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  • Mer 3 Avr - 14:23
    La lune était haute et semblait river son œil bienveillant sur une terre où résonnaient les rires guillerets d'un peuple qui, même face à l'innommable, refusait catégoriquement de ployer le genou. Bercé par une douce brise, les quartiers commerciaux de Courage étaient animés au delà du crépuscule et malgré l'horreur des récents évènements de Liberty, la vie avait déjà repris son court en dépit du tumulte et des retombées du cataclysme. Les Hommes de la Nation-Bleue, bien loin de ce que pouvaient penser leurs voisins belliqueux, tenaient à conserver leur fierté et à ne jamais se laisser abattre. Pour rire au nez des monstres façonneurs, vivre restait la seule bonne réponse.

    Courage, un nom qui portait en ces temps d'égarement des valeurs qu'il était bon de chérir.

    Marchands, voyageurs et taverniers s'affairaient ci et là, arpentant les rues pour s'adonner à ces tâches dont dépendait l'entièreté du pays mais au beau milieu de cet océan splendide, une observatrice silhouette se détachait du tableau telle une tâche d'encre versée par mégarde en plein centre d'une aquarelle. Vêtu d'un épais manteau noir dont le col s'étendait en une couronne de plumes d'ébène, l'être mystérieux avait emprunté l'apparence d'un jeune homme au teint de porcelaine, affublé d'une coupe brune en bataille et de quelques bijoux argentés témoignant d'un certain statut. Partiellement masqués par la fébrile lueur du soir, ses yeux intégralement noirs trahissaient sa nature chimérique.

    L'étranger s'avançait dans la foule avec une arrogante lenteur. Curieux et distrait, il accordait parfois à un vieux militaire un regard prolongé ou s'attardait en souriant aimablement sur le passage d'une mère sermonnant un fils qui n'avait pas respecté l'ordre d'un retour avant le coucher du soleil. Eternel explorateur, la bête accoutrée comme un Homme redécouvrait avec un plaisir toujours plus grand ce dont étaient capables les Républicains malgré la grandeur inqualifiable de ce à quoi ils étaient confrontés. D'abord Kaizoku, aujourd'hui l'atrocité de ce retour attendu de l'abominable régent des confins océaniques et pourtant, les chants et les rires ne s'étaient pas entièrement tus.

    Les bottes impeccablement lustrées de la créature métamorphosée cessèrent de fouler les pavés humides et, dans une élégante rotation, l'être diabolique riva ses iris charbonneux sur une planche de bois tenues par deux chaînettes et sur laquelle avait été inscrit le nom de l'établissement où son entrevue nocturne avait été prévue.

    "Le Chant du Large"

    Un joli choix de mots, se dit la créature avant de repousser d'une main l'épaisse plaque de bois faisant office de porte. La chaleur et les parfums de victuaille remplacèrent le vent glacial de l'extérieur et Rêve, après avoir silencieusement balayé les lieux d'un regard empli d'espoir, étira un grand sourire lorsqu'il aperçut à la lueur d'une bougie la silhouette de celui qu'il avait tant voulu revoir. Contournant d'abord une serveuse dont les bras étaient chargés de divers plateaux, l'habile illusionniste glissa ensuite en biais contre le dos d'un marin particulièrement imposant puis vint finalement se poster non de loin de l'individu attablé dans le coin de la pièce. Une faible lumière violacée s'empara l'espace d'un instant des iris obscurs du Démon et, avec une voix d'homme empruntée à un autre, il entama la conversation :

    "Je n'étais pas sûr que tu viendrais. Tu dois être particulièrement occupé, en ce moment."

    Pancrace Dosian, l'un des premiers être conscients avec lesquels Rêve avait eu l'occasion de passer du temps après s'être extirpé du voile séparant Songe et réalité. Physiquement, l'officier n'avait pas beaucoup changé et son air de renard malicieux n'avait rien perdu de sa superbe. Intérieurement, les choses devaient en être autrement. Rêve lui avait fait parvenir une lettre sur laquelle n'était indiquée qu'une adresse et à laquelle avait été ajoutée une petite plume aux reflets multicolores lui permettant de signer son message. Visiblement, ces maigres éléments avaient suffi pour permettre à l'enquêteur de trouver son chemin jusqu'ici. Pancrace se leva de sa chaise, sans doute pour offrir à son ancien compagnon d'infortune une poignée de main timide mais Rêve, débordant d'affection, en décida autrement.

    Avec une surprenante entreprise, le diable songeur écourta d'un pas la distance qui le séparait encore de son vis-à-vis et il l'entoura de ses bras, lui offrant une chaleureuse embrassade qui parut surprendre légèrement celui qui vint la recevoir. Après quelques secondes passées ainsi, Rêve s'éloigna de l'officier en posant ses mains sur les bras de ce dernier puis, avec un sourire affable, il lui dit :

    "Comment vas-tu, mon ami ?"

    Sans attendre la réponse, Rêve s'éloigna finalement pour venir s'installer sur le tabouret qui faisait face à celui de son invité. Les yeux rivés sur son interlocuteur, il ignora son environnement et par extension les regards en coin que leur jetaient quelques curieux. Désireux d'indiquer d'office qu'il savait ce que venait de traverser le pays natal de son compagnon, il renchérit immédiatement :

    "Te voir entier me rassure grandement. Je tenais également à t'adresser mes... condoléances, concernant votre dirigeante et sa vice-présidente. Je ne sais pas si le terme est adapté en ces circonstances, mais l'esprit y est, sache-le."

    Une jeune femme les approcha puis, une fois à portée de voix, elle demanda sobrement :

    "Vous désirez quelque chose, messieurs ?"

    Ne lui accordant qu'un bref regard, Rêve répondit aussitôt :

    "La même chose que lui, pour ma part."
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  • Dim 7 Avr - 15:40

    J’avoue que quand j’ai reçu la lettre, j’ai hésité à la balancer dans la cheminée et d’y foutre le feu puis de faire comme si les services postaux avaient fait n’importe quoi, comme à leur habitude. Mais j’suis pas persuadé que ça passerait, comme excuse, si le démon vient taper à ma porte pour me demander pourquoi je lui ai posé un lapin. Difficile de lui dire que j’ai pas envie de me faire bouffer l’âme comme les pauvres malheureux qu’on a laissé derrière nous sous forme de brocolis.

    Puis j’ai regardé d’un peu plus près la plume multicolore, et j’ai pas pu m’empêcher de me rappeler, outre l’enquête interrminable, l’instant hors du temps qu’on a partagé sur les toits de Courage, à surplomber les nuages, à picoler, et à discuter. Sans compter le voyage fantastique et fantasmagorique auquel j’ai eu le droit avant de m’endormir comme un bébé. De la magie démoniaque là-dessous, c’est sûr, mais mon âme est encore là, en bon état a priori, et même la lettre anonyme que j’ai lâchée au politicien qui m’avait envoyé en mission est pas revenu me mordre le cul.

    Bref, l’expérience a pas été si mauvaise, si on omet la peur qui me tenaillait tout du long à savoir qu’un démon onirique avait le même objectif que moi. Tout seul, j’aurais salopé la recherche à la première difficulté, et tant pis pour Hortensia... Hortense ? Un nom de fleur, en tout cas. Mais c’était aussi plaisant de se sentir soutenu par un allié de poids pour aller jusqu’au bout, même si ça m’apportait pas grand-chose, et que j’me suis quand même arrêté avant la fin.

    On peut pas lutter contre le système de toute la nation tout seul, surtout quand c’est mon boulot de le maintenir en place.

    Puis même, j’en ai pas réellement envie.

    C’est comme ça que j’me retrouve assis face à Rêve, dans une taverne de Courage, après qu’il m’ait brièvement enlacé. Son apparence n’a plus rien du démon aviaire ou canin, et c’est un humain un peu étrange, à la sclère aussi noire qu’une nuit sans lune, qui me fait face. Pour avoir envoyé un courrier, par rapport à la créature qui maîtrisait pas les concepts de justice, de loi, ou d’obligation, la société et le monde civilisé ont indéniablement imprimé une trace en lui. J’me demande ce qu’il est devenu après qu’on se soit quitté, une question que j’ai évité de me poser jusque-là. J’ai pas entendu parler de dingueries, mais ça veut rien dire : la plupart des gens savent probablement pas qu’il ait intervenu dans mon enquête.

    Faudrait que j’tire ça au clair aussi, p’tet, quand même.

    Un peu destabilisé par sa familiarité, quand même, j’réponds dans le désordre.

    « Euh, deux pintes de blonde, alors. Pas l’Oie, l’autre.
    - La Bête ?
    - Ouais, celle-là.
    - Très bien ça arrive tout de suite. »

    J’la remercie d’un hochement de tête, avant de reporter mon attention sur Rêve.

    « Ca va, on est occupé mais c’est gérable, à peu près. Merci pour les condoléances, encore que les choses ont déjà l’air de se tasser. Au final, tout continue un peu comme avant, par inertie pure. Pour ce qui est de l’Assemblée et du Titan... On verra, j’dirais qu’on lèche nos blessures pour l’instant. »

    On peut difficilement faire mieux, j’suppose.

    « Moi, ça va bien, en ce moment. J’ai survécu et j’suis bien portant, donc que demander de plus ? »

    Puis y’a les choses avec Sixte qui prennent tournure, et mon regard devient légèrement lointain avec un vague sourire quand j’pense à la petite demie-elfe. Puis j’me recentre sur le démon qui me fait face, alors même que nos bières arrivent. J’pose quelques pièces sur la table, encaissées prestement, avant de revenir à la conversation.

    «Tu avais disparu sans rien dire, au petit matin. Il s’était passé quelque chose, ou t’étais juste attiré ailleurs ? »

    Est-ce qu’il hante des gens fugacement avant de disparaître faire la même chose un peu plus loin ?

    « Je sais même pas si t’es resté à Courage. »

    M’est avis que non, je l’aurais appris, si un démon s’était mis à traîner avec tous les traîne-savates du quartier. Et, en posant mes questions, j’me rends compte d’un truc : j’ai pas peur. Ou, en tout cas, pas la peur que j’avais ressenti initialement, il y a plusieurs mois, quand on avait mené l’enquête. J’essaie de disséquer les raisons en buvant une gorgée. Forte sans être inabordable, blonde tirant sur l’ambrée, ou l’inverse, je sais plus. Il m’était rien arrivé la dernière fois et j’vois pas Rêve me donner rendez-vous pour boire mon âme. Il aurait meilleur temps de passer par la fenêtre de ma piaule et le faire dans mon sommeil.

    Puis, surtout, les bribes de bouquins interdits qui descendent parfois de Magic, mêlés à ma brusque progression dans l’utilisation des arcanes, ça donne un peu confiance : j’ai pas survécu par hasard à Kaizoku et Liberty, ni à toutes les saloperies que j’ai pu avoir entre-temps. Enfin, pas que par hasard. Si, auparavant, avec Gunnar, on sortait vaguement du lot de l’officier républicain classique, j’peux difficilement prétendre que c’est encore le cas, après m’être retrouvé coude à coude avec Mortifère contre l’Avatar de Kaiyo.

    Du coup, la peur est remplacée par une saine méfiance paranoîque : ça reste un démon, je le connais pas si bien, ou plutôt même très peu, et j’sais pas exactement ce qu’il me veut.

    Toi, ça va ? »
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  • Mar 16 Avr - 0:16
    Le sourire de Rêve s'affirma encore davantage et lorsque Pancrace lui révéla quelques détails concernant la façon qu'il avait d'accuser le coup après le cataclysme, le Démon se contenta d'opiner mollement du chef, ce avec une évidente sollicitude. Son invité fit allusion à leur vieille histoire en commun, ce qui ne manqua pas de raviver chez la chimère de forts agréables souvenirs. Malgré la noirceur de leur enquête, la folie de l'aventure avait en ce jour gagné le diable songeur et il en tirait au final de joyeuses pensées. Face à l'interrogation de l'officier, Rêve abaissa ses yeux d'encre en direction des arabesques qui striaient le bois de la table et répondit à voix basse :

    "Attiré ailleurs ? Oui, probablement. J'estimais inconvenant de t'imposer plus longtemps ma présence, je suppose."

    A vrai dire, il ne s'en souvenait pas. Toujours porté par d'imperceptibles courants, le Marchand de sable voguait autant au gré de ses envies que des quêtes mystérieuses qu'il s'attribuait occasionnellement. Son esprit de découverte ne connaissant aucune forme de limite, il avait tendance à se détacher prestement des mortels, même lorsque ceux-ci figuraient parmi ses rêveurs favoris. D'un ton légèrement absent, il répondit ensuite :

    "J'ai arpenté le monde entier depuis notre dernière rencontre. Comme les Hommes dont je m'inspire tant, j'ai grandi, je me suis assagi. Je ne suis plus tout à fait celui que tu as connu."

    Le changement, l'évolution, l'expansion vers le futur. Rêve abhorrait l'immobilisme et ne trouvait d'intérêt que dans la croissance des songes, des aspirations et des espoirs de ceux sur lesquels il posait son regard. Seuls les morts stagnaient, après tout.

    Une autre question, plus personnelle et formulée avec amabilité, vint tirer Rêve à sa distraite inspection des aspérités de la table. Ses obscurs iris se levèrent pour croiser ceux de Pancrace et le Démon fut charmé d'y trouver un savant mélange d'intérêt, de doute et peut être une once de réelle volonté d'en apprendre davantage l'état moral de son vis-à-vis. Cela ne manqua pas d'enchanter le concerné qui, avec un enjouement renouvelé, posa ses coudes sur la table avant de croiser ses doigts entre eux pour répondre :

    "Je suis ravi de savoir que tu t'en soucies, Pancrace."

    S'il était pleinement sincère dans ses propos, il accorda toutefois à l'officier une œillade trop appuyée, trop prolongée. Comme souvent lorsqu'il était véritablement perturbé ou surpris par une nouvelle, Rêve s'immobilisa d'une façon intégrale et surnaturelle, conférant à son enveloppe déjà trop peu humaine l'aspect d'une statue de cire saisissante de réalisme mais angoissante au demeurant. Puis, aussi subitement qu'il s'était immobilisé, Rêve reprit toute sa vivacité et son humanité feinte pour continuer son discours :

    "Je me suis découvert une nouvelle vocation, plus adaptée à ma nouvelle condition ainsi qu'aux obligations qui viennent avec l'obtention d'une enveloppe physique. Mon essence reste la même, mais la nature de mon œuvre change avec le temps. Mes errances m'ont mené jusqu'au Reike, où j'ai d'ailleurs eu la joie de t'apercevoir lors de festivités pour le moins... atypiques."

    Les bières finirent par arriver jusqu'à leurs tables et Rêve, en dépit de toute attente, extirpa de son veston un trio de piécettes, un paiement largement suffisant pour couvrir l'entièreté de leurs maigres dépenses. Qu'il était loin aujourd'hui, ce Diable innocent qui n'avait découvert l'Homme qu'au travers de leurs songes.

    Le Démon posa la pile sur la table et lorsque la serveuse lui jeta un coup d'oeil, il lui fit un signe de main pour lui signifier qu'elle pouvait garder l'excédent. Elle offrit en guise de remerciement une risette plaisante ainsi qu'un geste de salutation avant de s'éclipser avec empressement, son plateau sous le bras. Rêve pointa son index aux ongles anormalement affutés vers l'une des chopes et cette dernière, par télékinésie, glissa jusqu'à atterrir dans la main du républicain. Le diable ramena la sienne à lui par le même procédé et reprit, sans s'intéresser particulièrement à sa boisson :

    "As-tu déjà entendu parler des terres nordiques du Reike ? C'est un lieu où la vie est particulièrement rude et même si l'Empire s'évertue à acheminer ses ressources même dans les recoins les plus reculés de sa zone d'influence, il existe encore des hameaux où les victuailles ne viennent jamais. Ces grands oubliés, ceux qui se meurent à l'abri des yeux du couple impérial, j'ai pris la liberté de venir les choyer..."

    Il baissa les yeux vers le contenu de son verre et s'y perdit quelques instants. Son doux sourire s'affaissa légèrement et il enchaîna :

    "Il y a eu un premier village, délaissé et gris, que j'ai changé en un véritable coin de paradis. L'Empire n'a pas tardé à s'y intéresser et m'a envoyé son plus terrible représentant : la Griffe."

    Il marqua une brève pause. S'il percevait les émotions différemment du commun des mortels, il accusait néanmoins cette erreur de parcours comme un échec. Loin d'être profondément affecté, il avait été partiellement déçu par l'horreur de cet épisode, car il n'en avait été que témoin et non concepteur :

    "Ils sont tous morts, Pancrace. Les villageois, ces trésors pleins de vie et d'espoir, ont tous fini brûlés vifs ou écorchés par les lames impériales."

    Les yeux de l'être métamorphe retrouvèrent ceux de Pancrace, cherchant à décrypter quel sentiment pouvait susciter une telle révélation chez le mystérieux représentant de la Nation Bleue. Il conclut :

    "Je ne m'en suis pas voulu, car ils m'ont suivi de leur plein gré et sont morts avec la certitude d'être aimés; mais je ne peux m'empêcher de penser que j'ai... fauté, d'une certaine manière ?"

    Il n'avait pas tant grandi que ça, au final.

    "Qu'en penses tu, toi ? Ai-je eu tort de vouloir atténuer leurs tourments ?"
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  • Dim 21 Avr - 12:25

    Difficile de s’empêcher d’évaluer le corps humain qui me fait face. Si certaines mimiques et attitudes dénotent soit d’une personne clairement bizarre, soit de la consommation de produits stupéfiants, savoir que c’est en réalité un démon sans forme clairement définie derrière fournit un éclairage tout à fait différent. J’me demande si certaines attitudes qu’il affecte, certains gestes qu’il fait, sont pas repris ou hérités de quelqu’un d’autre. L’air de rien, j’me demande si j’risque de retrouver une part de moi au détour d’une question, dans un sourire, un clin d’oeil, un mouvement de la main ou des doigts, à l’instar d’un miroir un peu déformant mais qui retient quand même l’essence de ce qu’il reflète.

    « Oh, euh, ouais, vrai qu’on était arrivé au bout de l’enquête... »

    Pas vraiment, en réalité, mais au bout de ce que je m’estimais capable de faire : hors de question d’aller servir davantage de pion entre deux politiciens qui se mènent une guerre interposée. C’est un coup à faire une mauvaise rencontre après le service, dans une ruelle obscure. Donc ouais, un courrier anonyme délivré par un garçon coursier en échance d’une pièce de cuivre, sous métamorphose, et on laisse toute cette affaire dans les méandres des souvenirs. Est-ce que, si ça se représentait maintenant, j’irais vraiment au fond des choses ?

    Franchement, je crois pas.

    « Ah, ouais, le voyage. J’suppose que t’as dû voir de sacrées choses et rencontrer de sacrées personnes. J’ai pas eu la chance de beaucoup voyager, toujours pris dans le quotidien, puis j’me sens pas si mal ici, au final... »

    J’ai quand même fait un tour au Reike. C’était très différent, puis le sable, la chaleur et les djellabah, hein... Mais j’enchaîne tout de suite.

    « J’suis bien curieux de savoir qui a pu t’assagir, tiens. »

    Ca se trouve, y’a un officier répu... impérial ? Qui lui a montré et expliqué des trucs. Ça serait marrant. P’tet même qu’il a poussé jusque dans les terres dévastées de Shoumeï, pour parler avec les hordes de monstres et les rares survivants qui s’y accrochent. Y’a Maël, Sancta et Benedictus, des trucs autour de l’Arbre-Monde qui impressionne plus personne à mon avis. C’est un coup à devenir dépressif. Ça me rappelle la naine commerçante ambulante. Ça m’avait un peu donné envie d’aller visiter le monde, d’y voir les gens et les paysages et les moeurs et les vies.

    Même le Reike a pas suffi à mettre un terme à cette ambition un peu vague.

    Pour Rêve, vu qu’il a été manifesté dans ce monde avec déjà les capacités et l’indépendante d’agir et réagir, j’suppose que le sentiment d’appartenance est déjà beaucoup moins présent. Alors que moi, mes racines, c’est la République, ça m’imprègne. C’est probablement moins le cas quand on est pas dans un corps d’armée ou qu’on survit comme on peut, mais faut bien dire que c’est pas mon cas. Du coup, j’me verrais pas non plus vaquer à travers le monde à tout jamais, sans revenir à mes pénates. Marrant.

    Et marrant aussi sa façon d’exprimer très précisément ce qu’il ressent pour le communiquer. C’est pas le genre de trucs que la plupart des gens fait, de dire ces trucs-là. Hé, si ça permet de comprendre ce qu’il ressent sans devoir lire un visage dont les mouvements sont si différents, c’est pas plus mal, pasqu’il vient à nouveau de se figer au milieu d’un geste, son attention attirée par le jeune homme qui longe notre table pour aller s’asseoir. J’lui jette pas plus d’un regard, pour ma part : ses yeux à lui fixent la brune déjà assise, et il fait gaffe à pas renverser les deux verres et le pichet de vin qu’il trimballe.

    Des motivations plutôt claires, donc.

    Et on y revient, au Reike, avec son jour de la Force, son massacre de prisonniers et de coupables dans une arène pour amuser les foules qui se doutent pas qu’elles sont à quelques mots dans un codex de loi de se retrouver à la même place qu’eux. Ou du bon vouloir de leur empereur, qu’a pas forcément la vocation d’être un type sympathique et qui exsude le pardon. M’enfin bref, c’est pas le sujet.

    « Ah ben c’est dommage, on aurait pu se croiser. Enfin, tu m’diras, j’étais toujours fourré avec des gens, j’suppose que c’était ton cas aussi. »

    Par contre, le nord du Reike, à part qu’on s’y gèle les miches, et que y’a Melorn et les autres débiles d’elfes, j’en sais pas grand-chose. Même l’Empire s’y est pas intéressé avant la dernière guerre, c’est dire à quel point le coin doit être pourrave. Sûrement une étendue de sapins ou de steppe, des bestioles à chasser et à écorcher. P’tet que y’a des mines, aussi, et les galibots doivent être bien contents de pouvoir se foutre sous terre, là où il doit faire moins froid.

    « Des villages perdus... Et la Griffe... »

    J’avoue que j’aurais pu deviner la suite. Les parents la racontent à leurs enfants pour leur faire preuve, sois sage sinon la Griffe viendra t’emporter au Reike, et toutes les conneries qui vont avec. Evidemment, j’me sens pas du tout affecté personnellement par tout ça. J’dirais même que j’en ai plutôt rien à foutre. Si les barbares se tuent entre eux, grand bien leur fasse. D’un autre côté, à voir la mine triste de Rêve, j’peux pas m’empêcher de me sentir désolé pour lui. En République aussi, y’a des villages sacrément excentrés qui ont des liens très vagues avec l’état. Le contact se limite globalement à la visite annuelle des préleveurs de l’impôt, puis ça repart.

    On les visite aussi aussi, pour s’assurer que tout le monde est pas mort ou que y’a pas des brigands qui mettent le bordel dans l’arrière-pays. Autant dire que même si c’était le cas, vu que c’est leurs cousins, y’a peu de chances qu’ils nous racontent tout.

    «Ah. »

    J’temporise en prenant une longue gorgée de bière.

    « La vie, j’suppose qu’on peut qu’en faire le mieux qu’on peut dans le temps qui nous est alloué. »

    J’suis humain, j’suis bien placé pour le savoir à côté de toutes les autres races millénaires. Ça parle de réincarnation, de monde prochain qui nous attend. Personne le sait, et j’pense pas que les gros affreux de titans aient que ça à foutre, de nous ranger dans un genre de paradis. Le culte des ombres, ils parlent d’autre chose, mais c’est jamais que la variante locale de la religion précédente. J’parle même pas de la religion du Reike, un beau ramassis de conneries, m’est avis.

    « Ils ont pas été forcés, et tu les as pas trompés en leur faisant miroiter l’éternité ou je sais pas quoi. Le souci, c’est plutôt que le Reike supporte pas de perdre le contrôle, et qu’ils ont peur que le phénomène s’étende, nan ? »

    J’me gratte la joue. J’ai un peu du mal à me projeter dans tout ça.

    « Tu te sens responsable d’eux, c’est ça ? »

    P’tet le sentiment dont j’me rapproche le plus, avec mon escouade.
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  • Lun 22 Avr - 14:55
    Un bien timide aux lèvres, le Démon songeur détoura du bout de l'un de ses index les bordures humides de son verre encore plein. Inspectant pensivement les bulles d'air qui remontaient à la surface de la boisson ambrée, il répondit par un murmure vaguement absent, comme s'il avait été distrait par d'autres questions qui embaumaient son esprit :

    "Tu as tout à fait saisi. J'en étais responsable et j'ai été faible."

    Les angoisses des représentants du Reike n'étaient pas infondées. Ayant dû faire face durant l'entièreté de leur règne à des courants religieux dont les luttes intestines avaient fait couler davantage de sang que d'encre, les impériaux méprisaient au plus haut point tout culte ayant la capacité de mettre à mal la poigne de l'Empereur Dragon sur son peuple certes fier, mais surtout servile. Rêve réalisa qu'il n'avait offert de la situation qu'un grain de vérité et décida qu'en présence de ce mortel qu'il chérissait, il était préférable d'en dire davantage. Ses yeux remontèrent jusqu'à capteur ceux de l'officier et il rajouta, non sans une once d'hésitation :

    "J'avais entrevu la possibilité d'une telle visite. Je croyais pouvoir convaincre le Reike que mes intentions étaient nobles et que je pouvais venir en aide à leur peuple. Ils préféraient malheureusement savoir les leurs au bord du précipice, mais sous leur contrôle qu'heureux, mais sous mon joug."

    Usuellement si neutre et respectueux, Rêve montrait pour l'une des premières fois de son existence des signes de jugement ouvertement formulé. Se surprenant lui-même à se montrer si vindicatif à l'égard de mortels qu'il avait pourtant juré d'aimer en dépit de toutes circonstances, il se demanda intérieurement si cet accès d'humanité en lui ne lui venait pas justement de la présence de son vis-à-vis. Cet homme, bien loin des considérations surnaturelles de la créature chimérique, paraissait contrairement à toute vraisemblance être l'oreille attentive dont la bête avait besoin.

    "Quand ils ont été froidement assassinés par la Griffe et ses hommes, je n'ai rien ressenti de prime abord. La déchéance de mes fidèles n'était pour moi qu'une simple pierre sur le sentier formant la destinée des Mondes, une étape comme une autre dans l'accomplissement de plus grands desseins. Il m'aura fallu quelques mois pour comprendre qu'en réalité, j'éprouvais à l'égard de ces meurtriers une forme de... rancœur. C'est un sentiment que je pensais être apte à communiquer à mes protégés par les songes mais que je ne pensais pas être capable de vivre moi-même."

    Il laissa un soupir lui échapper et reprit, avec une expression indéchiffrable située à mi-chemin entre la surprise, l'ironie et la joie :

    "Je m'humanise, on dirait. Depuis que je suis devenu réel, votre essence m'imprègne."

    Était ce un véritablement changement ou avait-il toujours été ainsi fait ? Peut-être qu'il n'avait dû sa droiture et son absolue neutralité qu'à l'omniscience dont l'avait doté sa toute première forme. Peu désireux de rendre la conversation trop centrée sur lui et sur les débâcles impériaux, Rêve décida d'user comme à son habitude de mimétisme et sirota avec élégance une gorgée du liquide alcoolisé qui n'avait sur lui aucune forme d'effet concret. Cela fait, il pressa ses lèvres humidifiées l'une contre l'autre et passa une main dans ses cheveux avant de la faire glisser devant son visage.

    Lorsque son bras acheva sa course de l'autre côté de son faciès, sa chevelure avait drastiquement changé de longueur et les traits androgynes de son masque d'emprunt s'étaient faits plus féminins. Sa silhouette toute entière, avec une harmonie telle que la transformation s'était opérée de manière presque imperceptible, devint celle de la jeune femme en laquelle il s'était déguisé lors du Jour de la Force, même si Pancrace ne l'avait sans doute pas aperçu lors de l'évènement en question. Ses métamorphoses aussi surprenantes qu'instinctives avaient eu tendance à perturber Pancrace mais Rêve demeurait, sur ce point tout du moins, toujours égal à lui-même.

    "Me parlerais tu un peu de toi ? Mes oiseaux t'ont suivi lors de certaines de tes aventures mais je n'ai pas souhaité m'immiscer plus que de raison dans ta vie privée. J'ose espérer que tu n'as pas fait que combattre. As-tu connu des jours heureux ?"

    Oui, il l'avait surveillé, parfois. Était ce un secret ? Probablement pas.
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  • Mer 1 Mai - 12:11

    Responsable et faible, ça me semble à la fois si vrai et si faux. C’est sûr qu’on est dans un monde où certains individus sont capables de dépasser considérablement les limites des autres. C’est le cas entre un paysan et un simple soldat. C’est encore davantage le cas quand on ajoute la magie dans l’équation, et qu’on se retrouve avec des sorciers capables de faire des carnages et de décimer des centuries ou des escouades entières d’un simple geste de la main. Alors, certes, ils seront fatigués ensuite, mais y’aura personne pour en profiter pour leur mettre un coup de poignard entre les côtes.

    Mais la vérité, c’est qu’on a beau être le plus puissant du monde, on peut pas lutter contre un pays tout entier. Y’aura toujours un moment où faudra qu’on aille dormir, qu’on relâchera sa concentration une fraction de seconde, qu’un sort passera nos défenses et nous déchirera en deux. C’est pour ça qu’ils font marrer, ceux qui disent qu’ils vont prendre ce qu’ils veulent à la force de leur épée. Même Tensai, le taré avec son coup d’état, il a pu le faire que parce qu’il avait le soutien de ses tribus natales, et qu’il a épousé la princesse. Sinon, au bout de quelques jours, semaines, p’tet mois à la rigueur, il serait mort comme tout le monde et la vie aurait continué son cours.

    « C’est pas être faible que de pas réussir l’impossible. Personne peut lutter contre une machine colossale. J’peux pas t’assurer que ça se passerait différemment en République, encore qu’on est davantage libre sur la religion, contrairement à l’empire qu’a l’air aussi de l’utiliser pour contrôler sa population. »

    En tout cas, j’me rappelle d’une discussion avec une Reikoise à Ikusa où c’était clairement l’impression que ça donnait. Pasque c’est bien gentil de prétendre qu’on est les astres dans le ciel, mais le soleil m’a jamais demandé de payer d’impôts ou d’aller mourir à l’autre bout du pays pour l’instant. Après, j’suis un peu dur d’oreille, j’dis pas.

    « C’est triste à dire, mais à la place du Reike, j’aurais probablement réagi pareil, si l’objectif était de maintenir la nation. Il aurait p’tet fallu en parler d’abord avec eux, négocier pour permettre de mettre en place cette enclave... Après tout, ils ont un système féodal avec des relais dans les différentes régions. Si ç’avait été validé, la Griffe et ses troupes auraient pas débarqué et ça aurait pu faire tache d’huile, se répandre petit à petit ? »

    En tout cas, ça paraît une meilleure façon de faire qu’en douce, avec le résultat qu’on connaît du coup. D’un autre côté, j’me demande si Rêve cherche vraiment des solutions ou une épaule sur laquelle s’apitoyer. Si c’est la seconde option, pas sûr qu’il ait choisi la meilleure personne mais faut que j’fasse un effort, quand même. Après tout, j’suis venu jusqu’ici, puis j’suis diablement curieux de voir ce qu’il est devenu. J’suppose que pour un démon, donc une individualité absolue, par beaucoup d’aspects, la découverte du monde et de la société se fait pas sans douleur.

    Bref, qu’il vive et qu’en vivant, il devienne... bon, le terme humanisé est un peu galvaudé à cause de l’existence des autres races, mais c’est bien ce qu’il recouvre. Puis vu les écarts de longévité, de besoins naturels, pas certain que ce soit exact. Y’a sûrement des érudits à Magic qui ont passé cinquante ans à étudier ça pour sortir le meilleur mot. L’essentiel, c’est qu’on se comprend.

    « Ca me paraît assez normal, que j’dis prudemment. J’veux dire, avant, tu naviguais que dans les rêves des gens, tu vivais, mais à distance, par proxy. Tu voyais plutôt l’effet de la vie sur les gens, leurs sentiments, leurs désirs, leurs échecs et réussites. Maintenant que tu le fais toi-même, c’est beaucoup plus... vicéral, interne. Au lieu d’assister en tant que spectateur, t’es devenu acteur. Du coup, t’es davantage touché par les événements. »

    J’reprends une gorgée.

    « Normal, à mon sens, du coup ? »

    Le ton reste interrogateur. J’sais pas forcément sur quel pied danser, puis c’est pas vraiment des questions que j’ai eu à me poser jusque-là pasque... pasque je vis, moi, en fait. Depuis toujours, au sein du système de la République et du Sekai, dans le sous-système de la famille, de la GAR, de l’Office... J’fixe Rêve un coup. Il était libre de toute accroche, simple voyeur des reflets du monde, uniquement par le monde onirique. Faut croire que le monde a une façon de s’imprégner en soi et qu’on peut pas vraiment y couper.

    Mes mirettes qui fixaient le vide pendant que j’déroulais le fil de mes pensées retombent sur ma bière, qui descend bien, sûrement un problème d’évaporation, et j’en reprends juste assez pour m’humecter les lèvres et la gorge. C’est quand j’les relève vers Rêve que j’me rends compte qu’il est plus totalement la même personne, plus efféminé, mais toujours avec la même sclère d’un noir de jais. J’ai un mince sourire qui disparaît aussitôt. P’tet que ça aussi, à force, on l’aura de moins en moins, et qu’il se fixera une forme de confort, davantage permanente, qui deviendra la sienne pour les siècles à venir. M’enfin, j’serai pas là pour le voir.

    J’fais taire un élan de regret à l’idée que certains vont voir le monde continuer sa course pendant que j’nourrirai les vers.

    « Non, non, pas que combattre. Y’a le quotidien des Officiers Républicains, évidemment. Les patrouilles, les inspections, les histoires plus... sordides, comme celle qu’on a détricoté ensemble. »

    Franchement, ça vaut pas vraiment le coup de s’étendre là-dessus.

    « J’suis aussi davantage sollicité par les chefs pour des dossiers délicats. J’suppose qu’à force de faire de la magie un peu spectaculaire, ça finit par se savoir. J’dois pas avoir mauvaise réputation, que j’ajoute avec de la fierté dans la voix. »

    C’est que le fils du coordonier et de la pâtissière, qui s’est engagé dans la GAR en mentant sur son âge au sergent, il a fait un peu de route. Le début des années à l’office a pas été facile, mais j’suis rentré dans le système, j’m’y suis mis à l’aise, et avec la possibilité de récupérer des bricoles de Magic via un peu de trafic bien juteux, j’découvre des trucs qui seraient autrement restées inatteignables pour l’énième fils d’artisan que j’ai été. J’me frotte aux grands de la République, aussi, les Sénateurs et leurs copains peuvent pas s’empêcher de venir me demander des coups de main, et si c’est la porte ouverte aux emmerdes, c’est aussi la possibilité de préparer une retraite qui m’sorte de toutes ces conneries. C’est que le coffre de la Banque des Chaînes, au bout d’un moment, il va dégueuler de partout, si j’continue d’être efficace et que j’trempe pas dans des trucs trop pourris. Genre, Zelevas et Mortifère, ça a été profitable mais ça s’est pas joué à grand-chose que j’tombe pas avec.

    Ça peut toujours arrivé, d’ailleurs, j’ai pas le cul sorti des ronces et elles ont une fâcheuse tendance à pousser là où on s’y attend pas. Méfiance, toujours.

    « Puis, euh... j’ai commencé à voir quelqu’un. Parfois, c’est compliqué, mais toujours, c’est bien. »

    J’vois le visage de Sixte devant mon oeil mental. Ouais, y’a pas à dire, la vie est belle, mais pas qu’elle.
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  • Sam 11 Mai - 6:20
    Rêve avait effectivement dans l'échec de sa précédente entreprise une part de responsabilité. De sa méconnaissance du terrain qu'il arpentait naïvement était né un massacre inutile, un carnage qu'il aurait pu éviter pour ainsi s'économiser la perte de tant d'âmes fidèles. Illuminer les cœurs des mortels n'était pas chose aisée et nécessitait, même pour une entité aussi extraordinaire que lui, un travail de longue haleine, soigneux et méthodique. Chaque disparition lui coûtait toujours et même s'il avait eu autrefois l'arrogance de croire le contraire, il se rendait compte aujourd'hui qu'il détenait une place véritable dans cette guerre livrée contre ce qu'il considérait comme l'obscurantisme reikois.

    Les mots de Pancrace sonnèrent justes aux oreilles de la créature onirique. Il n'en fut que peu surpris car, en réalité, c'était précisément cette franchise couplée à une indéniable intelligence que le Prince était venu chercher en demandant la compagnie de l'officier républicain. Les yeux à nouveau rivés sur le contenu de son verre, il provoqua à l'intérieur du liquide un infime vortex par télékinésie, s'amusant à tordre la silhouette de ce tourbillon miniature par la simple action de son esprit fort occupé. D'une voix devenue féminine et d'un ton absent, l'engeance démoniaque répondit doucement :

    "Normal, du coup."

    Un sourire mutin vint trahir le soupçon d'amusement qu'il ressentait. Il y avait quelque chose d'assez comique dans un tel échange. Traité au sein des villages qu'il gouvernait comme une véritable divinité descendue de cieux insondables ou comme le prophète ténébreux d'un culte plus ancien encore que ne l'était le monde des Hommes, Rêve ne constituait face à Pancrace qu'un jeune despote, pataud et perdu, qui semblait timidement venir quérir les conseils d'un autre. Des millénaires les séparaient et l'espérance de vie de Pancrace n'était pas même un grain de sable dans l'immensité de l'existence du Démon des songes.

    Il avait pourtant l'impression, avec son verre glacé entre ses mains, de faire face en ce jour à un parfait égal; loin des considérations du cosmos et de ses aspirations indéchiffrables.

    Pancrace consentit à ramener la conversation à lui et Rêve se sentit alors un peu plus à l'aise. Conçu pour servir et accompagner l'humanité, il n'avait pas pour coutume de s'étaler trop longuement sur la nature de ses propres projets et encore moins sur les problématiques qui survenaient avec ces derniers. Les épaules curieusement tendues de la bête onirique s'affaissèrent doucement lorsque l'officier parla de sa carrière et des tâches que lui avaient réservé ses supérieurs hiérarchique et Rêve, non sans accorder au récit un vif intérêt, porta par mimétisme le verre à sa bouche d'emprunt. Toujours présent lorsqu'il s'agissait de complimenter ses rêveurs favoris, le diable de la fantaisie commenta :

    "Spectaculaire, c'est le mot. Comprends tu désormais à quel point tu es extraordinaire ?"

    Une question rhétorique qui n'impliquait pas de réelle réponse. Ce fut lorsque les explications du représentant des forces de l'ordre dérivèrent sur un tout autre sujet que Rêve vit sa curiosité croître un grand coup. L'amour alimentait des fantasmes d'une saveur toute particulière et Rêve savait d'expérience qu'ils nourrissaient les racines des plus formidables histoires. Tout en apposant un coude sur la table, il tendit une main aux ongles étrangement noirs vers Pancrace et, le plus naturellement du monde, il lui dit joyeusement :

    "Tu me montres ?"

    Pancrace commençait sans doute à connaître les étranges méthodologies du prince métamorphe. S'il avait un indéniable talent pour converser avec allure et noblesse, Rêve préférait toujours l'exploration plus directe, celle qu'il effectuait par la voie spirituelle. Visiblement peu inquiété par la perspective d'ouvrir sa psyché à un être qui pourtant avait tout pour effrayer, Pancrace accepta sans broncher de saisir la dextre démoniaque qui lui était tendue et les paupières de Rêve vinrent se clore presque entièrement tandis que défilaient au cœur de ses pensées certaines bribes mémorielles que lui laissaient entrevoir son vis-à-vis.

    Ce qu'il vit lui plut. De la passion, des moments de complicité, de furtives tensions qu'alimentaient un désir profond de ne pas s'impliquer émotionnellement dans ce qui engendrerait peut être un jour des douleurs plus dures à endurer que ne le valaient les heures heureuses. Rêve la vit, cette dulcinée aux cheveux d'or pour laquelle l'officier éprouvait une myriade de sentiments partagés ainsi qu'une volonté protectrice attendrissante de par sa force pure. Le visage du diable se déforma encore, sans qu'il ne s'en rende compte, ce afin d'adopter d'une façon relativement imprécise les contours d'un visage plus doux, plus chaud, celui de celle pour qui Pancrace entretenait des sentiments si particuliers.

    "Une belle âme, j'en suis sûr."

    Les paupières de la créature s'ouvrirent à nouveau et l'éphémère métamorphose s'atténua pour rendre à Rêve les traits du précédents faciès d'emprunt. Son regard se fit pétillant, presque joueur, et il ajouta d'un ton enjoué :

    "En quoi est-ce compliqué ?"
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  • Sam 25 Mai - 12:03

    J’ai un petit rire d’autodérision en entendant le qualificatif d’extraordinaire. Il sort tout seul, par habitude : j’suis qu’un officier républicain, certes capitaine, avec tours de magie dans ma boîte à malice. Ils m’aident à survivre, surtout quand j’suis balancé autour des magouilles des puissants de ce monde, que ce soit à Kaizoku, à Liberty, ou quand un Titan possède une sorcière dans les tréfonds du Razkaal. Et pourtant, à bien y repenser, la vieille pirate sur son rafiot moisi, à Kaizoku, est-ce que je la prends, pas maintenant ?

    Après la Reine des Stryges, après l’Avatar de Kaiyo, est-ce que ça deviendrait pas jouable ? Après tout, le groupe de six ou huit citoyens sont bien parvenus à venir à bout d’elle. Alors, la Reine des Stryges, y’avait Gunnar, Takhys, et le Porte-Serviette, puis des officiers et même des Effraies, et on a tous fait notre part du boulot, mais j’ai pas été radin sur la mana dépensée. Et qui aurait pu croire que le fils de cordonnier mettrait la main sur de vieux grimoires de Magic qui disparaissent des bibliothèques pour finir dans un juteux trafic ? Bouquins que j’me prive pas de lire et d’étudier quelques semaines avant de les écouler, évidemment.

    C’est que la magie, ça tombe pas du ciel, et si j’comprends toujours rien aux détails de l’interaction de la mana, de la magie, toutes les terminologies que les grattes-papier de chercheurs utilisent, j’en capte suffisaamment pour pouvoir lancer les sortilèges qu’ils détaillent. C’est sûr que quand j’repense à la leçon de magique de Neera Storm, ça me paraît toujours inatteignable, et pourtant... Elle est loin, l’époque où j’avançais en tâtonnant avec les camarades de l’armée pour réussir à provoquer le moindre effet sur le monde réel.

    « Hm. Euh. Peut-être ? »

    J’me suis connu plus éloquent. Et, pourtant, j’cache le bas de mon visage dans ma bière pour cacher un rougissement de jouvencelle. C’est le compliment surprise, ça, j’devrais m’y attendre avec Rêve, et pourtant, j’suis pris de court. Et ça rejoint la réalisation qu’il me terrifie pas comme avant. La première fois, j’avais l’impression d’être emporté et de surnager pour survivre. Là, j’sens que si y’a un problème, y’a sûrement moyen de s’en sortir. Et ce, alors qu’il s’agit d’un démon d’un autre plan que j’comprenais à peine, mieux maintenant, mais toujours difficilement. Il est trop... il a trop d’altérité, voilà.

    P’tet que c’est ça que ressentent les puissants de ce monde, une forme de liberté et de conscience du soi que l’extérieur peut pas briser. Mais comme j’disais à Rêve, l’individu peut toujours pas vaincre le monde. On peut juste vivre dedans, mieux survivre, et trouver le bonheur là où on peut, et, justement, le bref contact physique qu’on a fait remonter tout un tas de souvenirs à la surface. La plupart sont plus qu’agréables, quand même, et chaque image en appelle une autre, jusqu’à arriver à des trucs qu’on qualifierait plutôt de privés. Confusément, pris dans le tourbillon de la mémoire, j’me demande si le démon les a vus, ou si c’est juste mes pensées qui vagabondent.

    Mais quand les traits de Rêve changent pour se rapprocher de ceux de Sixte, c’est difficile de retenir un mélange d’irritation et de dégoût. Heureusement, ça dure pas longtemps, et il reprend des traits qui, à nouveau, sont pas totalement les mêmes que précédemment. J’avais un peu perdu l’habitude, et c’était moins humain auparavant, mais j’suppose que c’est comme tout, qu’on s’y fait, et les sclères noires aident de toute façon à se rappeler que j’suis pas assis en face d’un humain ou, plutôt d’un simple mortel. La vie, ça a l’air d’être quelque chose, quand y’a pas la mort. Y’a sûrement une réflexion à mener autour de ça.

    « Hm, compliqué... Comment dire... »

    J’temporise en prenant une longue gorgée de bière et j’la fais tourner en bouche. Est-ce que ça me gêne d’en parler avec Rêve, que j’connais à peine ? Paradoxalement, pas du tout, justement pasqu’on se connaît peu, ou en tout cas, moi, je le connais peu. S’il voit Sixte un jour et qu’il lui raconte tout ce que j’ai dit, y’aura un léger malaise, mais y’a peu de chances que ça arrive, et ce sera pas dramatique, au final... Puis ça éloignera ses pensées du village reikois qui a été massacré donc est-ce que je vais pas ça par gentillesse ?

    Et par envie d’en parler et de pouvoir m’ouvrir sans jugement, avec enthousiasme et la délicieuse souffrance qui vient de l’hésitation et de l’inconnu.

    Surtout ça, à la réflexion.

    « On a jamais vraiment parlé de ce qu’on était. Ça s’est fait tout seul, un peu naturellement. Enfin, je veux dire... Oh, merde, on a baisé, quoi. Ça a continué comme ça pendant des mois, au hasard de nos déplacements à Liberty, à Courage, à Justice, quand on se croisait, quand on pouvait se voir... »

    Une période où l’attente était toujours dans un coin de ma tête, et les retrouvailles systématiquement une libération avec une séparation vite devenue doucce-amère, ça devient difficile à définir. Disons qu’on est loin du pur exercice physique et agréable, surtout quand on passe des heures à parler de tout et de rien, dans les bars ou les tavernes dans lesquels on se retrouvait, ou tout simplement au plumard.

    « Mais du coup, après l’attaque de Liberty, pour les funérailles publiques de Goldheart et Exousia, on a croisé des connaissances de Sixte, et l’impossibilité de dire exactement ce qu’on était a... fait bizarrement mal. Y’avait la gêne de pas pouvoir se présenter, mais aussi... la crainte d’être moins que ce que je voudrais qu’on soit ? »

    Tout ça est, ma foi, très à demi-mot. J’vide ce qui me reste de bière et j’fais un geste de la main pour qu’on m’en apporte une autre fissa. J’sens que j’vais en avoir besoin si on continue dans cette direction.
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  • Sam 8 Juin - 3:13
    Lorsque Pancrace outrepassa sa propre gêne pour poser des mots sur ses sentiments, Rêve ne s'épargna pas un sourire amusé et parut s'éloigner de ses douloureux souvenirs pour se plonger entièrement dans cette histoire bien plus agréable à l'oreille que ne l'étaient celles des massacres impériaux. La formulation des désirs, bien qu'un peu grossière, ne parut pas décontenancer le diable le moins du monde et ce dernier laissa échapper un rire cristallin, avant d'ajouter d'un ton complice :

    "Je t'ai connu moins ouvert. Ca me touche."

    Pancrace continua ses explications et l'aimable expression que dépeignait le visage d'emprunt du Démon s'affaissa légèrement lorsqu'il capta, derrière le bonheur qu'évoquait à l'officier cette relation splendide, quelques accrocs qui paraissaient générer en lui un désarroi certain. L'intérêt de la créature chimérique, déjà piqué au vif, ne fut que renouvelé et renforcé par cette révélation. Doté d'un appétit impossible à pleinement assouvir pour les aventures de ses favoris, Rêve voyait dans les arts de l'amour une quête toute aussi importante que pouvaient l'être ses propres pérégrinations.

    Il y avait, dans la passion des Hommes, d'oniriques saveurs que seul un gourmet tel que lui savait pleinement apprécier. Loin de vouloir se priver d'un tel festin d'émotions, le Prince choisit de s'investir entièrement dans cette histoire qui, pourtant, ne le concernait pas le moins du monde. Un coude sur la table, une main posée contre sa joue; il écouta avec une invariable attention la conclusion du triste discours de son vis-à-vis ainsi que l'expression la plus sincère du mal qui l'assaillait.

    Ses dires s'achevèrent sur une interrogation, une invitation à la réponse que Rêve ne manqua pas. Guide et conseiller de ses mortels adorés, Rêve se sentait toujours à l'aise lorsqu'il était question de pourvoir de la sagesse plutôt que de se fier à celle d'autrui. Fantasmes comme fantaisies étant littéralement la toile dans laquelle il avait filé son domaine, il détenait avec ce sujet très particulier un lien plus qu'atypique. Se faisant encore plus enthousiaste, presque langoureux, Rêve posa ses coudes contre la table et prit son visage de porcelaine entre ses mains, souriant de plus belle tout en lançant :

    "L'amour est un art secret qu'aucun ouvrage de Magic ne peut convenablement élucider, n'est-ce pas ?"

    Haussant un sourcil avec curiosité, le volatile aux traits féminins reposa sa main gauche sur la table pour appuyer sa tête en biais contre sa seconde dextre. Son expression narquoise et féline fut troquée pour le sérieux de l'enseignant et, avec diligence et respect, Rêve reprit d'un ton plus neutre et moins imprégné d'amusement :

    "J'ai connu au fil des millénaires d'innombrables façons de s'aimer. Certains mortels se contentent de conserver une pudique distance dans leur affection et s'en satisfont. D'autres s'élancent avec passion dans une fusionnelle aventure où l'un devient le reflet de l'autre. Il y en a d'autres que les mots effraient et qui préfèrent se délecter de l'instant sans se projeter vers l'avenir..."

    Son regard perçant se fit plus qu'instant et son rictus intéressé, encore une fois, s'affina :

    "Il n'y a pas de bonne façon d'aimer. En revanche..."

    Sirotant distraitement une brève gorgée de sa boisson, par pure esprit d'imitation, Rêve humecta ses lèvres métamorphes avant de conclure son explication de sa vision des choses :

    "...Une union n'a de véritable potentiel que lorsque ses termes sont partagés avec exaltation."

    Se reculant d'un cran pour s'appuyer contre le dossier de sa chaise, Rêve ramena sa boisson à lui. Dans ce même mouvement, ses traits se firent à nouveau confus et devinrent ceux d'un autre. Il fut cette fois un homme semblant être âgé d'un peu plus d'une trentaine d'années, avec une trait légère barbe naissante ainsi que des cernes tirées. Loin de perdre sa radieuse expression, il se contenta de compléter sommairement son discours :

    "Tu ne dois pas brusquer pas ce qui est encore fragile. Laisse un peu de temps à ta belle âme, mais veille toutefois à ne pas patienter au point de te dégouter d'elle..."

    Son regard s'intensifia brusquement :

    "Tu commences tout juste à vivre pleinement. Ne te brûle pas."

    Et sa mine, d'un extrême à l'autre, se fit à nouveau aimable :

    "Il me peinerait de te savoir meurtri."
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  • Ven 14 Juin - 16:40

    Encore un peu et j’serais essoufflé. Pas de la bière ou d’avoir parlé autant, certainement, plutôt d’en avoir davantage dit en cinq minutes qu’en cinq ans. J’baisse les yeux sur ma pinte et le fond de verre qui y traîne vaguement, avant de lui faire un sort, et de reporter mon attention sur Rêve. J’me demande à quel point tout ce que je peux lui raconter, là tout de suite, est abstrait, pour lui. L’un dans l’autre, ça me fait du bien de vider mon sac, et finalement, c’est p’tet bien ça l’essentiel. J’adresse un nouveau signe à la serveuse. C’est que c’est une grande famille, les pintes, et qu’il faut pas les séparer, c’était la possession officielle de la République vis-à-vis des réfugiés.

    Moi, j’respecte.

    « Ah, c’est sûr que Magic, c’est plutôt la vie de l’école que l’école de la vie, donc si la réponse est pas écrite noire sur blanc dans un vieux bouquin poussiéreux des tréfonds d’une bibliothèque glauque, ils doivent pas avoir grand-chose comme réponses… »

    En tout cas, tous les gens que j’ai fréquentés qui venaient de là étaient clairement montés comme nous autres, les gens qu’ont les pieds sur terre. En plus, toutes les élites politiques et économiques de la nation sont passées par là, ce qui en dit p’tet long sur l’écart entre ce que le petit artisan vit et ressent, et les décisions prises au plus haut par les nantis. M’enfin, c’est le coup de bol pour eux : faire vaguement cinq ou sept ans d’études, sans même forcément réussir, contrairement à nous autres officiers républicains, et hop, le placard doré avec les émoluments confortables.

    Y’a pas à dire, la vie est belle.

    J’écoute Rêve en essayant de faire abstraction de ses mouvements, qui rappellent parfois l’oiseau sous lequel j’l’ai connu initialement, de temps en temps plutôt un mammifère poilu qui se blottit, et quelques mimiques humaines qui se glissent dans le cas, à mesure que son apparence glisse d’un côté à l’autre, parfois en synchronisation avec ses mouvements, parfois en décalage. J’suppose que c’est ses pensées qui l’emmènent plus loin et qui s’impriment directement sur sa peau, à défaut que ce soit sur le regard que j’lui porte, puisque j’suis certain qu’aucune magie ne m’affecte actuellement, si ce n’est celle de l’alcool ingéré un brin rapidement.

    J’me dis qu’il serait temps de ralentir, mais voilà que ma boisson arrive, et que, forcément, j’y regoûte.

    Sur le bout des lèvres, j’ai une blague sur le démon qui se moque de Magic qui connaîtrait rien à l’amour, alors que lui aurait une vision plus réelle, alors même qu’il parcourt le Sekai depuis moins de deux ans. J’dis pas, la valeur n’attend pas le nombre des années, et on peut en vivre, des choses, c’est pas moi qui dirais le contraire, surtout s’il a déjà réussi à se mettre à dos l’Empire et provoquer le massacre malgré lui de tout un village qui l’adulait. Finalement, la baisse des barrières fait son œuvre, et j’ai un sourire en coin taquin quand j’lui lâche :

    « Oui, toi, tu t’y connais, t’es un maître de l’amour, hé ? T’as déjà vécu toi-même cette boule au ventre de l’attente, cette impression que le monde s’illumine quand tu reçois le sourire tant attendu et espéré, ce cocon de chaleur quand tu tiens celle que t’aimes dans tes bras ? Ou l’inverse, quand t’es tenu, je sais pas comment tu t’organises. »

    J’donne un petit coup dans le bord de mon verre pour le faire tinter, mais ça fait juste un petit bruit sourd. La poterie, c’est pas terrible, pour ça.

    « Je rigole, hein, évidemment. Dans le fond, t’as sûrement raison, mais j’peux pas m’empêcher d’être curieux de comment tu sais ou penses ou ressens tout ça. Est-ce que Rêve aurait une Songe quelque part avec laquelle il partage son temps quand il donne pas des conseils amoureux ou qu’il guide pas des villageois sur le chemin du bonheur ? »

    J’ai un p’tit rire bref avant de me demander comment ça se passerait réellement. Le plus probable, c’est qu’il a pu assister à tout ça par l’intermédiaire des réflexions oniriques des habitants du monde, et s’il était sur l’épaule des gens, il a p’tet vécu par procuration ou par empathie. J’me demande si y’a un grimoire à Magic, justement, sur le monde des rêves et tout le rantanplan. Sûrement, qu’ils ont déjà étudié ça, surtout si ça peut donner des démons ensuite. J’veux dire, c’est intéressant de savoir d’où ils viennent, comment ils se retrouvent coincés parmi nous, pourquoi, et ce qu’ils deviennent ensuite.

    C’est la question à dix milliards, ça, qu’est-ce qui se passe à la fin.

    M’est avis que j’serai pas là pour le voir, et que j’y serai avec un coup d’avance sur un paquet d’autres, Sixte en première ligne, Rêve aussi, s’il recroise pas par accident les gros bœufs du Reike avec leur tatouage grotesque et leurs règles ridicules. M’enfin, j’ai encore un peu de marge, on verra quand j’y serai. C’est les hybrides, ces saloperies immondes issues de quand papa encule la chèvre au fond du jardin, qui ont tiré le plus mauvais lot de la loterie de la longévité.

    Et, en toute honnêteté, est-ce que ça soulage pas tout le monde ?

    « En tout cas, merci pour l’écoute et le soutien, ça fait plaisir. »

    J’me gratte la joue d’un air vaguement gêné. C’est vrai, évidemment, ça fait juste bizarre de le dire à haute voix.
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