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  • Sam 19 Aoû - 12:34
    Les enquiquineurs du Vif Argument
    Feat. Archibald Eledani ▬ An 3 (Flashback)

    Son châle sécurisé dans sa senestre, elle récupéra sa lourde chevelure alourdie d’eau de sa dextre et la fit glisser sur le devant d’une épaule. Une constellation de gouttelettes entreprirent à son grand dam de dévaler ses vêtements secs, malheureusement contrainte d’accepter cet état désagréable d’après-baignade. Le temps était idéal : l’orage avait craquelé le ciel tropical toute la nuit durant, ne laissant au petit matin qu’un soleil éclatant qui avalait d’une lumière crue toute ombre au périmètre. L’obscurité s’était comme retranchée en petits tas microscopiques sous la végétation environnante, invisible pour qui ne savait pas où chercher à la manière d’un gros matou courroucé. Elle attrapa ses sandales et les secoua dans l’espoir vain d’échapper au sable omniprésent. Le sel de l’océan avait coloré sa peau très peu bronzée de reflets diffus, laissant sur ses lèvres un goût salé chaque fois qu’elle y passait la langue.

    Ils étaient arrivés la veille au soir lorsque éreintée par l’ampleur de son travail, Rim avait pris la décision de s’accorder une parenthèse estivale. Ses motivations étaient en réalité un tantinet plus complexes que cette simple explication, justifiée par la mélancolie qu’elle lisait bien trop ces derniers temps sur le visage de son grand-père… Elle sentait les serres de la dépression l’environner comme autant d’ennemis intangibles, un filet contre lequel elle se débattait depuis… Depuis l’accident, il y a deux ans déjà. Elle l’avait par conséquent laissé sous bonne garde entre les murs protecteurs du domaine familial, une prison dorée entièrement à sa mesure. Elle leva les yeux vers le ciel et évalua promptement ses chances de ne pas être en retard au marché local. C’est qu’elle avait péché par avidité, incapable de résister à l’attrait des vagues céruléenne qui venait paresseusement mourir en écume soyeuse au pieds du pavillon Casris. Elle n’aimait de surcroit pas nager habillée, un goût atypique difficile à assumer sur une plage publique. Elle imaginait d’ores et déjà la presse faire des gorges chaudes de cette nouvelle diplomate impudique. Elle rit sous cape et s’élança d’une souple enjambée sur le plus proche rocher afin de regagner le chemin de la civilisation.

    Le marché bruissait d’une agitation festive. Les étals arboraient une multitude de couleurs diaprées en autant de joyaux savoureux aux odeurs éclatantes. Les voix s’interpellaient, agrémentées de gestes virulents, théâtrale représentation à laquelle s’adonnaient chaque jour les commerçants locaux à l’égard des touristes. Un ample chapeau tressé recouvrait désormais sa chevelure flamme, elle-même ramassée en un chignon négligé, de nombreuses mèches folles lui chatouillant la nuque. Elle avait revêtu pour l’occasion une fine tunique blanche cerclée à la taille d’un arceau d’or, son regard tout en éclat de chalcocite sondant les vitrines voisines. Elle cherchait du cuir à vrai dire, le type de cuir qui ne sent pas exactement la fleur ni la richesse, mais plutôt la sueur des combats. Elle le voulait capable d’encaisser ses entrainements, car certains éléments de son armure légère avaient entrepris de se dénouer au fil des âges. Si elle doutait de trouver son bonheur dans ces îles, une charmante balade ne se refusait pas toutefois.

    Était-ce sa poisse commune, le travail qu’elle attirait comme un aimant à des milles de la capitale ? Ou sa curiosité maladive qui ne rechignait devant aucun obstacle pour se mêler de la vie d’autrui ? Trop tard du moins pour faire demi-tour lorsqu’au détour d’une ruelle excentrée elle perçut un tapage suspect.

    « Mes gantelets… se souvint-elle avec regret, sa dextre effleurant instinctivement son autre poignet à la recherche du poids familier de ses armes. »

    Sans succès. Elle les avait laissés à domicile. Elle sentit en revanche le poids rassurant de l’une de ses dagues attachée par une bande de cuir contre le creux de sa cuisse, masquée par le tissu opaque de sa tunique. Elle vint donc rôder en périphérie du tumulte, ne trompant personne d’autre qu’elle-même sur la douce électricité qui la gagnait, rameutée tel un papillon de nuit noyé par la lumière du feu. Un attroupement s’était formé dans une rue tierce, considérablement éloignée des passages fréquentés par le beau peuple.

    « Je vous ai VU, espèce de sale pervers ! Elle n’a que quatorze ans ! »

    Une matrone aux poings plus larges que de raison brandissait un doigt accusateur sous le nez d’un homme bourru. Il tenait néanmoins parfaitement sa position, ses bras croisés sur son torse, ses yeux jetant des éclairs s’il l’avait pu.

    « Vous délirez complètement ma petite bonne femme, j’en ai rien à carrer de votre gamine et encore moins de ses sous-vêtements. »

    Ah. Rim s’immobilisa, débouchant de nulle part au milieu de l’affrontement, ses prunelles navigant de l’un à l’autre des belligérants.

    « N’importe quoi, comme si ces chemises allaient disparaitre toutes seules ! Je sais pas ce que vous faisiez ce matin, mais je vous ai vu lorgner sur mon linge ! »

    « Parce que toute la rue vous appartient peut-être ?? Bon dieu mais vous êtes hystérique, un homme ne peut plus réparer les fissures dans son propre mur et qu’on lui foute la paix ? »

    L’espace vital était une denrée rare par ici, l’arrivée massive de riches touristes républicains repoussant chaque jour un peu plus les locaux aux confins de leurs propres terres. Ces deux-là avaient la peau brunie de soleil et les mains caleuses d’employés de basse caste sociale. Les maisons qui s’élevaient derrière eux avaient davantage allure de bicoques étriquées : leurs murs étaient quasiment mitoyens, ne laissant que peu de place à l’imagination.

    « Vous êtes une nuisance pour le quartier, un danger public ! Vous croyez qu’on vous a pas entendu rentrer l’autre soir, rond comme un vieux tonneau d’alcool ?! Z’avez pas honte que les enfants vous voient comme ça ? »

    « Mais mêlez-vous de vos putains d’affaires ! Y avait votre carriole en plein devant chez moi, je faisais comment sans la déplacer ? J’étais pas ivre ! »

    Aïe, le voisinage commençait à jeter quelques coups d’œil discrets à la scène à travers leurs carreaux. Il n’était peut-être pas nécessaire d’alerter les Officiers de la République non… ?

    « Messieurs Dames, si nous prenions un instant pour réfléchir, intervint Rim à brûle-pourpoint, erreur fatidique et irréparable dès cet instant. »

    « VOUS, beugla la mère déchainée, son adolescente à peine perceptible dans l’embrasure de la porte levant les yeux au ciel. Vous pouvez témoignez ! Jetez-le en prison ! Il a volé les sous-vêtements de mon tout, ma vie, ma progéniture, ma seule enfant ! »

    « C’est complètement faux, répliqua derechef l’accusé sur une tonalité outrée. Cette folle me harcèle depuis que j’ai emménagé, elle ferait tout pour récupérer mon toit ! »

    Une… Chaussure vola. Un arc de cercle parfait, terriblement beau, achevé par un « ploc » victorieux lorsque la semelle finit sa course contre la face du cinquantenaire. Le temps demeura suspendu une interminable seconde, les lèvres de Rim formant un « O » à mi-chemin de la stupéfaction et du divertissement. La matrone abaissa lentement son bras, visiblement elle-même surprise par son propre geste de rage.

    « Je euh… »

    Ça y est, s’en était fini. Les dents de l’attaqué grincèrent presque lorsqu’il prit une teinte rubiconde, entamant un violent pas en avant dans la direction de sa voisine.
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  • Mar 22 Aoû - 21:44
    Le soleil tapait fort alors que sur le pont du bateau, Archibald etait seul a la proue, les mains croisés dans le dos, un petit sourire aux lèvres, en voyant approcher les fameuses îles ou il n'avait jamais mis les pieds jusque la. Ça faisait longtemps maintenant qu'il était en voyage. Cinq ans. Un peu moins, mais bientôt il aurait atteint la fin de sa cinquième année de longues escapades un peu partout.

    Il était revenu a Liberty deux mois plus tôt, et aprés un bref passage a l'académie, il avait prit la route a nouveau. Il etait content de rentrer, mais il y avait un endroit qu'il n'avait pas visiter comme le reste. Chez lui. La Republique. Alors avant de rentrer chez lui, il avait décidé de faire le tour de cette partie du continent, afin que la boucle soit bouclé. Si il lui arrivait quelque chose, sur ça, il n'aurait aucun regret.

    Aprés avoir fait un passage par la réserve, il avait rejoint la cote, pour trouver un bateau et se rendre vers les iles paradisiaques. Qui n'en avaient que le nom pour certain, d'aprés ce qu'il avait entendu. Avec le nouveau poste qu'on lui avait proposé, il serait bon de pouvoir avoir une vue d'ensemble des différentes populations qui habitaient l'endroit.

    Tout content de toucher au but, il sauta avec aisance sur le ponton. Il était physiquement encore solide, et ces années de voyage avaient contribué a entretenir son corps de base robuste. Il portait un pantalon ample agréable pour la marche, et par dessus une chemise sombre, une veste serré soulignant la puissance de son buste, boutonné adroitement, mais sans fioriture. Il n'avait pas vraiment l'air de faire partie des touristes avec qui il arrivait sur un bateau. Il avait fait connaissance avec un couple arrivant tout droit de Justice, mais dont la simple gourmette de la femme valait autant que la plupart de ses vêtements réunis.

    Il commença a marché tranquillement, les mains dans le dos, dans la grande rue latéral qui lui permettait de s'éloignait du port, son sac dans les mains tapant dans l’arrière de ses genoux de façon presque familière. Ils avaient fait le tour du monde, lui et ce sac, et sans lui, et ses maigres possessions qu'il avait transporté ainsi, il n'aurait pas pu faire la moitié de tout ce qu'il avait vécu. C’était un camarade indispensable.

    Il n'avait pas fait un long trajet qu'un bruit d'affrontement lui frappa les oreilles. Une voix aiguë brisant l'air avec panache et colère, une autre plus grave, posé, mais défensive, et surtout, un attroupement qui s’était formé au détour d'une rue un peu en retrait de l’artère principale. C’était le signe de la vie locale, mais aussi des problèmes.

    Il s'approcha avec sa discrétion habituelle. Il était doué pour se tenir au milieu d'un groupe sans être spécialement trop remarqué, et ce malgré sa largeur d'épaules et son charisme naturel qui finissait toujours par attirer le regard. Il comprit rapidement le pourquoi du comment, quand au événement qui avaient eu lieu. Une affaire de vol, peut être même une histoire d'agression. Un pervers, ou bien une menteuse, une fabulatrice. Personne ne semblait avoir la moindre preuve dans l'histoire de toute manière.

    Restant bien en retrait du conflit, le regard joueur, il fut surpris de voir une jeune humaine prendre le parti de faire un pas en avant en dehors de l'assemblée pour essayer de calmer la situation. Hum, mais elle n'avait sans doute pas usée de la meilleure stratégie, avec ses gros sabots. Ordonner qu'on se calme, dans une situation impossible a démêler, ça avait très généralement l'effet inverse. Ca tapait sur les émotions. Et visiblement, ca avait activé la marche suivante. Il regardait avec une certaine curiosité, surtout la jeune femme, voir ce qu'elle allait faire maintenant.

    - Oooh.

    Il avait eu la meme réaction que plusieurs personnes. Si on passait a une attaque physique, il n'y avait plus grand chose a faire d'autre que de s'interposer ou les regarder se battre. D'ailleurs, il etait en train d'avancer lentement vers la femme, sans doute pour la gifler, ou pire. Il avait envie de voir comment elle allait réagir, mais en mime temps, la sauce avait déjà bien monté, alors c’était sans doute le moment de faire quelque chose.

    - La vérité étant...que personne n'a vu monsieur faire quoi que ce soit.

    Il était sorti du cercle a son tour. Et si la première sortie avait posé un temps d’arrêt, sa silhouette provoqué un blocage d'un ordre plus physique que la jeune femme. C’était un avantage pour lequel ni lui ni elle ne pouvait faire grand chose. Il approcha et resta de profil, plus proche de l'homme, alors que la première intervenante était plus du coté de la femme.

    - Et bien sur, personne ne peux confirmer que ce n'est pas lui non plus...

    Un constat simple, c'etait la parole de la femme contre celle de l'homme. A partir de la, personne ne pouvait prendre le parti de l'un ou de l'autre, et ca faisait en sorte de refermer le débat sur seulement eux deux, qui ne pouvaient plus prendre personne a parti. Il sourit un peu plus, et laissa tomber son sac sur le sol, les bras toujours dans le dos.

    - Le meilleur moyen, donc, de résoudre ce petit conflit, c'est de savoir ce qui est véritablement arrivé au linge en question, non ?

    Il tourna la tete vers le public, comme si il etait en représentation. Il gardait son petit coté prof, et aimait bien les interventions exterieure pour soupoudrer ses présentations. Il observa le fil tiré avec le reste du linge, puis le suspect. Il avait une petite idée de ce qui avait bien pu arriver.

    - Dites moi, mademoiselle, avez vous une idée, vous, de ce qui a bien pu arriver ? A moins que vous ayez quelque chose pour régler la situation d'une façon encore plus simple ?

    Un petit encouragement. A défaut d'avoir eu beaucoup de savoir faire, elle avait fait preuve de courage.
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  • Dim 27 Aoû - 11:36
    Une pointe d’agacement. Ce même agacement que l’on ressent à l’égard de nos professeurs qui nous poussent chaque jour à donner le meilleur de nous-mêmes malgré nous. Et telle une élève somnolente arrachée de son banc par l’appel au tableau, Rim eut un court claquement de langue contrarié. C’est qu’il était apparu miraculeusement de nulle part et gérait bien mieux l’affaire qu’elle. N’était-il pas plus distrayant, plus confortable surtout pour sa flemmardise naturelle de laisser un autre qu’elle prendre en charge cette pagaille ? Un autre plus compétent de surcroit. Pourquoi s’obstinait-il à vouloir l’impliquer ? Elle lui retourna un regard prudent lorsqu’il l’apostropha. Il n’était assurément pas du coin : il n’arborait certes pas les richesses des touristes habituels, mais il n’avait pas pour autant la dégaine des travailleurs locaux. Ses cheveux étaient d’un brun veiné de fils blancs et sa barbe picorée de teintes sel. Elle détailla les ridules au coin de ses yeux, cette étincelle verte maligne qui attendait toujours sa réponse, et Rim consentit finalement à lâcher un sourire. Ah, belle leçon de vie de la part d’un homme de vingt ans plus âgé. Il avait en un rien de temps calmé les ardeurs de tout un chacun et n’avait pas pour autant oublié sa présence, désireux de ne pas l’estomper aux yeux du public. Voilà qui était étonnamment prévoyant et délicat envers elle.

    Bon. Leur problème principal n’était toujours pas résolu. Mais elle ne pouvait plus ignorer l’invitation formulée, courbant cette fois-ci ses lèvres d’un sourire à la douce force tranquille. Elle ramena également ses mains contre ses flancs, en apparence détendue, concentrée sur ses épaules droites confiantes et sa gestuelle qu’elle voulait désormais calme et appuyée. La communication verbale n’était que la moitié de la transmission d’un message. Elle devait l’agrémenter d’indices non verbaux, imposer son rythme et sa quiétude au duo d’excités : ce n’était plus à eux d’entrainer tout le monde dans leur tango endiablé, contraints de marcher à contre tempo pour communiquer avec les deux seuls arbitres de leur dispute. Ils voulaient son avis ? Très bien. Qu’ils écoutent et soient suspendus à ses lèvres.

    « J’ai effectivement une idée qui pourrait régler votre différent, s’adressa-t-elle directement aux belligérants. »

    Elle se sentait aventurière croisant le fer avec deux wyverns sauvages. Ne surtout pas détourner le regard, et poser ses prunelles à tour de rôle sur l’un puis sur l’autre, un court appui attentif qui témoignait de tout son sérieux à leur égard. Une personne qui se sent écoutée se pensera mieux comprise et moins sur la défensive. Ne-le-regarde-surtout-pas, se répétait-elle comme un mantra, absolument impatiente de dévisager leur sauveur inconnu. Elle n’ignorait pas qu’ils ne devaient cet étonnant temps de silence qu’à son intervention. C’était par ses talents seuls qu’il avait séché les deux autres, calmant ces adultes irritables comme l’on calmerait un cheval fou d’une ferme caresse. Rim, pour sa part, avait davantage de difficultés à trouver sa propre sagesse intérieure, péchant par l’énergie de sa jeunesse. Elle essayait toutefois de s’améliorer :

    « Pourrais-je vous demander votre entière et sincère coopération ? s’enquit-elle afin de leur donner l’impression d’être des participants majeurs de cette résolution de conflit, insufflant à ses iris une certaine autorité bienveillante. »

    « … Ouais. Pourvu que l’autre bonne femme la ferme. »

    « Ah mais j’ai toujours été sincère, MOI ! Je ferai tout pour que justice soit faite, rouspéta la matrone, croisant les bras sur son ample poitrine. »

    « Je compte donc sur vous pour nous aider dans cette affaire. Quel est votre prénom ? interrogea-t-elle tour à tour miss hystérie et sieur grincheux. »

    Surtout, réduire la distance. Créer de la familiarité, empêcher la peur de l’inconnu de gagner du terrain dans leur cœur et d'assombrir leurs esprits de cauchemars fantasmés.

    « … Marviell. »

    « Clarence. »

    Oui, bon, il y avait toujours une pointe de défi dans leur voix. Aucune chaussure n’avait néanmoins volé depuis plusieurs secondes. Ils progressaient, non ? Rim se glissa d’un pas coulé dans l’invisible tranchée qui les séparait, s’interposant d’un pas supplémentaire vis-à-vis du grand brun qui était intervenu un peu plus tôt. Elle ne s’arrêta pas là, gagnant le mur conjoint de leurs deux masures, de sorte à les obliger à se détourner l’un de l’autre pour la suivre du regard. Ils tournaient dorénavant le dos aux quelques curieux qui s’étaient amassés dans la rue, le feu de leur attention leur brûlant les omoplates avec la douloureuse réalisation qu’ils se donnaient en spectacle.

    « Marviell, Clarence, je vous fais parfaitement confiance pour retracer avec nous ce qu’il s’est exactement passé. Nous sommes tous des adultes avec de l’expérience, souligna-t-elle insidieusement leur prétendue maturité qu’ils n’avaient guère honorée jusqu’à maintenant, chaque point de vue est important à détailler. Et notre ami ici présent n’a pas tort, il ne tient qu’à vous de comprendre ce qui est arrivé à ce linge et de rendre par extension le quartier plus sûr et plus paisible pour tout le monde. »

    Elle releva brièvement les yeux vers leur mystérieux intervenant, une étincelle complice allumant de discrets éclats d’or dans ses prunelles.

    « Vous avez étendu le linge ce matin ? »

    « Non hier soir, j’accroche toujours deux fils juste là et ce matin voilà t’y pas qu’il y a plus les chemises dessus. »

    Clarence pointa du doigt le fil restant dont l’accroche longeait la fenêtre du 1er étage, filament lâche qui pouvait aisément s’attraper par une personne de grande taille. Bien sûr, elle ne put s’empêcher d’adresser à son illustre ennemi une moue pincée, l’air de dire qu’elle savait très exactement ce qu’il s’était passé.

    « Hier soir… Pendant la nuit durant laquelle vous êtes rentrés tard, Marviell. »

    « O-Oui mais je n’étais pas ivre ! répliqua derechef l’interpelé, sur la défensive. »

    « Le linge était encore présent ? »

    « Vous croyez que j’fais attention à ce genre de détails ? Vous m’avez bien r’gardé ? Des chemises de gamine en plus ! »

    « Je ne sais pas, vous auriez pu remarquer quelque chose d'anormal… »

    « Il faisait nuit noire, on y voyait comme dans l’cul d’un pirate de Kaizoku. Et y avait cette satanée charrette devant, ça prenait toute la place, vous imaginez pas combien j’ai galéré pour déplacer ce truc parce qu’ELLE refuse de la foutre ailleurs que devant chez moi. »

    … La… Charrette ?

    « Est-ce que par hasard, et je dis bien par hasard, Clarence, votre charrette se trouvait devant le linge ? avança Rim d’une voix incrédule. »

    Ça y est, elle avait perdu sa posture, elle-même trop investie dans le revirement inattendu de cette enquête.

    « N’importe quoi ! »

    Et puis, Clarence réfléchit. Réfléchit vraiment. Et le doute traversa ses iris.

    « Mais… S’il avait déplacé ma charrette il aurait vu le linge emmêlé dans la toile avant de tirer dessus ? »

    « J’ai rien vu j’te dis ! J’arrête pas de te demander de la stocker ailleurs ! Y a pas de place ici ! Et j’avais un peu bu avec les copains, j’étais pas spécialement content de trainer dans la rue ! »

    « Oh et puis pourquoi t’irais mettre tes sales pattes de pervers sur ma charrette, t’as pas à y toucher ! Menteur ! Ivrogne ! Je le savais ! »

    … Et ça y est, ils repartaient en tutoiement cette fois, ignorant résolument Rim dans le but de s'insulter comme si toute son intervention n’avait jamais existé. Elle pivota vers le grand brun inconnu et haussa les épaules, lui transmettant un message silencieux d’impuissance. Elle avait une furieuse envie de plonger dans son énergie télékinétique et d’envoyer valser tout ce beau monde. Quelle était la stratégie à présent ?
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  • Dim 3 Sep - 15:51
    Il avait les yeux fixés sur la jeune femme. Peut etre qu'elle allait reculer, baisser le menton, et faire en sorte de marmonner pour qu'il prenne la suite. C’était souvent ce que faisaient les gens qui manquaient un peu de confiance en eux. Et en sa présence, c’était très fréquemment le cas. Il dégageait un charisme et une assurance qui poussaient les autres a généralement s'énerver ou baisser la tête. Mais a sa grande joie, ce ne fut pas ce qu'elle fit. Bien au contraire.

    Il lui adressa un petit sourire, qu'elle fut la seule a pouvoir capter. Elle avait changé de posture et il apprécia intérieurement. La façon de se mouvoir était l'une des bases en matières de diplomatie. Il y avait la façon d'imiter les gestes de son interlocuteur, pour le mettre inconsciemment dans de bonnes dispositions mentales. Ou au contraire, se mettre en avant, montrer une position de dominance claire, pour mettre en valeur la différence de force. Dans ce cas précis, la première chose était sans doute la plus sage. Il fallait apaiser la tension, pas l'exacerber.

    Ce petit sourire, c’était pour l'encourager, et la féliciter de prendre ainsi la main en voulait les mettre tous les deux sur un pied d'égalité. Après son arrivée, et suite aux phrases de la rousse, l'homme s’était un peu calmé. Ils semblaient chacun prêt a faire la part des choses pour trouver un arrangement a cette funeste histoire. Demander leur prénoms était d'ailleurs une très bonne façon de faire pour instaurer un climat de confiance.

    Il écouta attentivement l'histoire, comme elle. Mais sembla moins surpris que Rim par la tournure que prenait la conversation. Comme si il avait vu quelque chose que les autres n'avaient pas encore réalisé. En fait c’était particulièrement simple, mais il n'y avait que lui qui pouvait avoir la solution pour une raison bien précise.

    - Il suffit a présent.

    Il avait parlé d'une voix calme mais plus nette que jusque la, les faisant sursauter tous les deux, ainsi que plusieurs personnes de l'assistance qui etait devenu moins importante. Quand on avait comprit qu'il n'y aurait pas de bagarre, c'etait aussitôt devenu beaucoup moins intéressant pour la plupart des badaud avide de sang et de disputes.

    - Ce n'est pas des manières de se comporter devant une jeune femme, encore plus quand elle essaye patiemment de régler votre situation. Elle prend de son temps, elle se fatigue pour deux idiots qui n'arrivent même pas a reconnaître leurs tords. Je me trompe ?

    Ils restèrent sans voix. A la fois devant cette façon qu'il avait de s'adresser a eux, mais également d'avoir la sensation de ne pas pouvoir répondre aux accusations. Car chacun savait pertinemment qu'il avait raison. Ils cachaient tous les deux quelques choses, qui étaient ressorti dans la conversation. Et il était le seul a avoir la clé de l'affaire.

    - ...Vous êtes en effet rentré complètement ivre, monsieur Marviell. Et en effet il y avait bien une charrette bloquant la quasiment totalité de la ruelle, dame Clarence. Charrette qui est généralement toujours dans le passage, comme l'a souligné monsieur. Elle est extrêmement lourde, difficile a déplacer pour votre pauvre dos. Les roues sont couvertes de rouilles, en plus de ça. Alors vous êtes obligée de la laisser juste la, sans parvenir a avouer que vous n’êtes plus capable de la faire bouger jusque dans votre petite coursive.

    Elle avait baissé les yeux un instant, avant de les remonter d'un air furibond sur Archibald, sans rien dire pour sa défense. Quand a l'autre, quand son méfait avait été mis au goût du jour, il s’était tu également. Il y avait trop d'arguments précis pour réfuter, et en plus, ils n’étaient pas vraiment plus coupable l'un que l'autre.

    - Rentrez chez vous pour l'instant. Nous allons nous occuper du reste pour le moment. Je viendrais vous voir, madame, pour essayer de regler ce soucis que vous avez.

    Il s'éloigna dans la ruelle, pour faire dispercer les gens restant, et passa une bonne dizaine de minutes a discuter avec de véritables inconnus, d'une façon qui donnait l'impression qu'il les connaissait depuis toujours. Finalement, sans avoir révélé la clé de l’énigme, et finalement, il se retourna vers Rim qui semblait toujours la.

    - Vous etes douée mademoiselle. Vous avez calmé leurs ardeurs avec aisance.

    Il s'approcha et s'inclina légèrement devant elle, pour la saluer, aussi bien que pour féliciter son travail. Il savait pertinemment qu'elle aurait réglé le soucis sans lui. En tout cas, il en avait la sensation.

    - Vous avez la langue aiguisée, j'aime cet aspect chez quelqu'un. Ces deux la se seraient battus sans vous. Et au vu de l'identité de plusieurs individus dans votre petit public, ca aurait pu mal tourner. Une bagarre generale peut etre.

    Il tourna la tete vers la ruelle désormais vidé, et ajouta finalement.

    - Mon nom est Archibald. Pardon d'avoir coupé court a votre démonstration, je ne voulais pas vous voler la gloire, mais j'avais la sensation que nous allions former une bonne équipe.

    Il gardait une petite lueur dans le regard, et un air énigmatique. Comme pour cette histoire de charrette qui n’était toujours pas réglé. Cependant, lui, semblait savoir exactement ou elle etait, ainsi que les chemises volées...
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  • Mar 19 Sep - 11:41
    L’assemblée s’était dissoute sans que Rim ne s’en aperçoive. Le soleil se voilait par instant de quelques nuages effilochés et des flaques de lumière liquides s’écoulaient tour à tour dans les ruelles étroites de la cité. Ce crépitement discontinu jetait des reflets sur les individus, annonciateurs d’une après-midi de chaude langueur tropicale. Peut-être qu’il était plus ardu de demeurer irritable dans ce climat paradisiaque ou peut-être que l’étrange envoûtement que l’étranger avait tissé sur la foule avait finalement achevé son œuvre… Il avait du moins vaincu ces molosses affamés avec l’élégance d’un travail facile. Facile en apparence uniquement. Car Rim, elle, n’avait pas détaché les yeux de sa silhouette, attentive présence d’une fixité dérangeante, inconsciente de ses allures de chatte devant quelque trouvaille appétissante.

    « Archibald, donc, reprit-elle lorsqu’ils furent entièrement seuls dans la rue. »

    Et elle prononça son nom avec lenteur, détaillant les saveurs et nuances de son identité contre son palais. Elle parut se remémorer ses bonnes manières et sa dextre vola jusqu’à son large chapeau tressé dont elle ôta la protection bienfaitrice. Elle s’inclina, son couvre-chef contre sa poitrine, un sourire en lame de couteau sur les lèvres :

    « Rim Casris, amuseuse de foule et détective privée défectueuse à mes heures perdues, se moqua-t-elle d’elle-même. Je ne suis hélas pas aussi douée que vous pour calmer les animaux dans l’arène semble-t-il. »

    Son sourire s’élargit, une étincelle d’auto-dérision gagnant sa voix.

    « Vous allez avoir du mal à le croire mais je suis Diplomate. Votre patience est aussi infinie que le Monde des Âmes, j’en prends un coup pour ma jeunesse. »

    Elle rit, ses lèvres dévoilant l’éclat d’une dent blanche.

    « Je présume que vous êtes médecin de profession ? s’enquit-elle une fois son calme repris. »

    Elle l’observa, une réelle curiosité visible dans les prunelles. Il n’avait certes pas l’allure d’un praticien tels qu’on les trouvait au cœur de la Capitale. Mais en ces lieux reculés, parfois soumis à des interventions délicates sur un bateau coincé en haute mer ou dans le sable abrasif des plages pour d’horribles blessures, elle n’avait pas de peine à imaginer qu’il devenait inutile de s’embarrasser de vêtements gênants.

    « Vous avez immédiatement su qu’elle souffrait de douleurs au dos, surenchérit-elle pour étayer son hypothèse. »

    Et il avait de surcroit proposé à la matrone de repasser plus tard pour soigner ses maux. Puisque son apparence demeurait impénétrable et qu’il était impossible de deviner ses origines ou les raisons de sa présence sur cette île tropicale, la médecine était encore la voie la plus évidente. S’éventant machinalement avec l’ombrelle de son chapeau, Rim plaça une main sur sa hanche et laissa son regard courir sur les environs. Il avait parlé de personnes peu fréquentables. En savait-il davantage qu’elle sur le sujet ? Toute cette histoire n’avait guère été tirée au clair et elle devait s’avouer plutôt aiguillonnée par ce mystère. Elle ne pensait pas les deux voisins capables des agissements qu’ils se reprochaient. Du moins pas sans excellentes raisons. Ils avaient l’air tous deux accaparés par leurs malheurs et la vie difficile qu’ils menaient sur ce lopin de terre – ce qui laissait peu de temps libre pour s’adonner à des activités illicites.

    « Je dois vous avouer que je n’arrive pas à me départir de la sensation qu’il nous manque un élément, ajouta-t-elle dans un murmure pensif. »

    Son regard d’or revint s’aimanter à celui d’Archibald, fouillant son expression imperturbable à la recherche d’invisibles réponses.

    « Par s’occuper du reste, qu’entendiez-vous exactement ? S’il s’agit de cacher des cadavres, j’ai laissé ma pelle à la maison, plaisanta-t-elle. »
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  • Mar 19 Sep - 22:47
    - Demoiselle Casris donc.

    Il s'inclina légèrement, dans une petite courbette et ne pu dissimuler totalement son sourire. Diplomate hein. Il savait évidemment qui était cette jeune femme a présent qu'il avait son nom. Il ne l'avait jamais vu, mais connaissait l'identité de ses futurs collègues. Vu qu'il n’était pas encore officiellement diplomate, c’était évident que l'inverse n’était pas identique. A moins qu'elle ai été étudiante a Magic plus de cinq ans auparavant, il était tout naturel qu'elle ne l'ai jamais vu non plus. Et il avait prit soin de ne pas dévoiler son nom, c’était sa spéciale.

    - Oh, non non, vous me prêtez bien trop de qualités que je ne possède pas. Je ne suis pas médecin, bien que je possede quelques connaissances propre a de longues lectures tardives qui a pu m'arriver durant mes jeunes années.

    Il avait lu environ tout ce qui pouvait se retrouver sous sa main. C’était avant que sa mère n'accepte enfin de l'envoyer a Liberty, en se saignant les quatre veines pour lui payer ses prestigieuses études. Un sacrifice a l'époque, un véritable investissement au vu de ce qu'il était devenu. Il marchait tranquillement vers la sortie opposé de la rue. La d’où il venait, la ou il avait en effet vu l'élément décisif a sa prise de décisions.

    - En effet, j'ai vu, mais j'avoue avoir un peu triché. Vous etes arrivées par la rue de l'autre coté, je me trompe ?

    En vérité, sans doute que des gens seraient passés a coté sans faire le lien, sans meme remarquer ce qu'il allait montrer a la jeune femme. Il était simplement très observateur. Ils débouchèrent sur la grande avenue. De chaque coté le pavé etait bordé par des maisons, avec des petits jardinets, dont un qui etait ouvert au passage. Sur l'herbe, une grosse charrette était en sommeil, l'air d'avoir été tiré la de façon assez maladroite.

    - Je crois que voilà notre arme du crime, miss détective.

    Il s'en approcha aussitôt. Il avait noté sa présence inhabituelle en la croisant, alors qu'il entendait au loin le bruit des hurlements de la matrone a peine tempéré par la charmante enquêtrice. Et l'avait simplement noté dans un coin de sa tete. C'etait surtout ce qu'elle pu voir également dorénavant, qui avait attiré son œil. Les quelques chemises de taille modeste, sans doute d'une enfant ou une adolescente, tombé a l'intérieur et dépassant grossièrement.

    - Tous le reste n'est que le fruit de mon analyse personnelle. En voyant son air encore un peu attaqué, il est facile de comprendre qu'il a bel et bien bu hier. Il n'a visiblement pas encore totalement décuvé. Il a un bon physique, et a pu forcément soulever l’attirail. Si les vêtements étaient étendu au milieu de la rue, il est également fort possible qu'il se soit retrouvé a se prendre le visage dedans en poussant la charrette, et en les retirant de sa vue, plusieurs d'entre elles sont tombés dans ce qu'il était en train de déplacé. Logique. Ce n'est qu'une hypothèse cependant.

    Il s'approcha de l'engin et retroussa ses manches jusqu'au dessus de ses avant bras, avant de passer les mains sous les poignets et essayer de la soulever, pour voir, ce qu'il fit sans difficulté. La belle pouvait voir facilement les muscles des avant bras de son homologue. Les bras d'un homme travaillant en extérieur.

    - Je suis certain que vous auriez pu le deviner en ayant les informations que j'avais en ma possession. Quand a son dos, c’était simplement le fait qu'elle n'a jamais réussis a lever les bras au dessus du niveau de sa poitrine. Je soupçonne une vertèbre abîmé, mais il faudrait la faire examiner par un vrai médecin. Vous êtes d'ici peut être, madame la diplomate ?

    Il tira l'engin hors du petit terrain, et commença a la pousser dans la ruelle d’où il venait pour la retourner a sa propriétaire. Ils allaient devoir se mettre d'accord pour un endroit ou l'entreposer, c’était au final le cœur du problème entre eux. Mais ça, ce n’était pas a lui de le gérer, c’était un problème qui avait besoin d'une intimité qu'il n'allait pas braver.

    - Je cherche un guide des lieux, a vrai dire, si vous etiez d'ici et que vous aviez le temps de me montrer quelques endroits agréables, j'en serais ravi. Qui sait, nous aurions peut etre l'occasion d'aider au milieu d'une autre dispute quelque part?

    Il sourit un peu en déposant la charrette sur le coté de la maison de la femme qui avait disparue a l'intérieur. Voila, il s'étira un peu, et il etait enfin libre comme l'air.
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  • Mar 3 Oct - 23:23

    « Voilà qui est plutôt cocasse… Votre sens de l’observation est effrayant. Êtes-vous sûr de ne pas avoir caché vous-même cette charrette ici afin d’offrir quelques commérages aux vaillantes ménagères de ce quartier ? le taquina-t-elle. »

    Elle marchait paisiblement à ses côtés, écoutant les heurts et chaos que provoquaient les roues sur le pavé. Cette charrette avait probablement plus de jours vécus dans les essieux qu’eux deux réunis. A moins qu’Archibald ne soit humain qu’en apparence ? Elle avait appris à ses dépends qu’un interlocuteur a priori aimable pouvait masquer toutes sortes d’appendices peu ragoûtants, généralement dédiés à la préparation de leurs adorables victimes. Démons, vampires, liches, loups garou… Même la poiscaille désirait votre mort. Voilà qui faisait tout le sel du Sekai : ne jamais savoir si vous insultiez sans faire exprès un être millénaire ou le simple tavernier du coin. Quant à son compagnon d’infortune… Quelque chose dans ses manières et son apparence ne faisait pas sens. Sa peau était délicieusement halée de soleil et si ses vêtements tranchaient avec les fripes communes du bas peuple, ils n’en étaient pas pour autant élimés à faire frémir d’horreur les couturières et gardiennes des bonnes mœurs. L’homme était d’ailleurs poli et doté d’un verbe relevé, caractéristique d’une vie antérieure dans certaines strates de la société. On ne devenait pas exactement cultivé en travaillant la terre chaque jour durant, exploité par le gouvernement et criblé d’impôts destinés à maintenir le niveau de pauvreté… Et la richesse des puissants.

    « Il serait mensonger de ma part de prétendre habiter ici. Je n’y viens qu’une à deux fois par an pour aider l’un de mes proches parents à se ressourcer. Vous lui auriez plu, d’ailleurs, ajouta-t-elle après un court silence, un aveu étrange dans le silence de la ruelle. »

    Si la discrète tendresse enchevêtrée dans sa voix était sincère, ces émotions s’évanouirent sur son visage comme une lointaine pluie d’été. Son grand-père aurait adoré la pertinence et la vivacité d’esprit d’Archibald. Il n’était en revanche nullement dans les intérêts de Rim de lui permettre d’échanger avec des personnes extérieures à sa cage dorée. Jusqu’au bout et pour la fin des temps, plus aucun individu, divinité ou contre-temps ne serait en mesure de lui faire le moindre mal. Mieux valait qu’il lâche prise et demeure dans l’écrin protecteur qu’elle avait façonné pour lui de ses propres mains…

    « J’ai toutefois une ou deux idées de lieux susceptibles de vous plaire. Vous ai-je déjà dit que j’envisageais une brillante carrière dans le tourisme ? Je vous en prie, précisa-t-elle sur le ton de la conspiration, n’en parlez pas à ma secrétaire, elle en ferait une syncope. »

    Elle se fendit d’une remarquable révérence, dévoilant ce faisant derrière sa silhouette l’ombre profilée d’une rue parallèle.

    « Si Messire Archibald, garant de la paix des ménages, sauveur des charrettes et des chemises, accepte de me suivre… »

    Un sourire renard naquit sur ses lèvres, ses prunelles pétillant d’une malicieuse bonne humeur.

    « Vous conviendrez cependant que tout travail mérite salaire. Vous avez de la chance, je ne demande rien d’autre que votre charmante compagnie et la franchise de vos réponses. Vous m’intriguez, Messire Sans-Nom, reprit-elle son innocente estocade verbale, vous n’avez pas exactement les atours de ma clientèle touristique habituelle… N’êtes-vous vraiment qu’un bon samaritain de passage ? »

    Naturelle et par trop spontanée, Rim s’était déjà glissée à ses côtés, passant ses doigts d’hirondelle sous son bras pour mieux s’accaparer ce dernier. Elle leur insufflait à présent une dynamique de marche tranquille, leurs bras entremêlés à la manière de deux promeneurs badinant. Ah ! Elle et ses péchés mignons, rien ne dérouterait les feux de son attention aiguillonnée par son insatiable curiosité. Il n’était pas reikois. Elle pensait posséder suffisamment de jugeote pour éliminer cette éventualité. Un citoyen de Melorn ? Ou un républicain ? En soi, rien ne l’empêchait non plus d’être un triton, résidant d’Aquaria. Quelle que soit sa véritable identité, il se montrait du moins systématiquement évasif…

    « Comprenez que pour vous montrer les meilleurs endroits, je me dois de comprendre vos besoins. Que venez vous faire sous la chaleur des îles paradisiaques ? Vous êtes en voyage d’affaires ? Là pour le plaisir ? Si vous n’êtes pas médecin, à quoi consacrez-vous votre temps libre ? »

    Elle tapota joyeusement son avant-bras de sa main libre, ne détachant ses prunelles de son visage que pour mieux repérer leur prochaine destination. Il y avait une divergence poignante entre les quartiers défavorisés desquels ils s’extrayaient, des magnifiques demeures qui florissaient à peine quelques mètres plus loin. Ces mètres étaient néanmoins suffisants pour dresser un mur infranchissable. Un carrefour plus loin, et les badauds franchissaient une invisible frontière, atterrissant sur des places baignées de lumière crue et d’espace dilapidé avec l’inconscience de familles riches n’ayant cure de se retrouver sur une île limitée… L’argent leur procurait toujours plus d’espace, là où d’autres en manquaient cruellement. Les résidences d’apparat grignotaient ainsi chaque jour un peu plus les masures collées serrées qui peinaient à tenir debout tant elles se marchaient sur les pieds. L’ombre et l’humidité y régnaient en maitres, apanages d’ordinaire réservés aux forêts denses.

    « Voilà l’endroit que je souhaitais vous présenter. Nous approchons. »

    Elle leur fit contourner l’imposant portique d’une bicoque oubliée et ils débouchèrent brutalement sur un décor idyllique. Un sable fin filé d’obsidienne avait repoussé dans les eaux une kyrielle de galets blancs d’une jolie rondeur. Leurs entrechocs dans l’écume passagère des vagues créaient un son régulier agréable à l’oreille, parfois étouffé par la brise océanique. Le lagon était d’une belle teinte bleutée translucide, au sein duquel affleuraient des roches marines zébrées de coraux plus aventureux que les autres. Il n’y avait surtout pas âme qui vive dans les parages malgré l’heure propice aux baignades et l’aspect calfeutré de cette plage coupée de tout regard indiscret.

    « Elle n’est pas très grande, j’en conviens. Mais elle est protégée par la colline juste à notre gauche qui la masque aux touristes. Et surtout… Il s’agit de sable noir volcanique. Je suppose que les courants marins le conduisent à s’échouer ici en toute petite quantité. Les gens du coin appellent ce lieu l’Abyssale. Elle est en outre le symbole même de l’iniquité rampante dans les îles… Beaucoup de règlements de compte se produisent ici à l’abri des regards, et personne ne s’en soucie. Vous n’entendrez aucun de mes gracieux confrères de la noblesse parler de l’Abyssale et de ce qui s’y passe. »

    Elle avait énoncé tout cela d’une voix neutre, reposant cette fois ses iris dans le regard impénétrable de son interlocuteur. Qui était-il ? Qu’était-il venu faire dans les îles et comment se positionnait-il dans tout ce marasme de pouvoirs contraires… ?
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  • Dim 8 Oct - 22:06
    Elle etait bien curieuse cette petite, mais ce n'etait pas lui qui allait le lui reprocher. Il etait l'un des pires exemples en la matiere, et il venait justement de literralement faire le tour du monde uniquement pour assouvir légèrement cette sensation d’insuffisance. Il voulait toujours plus, avait besoin de plus. Et a chaque fois qu'il avait la sensation, qu'enfin, il avait touché du bout du doigt cette sensation de satiété, un nouveau creux venait ouvrir son estomac, le poussant a continuer plus loin. En observant la rousse, il se voyait lui, et il sentait son ventre gronder. Comme pour chaque élève qu'il avait côtoyé, chacun avec sa propre histoire. Il voulait en savoir plus. Augmenter sa connaissance. C’était ainsi que la vie se devait d'etre vécue, sans routine, en sortant de sa zone de confort. Il l'avait vite compris, sur les routes.

    - Vraiment, dans le tourisme ? Alors que j'avais cru avoir a faire a l'inexorable enquêtrice de l’île. Voila qu'en plus elle fait des visites pour les visiteurs. Ma bonne étoile ne m'a pas quitté.

    Il ne fit aucun commentaire a la phrase lourde de sens qu'elle avait fait quand a la personne qui aurait aimé le connaître. A son age, Archibald n'avait pas encore connu la tristesse de perdre un parent. Ses parents etaient encore de ce monde, dieu sait pour combien de temps, et ses sœurs allaient toute très bien. Ils n'avaient jamais connu ses grands parents, et ils n'avaient aucune famille annexe. Pas d'oncles ou tantes, pas de cousins. C’était assez simple a vivre ainsi, de son point de vu.

    - Et bien si la seule monnaie d'échange et le dialogue, vous serez heureuse de savoir que je suis un intarissable bavard. Par exemple figurez vous que j'ai écris un courrier de trois pages concernant mon repas que j'ai pris sur le bateau en venant. Je pense que ma pauvre mère, quand elle lira ces lignes, va très très probablement jeter la lettre au feu avant de lire, dans ses dernières lignes, ou je me trouve actuellement. Ironique, n'est ce pas ?

    Il la laissa s'accrocher a son bras, appréciant sans honte la chaleur féminine qu'elle venait de lui offrir. Il avait eu son lot de femmes dans sa vie, sans que son cœur n'ai jamais pu accepter de passer a plus qu'une simple affection. Enfin, en l’occurrence, elle devait avoir vingt ans de moins que lui. Ça aurait était normal pour une histoire d'elfe, mais entre deux humains, c’était un peu différents. Enfin, il avait vu des choses étranges partout dans le monde, et il ne parlait pas des peuplades et des clans qui aimaient bien gérer ça « en famille ». Du coup, il gérait au cas par cas.

    - Oh, j'ai bien un nom. Comme tous le monde. Mais c'est quelque chose que je garde généralement pour moi. La puissance d'un nom est quelque chose d’extrêmement dangereux et qui me légèrement mal a l'aise. Bien que professionnellement je me doive de l'exprimer, quand je suis en voyage, je reste dans le plus simple apparat, si je puis dire, sans mauvais jeux de mots !

    Il écouta la question suivante mais ne répondit pas immédiatement, il avait plutot les yeux fixés sur l'horizon dont ils approchaient. Elle dévoila le petit passage, alors qu'il se rendit compte qu'il n'y avait quasiment plus qu'eux. A tout moment il était tombé dans un affreux guet append ou ils allaient lui tomber a dix dessus, c’était possible. Enfin, il ne sentait aucune magie autour d'eux et c’était donc peu probable, mais il fallait s'attendre a tout dans ce bas monde !

    - J’espère que vous ne me conduisez pas dans un coupe gorge, cher demoiselle.

    Il ricana un peu, en passant l'ouverture pour se retrouver comme coupé du monde. Il resta ébahit, comme il l’était toujours, malgré les innombrables découvertes qu'il avait fait en ce bas monde. C’était un lieu teinté de magnificence mais aussi de mélancolie, et il aurait presque pu dire, avant qu'elle ne l'évoque, que le sable était teinté de sang. L'aura des lieux le frappa, et il resta immobile, silencieux, observant la mer transparente.

    Il croisa les bras dans ses manches, les unissant en un seul ruissellement de tissu, baissant les yeux pour observer les pupilles de sa guide. Elle le fixait, comme pour essayer de lire dans son esprit. Mais il n'avait, de son point de vu, pas assez a dire pour être totalement intéressant. Elle perdait un peu son temps. Qui était il ? Un professeur émérite de la plus grande académie du monde ? Un voyageur curieux qui avait essayer d'étancher sa soif de découverte ? Son futur collegue, peut etre ami, devant faire passer les intérêts d'une nation a celle ennemie, sans pour autant se faire marcher dessus par la politique écrasante de la Republique ? Tout ça a la fois. Mais en ce moment, il n'etait qu'un homme perdu devant une nature fracassante.

    - C'est juste de la curiosité, ou vous attendez autre chose de ma part ?

    Il reprit finalement la parole, et la marche, l'entrainant par le bras comme une enfant, en la laissant pour la premiere fois prendre conscience de la force physique qui émanait de lui. Il ne serait jamais un guerrier, et pourtant il disposait d'une force brute impressionnante. Des bras de travailleur, de paysans, suivi par son incroyable force mentale. Il etait quelqu'un, en ce bas monde, au final.

    - Je suis paysan a l'origine. Et puis...j'ai été professeur.

    Il se demanda si elle n'avait pas plus de connaissance sur lui que ce qu'elle voulait bien avouer, et qu'elle n’était pas en train de le cuisiner. Dans l'absolu, ce n’était pas très grave. Mais il aimait bien garder les devant dans les conversations. Une petite habitude du professeur qu'il était, avoir le dessus dans l'échange, garder le contrôle. Si l’élève vous manipulait, c’était la fin de votre rôle de professeur, vous ne pouviez plus faire progresser qui que ce soit.

    - Vous etes vraiment uniquement ici pour voir quelqu'un ?

    Il connaissait son metier de toute maniere. Il relacha gentiment son bras et tomba assit dans le sable, sans aucune gene. Bien loin de certain bourgeois qui n'aurait jamais accepté le contact du sable. Lui avait envie d'avoir les pieds dans l'eau. Il tomba meme allongé, les yeux fermés, les mains derriere la tete.

    - Je suis la par curiosité. Je vais bientôt avoir de nouvelles responsabilités professionnelles voyez vous ? Et je me refuse de faire quoi que ce soit en restant dans l'ignorance. La parole de certaines personnes qui n'ont aucune idée du réelle, je n'aime pas ça. Alors je suis venue ici, après avoir voyagé dans le monde entier. Car je veux connaître les gens, le monde, et son histoire.

    Il sourit un peu plus. Pour pouvoir lier les gens entre eux, il fallait les connaître, et pour lui, c'etait la toute premiere mission d'un diplomate.

    - Connaissez vous les gens, dame Casris ? Vous avez essayé tout a l'heure. Ca n'a pas marché. Mais ce n'etait pas si mal. Car vous avez fait l'effort de leur tendre la main. En dehors du cercle de ces gens qui regardaient, cachés les uns derriere les autres. Derrière les sourires et les commérages. Vous avez agit. Ce n'est pas rien.

    Il leva un bras, et désigna le ciel. Ou bien la mer. Ou bien l'ile, ou le monde.

    - Que feriez vous, pour arranger les choses ici ? Qui sont les coupables ? Qui sont les victimes ? Que devrait faire la Republique pour que cet endroit murisse ? Quelle est votre idée de la question, cette ile a t'elle meme un probleme ?

    Il etait curieux de son avis.
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  • Sam 14 Oct - 15:31

    Elle l’observait, ses iris posées sans détour sur cet homme appesanti de mystères, un éclat feutré de chalcocite qui s’était entremêlé d’or à la faveur des reflets sur la mer. Elle le savait en cet instant comme un animal perçoit la subtile électricité de l’air, un destin tragique attendrait le moindre outrecuidant qui aurait l’idée farfelue de les agresser sur le sable de l’Abyssale. Elle était par trop fauve pour ne pas saisir cet instinct primaire, la conscience diffuse que l’homme qui l’accompagnait n’était pas dénué d’armes. Qui était-il ? Une interrogation entêtante qui ne trouverait pas de réponse aujourd’hui. Il fallait être fou ou assuré de ses capacités pour parcourir l’entièreté du Sekai seul et à pieds, sans la moindre lame apparente de surcroit. Or, Rim croyait peu aux miracles. Sa foi résidait davantage dans les preuves inaliénables de faits concrets, et, elle devait bien l’avouer, dans son sixième sens de bête assoiffée. La part drakyn de son corps effleurait des yeux la stature d’Archibald, brûlant d’un sang rongé d’envie qui n’avait guère de patience envers un parfait met charnel. La plupart de ses congénères vivaient jusqu’à 250 ans et elle ignorait elle-même si sa moitié héréditaire n’allait pas corrompre son éphémère humanité… Pour ce qu’elle en savait, elle était partie pour conserver ses trente ans durant une petite cinquantaine d’années.

    « Professeur est en effet un métier qui vous va comme un gant, constata-t-elle à l’aune d’un sourire sibyllin. »

    Le plus curieux était qu’elle ne se sentait nullement en danger. Il l’avait taquinée quant à l’existence d’un potentiel coupe-gorge, mais l’inverse était plus crédible. Elle ignorait tout de lui – a contrario elle ne lui avait rien caché de son identité. Elle n’était pas exactement une faible jeune femme isolée compte tenu de ses dons naturels et de son éducation militaire, elle ne se leurrait pas toutefois sur les aptitudes d’un homme qui n’avait pas retiré une égratignure d’un long voyage à travers le monde. Il ne se donnait aucun faux-semblant et cela plus que toute autre chose était un avertissement limpide… Même pour un professeur, il possédait donc un profil atypique. Mentait-il ? Elle ne le pensait pas. Il la passionnait de toute manière. Il s’était diligemment laissé conduire dans cet écrin de grains sombres, patient, doux et amène avec elle lorsqu’il lui aurait été aisé de lancer les hostilités. Heh, ce n’était sans doute pas pour la mordre la seconde suivante ?

    « Vous avez un parcours… Original, je dois dire. Mais j’aime votre façon d’appréhender vos nouvelles responsabilités. Je partage votre point de vue. Je ne vous apprendrai rien j’imagine en confirmant que je ne suis pas uniquement là pour mes proches… Plutôt pour une raison similaire à la vôtre. »

    Elle lui offrit un clin d’œil amusé, acceptant de bonne grâce les coups d’avance de son interlocuteur. Il lisait en elle comme dans un livre ouvert et elle ne s’ombrageait nullement de sa fine intelligence sociale. Voilà qui facilitait grandement leurs échanges et lui épargnait la nécessité de verser dans le politiquement correct. Elle pouvait être elle-même sans aucune contrefaçon ni risque de vexer le socle solide et rassurant de cet homme embelli par les années. Il devait avoir eu son lot d’adolescents rouspétant et absolument imbuvables… Il n’était plus à une garce près, surtout lorsqu’elle se prétendait diplomate.

    « Connait-on jamais vraiment les gens ? reprit-elle l’une de ses précédentes interrogations. Vous par exemple. Je ressens de l’attirance à votre égard et je n’ai pas eu l’once d’une hésitation à vous entrainer dans un endroit extrêmement louche où personne ne retrouverait ma trace avant plusieurs heures. Cela implique une certaine confiance innée en l’image que j’ai de votre personne. »

    Elle s’était avancée jusqu’à lui, son regard déroutant amarré à ses iris sans l’ombre d’une timidité. Elle s’assit à son tour à même la plage, plaquant la blancheur de sa tunique contre ses cuisses pour mieux ramener ses longues jambes contre elle.

    « Pourtant, je viens seulement d’apprendre que vous avez fait de votre remarquable pédagogie votre carrière et que vous vous apprêtez à évoluer vers d’autres horizons. Votre nom n’appartient qu’à vous – et à votre chère mère qui ne lira jamais la fin de vos lettres. Non, tout cela me fait dire que les relations sont bien davantage une affaire de saut de la foi qu’une affaire de connaissances. Nous pressentons quelles âmes sont les plus susceptibles de nous accompagner tout au long de notre existence. Quelles âmes sont fragiles, lesquelles sont agressives. Et nous affinons ce sens depuis notre enfance grâce à notre entourage. »

    Elle ôta les lanières de ses sandales, posant négligemment ses chaussures sur le côté pour mieux enfouir la plante de ses pieds dans le sable chaud, ourlé de soleil. Un soupir bienheureux franchit ses lèvres, savourant cet agréable tapis de grains brûlants sous le velours de sa peau.

    « Ce n’est cependant pas une science exacte et le comportement de certains êtres millénaires me fait dire que les années vécues ne sont pas forcément l’assurance de mieux comprendre les autres. »

    Elle rit, la gorge offerte dans toute cette lumière crue, ses lèvres dévoilant un éclat de dent blanche.

    « Pardon, je devrais résumer tout ceci par un merci. Merci de m’encourager dans cette voie et de souligner mes efforts. »

    Ses mains s’aventurèrent à la lisière de la plage, là où le sable noir s’était gorgé d’une ancienne vague oubliée. L’eau avait laissé un liseré d’écume sur cet étrange matelas, veinant l’obsidienne de stries arrachées par une invisible force aquatique. Elle ramena sa trouvaille contre son giron, préservant avec délicatesse la rondeur d’une sphère de sable humide dans le creux de ses mains.

    « Je ne crois pas en l’existence d’une réalité manichéenne. Rien n’est ni tout noir, ni tout blanc. Regardez cette plage… Même le sable volcanique est un mélange de grains entremêlés de coquillages et des entrailles de l’océan. Il contient une multitude de couleurs dont nous ne soupçonnons pas même l’existence. Je crois qu’il n’y a ni coupables ni victimes. Que tout ceci n’est que le résultat de l’avarice des uns et de la mortalité des autres.

    Ne sommes-nous pas tous là pour désespérément survivre ? Nous ne pouvons parvenir à ce résultat qu’avec les armes que nous confère notre éducation. Vous qui êtes professeur, vous ne me contredirez peut-être pas sur ce point… Les habitants de ces îles tout comme la République utilisent uniquement ce qu’ils connaissent pour se sécuriser le plus facilement possible, et cela passe par la violence, la corruption et l’emprise sur autrui.
    »

    La sphère se fendit d’une vaste griffure, asséchée à vue d’œil par le soleil omniprésent. De structure consolidée, elle revint au stade de sable sec et fluide, s’égrenant entre les doigts fins de leur sculptrice impuissante. Cela formait une pluie d’or sur sa tunique et sa création ne fut bientôt plus qu’un petit lac désagrégé dans la paume de sa main.

    « Cela ne signifie pas que le problème n’existe pas et que nous ne pouvons rien faire pour contrer le courant de la flemmardise humaine. Je crois… Je crois que la République pourrait traiter ce territoire à l’égal de la Réserve Faunique. Que ces îles sont un joyau culturel, économique, social et naturel, et que nous gagnerions à en protéger les ressources en les utilisant avec parcimonie. Cela signifierait inclure la voix des populations locales dans nos décisions de préservation du territoire, car les commerces fleurissent bien mieux sur le long terme dans des circonstances favorables.

    Je ne vous parlerais pas non plus des taxes exorbitantes que nous pourrions imposer aux riches républicains qui s’accaparent l’endroit, et qui pourraient être en partie reversées aux locaux et non uniquement aux coffres du gouvernement…
    »

    Elle rit à nouveau, un rire cependant plus doux et pensif que le précédent. Elle frotta ses mains l’une contre l’autre et étreignit ses jambes repliées contre elle, posant machinalement sa joue contre ses genoux pour mieux observer Archibald. Son chignon s’était pratiquement défait, une constellation de mèches flammes chatouillant ses bras et recouvrant sa nuque d’une chevelure houspillée par la brise. Sa lippe se fendit d’un charmant sourire, fouillant les traits de son interlocuteur de ce drôle de regard pétillant.

    « Excusez-moi, vous avais-je prévenu que j’étais une concurrente redoutable en matière de bavardages ? D’où venez vous, cher professeur, qu’il vous faille ainsi parcourir le monde à la recherche de la véracité de l’histoire ? Vos précédentes expériences professionnelles ne vous épanouissez plus entièrement ? Quelle promesse d’embauche pousse un homme à marcher des kilomètres et à revoir entièrement ses connaissances du Sekai ? »

    Elle eut une moue espiègle et ajouta derechef :

    « Souvenez-vous, je fais actuellement un saut de la foi pour vous... »
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    Anonymous
  • Dim 22 Oct - 13:39
    Elle reprit la parole, lentement, et il fut légèrement surpris par la façon de parler de la jeune femme. L'avait il légèrement sous-estimé ? Il etait désormais moins surpris qu'elle ai également obtenu le poste qu'il allait bientôt occupé. D'égal a égal, collegue de travail, ou plus, étant donné qu'elle donnait l'impression d’être une sirène l'ayant conduit dans un lieu isolé, au fond des flots, pour pouvoir le dévorer a sa convenance. Elle souriait beaucoup, laissait échapper les notes claires de sa voix, et n'avait aucune honte, aucun doute, quand au fait de révéler sa pensée.

    - Vous soulevez des points intéressants mademoiselle....a tel point que je commence a me demander si tout cela n’était pas un coup monté pour m'attirer ici.

    Il posa les yeux sur elle, et les fit descendre plus bas, sur sa main, la ou le petit tas de sable s’était accumulé. Il observa son manège, joueuse, qui faisait évoluer de façon limpide ses désirs et ses pensées. Bientôt le sable se modifia d'apparence, pour venir s'écouler vers le reste de leur existence. Quand au reste, qui recouvrit en partie la tunique de son interlocutrice, il prit un air faussement choqué par le fait qu'elle se salisse ainsi. Il leva la main, et aussi, un petit courant d'air agréable vint lui caresser la peau et les vêtements, éparpillant le sable pour rendre de nouveau ses vêtements immaculés.

    - Je n'ai rien contre les femmes bavardes, tant qu'elles ont des choses a dire. Et vous, vous, vous avez l'air d'avoir énormément a partager. J'aime cet aspect de votre personne.

    Il avait petit a petit atteint une analyse assez similaire, en faisant ce long voyage d'est en ouest, de nord en sud. Les gens étaient partout différents, et pourtant effroyablement similaire. Les cultures séparaient, mais l'humanité, l'instinct, les rendaient tous identique. Au final, elle, comme lui, sur cette plage, ils partageaient une existence similaire. Et si la race, le sexe, les connaissances, l’expérience de vie pouvait les séparer, dés la première situation un peu sensible, qui pourrait faire ressurgir leurs instincts les plus primaires, ils redeviendraient identiques dans la tourmente.

    - Vous fumez, mademoiselle ?

    Il aimait bien les bons cigares, bien que c'etait compliqué de s'en procurer. Il sortit d'une sacoche qu'il portait a sa ceinture, sous son manteau, un cigare fin, et l'alluma d'une simple pression magique, sans faire aucun geste supplémentaire pour faire se consumer l'objet. Mais il ne la porta pas a ses lèvres. A vrai dire, depuis le début de son voyage, il n'avait quasiment pas fumé, a part une ou deux soirées avec des gens qui partageaient sa table, ici ou la.

    - De mon coté, je pense que la vie, ça ressemble a ça.

    Il désigna l'objet dont le bout etait rougeoyant, incandescent, faisant rappeler la belle chevelure de sa partenaire. Il resta silencieux, alors que, très lentement, le papier contenant le tabac commençait a s'effriter. Et puis soudainement, il agita légèrement la main, la braise s'activa, accélérant le processus.

    - La plupart des gens vivent dans l'immobilisme. Il n'y a pas de gentils ou de méchants. Il y a les actifs et les passifs. Ils n'ont pas grand chose. Ni en bien, ni en mal. N'ont aucun soucis, et vivent une vie plus longue que la moyenne. Mais tout est lent, plat. Et soudainement, arrive quelqu'un d’extrêmement actif. Qui bouge beaucoup. Sa vie passe beaucoup plus vite, et parfois, il est extrêmement heureux ou malheureux. Mais il n'est pas neutre.

    Le tabac s’était déjà consommé au trois quart, et son odeur légèrement musqué avait envahit l'air, dans le petit filet de fumé qui s'échappait vers le ciel.

    - Maintenant si les deux se rencontrent, que ce passe t'il ? Les gens immobiles voient ce mouvement comme une agression. En bien ou en mal, c'est un changement brusque. Certains ont peur et panique, d'autre se sentent dépassé. Mais il y a toujours un choc. Et puis, il y a la troisième catégorie.

    La cigarette s’éteignit soudainement, au passage d'un coup de vent étonnamment propice.

    - Il y a ceux qui n'ont pas les moyens de décider du type de vie qu'ils vont faire. Qui sont en dessous des deux autres, qui observent, et attende qu'on leur tende la main. Soit car ils ne peuvent pas le faire pour des raisons physiques, soit psychologique. Cette ile, c'est le parfait exemple. Il y a les gens lambda qui vivent la, qui sont gènes par les actifs, ceux qui viennent envahir l'ile du jour au lendemain. Et tout en dessous, ceux qui n'ont même pas le loisir de prendre la moindre décision. Quel est le résultat ?

    Il jeta la cigarette en l'air, qui commença a flotter dans l'air entre eux...avant de soudainement s'embraser dans une flamme intense, brève, faisant disparaître ce qui restait du cigare.

    - Piouf. Plus rien. Le choc provoque un mélange pas fait pour exister dans une seule entité. Et tout s'embrase. Pour ce que j'ai dis, comme pour ce que vous avez évoqué comme raison. Voila pourquoi je me retrouve dans vos mots. L’égoïsme, l'envie, la luxure, le pouvoir et l'argent. Le choc des cultures, ce sont toute les raisons humaines qui font qu'aujourd'hui, cette ile est au bord du précipice. Et ce sont des gens comme vous, mademoiselle, qui ont la charge de trouver des solutions. Pour que l'harmonie entre les différents types de gens reviennent. En clair, ce qu'il faut, c'est un guide.

    Et c’était bien le soucis avec la politique actuelle. Ils avaient changés la méthode de sélection du guide, en une véritable guerre entre les actifs pour savoir qui pourraient le plus représenter tout ce qui était un problème dans l'humanité. C'est pour ça qu'il s'en tenait loin. Il s’intéressait bien d'avantage aux personnes, au peuple, aux jeunes femmes pétrit de rêve et d'ambition comme celle qui lui faisait la joie d'égayer son après-midi.

    - Ne sautez pas trop de haut, je ne suis pas grand chose actuellement. On va dire que cette promesse...c'est pour un travail qui est assez similaire au votre. Voila pourquoi j'aime votre compagnie. Elle me permet de profiter de l'experience de mon ainée en la matiere.

    Il eu un sourire avant de retourner les yeux vers le rivage.

    - En espérant que, dans ce coupe gorge, mon ainée n'ai pas l'intention de me dévorer...avec le reste de nos ambitions.
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