose de plus profond, qui l'aurait fait se tasser sur lui-même si cette rencontre s'était déroulé dans un autre lieu. D'ailleurs cette aura menaçante qui se dégageait du géant n'avait pas manqué de faire réagir les Lancondas, ceux-ci sifflant furieusement à son encontre, un fait qui méritait mention au milieu des autres observations relevés dans le carnet de Lardon et qu'il s'empressa de griffonner sans baisser le groin sur son écriture. Ses reptiles dressés prenant leurs directives directement par télépathie, c'était donc une réaction instinctive face à un danger imminent qui les faisaient réagir ainsi.

    L'hybride restait silencieux lors de la courte évocation d'un souvenir de chasse de la part de l'inconnu, lui aussi avait des questions qui se bousculaient à propos de ce fameux Lanconda tué, et lui brûlait les lèvres de vouloir répliquer que ce n'était « qu'un Lanconda sauvage », symbole d'une fierté pour des années d'études et de travail acharné qu'il étouffa pour ne s'exprimer que par des hochements de tête. Choix judicieux puisque après un silence qu'il trouvait inconfortable la grande armure daigna décliner son identité.
    A la mention de son affiliation au Chef des armées et son grade de Lieutenant, Lardon se redressa et salua d'un réflexe gardé de ses années de formation militaire.

    - Une simulation de manœuvres militaires sous la forme d'une chasse, Lieutenant. Répondait Lardon d'une manière très formelle. Les Lancondas ne semblaient pas enclin à se calmer et l'hybride ne voulait pas donner une mauvaise image à une huile de l'armée, même si celle-ci donnait presque l'impression d'espérer que ses protégés l'attaque pour riposter. Pour détourner efficacement leur attention, Lardon dispensa quelques ordres d'esprit à esprit. A chaque réception, la tête d'un reptile se tournait vers le superviseur avant de s'éloigner et se regrouper avec les autres à quelques mètres dans son dos, entassant les cadavres des cerbères, puis comme si un signal silencieux avait été donné, l'escouade de Lanconda se jetait sur l'appétissant butin pour le dévorer avec une sauvagerie organisée. Le plus grand serpent avait droit à l'Alpha tandis que les plus petits se partageait le reste de la meute. La peau, la chair, les muscles, la moindre partie charnue était arraché des os. Embuscade, tenaille, repli, diversion et revers. L'objectif est d'augmenter la cohésion de cette unité et jauger sa capacité d'application de ces tactiques. Ils font partit du « Projet Lanconda » qui vise à développer et exploiter leur potentiel à des fins militaires, Lieutenant. Concluait-il avec concision pour répondre à la question du gradé.

    Derrière l'homme-cochon, les carcasses des cerbères étaient réduites à un amoncellement de squelettes plus ou moins bien rongés. Les jeunes repus, le plus massif lui continuait son repas, broyant entre ses crocs les os comme s'ils n'étaient guère plus que des biscuits secs.
    Le claquement d'une porte, loin derrière Alasker, retentit, suivi du son de petits pas pressés se rapprochant.
    Un jeune homme dans sa prime vingtaine, plus petit que le dracochon d'une tête, se rendait jusqu'à lui. Il portait des vêtements simples, une tunique blanche et un pantalon noir, en lin, cependant son petit veston brodé et ses souliers neufs dont le cuir grinçait encore trahissaient une origine plus noble. Sa chevelure d'une blondeur d'un champ de blé mûr encadrait un visage si joli et parfait qu'il donnait presque envie de le gifler pour lui apprendre à être si beau.
    En arrivant près de Lardon il tendit ses mains en coupe et commençait à ouvrir la bouche avant de se raviser soudainement. Il se figea quelques secondes durant lesquelles l'expression de son visage passa d'un étonnement semblable à un poisson hors de l'eau à celui d'un enfant au regard brillant face à son héros.
    L'hybride donnait le carnet contenant ses notes sur l'exercice du jour à ce qui était vraisemblablement un secrétaire, ou au moins un auxiliaire, celui-ci le réceptionnait avant de se tourner face à la grande armure et lui faire la révérence de façon frénétique comme si son respect allait se mesurer à sa capacité à s'incliner de quatre-vingt-dix degrés. Alors qu'il ouvrait la bouche avec un large sourire idiot, le petit bellâtre s'interrompit comme la première fois avant de jeter un œil par dessus son épaule vers son supérieur qui le foudroyait de son regard porcin, avant de partir sans un mot en traînant les pieds... puis après un sursaut en galopant vers la porte dans un « gnik gnik gnik » de soulier précipité.
    Lardon ne pu réprimer un bref soupir de groin, presque agacé, fixant de nouveau son regard vers son interlocuteur après cette courte interruption.

    - Vous avez dit... avoir besoin d'un guide, Lieutenant ? Se risquait à demander le curieux.

    A l'endroit du charnier, il ne restait plus rien des cerbères, même pas le moindre petits os, ni le moindre petits Lancondas d'ailleurs, rien que le plus gros qui après un regard en direction du duo, se mit à ramper en contournant le bâtiment par la droite et finir par disparaître hors de vue.
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  • Mar 9 Mai - 13:07
    Le gratte-papier semblait manifestement obsédé par les grades militaires et les innombrables formalités accompagnant ces derniers. De toutes les surprises que le RSAF lui avait jusqu’alors réservé, celle-ci restait de loin la plus amère. A l’entente du long récital de l’homme-cochon, le lycanthrope s’était surpris à retenir un soupir. Ainsi, l’avenir allait désormais ressembler à ça : Des tas d’inconnus, s’écrasant mollement à la simple entente du mot “Griffe”, “Lieutenant” ou les dieux seuls savaient quoi. L’époque où les imbéciles de tout rang se devaient de lutter pour ne pas s’humilier en sa présence, simplement parce que sa gueule, son attitude ou sa stature terrifiait semblait bien loin. Maintenant, son rang à lui seul justifiait le courbage d'échines, l’auto-humiliation, la disparition de la fierté la plus élémentaire. Plus de confrontation. Seulement la soumission.
    Était-ce donc cela, que Deydreus devait supporter depuis sa sortie de Drakstrang? Ça paraissait à la fois insupportable et comique. Une sorte d'horrible et interminable farce, jetée au visage de ceux ayant fait l’erreur de monter en grade. Alasker doutait d’un jour pouvoir s’y faire. L’idée même de s’y habituer le hérissait plus sûrement que n’importe quelle injure.

    “-Pas la peine de me rappeler mon grade, garçon, je crois bien que je m’en souviens.” Gronda-t-il en retirant son heaume pour le coincer sous son bras droit. “J’ai un prénom et un nom. Tu peux les utiliser tous les deux sans craindre je ne sais quelle remontrance.
    Par ce simple geste, le Géant d’Airain espérait au moins être débarrassé de l’inédit tic de langage s’étant manifesté dans la bouche de l’hybride. D’expérience, il savait que son visage, une fois à l’air libre, semblait plus monstrueux qu’altier. Plus encore que ses yeux uniformément noirs, sa dentition -constituée exclusivement de crocs bien trop aiguisés apparaissant dès que ses lèvres pâles avaient le malheur de s'étirer un peu- ne manquait jamais de faire oublier à ses interlocuteurs les protocoles les plus élémentaires.
    Son regard chargé de ténèbre se porta sur l’endroit où s’était jadis tenu le tas de cadavres de cerbères. Le repas, aussi rapide que complet, se soldait manifestement par la fin de l’exercice susmentionné par leur…Éleveur. Pour avoir déjà observé pareil spectacle dans la nature, Alasker savait à quel point les Lancondas pouvaient se montrer vorace. L’idée qu’un groupe aussi gros puisse faire disparaître autant de chair et d’os en quelques minutes ne lui paraissait donc aucunement grotesque, cependant, le fait que le début du repas semblait avoir été ordonné par quelque chose qu’il n’avait ni vu ni entendu le laissait tout à fait dubitatif.
    “-J’ai besoin d’un guide, ouai. 'Faut que tu m'amènes jusqu'aux Béhémoths.” Confirma finalement le géant en continuant de dévorer les environs des yeux. Toute cette verdure, juste sous la capitale, c’était…Tellement grotesquement improbable. Combien de mages pouvaient bien être à l’origine de pareil exploit? “Je m’attendais à un paquet de tunnels creusés vite-fait bien fait, pas à un foutu pays souterrain où des gosses de riches viennent pour s’amuser à travailler.” Ironisa-t-il, tout sourire. Son attention se porta sur un arbre feuillu particulièrement massif, au loin, subissant le décollage d’une centaine de points noirs difficilement identifiables, avec la distance. Chauve-souris? Oiseaux? Diablotins? Insectes géants? Qui pouvait bien savoir ce que le RSAF abritait, ici.

    Le loup avait toujours adoré les territoires sauvages. Toute cette vie attisait à la fois sa curiosité et son appétit. Les étendues arides de la surface autour d’Ikusa ne pouvaient se targuer d’abriter autant de potentiel, de même que les impitoyables terres du nord, à jamais condamnées à subir les assauts d’un hiver sans fin. Seule la jungle de sang s’approchait d’un tel degré de perfection, mais les moustiques, les sangsues et tous les autres parasites s'y étant établis avaient le don de gâcher la visite. Constatant que son esprit accompagnait un peu trop sa vision, Alasker recentra son attention sur le gratte-papier. “Embuscade, tenaille, repli, diversion et revers” avait-il dit. Un langage qui ne pouvait que titiller la curiosité d’un vétéran de guerre.
    D’un geste de la main, le géant invita le gratte-papier à entamer son travail de guide en se mettant en mouvement.
    “-Pas de gestes, pas d’ordres, même pas un p’tit sifflement vers les écailleux.” Enonça-t-il alors que le duo nouvellement formé commençait à marcher. “C’est de la télépathie ? Du contrôle mental? Sur un champ de bataille, ces bestioles seraient capables de faire la distinction entre un ami et un ennemi, si on leur collait simplement un mage formé pour les superviser?
    Alasker ne pouvait s’empêcher de se montrer étrangement loquace, face à une telle perspective. Le potentiel de destruction d’un seul Lanconda adulte n’était plus à démontrer, alors une harde entière…Restait à savoir à quel point ces bestioles pouvaient demeurer “stables”, si, par malheur, leur superviseur se faisait supprimer par une flèche chanceuse. Une fois, Iratus avait vu une meute de chiens de guerre se retourner contre son détachement, sitôt le maître tombé. Une dizaine de robustes gaillards avaient dû user de leurs lames pour tailler en pièces les canidés et trois desdits gaillards s’étaient retrouvés blessés avant même que l’ennemi n’arrive au corps à corps. Il en faudrait quatre fois plus pour maîtriser un seul de ces serpents géants, et une créature d’une telle taille n'engendrerait jamais de simples blessures, seulement des morts.
    Pourtant, même avec ces risques en tête, l’idée de voir des Lancondas ramper à l’avant d’une armée reikoise demeurait fichtrement attirante. Si il s'avérait que le RSAF poursuivait plusieurs projets de ce type, Alasker se faisait le serment d'étudier chacun d'entre-eux lors de son temps libre. Le Lycanthrope ne connaissait que trop bien la létalité des créatures rôdant sur le territoire du Reike pour ne pas voir très précisément ce que chacune d'entre-elles pourrait causer dans les rangs d'une armée ennemie.
    “-Au fait fiston, quel est ton nom?” Demanda-t-il après avoir pris conscience que cette excursion, aussi peu formelle soit-elle, allait probablement devoir faire l'objet d'un rapport.
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  • Mar 9 Mai - 19:09
    Lardon avait envie de répondre que même si le grand gaillard avait un patronyme complet, il y avait dans l'armée un protocole et une hiérarchie à respecter et comme tout bon Reikois il avait passé cinq ans à l'apprendre par cœur et suivre les procédures à la lettre, mais il s'abstint finalement.
    Au moins venait-il de lui donner l'autorisation de parler librement, ce à quoi l'hybride n'allait pas déroger, il n'avait pas envie de se brouiller avec un gradé d'entré de jeu. Celui-là semblait faire fi des formules élémentaires, et sa façon de parler, peut-être n'avait-il même pas suivi la formation des jeunes Reikois ? Une sorte de mercenaire étranger qui aurait obtenu le grade et la citoyenneté au mérite d'une collaboration fortuite avec quelques officiers haut-placé, voir la Griffe elle-même ?
    C'est ce qui fourmillait en question dans sa tête de lard tandis qu'il dévisageait la trombine de son interlocuteur lorsque celui-ci retira son casque, et qu'elle sale tronche il avait là ! Cet Alasker venait d'entrer dans le club des rares individus à lui faire aimer d'avoir un énorme groin ronflant.
    Lardon envisageait presque de lui demander de remettre son casque, non pas qu'il soit spécialement laid, il avait vu pire, mais tout son faciès lui semblait... horrifique dans un sens menaçant. Si le visage beaucoup trop beau de son assistant l'agaçait, c'est un sentiment inconfortable que pouvait ressentir l'hybride à trop fixer celui de Crudelis. Il préférait encore quand il n'était qu'un heaume hanté.

    Il n'était qu'à moitié d'accord avec la remarque de l'homme d'armure sur le fait que Luxuriance était le terrain de jeu de fils à papa. Oui, il y avait quelques parvenus, mais pour avoir navigué pendant des années entre les différents corps de métier au sein de la citée souterraine et côtoyé ses membres, il y avait bien plus d'acharnés méticuleux, d'amoureux assidus ou encore de fous-malades entêtés que de « gosses de riches », ou bien alors ceux-là étaient-ils bien cachés à l'abri dans les hautes-sphères de l'administration. A l'ironie de son accompagnateur, l'hybride n'émit qu'un renâclement du groin, il n'était pas certain que cette remarque avait vocation à débat donc rétorquer quoi que ce soit lui apparaissait comme superflu.

    Quittant sa posture droite lorsque l'officier lui signifia d'être « au repos », et avec l'invitation à le guider, l'homme-cochon prit la tête pour remonter le sentier menant au site pour revenir à un petit bâtiment qui faisait office de relais avec à disposition des montures et charrettes pour rejoindre les différents secteurs de Luxuriance. Au jugé de son visiteur, Lardon demanda une charrette pour le transporter.

    - De la télépathie, en effet. La subjugation demanderait plus d'effort et serait un procédé précaire qui fournirait un résultat désastreux si le mage venait à interrompre son contrôle, une bête furieuse sans muselière mord la première main qui est à portée. Avec la télépathie, la compréhension est mutuelle, il n'y a pas de conflit entre la bête et le dresseur, à l'image de ce que pourrait être la cohésion d'une unité soudée comparé à une troupe mal ordonné de Janissaires. Le chien dressé sera plus prompte à protéger son maître que celui sauvage en somme. Bien sûr cela implique de comprendre le langage animal pour communiquer avec eux, on en est pas à leur apprendre l'alphabet Reikois. Rnk-kr-kr.

    Le « carrosse » était commun, sans voilure à l'arrière, le siège du conducteur assez large pour que les deux fessiers puissent s'y installer sans se toucher, avec quelques renforts en bois et fer ici et là comme les roues cerclées pour assurer qu'elles ne se briseraient pas sur d'éventuels cahots. Il était tiré par un jeune Rindo à en juger par l'absence de corne-bois sur son museau et même si l'unique membre de l'attelage pesait son quart de tonne, il progressait d'un trot plus rapide que ne l'aurait été la vitesse de marche des deux transportés.

    - Les Lancondas ont, entre autres, une impressionnante mémoire, ils se souviennent de l'odeur de leur mère dès la sortie de l’œuf, afin de ne pas empiéter sur son territoire en grandissant, même des années plus tard. En leur apprenant des tactiques militaires et en les formant en groupe, ils seront à même de pouvoir les reproduire à la guerre, oui. Quand à leur capacité de différencier alliés d'ennemis sans les directives d'un superviseur, hé bien... cela ne tiendra qu'au détail s'ils vous ont identifié auparavant comme « allié ».

    Le guide bifurquait deux fois, toujours sur la voie de gauche, lorsque des croisements survenaient, le paysage se faisant plus forestier. Des bruissements alentours laissait clairement entendre que les bois étaient peuplés mais vraisemblablement rien d'assez gros pour venir braver un Rindo, même jeune, se cantonnant à des coups d’œil furtifs et curieux, bien qu'une présence qui les suivait depuis leur départ du relais faisait fuir encore plus rapidement la faune.

    - Mais nous avons diverses petites choses pour permettre aux soldats d'être reconnus et commander aux Lancondas même en l'absence d'un mage ou d'un dresseur télépathe. Opine-t-il C'est le but de ce projet, les rendre utile pour renforcer l'armée du Reike. marquant une pause il laisse échapper à mi-voix, pour lui même ...Et peut-être plus.

    Deux petites silhouettes traversaient en quelques bonds le sentier qui sépare les fourrés avoisinants, des Champas, juste devant le rhino-plante qui ne sourcillait même pas et continu son trot sans perturbation, contrairement au poursuivant des deux bestioles qui choisira de contourner très largement le convoi, passant derrière eux.

    - Lars, Lars Petitgroin, mais tu peux aussi m'appeler Lardon à la place de fiston, c'est un surnom, et ça m'évitera de finir par t'appeler grand-père en retour. Rn ! Rnk ! Rnk ! laissant échapper un rire de groin des plus prononcés.

    S'il se montrait plus familier c'est uniquement parce que l'homme aux crocs le lui avait demandé au départ, bien qu'il faisait encore attention à ses propos, sa dernière petite plaisanterie était d'avantage pour signifier qu'il était prêt à parler ouvertement sans attacher la déférence à la différence de leurs grades, même le tutoiement était prononcé avec une sorte de respect des convenances sociales, adressé d'avantage à un collègue bien plus qu'à un ami puisqu'ils ne l'étaient pas.

    - Et en quoi peuvent t'intéresser les Béhémoths d'ailleurs ? Tu connais un peu le sujet ou juste de vagues récits sur eux qu'on peut lire dans les livres de la surface ?

    La route de terre s'inclinait doucement en pente douce sans que cela ne ralentisse le tireur de charrette, bien qu'il soufflait plus fort du museau à chaque mètre. En haut de la petite colline qui surplombait le bois précédent, la vision du panorama pouvait s'étendre à plus loin et permettre d'apercevoir une partie du découpage des secteurs de Luxuriance, la différence de certains biomes était d'ailleurs plus flagrante de ce point de vue en hauteur que depuis le plancher des vaches.
    Le Rindo qui prenait une pause au sommet de la colline pour retrouver son souffle se remettait en route après quelques instants. Le regard de Lardon portait légèrement vers l'Ouest et il n'y avait qu'un seul chemin menant dans cette direction, après une bifurcation, le reste du voyage ne serait donc pas plus long que le temps de faire cuire des œufs de Kokot à la coque.
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  • Mer 19 Juil - 21:54
    La ferraille et le bois de la charrette tenaient bon sous le poids considérable de ses occupants juchés à l’avant. Une chose rare, pour le plus belliqueux des deux, qui avait fini par prendre l’habitude de toujours voyager à pied en évitant soigneusement tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à une monture ou l’un de ces fragiles véhicules à roues. Cet état de fait, pour tout dire, restait d’ailleurs la raison principale de la présence d’Iratus en ces lieux modérément sauvages. Son heaume et sa hache tous deux posés à l'arrière du véhicule, le loup avait écouté son interlocuteur porcin de bon cœur, malgré le malaise inhérent au type de transport qu'ils empruntaient et le flot de paroles incessant s'échappant d'en-dessous du grotesque groin, souriant même parfois face aux quelques tentatives d'humour du gratte-papier.
    “-Les gens qui t’ont nommé avaient de l’humour.” Grinça le géant, son regard d’encre rivé sur les buissons feuillus d’où venaient de s’échapper deux champas manifestement paniqués. La chose pourchassant les deux rongeurs, quel qu’elle fut, préféra contourner le convoi que continuer sa chasse, au grand dam du curieux à la livrée écarlate. “Fiston, ça te va mieux. T’as l’air jeune.” Finit-il par déduire en laissant son dos reposer sur le dossier de bois, qui répondit à cette agression en émettant une longue série d’avertissements sonores évoquant plus l’agonie d’un animal que le crissement d’un matériel mis à l’épreuve. “Quand on aura fini notre tour chez les Béhémoths, tu me feras une copie de tout ce qui te semble important sur tes serpents apprivoisés et tu m’enverras ça.” Ça n'était pas vraiment un ordre, ni une proposition. Simplement un état de fait prononcé d’un ton monocorde ne faisant nullement preuve d’un sursaut d’autorité mal placé. “La Griffe”, puisque c’était ainsi que l’on nommait Deydreus désormais, avait besoin d’information sur les activités du RSAF et il allait en obtenir, en tout cas une fois que son colérique comparse eut fini de lui-même étudier la question.
    Amusé, son regard grandement accaparé par le panorama étrangement découpé s’offrant à lui au fur et à mesure que leur véhicule ralentissait pour enfin s’immobiliser au sommet d’une colline, le géant attendit que le prénommé Lars finisse de formuler l’inévitable question à-propos des Béhémoths. Évidemment, aussi singulier pouvait-il être, l’hybride restait avant tout un gratte-papier. Et comme tous les gratte-papiers, l’idée que des brutes comme lui puissent connaître quelque chose d’autre que la guerre lui paraissait…Grotesque.
    On ne pouvait pas lui en vouloir. D’ailleurs, Iratus n’en éprouvait aucune rancune. Toutes ses connaissances, il les devait quasiment exclusivement à la chasse et au combat. Celles qui concernaient les robustes bestioles susmentionnées n’échappaient pas à cette règle.
    Leur transport se remit en branle et Alasker tira sur la chaîne autour de son plastron, pour passer le temps.
    “-Je ne suis pas un grand lecteur. Ce que je sais d’eux, je l’ai appris sur le terrain. J’en ai tué quelques-uns. Deux en fait.” Commença-t-il. Le souvenir des différentes mises à mort anima le prédateur en lui et sa voix se fit plus rauque. Le rhindo tirant la charrette sembla y réagir en renâclant avant d’accélérer quelque peu, prenant le virage à l’Ouest avec assez d’empressement pour que quelques secousses agitent le véhicule. “Un Aazho et un griffon. Ils ont beaucoup saigné avant de mourir. ” Enuméra fièrement la bête, sans même chercher à repousser l’homme qui la chassait pour reprendre le contrôle de l’enveloppe qu’ils partageaient. “Je sais qu’ils sont tous uniques en leur genre et donc extrêmement difficiles à classer. Qu’il s’agit plus d’anomalies que d’une quelconque forme d’évolution. Que ceux issus de races solitaires mangent volontiers leurs semblables et que ceux des espèces plus sociables sont d'office désignés comme l'alpha du troupeau ou de la meute.” Un toussotement qui devait être un rire souleva sa carcasse alors qu’il ajoutait : “Et je sais qu’ils ne sont pas immunisés à l’exsanguination.” L'humour dans ces derniers mots risquait fort d'échapper à son porcin interlocuteur, le géant d'airain en avait conscience, mais c'était le seul type de blagues circulant parmi les Dévoreurs.
    Mal à l'aise sur la banquette soutenant -probablement- difficilement son poids, Alasker se replaça pour la énième fois tout en jetant un coup d'œil à l'arrière du véhicule. Ce geste, exécuté dans l'espoir de découvrir ce qui -il le sentait- les pistait depuis le début du voyage, le lycanthrope comptait bien le répéter jusqu'à ce que ses yeux d'encres découvrent l'origine de la lointaine odeur de charogne que le vent dans leur dos ne cessait de porter jusqu'à eux.
    "-Et pour répondre à ton autre question." Continua Alasker, sans cesser de scruter."J'ai besoin d'une monture. De préférence une monture agressive. Et solide."
    Une roue passa dans ce qui devait être un nid de poule et l'entièreté du véhicule se mit à secouer. Le rhindo continua sa route sans même marquer un temps d'arrêt alors que le sentier s’enfonçait dans un nouveau sous-bois aux couleurs de l'automne. Le géant fronça un sourcil en détaillant ses feuilles, incapable d'expliquer pourquoi ces dernières avaient soudainement pris une teinte jaunâtre en cet endroit précis, le lieu d'étude de Lars -précédemment quitté- et le bois derrière la colline étant tous deux pour leurs parts aussi verdâtres qu'un plateau républicain en début de Printemps.
    Tandis qu'ils dépassaient les premiers arbres, le regard d'encre se porta tout naturellement vers la lumière éclatante du soleil artificielle dominant Luxuriance et une grimace dépréciative vint déformer ses traits de cauchemars.
    La magie. Évidemment, l'aspect naturel de ce monde-parfait et troglodyte n'était qu'une farce. Une illusion. Et les arts ésotériques à son origine ne pouvaient tout à fait masquer son aspect dénaturé. Un court instant, le géant se demanda quel genre d'effet secondaire il y avait à vivre ainsi, dans ce faux-monde à-demi sauvage. Est-ce que le dérèglement dont souffrait les végétaux pouvait aussi affecter les êtres humains ? Et de quelle foutue manière ? Iratus avait toujours détesté la magie. Sa pratique rendait néophytes et maîtres en la matière aussi instables qu'hautains et rien ne le satisfaisait plus que d'abreuver le fer assoiffé de la Salvatrice avec du sang de mage. Se déplacer dans un monde n'existant que grâce à l'effort des sorciers du Reike lui laissait une sensation amère en bouche.
    "-Et toi fiston, tu ne connais que les Lancondas ou tu as dû étudier toutes les bestioles du continent avant d'obtenir ton poste ici? Les Béhémoths, ça te parle à quel point?"
    Sa langue passa sur ses lèvres sèches alors qu'il se retenait d'ajouter "On arrive bientôt?", bien conscient que la question sonnait aussi immature qu'elle ne l'était réellement, puis jeta de nouveau un coup d'œil à l'arrière du véhicule, sans attendre une réponse.


    Qui pèse un quintal doit bien choisir sa monture [PV Lardon] V2j7YdS
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  • Lun 31 Juil - 8:11
    - Pas tant que ça en fait. Dodelinait l'hybride à l'avant-dernière question, il y avait bien des choses à dire mais Lardon n'était pas certain que son interlocuteur souhaitait vraiment qu'il s'épanche sur le sujet comme deux vieux copains se raconteraient leur vie autour d'un feu de camp. Le RSAF c'était ma dernière option avant de quitter l'armée et devenir boucher. Soufflant du groin à la mention, le cochon l'avait réellement envisagé fut un temps. Mais j'ai eu de la chance cette fois, je suppose, et les quelques talents qui était utile ici ont facilité mon recrutement. Le reste, je l'ai appris sur le tas, depuis ouais, j'en connais sur presque toutes les bestioles du continent et les Lancondas c'est juste qu'on s'est imaginé un truc marrant avec une amie y a que'ques années et depuis on essaie de réaliser l'idée.

    Le chemin de terre cahoteux trouvait sa fin au milieu de rien. Une pelouse sauvage tirant légèrement sur le jaune les entourait et laissait deviner un sentier moins souvent emprunté se poursuivre devant eux mais le Rindo n'avait pas l'air décidé d'aller plus loin puisqu'il s'était tout simplement arrêté d'avancer. Tous les sentiers qui parcouraient Luxuriance étaient ainsi, il n'y avait rien de balisé ou d'aménagé, ils ne s'étaient formés que par le passage incessant des Reikois et certaines routes étaient donc bien moins délimitées que d'autres.

    - Tu dois en savoir bien plus sur eux que moi alors, si tu en a déjà tué. Levant son séant, l'hybride descendait de la charrette et commençait à retirer le harnais du jeune mastodonte. Je n'ai lu que quelques petites choses, pas plus que ce que n'importe qui peut apprendre en ouvrant un livre ou en écoutant les récits de chasse d'un trappeur intrépide. Tu sais que l'hypothèse admise est que chaque espèce vivante au monde pourrait avoir un spécimen Béhémoth ? Et t'imagine que même si t'avais la chance de rencontre DEUX fois un Béhémoth d'une même espèce, les deux serait totalement différent ? Expliquait le cochon en finissant de détacher les sangles de la bête.

    A son ton, Lardon donnait l'impression que l'étude de ces bêtes incroyables était une perte de temps, au moins pour lui, peut-être à cause de leur rareté ou alors il y avait d'autres raisons. En tout cas le guide semblait avoir mené le lycanthrope à destination puisqu'il venait de tapoter vigoureusement l'épaule du Rindo et que celui-ci s'en allait brouter l'herbe à proximité du chariot.
    Il n'y avait pourtant « rien » de notable à proximité, les arbres perdaient lentement leur feuillage automnal offrant un festin supplémentaire à l'herbivore, le sous-bois était animé de quelques piaillements d'oiseaux dont certains prenaient leur envol précipitamment.

    - C'est par là. Indiquait-il en s'écartant du chemin de terre vers le Nord en direction du sous-bois. On ne peut pas accéder au poste d'observation autrement qu'à pied.

    En marchant Lardon avait parfois des mouvements de tête lorsque des cris d'animaux retentissaient, semblant à l'affût ou à l'écoute bien que cela ne ralentissait pas sa progression. La chose continuait toujours de les suivre à bonne distance sans se montrer et si le vent avait tourné entre temps, les instincts d'Alasker pouvaient certainement lui suggérer que ce mystérieux observateur se trouvait toujours dans les parages, quelque part, à trente ou quarante mètres peut-être d'avantage, en revanche ses scrutations resteraient pour la plupart infructueuses, les ombres mouvantes projetées par l'éclairage artificielle imitant un soleil à travers les feuillages des arbres pouvait même l'avoir trompé à plusieurs reprises sur la perception d'un mouvement mais l'instant d'après, il n'y avait rien d'autre que la végétation. Le sournois attendait peut-être son heure ou alors ne faisait-il que jouer au curieux, difficile à dire puisqu'il semblait maintenir une grande distance et faisait son possible pour dissimuler sa présence. Peut-être même que cette prétendue présence n'était que le fruit de l'imagination paranoïaque d'Alasker !
    Une partie du sous-bois s'élevait d'un dénivelé qui ne faisait que croître à mesure qu'ils progressaient, Lardon obliquait pour rester sur la partie plane du bois tandis que la pente raidissait plus loin jusqu'à ce que la terre deviennent de la roche, fondation d'une demi-colline qui s'élevait désormais au dessus des arbres. En écartant quelques buissons, l'hybride dévoilait un escalier taillé grossièrement dans la pierre.

    - Râle pas, tu les verras bientôt. Disait en prévention le cochon, il avait eu l'impression de déceler quelques légers tics d'impatience chez Alasker mais même sans avoir à les confirmer, il savait que les balades n'étaient pas toujours au goût de tout le monde, surtout quand elles commencent à ressembler à de véritable randonnée. Par contre pour c'qui est des copies... commençait Lardon sur le ton de la réserve en gravissant les premières marches. Ici le grand patron, enfin la patronne, c'est la Directrice, Kaelinn... quelque chose. Tiens en y pensant à voix haute, c'était vrai qu'il n'avait jamais entendu prononcer qu'au mieux « Directrice Kaelinn » lorsqu'elle était mentionné par un tiers, son nom si elle en avait un lui échappait complètement. Et en gros, les projets militaires sont tous secret, du genre à se retrouver exécuté pour trahison sans préavis si on refile des rapports à... n'importe qui en dehors du RSAF à vrai dire, du moins sans toutes les autorisations requises. Expliquait le porcin qui n'avait pas l'air de plaisanter quant à l'expéditivité des méthodes anti-espionnage de Luxuriance, ni son processus administratif stricte.

    L'escalier de pierre le long de la falaise avoisinait la cinquantaine de marche avant qu'il ne laisse apercevoir plus haut un petit chalet en bois à demi-camouflé par de la végétation, le fameux point d'observation mentionné par l'hybride.
    Malgré l'ascension, Lardon ne montrait pas de signe de fatigue, il ne haletait pas malgré sa corpulence et ne portait même pas la moindre trace de transpiration sur ses vêtements, pas la moindre petite goutte de sueur ne perlait sur son front ou ailleurs.
    Pour ce qui était de la vue, la forêt s'étendait encore sur quelques kilomètres tout autour d'eux et c'était encore bien au delà que semblait apparaître un minuscule bâtiment, peut-être une grange ou quelque chose d'approchant.

    - Le plus simple serait que ton patron demande à ma patronne de lui envoyer un bilan sur le projet Lanconda, de toute façon une des finalités c'était que l'armée puisse s'en servir alors il ne devrait pas y avoir de problème à ce propos. J'pourrais même le préparer à l'avance pour accélérer les choses mais c'est ce que je peux faire de mieux sans finir en croquette. Proposait-il.

    Cela pouvait paraître ridicule à l'homme d'action en armure qui le suivait mais il n'y avait parfois aucun raccourci qui pouvait être emprunté, du moins pas pour ceux qui n'ont aucun pouvoir dans la hiérarchie.
    Arrivé devant la porte de la cabane, Lardon relevait le loquet simple qui fermait le battant en bois et y pénétrait. L'intérieur était vide mais l'absence de poussière indiquait que l'endroit était régulièrement utilisé et entretenu. Il y avait deux lits de camp replié dans un coin, deux chaises empilés et une petite table repoussée contre le seul mur plein, les trois autres étant ouvert par des fenêtres aux persiennes rabattues. Un coffre reposait dans un coin, contenant certainement du matériel utile à des chasseurs et observateurs.
    Sans plus s'occuper d'Alasker, l'hybride se dirigeait vers le volet Ouest qu'il ouvrait puis installait et réglait une longue-vue à pied, jaugeant la hauteur adéquate pour le lycan. Il collait ensuite son œil à l'oculaire et cherchait une cible adéquate.

    - Tu vas sûrement grogner que t'as demandé à voir des Béhémoths et que t'en vois pas un dans cette foutue cabane. Se permettait-il de supposer les pensées du chef des Dévoreurs. Mais comme je te l'ai dit.. mmh.. Ici les projets sont secrets.. il devrait être par là... Marmonnait le cochon voyeur entre deux phrases claires. Et d'une demande à l'improviste comme la tienne, c'est aussi le mieux que je puisse faire. Tu ricanais tout à l'heure que tu trouvais Luxuriance comme un endroit où s'amusent les gosses de riches, t'avais à moitié raison seulement, une grande majorité font partie de la classe populaire et y en a bien plus qui ont un salaire de soldat que de ministre mais... Ha ! La chance. S'interrompait le blablateur en se redressant pour inviter d'un geste le Lieutenant à prendre sa place, lui adressant un très large sourire franc. Mais ouais, on a quand même de sacrés jouets ici.

    Si Alasker venait à son tour jeter son œil dans les lentilles grossissantes de la lunette, il reconnaîtrait l'édifice aperçu durant l'escalade mais le plus intéressant était un groupe de trois hommes qui rassemblait plusieurs bovidés près de la berge de ce qui ressemblait à un étang.
    La suite des événements ne se fit pas attendre car à peine les silhouettes humaines s'étaient écartées que des remous à la surface de l'eau commençaient à apparaître et avant même que les six ruminants à cornes n'aient le temps de s'enfuir de ce traquenard, le liquide azur s'élança sur la berge et les prenait aux pièges d'un mur d'eau tourbillonnant de plusieurs mètres de haut.
    De l'étang s'extirpait une bête immense et furieuse qui chargeait les herbivores, haut d'au moins trois mètres au garrot, un lézard céruléen à six pattes fouettait de sa queue épineuse l'une des antilopes la plus écartée du groupe, l'y empalant mortellement dessus, envoyant aussitôt sa langue élastique cogner et engluer la seconde qu'il gobait lorsqu'il rétractait son muscle. Pendant que celle paralysée par la peur se faisait trancher en deux par les griffes du reptile, deux plus hardies tentaient leur chance en essayant de franchir le mur d'eau qui les encerclait, l'une était repoussée si violemment par l'onde en mouvement qu'elle se retrouva avec les pattes brisées, agonisante, tandis que sa sœur était littéralement écharpée par le courant, envoyant valdinguer organes et boyaux en tout sens, teintant de son hémoglobine le mur meurtrier. La dernière connu un sort semblable à ses homologues, finissant dans l'estomac du prédateur en connaissant une mort toute aussi violente au préalable. Le massacre n'avait même pas duré une minute complète.
    Le monstre à la silhouette musculeuse, affublé d'excroissances osseuses sur le dos et le crâne qui lui donnait un air cauchemardesque, récupérait ensuite les restes de son repas éparpillés un peu partout, n'en laissant pas une miette.

    - Ça, c'est un Tokage. Commentait Lardon qui même sans voir la scène imaginait très bien ce à quoi assistait Alasker. Si tu connais pas ces bestioles, ils font généralement la moitié de la taille de celui là, mangent presque exclusivement du poisson et des crustacés et sont comme des gros pépères à la peau lisse qui peuvent devenir tes meilleurs potes pour la vie si tu leur donne ceux qu'ils préfèrent. Y paraît même qu'avant qu'j'sois né y en avait un rouge ici, un ancien m'avait dit ça mais il est mort depuis. Le rouge. Et l'ancien aussi d'ailleurs. L'hybride scrutait le paysage en s'appuyant sur la rambarde. P't'être en scrutant vers la partie désertique tu pourrais voir not' coqueluche, un Terrarus bicéphale, mais il est plutôt timide. Rnk-rk. Ricanait Lardon du groin. Enfin tout ça pour dire que c'est ça, nos béhémoths, des bêtes si rares que t'as même pas le droit d'approcher si t'as pas rempli autant de paperasse que mon cul est large, et j'parle même pas de si y en a un qui t'aurait tapé dans l’œil, tu pouvais toujours courir pour espérer mettre la main dessus. Il se grattait le menton distraitement avant de faire craquer sa nuque d'un mouvement de tête. Si tu veux tout savoir, y en a pas un qui s'y est mit qui a encore trouvé le comment ou le pourquoi de leur existence mais croit bien que ça fera un sacré foin le jour où ils arriveront à l'expliquer et encore plus s'ils peuvent les reproduire.

    L'hybride laissait quelques secondes à son imagination pour visualiser la version Béhémoth d'un Lanconda puis comme à chaque fois il était prit d'un frisson une fois que l'horreur avait prit forme dans ses pensées, il secouait la tête pour chasser l'image et pivotait vers le saint patron des Dévoreurs, avisant son faciès et ses réactions.

    - Par contre, si tu sais ce que tu veux, il y a certainement moyen de glaner des informations utiles, comme où chercher en particulier par exemple, et sûrement d'autres petites choses, et aller le chasser. Ça, ça augmenterait bien plus tes chances de trouver chaussure à ton pied, enfin, monture à ton cul.
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  • Dim 8 Oct - 13:44
    Il y avait quelque chose d’infiniment drôle à imaginer qu’un projet militaire d’envergure, basé sur le domesticage de serpents géants, pouvait trouver ses racines dans une phrase aussi innocente, si dépourvue de malice, que “on s’est imaginé un truc marrant avec une amie”. C’était tellement…A la fois grotesque et désarmant. Peut-être était-ce là la marque de fabrique du RSAF. On ne pouvait pas exactement espérer attendre d'un attroupement d'hybrides et de dresseurs de chevaux glorifiés le même sérieux que les troupes d'élites de l'empire. Déjà que les troupes régulières étaient mollassonnes... Et puis, après tout, c'était peut-être cette approche vulgaire, presque vaguement artistique, qui permettait à ces types de réaliser des "exploits" de dressage aussi inédits qu'inatteignables pour le commun des brutes surarmées du Reike.
    Un rire secoua l'ossature du géant, les deux bras appuyés sur la rambarde de l'observatoire perché. Ça se tenait. Qui d'autres que quelqu'un de profondément original et hors sol pouvait prétendre à penser que le bras droit de la Griffe se verrait interdire le droit de jeter un coup d'œil à un projet militaire? Il garda cependant cela dans un coin de son crâne bosselé. Deydreus allait avoir besoin de ce genre d'infos, pour la réforme.
    Du reste, Lars avait l'air content d'étaler ainsi ses connaissances animalières. Son exposé sur l'imposant derrière du Tokage sentait la passion, non pas pour la race de la bestiole en particulier, mais pour l'étude de chacune d'entre-elles. Il lui avait semblé tant et si bien parti sur sa lancée qu'Alasker s'était bien gardé de l'interrompre pour préciser que le fer affamé de sa Salvatrice avait aussi eu l'occasion de goûter la chair des représentants plus "classiques" de l'espèce du batracien, si paisibles pouvaient-ils être en temps normal. Quelque chose lui laissait à croire que son porcin accompagnateur n'apprécierait pas spécialement l'idée de se trouver en présence d'un chasseur-boucher ne gagnant en connaissance que grâce à meurtre de toutes les espèces vivantes. Et son rôle n'était pas d'envenimer les relations entre les Serres et le RSAF.
    Alors que ses yeux d'encres allaient se perdre dans l'horizon lointaine, à la recherche d'une limite, d'une fin à ce dédale naturel aux biomes innombrables, le géant pris soudainement conscience du poids de ses responsabilités. Depuis quand se souciait-il du bien-être de ses vis-à-vis ? Quand est-ce que l'impact de l'inconfort qu'il causait avait commencé à le préoccuper assez pour que l'idée ignoble de…s'adoucir, ne lui vienne à l'esprit ?
    Que Deydreus et la réussite des Serres soient maudits. Atteindre ses rêves de gloire et de succès était une chose, se maintenir au sommet s'avérait être un exercice, hélas, bien plus fastidieux.

    "-Je viens pas vous dévaliser de toutes façons, fiston." Rassura-t-il, bien malgré lui, en chassant ses envahissantes pensées d'un froncement de sourcils. "Je viens visiter, et me faire conseiller. Alors ouais, si vous avez des terrains de chasse, à l'extérieur de vot' gargotte, à m'indiquer pour que je puisse dresser ma propre bestiole, ça suffira largement. Après tout, j'ai déjà soumis des bêtes aussi épaisses que ce tokage.
    Le colosse laissa ses deux coudes reposer sur le bord de la fenêtre du chalet -qui grinça presqu'autant que le bois de la charette les ayant mené sur place- puis plissa un peu plus les yeux en observant le monstre aquatique, en bas, rouler sur le sol pour recouvrir sa peau squameuse de terre et d’herbage. Les trois dresseurs, aperçus avant le début du festin, semblaient avoir tout bonnement disparu.
    “-Il ne m’a pas l’air très dressé, celui-ci. Tes potes se sont barrés dès qu’il est sorti de son trou.” S’amusa-t-il, un sourire mesquin sur ses lèvres ravagées. Un plan d’une remarquable simplicité se fraya un chemin dans l’esprit de la brute, qui fit craquer ses vertèbres sans quitter des yeux les excroissances osseuses ornant la surface du derme appartenant au batracien. “Qu’est-ce qu'il se passe quand vous en chopez un sauvage? Loin de Luxuriance, j’veux dire.” De la main, il balaya le panorama lointain puis se détourna du spectacle pour centrer son attention sur lardon. “Mettons qu’on en attrape un adulte et qu’on le ramène ici. Combien de temps il faudrait pour le domestiquer? Pour le monter?

    A l’intérieur du chalet, une multitude de cartes et de notes manuscrites étaient étalées, épinglées, sur les murs de bois. A son arrivée, Alasker avait essayé d’en lire une partie sans rencontrer le moindre succès. Ces écrits-ci n’étaient probablement réservés qu’à leur propre auteur. Des pense-bêtes, affublés des plans de territoires parfaitement inconnus pour tous ceux qui n’étaient pas directement en cheville avec les originaux du RSAF. De ce chaos organisé émanait une aura étrangement paisible. Iratus pouvait presque visualiser la petite bande de grosse tête épuiser les articulations de leurs mains squelettiques en gribouillant frénétiquement leurs notes illisibles avant de les abandonner là, l’esprit déjà occupé par un autre projet.
    Ses Dévoreurs se seraient indubitablement moqués d’un tel spectacle. Pour eux, le papier n’était bon que pour dessiner grossièrement une cible dessus, avant de planter une hachette de lancer ou un couteau en plein centre…
    Mais pour lui, qui s’était -fatalement- toujours senti plus proche des bêtes que des hommes, le RSAF et ses activités prenaient des airs de paradis terrestre.

    Un courant d’air fourbe franchit l’une des fenêtres du poste d’observation, apportant avec lui le fumet enivrant du massacre orchestré par le batracien-mastodonte. La langue du chef des Dévoreurs alla s’écorcher sur ses propres dents. Un sursaut de tension lui déclencha une série de tics nerveux faisant cliqueter les doigts de son gantelet droit, puis il laissa un long soupir balayer ce soudain regain de nervosité.
    Peut-être que dans un autre monde, plus paisible, un monde où la rage ne l’habitait pas en permanence, Alasker, pas Iratus, aurait pu occuper un poste semblable à celui de Lars sans devoir constamment repousser la tentation de dégainer sa hache pour défier tous les prédateurs démesurés traînant dans les environs…Ou celle de partir à la recherche de ce qui les suivait et les observait, depuis le début de leur excursion.
    “-Je sais ce que je veux, au fait.” Fit-il brusquement en interrompant le fil de ses propres pensées. “Un loup, idéalement, même si je peux me contenter de n'importe quel canidé. Le plus gros et le plus méchant de tous. Ils sont plus fidèles que les reptiles et les canassons, de ce que j'en sais.” Plus jeune, il avait eu un limier. Une sale bête, plus large que longue, qu'Alasker s'était efforcé de dresser après l'avoir attrapé en train de fureter autour des restes fumants d'un champ de bataille. Ils avaient partagé huit mois de vie commune, puis il l'avait retrouvé, un matin, raide et froid. Deux piqures de la taille d'une pouce dans le creux d'une patte. Iratus avait passé les trois prochains jours à piétiner vicieusement chaque foutus serpents ayant eu le malheur de croiser sa route. Un court silence s’installa, seulement interrompu par le reniflement caractéristique du groin de son partenaire de conversation. “Z’avez déjà trouvé quelque chose du genre, au Reike?


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  • Ven 20 Oct - 11:54
    En l'écoutant parler, Lardon répondait à ses questions lorsqu'Alasker s'adressait à lui.

    - Il l'est pas non, j'ai pas dit qu'ils étaient tous dressés mais qu'ils étaient "étudiés". En quoi, comment, ça j'en sais foutre rien, comme dit plus tôt, les informations sont contrôlés et hormis la Directrice ou des grosses huiles, c'est plus hermétique que le cul d'une diviniste. Non, attends... mauvais exemple, enfin bref. Il chassait la métaphore d'un revers de la main.

    Lardon remarquait quelques tics chez son interlocuteur, de très légères mimiques qui lui laissait penser que l'homme pouvait "s'agiter" s'il n'exerçait pas certain contrôle sur lui même, bien qu'il en ignorait de quelle façon.

    - Bah, il s'passe la même chose qu'à chaque fois. J'ai jamais eu d'écho qu'il en était né en captivité, tous les béhémoths proviennent de l'extérieur et son rapatrié ici à Luxuriance. Et une fois ici, y en a toujours un qui va mettre ses gros doigts dessus pour l'étudier à sa sauce. L'hybride dodelinait. Il faudra te contenter d'un "ça va dépendre de l'individu" puisque même l'espèce est hors de cause. Un béhémoth pourrait garder des traits communs avec ceux de son espèce et aussi bien devenir un meneur et protecteur d'une meute, tout comme s'adonner à un cannibalisme exacerbé.

    L'ouvrier du RSAF parlait d'expérience, du moins en donnait il l'air puisqu'en vérité il n'avait eu accès qu'à de très rares rapports et des rumeurs de couloir ou de cantine. Même s'il scandait que les dossiers et rapports étaient très contrôlés, c'était le cas pour tout ce qui était physique, les écrits donc, mais il était impossible de censurer quelques mots, une phrase, échangés en dehors du service autour d'un verre ou au détour d'une conversation anodine au mess après une dure journée.
    Puisque le grand Dévoreur n'utilisait plus la lunette, Lardon la rangeait, et tirait de nouveau le volet, semblant avoir fini de montrer ce pourquoi ils étaient monté si haut dans cette cabane d'observation.

    - Mmh... C'est quelque chose de possible mais c'est à vérifier. Disait pensif le cochon en se dirigeant vers la porte. Il y a deux façons d'apprendre l'existence d'un Béhémoth, qu'une équipe ou un chasseur le découvre à but ou hasard, et qu'une requête d'intervention nous soit adressé. Enfin bien sûr, c'est à l'armée qu'elle est adressé et le service administratif de là haut le transmet à celui de Luxuriance, et de là, soit on est intéressé et une expédition est monté pour aller le capturer, soit on ne peut pas s'en charger et l'affaire vous est retourné pour abattre la créature. Dans tous les cas de figure, il y aura des traces quelque part au sein des services administratifs, c'est toujours les premiers au courant et qui disposent de la moindre copie.

    Il invitait Alasker à le suivre pour redescendre, lui indiquant de tirer la porte et rabattre le loquet simple, surement pour éviter aux petits animaux de venir chier dans les moindres recoin du cabanon. Chemin faisant, il continuait de répondre.

    - En tout cas c'est comme ça que me l'a expliqué un ami qui y travaille. Donc si tu y connais quelqu'un qui peut te faciliter les démarches de recherche, tu pourrais rapidement trouver c'que tu cherche, c'est à dire une alerte à propos d'un Béhémoth de la race que tu vise. Dans le pire je pourrais demander à mon ami de me rendre un service là dessus. Après les marches de pierre, la forêt dispensait à nouveau ses senteurs boisées. D'Ikusa à Kyouji, c'est pas les Cerbères qui manquent, j'ai même entendu une rumeur farfelue qui dit que ceux qui vivent dans les montagnes de Kazan crachent de la lave plutôt que du feu. Il renâclait un rire du groin. Dans le désert il y a les fennecs des sables, c'est comme des renards avec des grandes oreilles, les loups en revanche sont plutôt à vivre dans les Terres du Nord chez nous, ou alors du côté de la région de Mael, ou ce qu'il en reste, sinon il y a encore le Grand Nord, il me semble avoir entendu parler de "loup de l'hiver", plus massif au pelage immaculé et assez épais pour vivre dans ces terres glacées.

    De retour à leur calèche spartiate, l'hybride n'avait qu'à tendre la main pour capter l'attention du Rhindo brouteur qui revenait docilement se faire harnacher à nouveau.

    - Avec tout ça tu as de quoi savoir où chercher, les caravanes marchandes et les villages isolés sont toujours prompt à appeler à l'aide dès qu'il y a une grosse bête qui rôde. Il y a des chances que les Béhémoths aient tendance à apparaître à nouveau là où ils ont déjà été signalé, donc même d'anciennes affaires réglées pourraient être de bonnes pistes. Je dis ça en imaginant que la cause de leur apparition est environnementale mais j'vais encore radoter, c'est juste une hypothèse. Il pivotait vers la grande armure. Cela va te faire pas mal de piste à suivre mais mieux vaut que t'ais quelqu'un de compétent pour condenser toutes les informations que tu rassembleras, pour gagner du temps. Le reste c'est de la chasse et je dirais que t'as l'air plutôt bon à ça, non ? Ensuite, oui, si tu veux dresser la bestiole pour la monter, il vaudrait mieux la ramener à Luxuriance, on a plusieurs dresseurs compétents et divers programmes, mais comme t'as l'air de vouloir à ce qu'il te soit fidèle, faudra que tu mette la main à la pâte.

    Après tout, hormis des cas d'exceptions, la fidélité d'un animal ne s'obtenait pas de facto, peut-être qu'Alasker serait l'un de ces cas, sinon, il devrait assister et mener les dressages de la bête qu'il aura ramené.

    - Pis si jamais, je ne m'y connait pas "que" en Lanconda, alors si t'as besoin d'aide dans le processus... proposait simplement l'hybride en remontant à sa place de chauffeur.
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  • Ven 1 Déc - 18:40
    Alasker s’efforçait de rester attentif à chacun des conseils de Lars, quand bien même son étalage sur les territoires occupés par les représentants des différentes races canines dans le monde n’avait rien d’inédite pour un traqueur comme lui. Originaire du nord puis affecté au front de ce dernier, il connaissait bien les loups et leurs représentants des glaces, la Salvatrice avait goûté à bon nombre d’entre-eux. Même chose pour les cerbères. Quant aux fennecs, dire que ces ratiers courts sur pattes ne l'intéressaient aucunement, même au rang de Behemoth, relevait de l’euphémisme. En revanche, une autre espèce, bien plus massive, partageait le territoire des petits renards du désert : Les hyènes.
    Déjà particulièrement futées et belliqueuses en temps normal, ces créatures promettaient d’offrir des variantes prometteuses de Behemoth…Pour peu qu’une telle chose existe dans la nature.
    “-Je veux pas simplement qu’il me soit fidèle, fiston.” Gronda-t-il en posant de nouveau son séant sur la place passager de la charrette. “Je veux qu’il se sente intégré à ma bande. Qu’il nous identifie, moi et mes gars, à sa meute. Alors ouai, forcément que je viendrai mettre la main à la pâte. Plutôt deux fois qu’une.
    Le manche de la Salvatrice, attachée dans son dos, frappa contre le dossier derrière-lui et le géant se redressa pour la décrocher. Au même instant, le Rhindo se remit en route, déséquilibrant Iratus qui lâcha un chapelet de juron en posant un genou contre la banquette pour se stabiliser le temps de libérer son arme de son fourreau de chaîne. Lardon, à sa décharge, ne jugea pas bon d’éclater de rire alors que la brute se rasseyait en posant la hache sur ses genoux.
    “-J’aurai bien besoin d’un coup de main, ouai. Pas pour la capture, ça je sais faire, mais pour la localisation d’une de ces foutues bestioles en milieu sauvage.” Continua le géant en tentant d’ignorer les grincements de mauvaise augure provenant des roues de la charrette supportant jusqu’alors leurs poids avec vaillance. Portée par le vent, la désagréable odeur qu’il imaginait appartenir au fureteur qui les suivait depuis le début de la “visite” ne tarda pas à de nouveau agresser ses sens surdéveloppés et le regard d’encre se porta immédiatement derrière-eux pour s’immobiliser, longuement, sur un tas de buissons épineux. Pas un seul mouvement végétal ne vint trahir une quelconque présence durant cette séance de surveillance, et le géant -déçu et bredouille- se détourna une fois de plus en recentrant son attention sur la route qu’ils empruntaient.
    “-C’que j’te propose, c’est que tu me files un coup de main. J’peux techniquement solliciter l’aide de n’importe quel gars de votre division, mais t’as pas l’air d’être un incompétent.”Du pouce, il tira sur une des chaînes autour de son plastron, dont l'extrémité rapa contre le bois derrière-lui. “Amène-nous à ce…” Les larges épaules se haussèrent dans un signe clair d’indifférence. “Ce qui peut bien servir ici de service administratif. On va voir si un petit sourire bien placé ne peut pas accélérer le processus de traitement des documents et nous dénicher une bestiole. Il paraît que j’ai un charme irrésistible.

    La charrette bifurqua sur un sentier de plus s’étendant sur une vingtaine de mètres et longeant les bords d’un petit ruisseau à peine assez épais pour être détectable parmi les herbes hautes encadrant la voie. Les mâchoires du géant se crispèrent soudainement face à ce spectacle indubitablement paisible. La présence de grandes proies alentour, le sentiment étrange d’être pisté par quelque chose et l’absence de combats récents composaient un mélange détonant pour le loup et l’homme qu’étaient Iratus. La pression dans son crâne suturé se fit plus grande et, immédiatement, un début de migraine s’immisça au sein de cette soudaine explosion de sensation.
    En découlèrent une succession de tics nerveux et de grondements qui, s’ils n’inquiétèrent visiblement pas le conducteur de la charrette immédiatement, ne purent passer inaperçu à ses yeux comme à ses oreilles.
    Tout en tentant de réfréner les clignements frénétiques de son œil gauche et d’ignorer la tâche lumineuse troublant sa vision de ce même côté, le géant poursuivit en essuyant d’un revers de gantelet un filet de bave perlant de son menton.

    “-Ce gros cul ne peut pas aller plus vite?” Jura-t-il entre ses dents serrées, le regard fixé sur le paisible rindo, qui secoua sa large tête en percevant l’agitation soudaine de la créature derrière-lui. La faim comme la soif agitaient les entrailles du loup, le forçant à écorcher sa langue contre ses dents trop aiguisées. Un glaviot rougeâtre s’extirpa de sa bouche pour aller s’écraser sur le bas-côté, sans que cela n’apaise l’esprit tourmenté de la brute, qui gloussa nerveusement en sentant le malaise grandissant de tout ce qui vivait encore autour de lui. Et une main gantée se déposa sur le manche de la Salvatrice.
    “-Au fait, fiston.” Commença le géant d’airain en tournant sa face défigurée par d’innombrables tics et tressautements en direction de Lars. Un silence tout relatif s’imposa, uniquement troublé par les cahots de la route, qu’Alasker se trouvait -de toutes façons- bien incapable de percevoir, les battement frénétiques de son cœur obstruant désormais son ouïe alors que sa circulation sanguine aux aboies rougissaient les bords de sa vision. “Tu comptes me parler de ce qui est en train de nous suivre, depuis le début de notre petite promenade?


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  • Mar 16 Jan - 8:10

    - Tu sais, quand les Rhindo chargent, il fait jamais bon d'être devant eux, ou accroché à leur cul avec une charrette.

    Puisqu'il y tenait tant, ou au moins pour ce jour, le conducteur allait mener son visiteur à bâtiment qui centralisait les agents administratifs des différents services de Luxuriance. Le voyage ne serait pas très longue, à peine une dizaine de minute à moins d'un imprévu.
    L'hybride se mettait à penser qu'il valait mieux être présent plutôt que de laisser le "charme" agir. La grande armure ne donnait pas l'air d'être un orateur patient et d'encore moins connaître "la bonne façon" de s'adresser aux greffiers les plus procédurier. Même si la vue de sa hache pourrait en rendre plus d'un conciliant.
    De plus, et c'est peut-être ce qui était le plus inquiétant, le général avait commencé à tirer une tronche pas possible, comme si une chose le démangeait salement et qu'il faisait son possible pour ne rien laisser paraître, ou sortir. S'il avait eu l'air moins terrifiant, Lardon aurait pu croire qu'il se retenait d'éternuer ou de lâcher un pet, mais personne au monde ne pouvait tirer une tête pareil simplement pour un nez ou un cul qui chatouille.
    D'ailleurs l'animal de trait commençait à le sentir, comme d'un instinct animal qui prévient d'un danger proche, jetant quelques œillades derrière lui comme pour essayer de savoir pourquoi il se sentait comme la grenouille qui portait le scorpion sur son dos, à l'image du conte populaire.

    Quand il était à nouveau interpellé par son passager, Lars fixait la trogne d'Alasker. Quelques questions lui brûlaient les lèvres mais pour l'heure il se gardait d'avoir plus qu'une envie de les poser, au moins aussi longtemps que le visage du général continuerait de "convulser" de la sorte. D'aussi près l'un de l'autre qu'ils étaient, il était impossible pour Lardon de ne pas remarquer le moindre tic facial de son interlocuteur.
    A la question de celui-ci, il laissait échapper une expiration emprunte d'une pointe de déception.

    - Ha, tu l'as remarqué alors.

    Sans aucune raison apparente, l'observateur inconnu se rapprochait rapidement, faisant fi du vent ou de la discrétion, le bruit d'un frottement continue dans la terre, l'herbe et les feuilles était bien plus perceptible au fur et à mesure de son approche. La monture avait un léger soubresaut de tension que le cochet calmait aussitôt, semblant parfaitement calme pour sa part.
    Si le général n'était pas trop engourdi par son combat intérieur, l'odeur d'un reptile s'imposerait nettement à lui désormais et à l'oreille la bestiole pouvait bien dépasser le poids du chevalier. Encore loin d'une dizaine de mètre, l'animal qui n'avait plus rien de discret passait derrière la carriole pour amorcer son apparition du côté de l'ouvrier du RSAF.

    - Comme tu disais en avoir déjà chassé, je trouvais que ça ferait un bon test de savoir s'il pourrait échapper à ton expérience de traqueur. Annonce le cochon qui ne se cachait pas d'avouer qu'utiliser Alasker comme cobaye lui avait paru pertinent. Mais il semblerait qu'il ne soit pas encore tout à fait prêt pour le terrain. Qu'est-ce qui l'a trahit ?

    Pendant qu'il parlait, la tête d'un Lanconda se soulevait depuis le sol jusqu'à la hauteur de Lardon, assez grande pour que s'il ouvrait la gueule, il pouvait gober sans mal une moitié du cochon d'une seule morsure. L'œil à la pupille fendue du monstre pivotait vers le duo dans la charrette et plus particulièrement Alasker. Comme auparavant il n'émane aucune intention meurtrière ou d'instinct prédateur du Lanconda, si tant est que ces choses là soient perceptible. Le cochon tourne la tête vers la bête un instant comme si quelque chose l'avait interpellé puis il recentre son attention vers le général.
    D'apparence, le reptile semble commun à un serpent d'une taille géante, ne disposant pas de la collerette usuel de ses congénères de certaines régions, il dénote par quelques différences cependant, comme son museau légèrement plus rectangulaire et ses écailles aux couleurs changeantes.
    Oui, changeantes, car si la plupart paraissaient brunes, elles commençaient à lentement devenir d'un vert un peu plus clair, à l'identique des herbes grasses et hautes qui se dressaient de part et d'autre du sentier, donnant l'illusion qu'une partie de la bête s'estompait, comme un mirage dans le désert.
    Bien sûr, d'aussi prêt et en mouvement, l'effet n'était pas parfait mais pouvait donner un indice à Iratus de pourquoi il n'avait pas réussi à trouver sa cible en se basant uniquement sur son œil scrutateur auparavant.
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    Alasker Crudelis
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  • Ven 8 Mar - 21:12
    La main gantée quitta à contrecoeur la hampe de la Salvatrice. Le reptile domestiqué, manifestement pacifié par un conditionnement quelconque, suivit ce geste de paix d’un regard que les pupilles fendues de ses yeux jaunes rendaient scrutateur et cruel.
    “-Les serpents puent la charogne. Tous.” Cracha-t-il, en guise de début d’explication. “Le tiens aussi, malgré tous les efforts qu’il fait pour masquer le musc de ses écailles. Ça ne tapera pas dans le nez d’un soldat lambda, mais un traqueur expérimenté le sentira, lui ou son chien.” Au travers des tics nerveux, une parodie de sourire se manifesta sur le visage dévasté.”Il joue bien avec le vent cependant. Il m’a fallu un peu de temps pour être sûr de moi.
    Défiant ses propres paroles d'impatience, prononcées quelques minutes plus tôt, Alasker sauta de la carriole pour en faire le tour d’un pas lourd et rejoindre l’imposant serpent. Loin de craindre la morsure de ses crochets hypertrophiés, il prit le temps de détailler l’animal du bout de la queue au nez, d’un œil appréciateur et ce, malgré la douleur irradiant au sein de son crâne. Les facultés de camouflage de la créature semblaient relever de la magie plutôt que de l’évolution, à moins qu’un croisement contre-nature n’ait été opéré sous la terre, pour réaliser les titans seuls savaient quel exploit sacrilège.
    “-Je n’en ai jamais vu un comme ça. Est-ce qu’il peut cracher du venin aussi? Il n’a pas l’air d’avoir les poches pour, là.” Observa la brute en tapotant le haut de son propre cou pour illustrer son point.
    Le sursaut de colère qui avait précipité la rencontre entre le loup et le serpent laissait doucement sa place à une curiosité enjouée, quasiment enfantine, dans l’esprit du géant d’airain. Pour cet ancien enfant sauvage, fils littéral d’une lune tyrannique, qui avait jadis -avant de porter la hache et les couleurs du Reike- rêvé de vivre dans la nature en parcourant les bois de ce monde pour chasser et explorer à l’envie, Luxuriance et les animaux domptés par les savants qui y travaillaient paraissaient tirés directement de songes qu’il avait cru depuis longtemps noyés sous la voie sanglante. Surpris par son propre engouement Alasker marcha autour de la bête, inspectant ses écailles, vérifiant la docilité de son attitude, éprouvant sa capacité à se tenir proche d’une potentielle menace en faisant montre d’une absence de prudence évidente, par pure provocation.
    “-Pas de collerette et pas encore assez long pour faire le tour de la charrette, hein? J’imagine que c’est un gosse.” Sa langue passa sur ses lèvres retroussées, parodiant le passage de l’appendice fourchu franchissant parfois la gueule du Lanconda.”Tu sais qu’il est plus que vulnérable actuellement? L’arrière du crâne, c’est leur point faible. Ton rindo lui briserait l’échine sans effort.
    L’adolescent reptilien émit un sifflement d’une neutralité affligeante pour sa race. Alasker l’apprécia en plissant les yeux et retourna s’asseoir dans la carriole.
    “-Celui que j’ai tué faisait trois fois sa taille.” Conclut-il en massant sa nuque endolorie par la tension du voyage. “Je ne sais pas ce que vous foutez avec ces bestioles, mais ça m’a vraiment l’air prometteur. Une fois que ton petit gars sera assez costaud pour encaisser une claque ou deux à l’arrière du crâne, il pourrait même devenir un bon chasseur.

    ***

    “-Laissez-moi le soin de récapituler vos souhaits.” Commença le gratte-papier en réajustant le monocle qui agrandissait honteusement son oeil droit. “Vous souhaitez obtenir les coordonnées précises du lieu de chasse d’un béhémoth sauvage, repéré par nos services, mais pas encore capturé ou approché, pour vous arroger le droit de pacification.
    Alasker, face au bureau de l’affreux petit bonhomme en charge de l’administration de cette partie de Luxuriance, opina du chef sans masquer aucunement son antipathie à l’égard de ce dernier. C’était un vieillard, à la moustache blanche si fournie qu’elle semblait être à l’origine de son anorexie manifeste, comme si le velu appendice pompait, pour grandir, l’intégralité des nutriments absorbés par son porteur, tel un parasite…Ou un enfant en bas-âge.
    “-Correct.” Le géant déposa son casque à cornes sur la surface brillante du bureau et poursuivit. “Et de préférence un mangeur d’homme.
    L’oeil gauche -celui qui était de taille normale- du gratte-papier vit son sourcil se hausser alors qu’il avisait la hache qui pendait dans le dos de son interlocuteur aux traits plus belliqueux encore que son attitude.
    “-Et vous m’affirmez que ce n’est pas pour accrocher sa tête au-dessus de votre cheminée, bien sûr?”Court silence. “Avez-vous noté que les Béhémoths sont actuellement les sujets d’études favoris du chef de service?
    Un rictus sardonique lui répondit.
    “-Identité et grade, je vous prie?” Rétorqua le vieillard, indémontable.
    Alasker dû déployer tous les efforts du monde pour ne pas envoyer valser le bureau et son moustachu attitré.

    En ressortant du bâtiment administratif, le géant -Lardon sur les talons- dû admettre une fois encore que même les plus grands triomphes guerriers ne pouvaient espérer passer outre la paperasse menaçant -hélas- de noyer le monde. Il roula en boule le papier dans ses mains -qui ne mentionnait nullement l’emplacement d’un béhémoth mais la référence en six caractères de sa réclamation- et soupira longuement en défiant du regard le drakochon de lui lâcher une remarque s’approchant d’un “je te l’avais dit”. Le message -si il n’avait pas été proféré à voix haute- restait clair : Un Lutheni de l’armée, régulière ou non, ne risquait pas de se voir accordé un passe-droit, surtout pas pour aller piocher dans la chasse-gardée du chef de service de Luxuriance.
    “-J’imagine qu’on me recontactera.” Un rire fatigué souleva le plastron d’airain.”Ou que je reviendrai, soit après une promotion, soit après la mort de ton boss, becqueté par l’une de ses propres bestioles. A combien t'estime les chances pour que ça arrive dans les six prochains mois?” Grinça-t’il d’un ton pince-sans-rire en observant la charrette qui les avait amené ici, garée dans la plaine, en contrebas de la petite colline où ils se trouvaient pour l'heure.


    Qui pèse un quintal doit bien choisir sa monture [PV Lardon] V2j7YdS
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  • Lun 25 Mar - 7:24
    Lardon affichait un large sourire qui rendait ses joues encore plus joufflue qu'à l'accoutumée tandis qu'il écoutait l'exposé du Dévoreur. Il notait mentalement certaines des réflexions d'Alasker, opinant lorsqu'il soulignait une évidence, ravi qu'il remarque telle ou telle chose à propos du monstre qu'il inspectait.
    Ce dernier d'ailleurs, bien qu'il se tenait tranquille en apparence, ne l'était pas le moins du monde et Lardon avait du lui donner mentalement un ordre direct de ne pas attaquer. Visiblement le prédateur en armure avait le chic pour alarmer les instincts de survie de ceux en sa présence, en cela Lardon comprenait bien son animal puisque lui même n'était pas le plus serein à ses côtés. Après tout, on ne supprime jamais totalement un instinct, on le dompte seulement.

    - Il n'a pas fait que jouer, il a activement travaillé à être le moins possible dans le vent, mais on dirait que ça ne suffit pas. Mh... il n'est pas censé sentir aussi fort mais certains ont un meilleur nez que d'autres, il va falloir qu'on trouve comment pallier à cela.

    Le porcin, bien qu'une part de lui se questionnait si le saint patron des Dévoreurs avait réellement sentit l'odeur du Lanconda, n'était pas assez présomptueux pour ne pas imaginer le contraire. Peut-être que cela avait été le cas à l'aide d'une technique, d'une magie ou de la somme de son expérience et de ses instincts. Il ne connaissait pas assez le porteur de hache mais il n'avait pas la trogne d'un fanfaron et il s'était même fendu d'une explication, et effectivement, l'odeur d'aussi loin n'avait pas "tapé dans son groin", assez pour le convaincre qu'il y avait matière à amélioration.
    Peut-être un savon pourrait corriger cela ? Une huile ? Ha ! Il y penserait plus tard, c'était certain.
    Laissant Alakser se réinstaller à sa place dans la charrette après son inspection, le Rhindo reprenait la route et le Lanconda faisant demi-tour comme le laissait deviner l'aplatissement de l'herbe dans son sillage.

    - Il est encore jeune, oui, mais je ne pense pas qu'on ne les fera grandir plus que ça pour l'instant. Plus ils seront gros et long, moins ils seront discret, les éclaireurs ne portent pas d'armures comme la tienne lorsqu'ils vont effectuer des missions de reconnaissance.

    Il échangeait un regard avec son voisin de route, certain qu'il n'avait guère besoin d'en dire plus pour que celui-ci devine sans peine que Lardon ne destinait pas ce Landonda à la chasse ou au combat.

    - Il n'est encore qu'à l'essai pour l'instant, si on parvient à palier à tous les problèmes, qu'on obtient la validation et le financement, alors y en aura peut-être d'autres. Sinon on continuera de renforcer nos autres chasseurs, Rrnk-rnk.

    Lardon se retenait d'en partager d'avantage, non pas que l'envie lui en manquait, il était d'ailleurs plutôt bavard quand il s'agissait de Lanconda mais son invité n'était pas vraiment là pour ça, ainsi le reste du trajet se faisait dans un relatif silence rompu par quelques anecdotes seulement.

    *
    **

    La scène avait été hilarante et le vieux secrétaire rachitique lui était apparu comme un héros bravant une fin du monde en armure d'airain comme s'il ne craignait pas la mort, mais Lardon se gardait bien de faire la moindre remarque, ni de sourire, pas même une minuscule mimique, il avait bien trop peur d'irriter d'avantage le Dévoreur pour ça, et puis cette anecdote serait bien plus amusante partager avec son amie naine et une bouteille d'alcool.

    - Je dirais à peu près autant de chances que j'en aurai d'obtenir sa place un jour. Heureusement, il y a plus d'une manière d'obtenir ce qu'on veut mais je ne t'apprend rien, j'imagine.

    Le chemin du retour ne se faisait pas en silence, entre son passager qui grinçait des dents et la charrette qui grinçait tout court sous lui, et tout l'agacement d'Alasker n'allait pas vraiment pouvoir faire accélérer leur monture pour écourter leur temps de trajet retour mais Lardon n'était parfois pas trop mauvais pour composer avec des interlocuteurs de mauvaises humeurs. Il trouverait bien quelque chose sur quoi échanger qui déride un peu le guerrier, que ce soit sur la meilleure façon de dépecer un bureaucrate ou ses exploits de chasse, surtout ceux concernant des Lancondas.
    Et qui sait, peut-être qu'un jour il aurait l'occasion de lui proposer des défis intéressants avec les siens.
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