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    Deydreus Fictilem
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  • Lun 5 Déc - 23:14
    La politique. Quelle plaie.

    Deydreus était plutôt un homme d'action. Un être qui préférait manœuvrer sur les champs de batailles plutôt que de naviguer parmi les vipères du monde aristocratique. De plus, l'administratif et ses nombreux dossiers à remplir avaient le don pour lui donner un mal de crâne qui durait des journées entières. Pourtant, en ce jour, le guerrier s'était lui même infligé la peine de remplir de nombreux documents. De longues listes de décharges et autres clauses stupides. Tout cela, il ne le faisait que dans un but. Venir parler à quelqu'un. Cette personne, aussi étrange que cela pouvait être, n'était même pas un prisonnier de guerre à l'importance incroyable comme un titan ou ce genre de choses. Enfin, pas totalement.

    Observant silencieusement l'entrée des baraquements, l'officier laissa la brise matinale venir caresser ses joues au travers de son heaume. Il n'avait pas attendu la mi-journée pour se rendre à sa destination, tant la chaleur de la capitale pouvait parfois lui être désagréable. Un peu plus loin devant lui, plusieurs gardes patrouillaient d'un pas déjà fatigué mais précis, témoignant de l'importance de leur tâche tout comme la stupidité de cette dernière. S'avançant d'un pas lent, le vétéran arriva rapidement à leur niveau et se présenta de son ton neutre habituelle. L'archiviste chargé de notifier les entrées et sorties dans la caserne fixa Deydreus d'un air mitigé. Il semblait à la fois inquiet de la présence de l'armure noire tout comme confus. Pour lui, il semblait inconcevable que quelqu'un n'entre dans ce lieu et, aux vues des nombreuses pages blanches du journal, les visites n'étaient effectivement pas bien nombreuses. Signant de nouveau divers documents et suivant un garde à l'intérieur de la bâtisse, le bretteur analysa chaque personne qu'il croisait, comme s'il désirait juger lui même de la sécurité en place. Car, en vérité, la personne qu'il venait voir relevait plus du trophée que d'une personne d'un point de vue pratique. Un outil, que gardait précieusement le Reike et qui n'avait pas été dirigé vers ses ennemis depuis plusieurs lunes. Alors, pourquoi Deydreus venait-il lui rendre visite? A priori, il ne connaissait pas cette personne et rien ne les reliait. En vérité, l'officier souhaitait obtenir une nouvelle alliée. Ou, tout du moins, connaitre le mode de pensée d'une protectrice de la capitale. Qui, par le passé, aurait très bien croiser le fer avec lui.

    - Habituellement, les janissaires étaient placée dans l'aile gauche. Mais, à présent, il n'en reste plus beaucoup. Celle que vous cherchez se trouve un peu plus loin. Je crois que les gars l'ont vue installée dans la cour sud. Oh et. Messire?
    - Oui?
    - Bon courage. Vous savez, elle n'est pas très... Communicative, si je puis parler ainsi. Vous feriez aussi bien de parler à une simple plante.

    Haussant doucement les épaules, Deydreus ne prit même pas la peine de répondre au garde. Ces derniers ignoraient probablement la raison même de sa présence ici, ni le mode de fonctionnement de l'officier lorsqu'il souhaitait rencontrer une cible d'intérêt. Il avait, pour dire vrai, reçut les mêmes regards confus lorsqu'il s'était rendu à l'arène pour recruter Alasker. Pour les plébéiens il était improbable qu'un noble ne vienne à la rencontre de personnes sans "importance". Pour les aristocrates, il était stupide qu'une personne de pouvoir ne prenne la peine de se déplacer personnellement. Deydreus s'en moquait bien. Pour lui, une figure d'autorité ne pouvait être légitime que si elle démontrait ses motivations en personne. Que si, dans un contexte de recrutement ou, au moins, de rencontre, elle faisait acte de présence.

    Ses pas continuèrent donc de l'emporter dans la caserne. Arrivant devant ce qui ressemblait à des successions de chambres. Toutes semblaient vides, abandonnées. A plusieurs reprises, Deydreus remarqua des effets personnels laissées sur place, plein de poussière. L'ambiance globale était assez étrange. Tout semblait hors du temps. Pourtant, des personnes avaient habité ces lieux jusqu'à il y a peu. S'arrêtant quelques fois afin de mieux observer ce qu'il voyait, l'officier avait l'impression de remonter le temps jusqu'à une époque qui pré-datait sa propre naissance. Cela ne l'étonna pas vraiment. Après tout, la janissaire qu'il venait voir était plus vieille que lui. Bien plus vieille. Arrivant finalement dans la cour, l'armuère d'ébène chercha du regard la raison de sa visite. Ses yeux naviguèrent sur les nombreux balcons suspendus, ainsi que les arbres disposés un peu partout. L'ambiance y était bien plus agréable que dans l'aile traversée plus tôt et on pouvait voir ici et là quelques soldats en train de discuter entre eux. Ils observèrent rapidement Deydreus tandis qu'il avançait vers l'objet de son attention. Là, parmi les différentes personnes présentes, une elfe au visage anguleux demeurait stoïque face à son approche. S'arrêtant à quelques pas de cette dernière, l'officier attendit sagement qu'elle ne daigne porter son attention sur lui.    

    - Bien le bonjour Vaesidia. Je suppose que vous aviez été prévenue de mon arrivée. Je me présente. Deydreus. Deydreus Fictilem. Officier de l'armée Reikoise, et dirigeant des Serres Pourpres.

    Debout, Deydreus fixa son interlocutrice en silence. Il aurait put tirer une chaise et venir s'asseoir, tout comme il aurait put enchainer sans attendre le moindre retour de cette dernière. Mais, l'officier n'était pas ce genre de personne. Il ne se considérait jamais au dessus des autres sans raison et, pour l'heure, il respectait bien trop les états de service de Vaesidia, même si ces derniers étaient le fruit d'une quelconque manipulation mentale.

    - Je ne suis pas venu ici pour parler de votre passé ou de ce que vous pouvez penser de votre situation actuelle. D'autres officiers l'ont déjà fait avant moi et je me soucie bien peu de votre vision de l'Empereur.

    Il retira alors son heaume, le passant sous son bras tandis qu'il balayait rapidement sa tignasse désordonnée.

    - Je suis ici pour savoir ce que vous pensez de la guerre.  
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  • Jeu 29 Déc - 23:59
    La curiosité et la frustration. Tels étaient les sentiments qui m’animaient depuis qu’une tierce personne était venue me chercher, sur le terrain d’archerie en vue d’une convocation avec l’un des contremaîtres des baraquements au sein desquels j’évoluais depuis mon retour à la capitale. Cet homme chauve, quelque peu bedonnant, au teint hâlé m’avait fait « mander » dans la pièce lui servant d’office, dès potron-minet. Bien que cette « invitation » m’ait quelque peu déplu du fait qu’elle impactait mes exercices physiques quotidiens, je m’étais pliée à sa requête et avais attendu, sans broncher, qu’il daigne me renseigner sur les raisons de ma présence en ces lieux. À l’instar de certains de ses homologues, il fit mine, dans un premier temps, de m’ignorer et de s’adonner au traitement d’une quelconque affaire urgente en griffonnant rapidement sur divers parchemins. Cependant, je n’étais pas dupe. J’avais conscience que sa « conduite » n’était qu’une mise en scène.

    En effet, depuis mon enrôlement au sein du corps des janissaires, j’avais pu noter le recours à un tel comportement en plus d’une occurrence. Les raisons légitimant une telle attitude étaient doubles. Sous certains aspects, de tels agissements ne démontraient que la nature profonde des personnes concernées tant ils soulignaient à quel point le peu de pouvoir en leur possession les rendait imbus d’eux-mêmes. Non que cela me heurtât à l’époque tant ces considérations demeuraient, encore aujourd’hui, prosaïques à mes yeux. Le second motif derrière un tel procédé, en revanche, était bien plus pernicieux. Encore fallait-il que la personne adoptant une telle astuce en ait conscience. Quoi qu’il en soit, cette manière de traiter ainsi les janissaires permettait à nos seigneurs et maîtres de veiller sur ces derniers. Il n’était pas question, ici, de santé ou d’alimentation, mais « d’état d’esprit ».

    Ce petit rituel visait, de fait, à s’assurer que les janissaires se souviennent de leur rang et des crimes qui les avaient conduits à cette position sociale. De même, il offrait la possibilité de contrôler la psyché de l’esclave. Si, celui-ci venait à s’impatienter dans cet office ou à remettre en cause à voix haute cette convocation et par extension sa situation, les contrôleurs royaux et leurs subalternes pouvaient venir à douter de la loyauté de ces serfs ce qui conduisait, fatalement, ces derniers à être rééduqué. Bien peu nombreux avaient été mes camarades à saisir cette dimension. Pour ma part, je l’avais bel et bien appréhendée même si je n’y accordais, dans le fond, aucune importante. Jusqu’à présent, à l’inverse de certains, je n’avais jamais éprouvé le besoin de remettre en question ma réalité, car j’avais conscience du bien fondé et de la justesse du châtiment que l’on m’avait infligé.

    En vérité, alors que j’étais demeurée fixe  sans afficher la moindre expression devant ce contremaître, j’éprouvais une certaine forme de contrariété que j’évitais de laisser transparaitre. Je n’en voulais pas à l’homme sous mes yeux bien que je n’eusse aucun problème à considérer que son allure ventripotente laissait à supposer qu’il n’eût pas connu le combat depuis des éons. Je ressentais une certaine animosité à l’égard du motif de ma convocation tant il était quelque peu malvenu. Je n’affectionnais qu’assez peu qu’une affaire de moindre importance en vînt à parasiter mon organisation matinale. Je tenais à effectuer chacun de mes exercices et à délier mes muscles conformément à ce que l’on attendait de ma personne afin de faire en sorte que ce corps qui hébergeait mon âme soit en mesure d’accomplir ce qu’on attendait de lui à savoir : combattre de manière efficiente. Aussi, j’en venais à caresser l’idée que la raison « soi-disant » impérieuse qui avait conduit mes pas dans cette pièce était possiblement dérisoire et constituait un frein si ce n’est un obstacle quant à l’accomplissement de mon devoir envers le Reike.

    Finalement, au bout d’un certain temps, le contremaître releva la tête de son parchemin, qui, si j’en croyais mes yeux, traitait de l’affectation de certains janissaires en divers points de la capitale et en vint à me tenir ce langage d’un ton sec.


    « Un officier impérial a émis le désir de vous rencontrer. Il devrait passer dans la caserne dans la journée. Vous êtes, de fait, relevez de vos attributions du jour et devez, sans plus tarder, attendre sa venue. Disposez. »

    Par habitude, je claquais des bottes, inclinais légèrement ma tête et ressortais aussitôt de la pièce sans demander mon reste. Veillant à remettre l’une des mèches de cheveux derrière mon oreille, je plongeais à nouveau dans mes pensées tout en parcourant mon environnement d’un œil apathique. Toutefois, intérieurement, il n’en était rien. Mon agacement avait laissé place à une curiosité dévorante et à un zeste de colère qui, je ne le savais que trop bien, ne m’appartenait pas. Aussi tachais-je d’ignorer ce sentiment pour me concentrer sur le sujet de mon attention. Ainsi, une personne souhaitait me rendre visite. Voilà qui était pour le moins inhabituel. En trois années, passées au sein du corps des janissaires, jamais quelqu’un, en provenance de l’extérieur, n’avait expressément demandé à faire ma connaissance.

    C’était assez étrange. C’était indéniable. Le fait qu’un évènement ô combien singulier put avoir lieu me conduit inexorablement à émettre des suppositions sur les raisons de cet évènement même si j’avais conscience de l’inutilité d’une telle conduite. Cependant, ayant du temps à tuer, j’essayais d’imaginer les motifs derrière cette entrevue. Je savais, alors que je prenais un couloir en direction des quartiers des janissaires, qu’il ne s’agissait certainement pas d’une escorte dans les Terres du Nord ou encore d’une nouvelle affectation à Ikusa ou aux frontières de l’Empire. Si cela avait été le cas, l’on m’aurait « recruté » séance tenante, sans aucune forme de cérémonie, et l’on m’aurait assigné à une quelconque compagnie avec d’autres janissaires. Non. Ici, c’était différent.

    Aussi, pour y voir plus clair et tenter de faire éclater la vérité, je procédais au cheminement inverse. Au lieu de m’interroger sur les raisons que cet officier aurait de vouloir me voir, je me demandais tout simplement ce qu’une elfe, telle que moi, avait à offrir pour que l’on s’intéresse de près à son cas. J’écartais d’office le motif charnel tant il semblait incongru. Même si certains contrôleurs et certains contremaîtres ainsi que quelques gradés n’hésitaient pas à user de leur pouvoir pour s’adonner à leurs vices, jamais un homme ou une femme n’aurait émis le désir de contacter une esclave de guerre en particulier sous prétexte qu’ils étaient d’humeur licencieuse. Après tout, il y avait quantité de maisons closes dans la capitale pour satisfaire tous les plaisirs. Cela dit, j’avais conscience que du temps de l’esclavage et de la pratique de la gladiature, certaines nobles n’hésitaient pas à s’acoquiner avec ce genre d’individus, car la vue de muscles saillants et la sauvagerie dont pouvaient faire preuve ces derniers suffisaient à réveiller leur émoi.

    En revanche, je n’hésitais pas à m’attarder sur mon passif. Est-ce que cette personne avait, à mon encontre, un quelconque grief ? Au vu de mes actes passés, c’était une possibilité que je ne pouvais ignorer. Ayant combattu jusqu’à la toute fin, lors de la chute d’Ikusa, j’avais tué mon lot de fils, de pères et de frères. Pire encore ! Je n’avais pas sourcillé en exécutant d’une flèche dans le crâne ceux qui, jadis, avaient trahis à mes yeux alors qu’ils avaient eu le bon sens, contrairement à moi, de ployer le genou et de se mettre au service du seul vrai souverain du Reike. Étant donné que les évènements récents avaient été quelque peu mouvementés, ce mystérieux quidam disposait, peut-être, désormais d’assez de temps pour venir régler ses comptes. Toutefois, cela semblait assez improbable. Même si la nature humaine était, par essence, assez mesquine, jamais un homme ou une femme n’aurait eu la bêtise de vouloir mettre un terme à mon existence. Ma vie comme ma mort appartenait au couple impérial et par extension aux contrôleurs royaux.  Cela devait donc être une autre raison…

    Ne restait qu’une autre motivation suffisamment légitime : mes capacités martiales et magiques. Après tout, je demeurais une elfe originaire de Melorn. J’avais bénéficié des meilleurs précepteurs dans le domaine des arcanes. Aussi, un noble éprouvait-il peut-être le besoin que j’éduquasse sa descendance ou lui-même à l’art de la sorcellerie. Au regard de mon affinité pour la pyromancie essentiellement, cela me paraissait extrêmement peu probable. Demeuraient alors mes capacités martiales. J’étais une véritable virtuose avec la corde de mon arc. Bien peu dans cet empire, pouvait se targuer de m’égaler dans l’art et la manière de bander un arc et de décocher une flèche en vue d’atteindre une cible. Peut-être que mes actes, sur le champ de bataille face aux troupes des Titans, m’avaient accordé une certaine renommée dans les rangs des soldats ou avaient rappelés à certains les prouesses dont j'étais capable malgré ma position d'esclave de guerre. Après tout, trois ans auparavant, j’étais encore capitaine dans l’armée du Reike.

    Il demeurait, néanmoins, un dernier point ayant un lien avec tout ceci : mon expérience du combat et plus largement mes connaissances vis-à-vis de la poliorcétique. Bien que je ne m’estimais pas être experte en la matière au regard de ce qu’il me restait encore à découvrir ou à analyser, j’avais conscience que l’on ne m’avait pas condamné à mort, à l’époque de ma « rébellion » à cause de cela. Mon savoir ainsi que ma volonté d’écrire ou d’analyser des doctrines de guerre m’avaient rendue quelque peu « précieuse » au point que l’on me laissait encore coucher mes commentaires dans mon carnet. Toutefois, quand bien même je détenais une telle particularité, il paraissait plus judicieux qu’un officier ait recours aux enseignements de l’Université Draakstrang, à moins, bien évidemment, de ne pouvoir se payer ledit enseignement ce qui semblait quelque peu hors de propos.

    Comme je l’avais, pour ainsi dire, estimer, mes divagations oniriques me laissèrent amplement le temps de rejoindre la cellule qui me servait de chambre. Je restais dans l’embrasure un long moment, le regard perdu dans le vide ou presque. Il me fallait tuer le temps et surtout me préparer à la visite de l’officier soit deux fins qui s’associaient. Durant un instant, je caressais l’idée de nettoyer cet endroit jusqu’à ce que constate l’inutilité d’une telle démarche. Ma couche de paille, dans le coin droit de l’entrée, avait été, depuis mon réveil, parfaitement arrangé. Quant à ma « tenue de combat », elle était disposée dans le coin gauche de la pièce sur un présentoir en bois que j’avais su fabriqué et aux côtés duquel se situait mon Yuumi et mes flèches. Pour ce qui était de mon carnet, des bougies et de mon matériel de scribe, le tout était disposé bien soigneusement dans une alcôve située au-dessus du bloc sur lequel reposait ma paillasse.

    De fait, je n’avais rien à faire ou pratiquement rien à faire si ce n’est accomplir ce que tout bon soldat devait faire en révision d’une rencontre avec un officiel. Bien que je ne détienne plus de rang à proprement parler, certaines habitudes que j’avais acquises au cours de mon existence persistaient. Par conséquent, j’estimais que janissaire ou pas, lorsque l’on devait représenter le corps d’armée ou l’Empire, l’on se devait d’être propre. Je me saisis donc de l’une des tuniques propres que j’avais à portée de mains et partais en direction des bains.

    En chemin, j’eus le temps de contempler les chambres adjacentes aux miennes et contemplais, du coin de l’oeil, non sans éprouver une certaine tristesse, le vide qui les constituait désormais. J’étais seule désormais dans cette partie de la caserne. Pour une raison, que je ne m’expliquais pas, je ne parvenais pas à comprendre les raisons de mon humeur ô combien morose lorsque je faisais cette simple constatation. Était-ce la mort de mes camarades janissaires au combat qui me rendait si désœuvrée ? Même si, j’avais veillé sur nombre d’entre eux, je n’avais jamais été véritablement proche de ces derniers à l’inverse de ceux aux côtés desquels je m’étais battue lors de la conquête d’Ikusa par l’Empereur. Était-ce le fait que cette soudaine solitude m’obligeait à me replier sur moi-même ? Cela avait peu de sens tant j’avais recherché une certaine forme d’isolement par le passé.

    Je sortis du couloir pour traverser une cour où quelques soldats semblaient entamer leurs tâches quotidiennes. Les ignorant, je continuais mon chemin pour finalement aller de l’autre côté de ce patio et ouvrir une porte pour arpenter à nouveau un couloir. Au bout de ce corridor se trouvait une large pièce au sein de laquelle l’on pouvait observer plusieurs bains au sein desquels je pouvais observer quelques personnes dans le plus simple appareil. Oh ! Il ne s’agissait pas d’un aménagement très luxueux. En vérité, nous étions même aux antipodes des hammams qu’il m’arrivait, jadis, de fréquenter dans la capitale. Il ne s’agissait que de larges cuveaux en bois disposant d’un savant système d’évacuation et étant alimenté par diverses citernes dédiés aux seuls besoins des baraquements dans lesquels je me situais.

    Durant de longues minutes, j’attendis que le cuveau se remplisse, puis à l’aide d’un peu de magie, j’usais de ma pyromancie, non sans modération toutefois, pour chauffer l’eau dudit bain avant de me délester de ma tunique et de mes caligae pour finalement le rejoindre. N’accordant aucune importance aux regardes que certains me jetaient, j’entamais ma toilette, à l’aide d’une simple éponge, tout en continuant de m’appesantir sur ce sentiment ô combien désagréable qui ne cessait de me tourmenter ! Ce mal-être n’avait aucun sens à mes yeux. En quel honneur, la disparition de mes camarades devait-elle me plonger dans l’amertume la plus totale ? Était-ce pour la simple raison que j’estimais que la mort de mes frères et sœurs d’armes au combat avait été inutile ? Il est vrai que je considérais que durant ces dernières années, le corps des janissaires avait été bien mal employé et bien mal organisé. Hélas ! Je n’avais jamais pu faire part de mes observations à ce sujet tant aucune personne de la hiérarchie de l’Empire ne m’avait interrogé à ce sujet. Il y avait, par conséquent, assez peu de chance pour que cela s’améliore.

    Non. Ce malaise cachait un élément qui se dérobait à moi dès que j’essayais de l’identifier ce qui était quelque peu frustrant tant ces émotions, qui à mes yeux ne m’appartenaient pas, parasitaient mon être. Alors que j’étais plongée dans mes pensées, je ne remarquais pas que les doigts effilés de ma main droite en étaient venus, une fois encore, à gratter de manière frénétique la cicatrice située entre mes seins jusqu’à faire couler, au bout d’un moment, un peu de sang. Cette soudaine irritation m’arracha à mes considérations et me fit constater l’ampleur des « dégâts ». Aussi tachais-je de nettoyer la plaie, qui au contact du savon, n’en était que plus enflammée, et m’admonestais mentalement pour finir au plus vite mon bain avant que de m’attirer des reproches, ou pire encore, avant que ledit officier ne me trouve ici.

    Plongeant la tête sous l’eau pour me concentrer sur mon visage, je nettoyais rapidement ma chevelure dont je notais, d’ailleurs, la longueur et veillais également à tenter de débarrasser mon cou des quelques traces de crasse qui y persistaient ce qui n’était pas très aisé du fait de la présence de mon collier d’esclave. Une fois, le tout fait, je sortis de la baignoire sans tarder, revêtis la tunique propre que j’avais apportée et mes caligae avant de déposer mon vêtement sale dans la partie de la pièce dédiée au linge sale des janissaires. Puis sans demander mon reste, j’en vins à retourner dans la cour adjacente que j’avais traversée quelques instants auparavant tout en ignorant les quelques personnes qui m’entouraient pour m’installer contre un mur situé à l’opposé de mes quartiers, afin de pouvoir scruter les allées et venues de chacun, et surtout pour que la personne, devant me rencontrer, puisse m’identifier.

    Laissant la faible brise matinale caresser mes cheveux, encore trempés, je fermais les yeux, temporairement, et savourais la chaleur des premiers éclats de l’astre du jour sur ma peau humide. Je restais ainsi, pendant un long moment, avant de me concentrer à nouveau sur mon environnement et surtout sur l’objet de mes pensées. Même si je n’étais pas en mesure d’identifier pleinement l’origine de cette soudaine malédiction, j’estimais qu’elle avait un lien probable avec une quelconque perte d’identité bien que cela soit, sans nul doute, tiré par les cheveux. Après tout, je demeurais l’un des derniers janissaires « recrutés » avant notre victoire « finale » sur les troupes des Titans. J’avais conscience que les prisonniers, faits au cours du conflit, finiraient, tout comme moi il y a de cela trois ans, par mesurer l’amplitude de leur faute et accepteraient de prendre leurs responsabilités et de servir l’Empire du Reike en tant qu’esclaves de guerre.

    Néanmoins, il n’en demeurait pas moins que ces futures recrues n’étaient que des étrangers. Je n’avais fait, à la mesure, que croiser le fer avec certaines de ces personnes. Au-delà, nous n’avions, pour l’instant, rien en commun. À l’inverse de leurs prédécesseurs, ils n’avaient pas partagé mon quotidien durant trois ans. Ils n’avaient pas combattu, sué et saigné à mes côtés pendant trois ans. Ils n’étaient pas morts dans mes bras. Ils n’avaient pas conscience des épreuves que nous avions subies. En somme, je n’avais aucun lien avec ces personnes qui tôt ou tard rejoindraient un corps dont ils ignoraient tout. J’étais, pour ainsi dire, la dernière représentante d’une « caste » de janissaires. Le dernier témoin... En un sens, cette donnée devait être probablement à l’origine de mes tourments. Je n’étais que le vestige d’une époque révolue comme en attestaient d’ailleurs les cellules vides situées aux côtés de la mienne et dans lesquelles l’on trouvait encore les possessions de ceux qui, jadis, les avaient occupés. Certes, je savais que ces recrues seraient, tout comme moi, fidèles aux souverains de l’Empire, mais, pour autant, au regard de leur provenance, il ne faisait aucun doute que la venue de ces esclaves de guerre bouleverserait le monde dans lequel j’avais évolué jusque là.

    Peut-être était-ce même là l’origine de la requête à laquelle on m’avait astreinte aujourd’hui. Après tout, la personne devant me rencontrer aujourd’hui était possiblement l’un de mes rares camarades ayant survécu au conflit et ayant été affranchi. C’était une probabilité bien que je ne comprenais pas les raisons d’une telle conduite. J’imaginais assez mal un officier venir en ces lieux pour converser de nos souvenirs respectifs de ces trois dernières années. C’était quelque peu incongru et surtout assez malvenu tant, par bien des aspects, je n’avais jamais appris à connaître mes anciens camarades pour des raisons qui m’appartenaient.

    Je suivais, sans toutefois faire un seul mouvement, du regard  les personnes qui avaient, en cette matinée, décidé d’occuper également la cour. Il est vrai qu’il s’agissait d’un des rares endroits au sein des baraquements qui était appréciables. Si j’exceptais ma condition servile et la température ambiante, j’aurais presque pu prétendre me trouver à Melorn. Hélas ! Ce n’était guère le cas alors que mes deux oreilles se raidirent soudainement suite aux éclats de rire gras de deux gardes qui passaient par là et qui, si j’en croyais leur direction, partaient patrouiller en ville. Je notais également la présence de deux hommes attablés à l’une des rares tables disponibles en train de jouer aux osselets. Visiblement, ils étaient probablement affectés à la surveillance de cette section des baraquements ce qui devait probablement les arranger étant donné que j’étais le seul janissaire présent en ces lieux. Par conséquent, non seulement ils savaient qu’ils ne seraient pas débordés par « l’ampleur de la tâche », mais en plus, ils avaient conscience que je ne leur poserais pas de problème tant la majeure partie du temps, dernièrement, je me contentais de m’exercer, d’écrire sur mon carnet ou de rester ici, le dos allongé contre un arbre.

    Entendant quelques cliquetis de pièces métalliques ainsi que des bruits de pas rapide, je portais mon regard bleuté vers la silhouette qui se profilait à l’horizon. Visiblement, cette personne, plutôt grande, était un guerrier si j’en croyais l’armure de plate noire qui le recouvrait entièrement. Celle-ci ne semblait pas de première jeunesse ce qui laissait à penser qu’il s’agissait d’un vétéran qui avait connu sa part de combats. Le fait qu’il possédait un tel équipement laissait également à supposer qu’il devait être aisé ou qu’il occupait une fonction assez importante au sein de la hiérarchie reikoise. Tout comme moi, les gardes, présents non loin de moi, se tournèrent vers la source de ce remue-ménage puis en revinrent à leurs affaires. Tel que je les connaissais, bien que leur curiosité dût les titiller, ils préféraient éviter de s’attarder sur cette personne dont l’aspect était quelque peu menaçant.

    Effectivement, à s’y méprendre l’on aurait pu, si elle n’avait pas une forme tangible, prendre cette armure pour l’un de ces spectres qui, occasionnellement, en venait à hanter les lieux sur lesquels s’étaient déroulées des batailles. Pour ma part, je ne bronchais pas malgré son allure et même s’il semblait se diriger vers moi. Après tout, si cette personne avait été un intrus, il n’aurait pu avoir accès à cette section des baraquements. De même, si ce mystérieux quidam était un envahisseur, ses armes auraient dû être sorties de leur fourreau. Aussi, n’avais-je aucun souci à me faire bien que sa présence ne manquât pas de réveiller ma curiosité alors que je fermais à nouveau les yeux pour pleinement savourer les rayons du soleil. Bien que j’ignorasse l’identité de cet inconnu, j’imaginais assez mal l’un de mes anciens camarades être ainsi vêtu. Vraisemblablement, même s’il s’agissait de l’officier que je devais rencontrer, il était venu pour un tout autre motif dont j’ignorais la teneur.

    Finalement, cette personne en vint à s’arrêter à quelques pas de moi si j’en croyais les sons que je percevais, ce qui me poussa, à nouveau à ouvrir les yeux et à poser mon regard à l’aura azurée sur celle-ci. Dès lors qu’elle fut assurée de mon attention, cet inconnu me salua, d’une voix grave et ô combien monocorde, et se présenta. Ainsi, il s’agissait bien de l’officier de l’armée reikoise qui avait sollicité une rencontre avec moi. Cet homme… Ce Deydreus était même, selon ses dires, le dirigeant des Serres Pourpres. Or, ce nom ne m’était pas totalement étranger. Si ma mémoire ne me faisait pas défaut, ces hommes avaient une assez bonne réputation. Il me semblait, d’ailleurs, avoir pu croiser l’un de ces membres au cours de l’une des batailles ayant opposé le Reike aux troupes des Titans, mais peut-être était-ce une erreur.

    Aussi par respect et par habitude, je me redressais quelque peu pour faire pleinement face à Fictilem, fît claquer mes bottes, et ce dans l’optique de me saluer, selon la plus pure tradition militaire, mon supérieur hiérarchique. Je me contentais également de lui répondre, d’un ton laconique, ces seuls mots dont l’écho, du fait de la nature quelque peu troublée de ma voix persista une seconde après que je les eusse prononcés :


    « Enchanté. Je suis à vos ordres, officiarius. »

    Il poursuivit ensuite en m’indiquant très clairement qu’il ne s’intéressait ni à ma situation, ni à mon passé, ni même à ma vision de l’Empereur.  Bien que je n’en montrais rien, cette simple déclaration me démontra que mes suppositions avaient été, comme je l’avais estimé, purement et simplement erronées. De ce fait, ma curiosité envers cet homme, qui en profita d’ailleurs pour retirer son heaume et balayer sa chevelure d’ébène, n’en fut que renouvelée. Je ne manquais pas, alors que j’attendais non sans une certaine impatience d’entendre les raisons de sa présence en ces lieux d’attarder mon regard sur son visage pâle aux traits anguleux. Ce n’était qu’un simple humain, quelque peu barbu au vu de son bouc et de sa moustache, qui, pour autant, n’était pas dénué de charmes tant il incarnait, sous certains aspects, une forme de beauté froide. Ce qui me frappa le plus fut, en revanche, ses yeux vairons. Je n’étais visiblement pas la seule à avoir hérité d’une spécificité oculaire.

    Très rapidement, l’intérêt que je portais vers le physique de cet homme se transféra vers la nature des mots qu’il prononça et qui, alors que je les saisissais, firent redresser ostensiblement mes longues oreilles et durent ostensiblement faire apparaitre, dans mon regard, une lueur d’intérêt. Ainsi, cet officier désirait avoir le fond de ma pensée dans un domaine que je n’avais fait qu’effleurer du doigt et auquel j’avais, dédié mon existence entière. Voilà qui était pour le moins surprenant, curieux et surtout bienvenue même si je m’interrogeais quant au fait qu’il n’ait pas eu recours aux enseignements de l’université Draakstrang. Néanmoins, je tâchais de lui répondre non sans laisser poindre une pointe de sarcasme.


    « La guerre est le seul domaine au monde au sein duquel les êtres vivants sont honnêtes dans les rapports qu’ils entretiennent les uns avec les autres et surtout vis-à-vis d’eux-mêmes. Ils savent que c’est un champ d’expertise où il faut tuer ou être tué. Peu importe ce que vous êtes : janissaires, cavaliers, fantassins, archers, vous avez conscience de cette réalité, mais plus encore, vous savez qu’afin d’obtenir la victoire, il vous faudra vous montrer plus retors et malin que votre ennemi afin de le leurrer. Au vu des réalités d’un champ de bataille, certains réussiront à faire fi de leur peur et à se montrer courageux, d’autres, au contraire, ne pourront pas contenir le contenu de leur estomac et de leur intestin et le déverseront au sol ou sur eux-mêmes. De même, des hommes et des femmes laisseront leurs pulsions s’exprimer, quelles que soient leurs croyances, leurs vices ou leurs penchants ou encore démontreront leurs vertus. Enfin, c’est le seul endroit où l’on a conscience des aspirations et des priorités de chacun dans l’existence. Étrangement, la perspective d’une mort imminente a tendance à réveiller les consciences des races mortelles qui en viennent à s’accrocher à ce qui leur tient le plus à cœur quitte à devoir formuler l’absence de ces fameux concepts à leurs camarades. La guerre est surtout un milieu où l’on peut observer la dualité qui caractérise les espèces conscientes de notre monde. Nous laissons nos instincts primaires prendre le dessus pour tenter de survivre, mais nous usons également de notre intellect pour y parvenir. » Je m’arrêtais un court instant avant de conclure. « Qu’importe ce que  les aèdes et autres poètes content, la guerre n’a rien de glorieux, ne serait-ce que par l’odeur de merde, de fumée et de chairs putréfiées qui se dégage du lieu d’une bataille. La guerre, c’est observer vos camarades et vos alliés avec leurs vices et leurs verrues et accepter de les protéger dans tous les cas. »

    Cette simple déclaration était pourtant loin de répondre à la question de Fictilem. En vérité, j’étais bien en peine de pouvoir lui donner satisfaction. Sa requête demeurait bien trop générale et m’obligeait à tenir compte de multiples facteurs qui n’étaient pas nécessairement pertinents. De même, il m’était impossible d’aborder cette problématique, car je n’avais fait que l’effleurer du doigt au cours des deux derniers siècles. Bien que j’eus, bien plus d’expérience qu’il n’en aurait jamais du fait de son espérance de vie, des plus limitées, il n’en demeurait pas moins que je demeurais une néophyte. Du moins, c’est ainsi que je le voyais tant ce domaine n’était limité que par la vision des hommes et des femmes d’une époque donnée et surtout d’une origine donnée.

    Bien que je ne susse comment combler ses attentes, je comptais bien tenter de fournir à cet homme des éléments de réponse ce qui risquait de me prendre un certain temps. Aussi, pour plus de confort, je lui intimais d’un discret signe de tête de me suivre à la table située non loin de notre position, puis, une fois sur place, le laissais s’asseoir avant de prendre place à mon tour sur ce qui ressemblait plus à un tonneau qu’à un tabouret. Je joignais aussitôt les mains sur la table et repris mon exposé d’un ton calme au sein duquel l’on pouvait sentir, toutefois une pointe de passion qui gagna d’ailleurs en importance progressivement.


    « Pour tout à fait franche avec vous, officier Fictilem, j’ignore comment répondre de manière judicieuse à votre question. Elle est bien trop généraliste. Tel que vous l’avez formulé, je serais tentée de vous affirmer que je ne pense rien de la guerre si vous entendez ce terme dans son ensemble et sous toutes ses formes. Pour quelle raison me demanderiez-vous ? Très simplement, car je ne connais pas toutes ses dimensions. Or, à moins d’être un simple d’esprit ou un serviteur des Titans, ce qui revient plus ou moins à la même chose, formuler un avis sur un point que je ne maîtrise que partiellement n’aurait pas grand sens et n’aurait aucune pertinence. » Je fis une nouvelle pause avant de répondre. « En revanche, si vous me questionnez d’un point de vue moral ou éthique, j’admettrais bien volontiers, et dans ce cas veuillez bien excuser mon honnêteté, que je vous aurais probablement ri au nez lorsque j’étais encore capitaine de l’armée reikoise. Oser aborder cet art, car ne vous y trompez pas il s’agit bien d’un art que peu savent reconnaître, en faisant preuve de manichéisme n’est en fait qu’une simple et pure ineptie. La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens. Le vrai but d’une guerre est de servir une fin politique ou de répondre à un impératif. C’est bien pour cela que bien souvent, pour déclencher un conflit ou l’entretenir, certains dirigeants n’hésitent pas à affirmer qu’il existe des principes et des valeurs supérieures à la vie. Ironiquement, il n’est pas rare que l’on prétende l’inverse, en cas de statu quo, pour y mettre fin. Quoi qu’il en soit, la nature profonde d’une guerre est de s’autojustifier. En d’autres termes, pour remporter une victoire, il faut participer au débat politique et ignorer tout le reste si ce n’est détruire son ennemi. »

    Je laissais le temps à l’humain de digérer mes paroles et en profitais pour faire craquer mes phalanges. Il me restait un dernier point à aborder. Aussi, je tenais à le traiter avant qu’il ne pût me répondre. Aussi, le regardais-je fixement et poursuivis d’un ton sec, voire même quelque peu inquisiteurs, qui n’aurait admis, à une époque, aucune contestation. Je n'ignorais pas, en ces circonstances, que mon comportement risquait d'être assimilé par certains comme relevant de l'insolence mais je n'en avais cure. Je désirais satisfaire ma curiosité

    « Je ne vous apprendrais rien en vous dévoilant que ce domaine demeure au centre de mon existence. Je m’y suis dédiée corps et âme depuis ma naissance pour certaines raisons au point qu’aujourd’hui, j’affirme sans nulle honte que cet art, dont je suis la dévouée disciple, est mon maître et le constitue le caementum de mon âme. Aussi, afin de répondre pleinement à vos attentes, je me vois contrainte de vous interroger à mon tour. Que recherchez-vous véritablement ? Quel aspect de ma modeste vision sur l’art de la guerre attire votre attention ? Pourquoi consulter un janissaire et non un membre de l’université  de Drakstrang dont les enseignements sont tournés vers cette spécialité bien qu’ils soient, selon moi, bien trop théoriques et limités. »
    Noble du Reike
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    Deydreus Fictilem
    Deydreus Fictilem
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    Info personnage
    Race: Humain
    Vocation: Guerrier combattant
    Alignement: Loyal mauvais
    Rang: B
    qui suis-je ?:
    https://www.rp-cendres.com/t893-deydreus-fictilem-inter-arma-silent-leges-terminehttps://www.rp-cendres.com/t950-liber-legatus-chronologie-de-deydreus-fictilem
  • Ven 13 Jan - 13:28
    Observant l'elfe, Deydreus était resté silencieux tout le long de sa réponse. Sa première vision sur les conflits et la guerre coincidait étrangement bien avec ce que le vétéran pensait. Il en fut rassuré. A vrai dire, communiquer avec une personne ayant vécu aux travers des conflits et dont l'existence même demeurait toujours aujourd'hui ce domaine précis aurait été... Désappointant. Lorsqu'elle invita l'armure noire à la suivre pour aller s'installer à une table, l'officier se doutait intérieurement qu'outre le confort préférable, cela annonçait un nouveau monologue qu'il allait devoir aussi bien écouter qu'analyser.

    Les explications qui suivirent, notamment sur la morale et l'éthique d'une guerre furent également très intéressantes. Il n'y avait pas de "bonne guerre" comme certains abrutis honorables aimaient le dire. Il n'y avait que ça, la guerre. Un conflit sanglant opposant différents groupes. Parfois pour des terres, des ressources. Parfois pour des idées. Chaque fois, le sang coulait de la même façon. Chaque fois, la violence régnait en maîtresse absolue, seulement dominée par une mort inéluctable pour bon nombres de guerriers. Vaesidia avait raison sur de nombreux points et, à mesure qu'il l'écoutait, Deydreus fut rassuré sur la personne qui se trouvait en face de lui. On l'avait définie comme une plante verte, une janissaire bonne à juste faire son travail et sans profondeur. En vérité, cette dernière démontrait déjà plus de réflexion et d'intellect que bon nombres d'officiers de l'armée qui se prenaient pour des rois alors qu'il venaient de trous paumés et s'étaient hissés à leur place uniquement grâce à un duel judiciaire ou un pot de vin bien placé. Pitoyable. Il fallait de la réflexion, de la philosophie, si l'on désirait grandir et comprendre toutes les profondeurs du métier que l'on pratiquait. Sinon, rien ne différenciait véritablement l'officier du soldat de base, si ce n'est un peu de technique. Croisant ses deux mains gantées, Deydreus retira auparavant son heaume qu'il déposa sur la table. Ses deux yeux vairons vinrent percer le regard de la janissaire, tandis que ses cheveux de jais tombaient sur les côtés, de nouveaux à l'air libre.

    - Je suis heureux de voir que nous sommes plus ou moins sur la même longueur d'ondes. Il prit quelques secondes avant de continuer. Je pense également qu'il faut être prêt à tout pour écraser son ennemi. Que la moindre ressource, amie comme ennemie, doit être analysée et utilisée à bon escient. Il n'y a pas de morale, de logique honorable, lorsque sa survie dépend de la mort de l'autre. Nous l'avons vu avec les titans.

    L'officier décroisa alors de nouveau les bras, s'adossant un peu plus à la chaise tandis que dans son dos cliquetaient ses deux épées.

    - Vous vous demandez donc pourquoi je suis venu vous voir spécifiquement? Pourquoi une janissaire plutôt que des instructeurs de Drakstraang? Il émit un léger rire, faisant résonner sa voix rauque. Je connais tous les instructeurs de l'université. J'y ai été diplômé et major de ma promotion. Je sais ce qu'ils pensent de la guerre et comment ils y voient un potentiel honneur. Balivernes. Je préfère de loin discuter de cet art avec des personnes s'étant plongées corps et âmes dans ce domaine précis. Vous l'avez dit vous même, votre vie entière est dédiée à la Guerre et ses subtilités. Vous êtes d'un âge bien plus avancé que le mien et votre race a connu des conflits qu'il nous est à peine difficile de concevoir. Alors, je trouvais cela amusant de comparer nos visions. Voir si le temps altérait ce que je considère aujourd'hui comme une réalité absolue. Visiblement, ce n'est pas le cas.

    Il s'étira alors, se redressant pour quitter la table en faisant signe à Vaesidia de rester sur place. Revenant par la suite avec une carafe et deux godets, l'officier versa dans chacun d'eux un long liquide carmin. Du vin. Prenant un des récipients, l'homme aux yeux vairons but quelques gorgées du liquide fruité avant de reporter son attention sur la janissaire qui lui faisait face.

    - Ne vous méprenez pas, je ne suis pas uniquement là pour faire la causette et vous faire perdre un temps qui pourrait être utilisé pour parfaire votre entraînement quotidien. Voyez cela comme... Un entretien d'embauche. Un échange ayant pour but de me permettre de voir le potentiel que vous détenez, non pas militairement parlant et encore moins physiquement. Mais psychique. Marquant une nouvelle pause, il but de nouveau une gorgée de vin. Mon cadre de métier m'envoie dans des zones difficiles, souvent sans bannière pour me soutenir et souvent sans même l'honneur de porter le nom de l'empire. Mais, dans cette fange, j'ai pu voir l'horreur de la guerre et ce qui la compose. Comme vous l'avez dit, la guerre n'est que le fait de voir les vices de ses camarades et d'accepter de les protéger malgré tout. C'est aussi, selon moi, un moyen de se parfaire et de connaitre son véritable soi. Faire tomber les masques, en somme. J'ai également lu votre dossier. Même ce qui était sensé être raturé. J'ai vu que vous aviez combattu pour les forces loyalistes lors de la guerre civile. Jusqu'au bout. Je trouve cela intéressant, non parce que vous vous êtes efforcée de combattre dans un conflit perdu d'avance, mais plutôt pour la férocité avec laquelle vous avez choisi de continuer le combat. Cet appel du devoir, c'est remarquable. Surtout lorsque l'on peut voir la façon dont certains quartiers de la capitale se sont rendus en comparaison.

    Repoussant le godet un peu plus vers le milieu de la table, Deydreus vint alors presque s'appuyer contre le bois asséché de la table, tandis qu'il ne lâchait pas l'elfe des yeux.

    - Mon poste est voué à évoluer. Mon travail à changer. Aussi, je préfère commencer à observer mon potentiel futur entourage. Mes potentiels alliés et autres camarades de l'armée. Je sais tout de vos capacités martiales. Les officiers qui vous ont dirigés m'en ont déjà parlé, les rapports sont suffisamment nombreux. Et inintéressants. Aussi, je m'excuse de cette approche étrange à votre égard. Ces questions larges et volontairement peu précises. Elles ne sont là que pour pouvoir suivre votre chemin de pensée, observer votre façon d'analyser les choses et de choisir vos mots. Cela peut paraître insolent de ma part en raison de mon jeune âge en comparaison de votre sagesse elfique mais, j'ai mes raisons. Ne voyez cependant pas notre échange comme celui entre un officier et une janissaire, mais plutôt entre deux vétérans qui se montrent leurs cicatrices. Vous pouvez parlez sans retenue, je ne prendrais ombrage d'aucune phrase... Comment dire... Insolente? Répondez simplement à mes questions comme vous l'entendez, comme vous venez de le faire.

    Il laissa quelques secondes à l'elfe pour qu'elle comprenne ce qu'il sous entendait par là. Sa démarche était après tout confuse et cavalière. Rares étaient les officiers qui prenaient la peine d'aller voir des soldats de rangs, encore moins des "esclaves guerriers". Mais Deydreus n'était pas comme les autres officiers. Toutes ses recrues potentielles, il avait pris le soin de les surveiller quelques jours et étaient tout d'abord entré en contact avec elle. Il se souvenait, d'ailleurs, des nombreux jours qu'il avait mis à observer Alasker dans l'arène, avant de se décider à venir voir celui qui était devenu avec les années son plus fidèle ami. Les mains toujours jointes, l'armure noire continuait de fixer l'elfe de ses deux yeux hétérochromes.

    - Comme je l'ai dit, je compte vous employer plus tard, potentiellement au sein de ma troupe ou bien en tant que simple alliée, je ne me suis pas encore décidé. Et avant que vous ne rétorquiez que que cela ne relèverait pas de mon autorité, croyez moi. J'aurais mes moyens. En toute chose, cette volonté de vous voir à l'oeuvre passe comme je l'ai dit plus tôt par notre entretien actuel. En échanges de mes questions, vous m'apportez un point de vue qui vous est propre. J'en apprends aussi plus sur vous et sur le raisonnement que l'on obtient via des centaines d'années de pratique guerrière. C'est, en somme, une expérience bien plus riche que de parler avec des instructeurs censurés et piégés dans leurs propres codes moraux, pour en revenir à votre question d'il y a quelques instants. Aussi, j'aimerais vous poser une nouvelle qestion. Elle aussi, tout aussi large et peu précise que ma première. J'en suis navré.

    Il décroisa alors les mains, s'adossant de nouveau contre le dossier de sa chaise.

    - Dites moi ce que vous pensez, de la paix.


    Bellator ama va nihilo [FT Vaesidia] MmtmkVy

    " Vous, dont la liberté n'est possible que grâce à la rigueur d'âmes plus pures que la votre, ne vous croyez pas libres, vous n'êtes que protégés. Votre liberté est un parasite, vous vous appuyez sur l'énergie des hommes honorables et n'offrez rien en retour. Vous qui avez apprécié la liberté et qui n'avez rien fait pour la mériter, votre heure est venue. Cette fois vous devrez combattre seuls. Maintenant, vous allez devoir payer votre liberté passée de votre sang et de votre sueur. Car il n'y a pas de paix, seulement la Guerre. Et lorsqu'elle se montrera, elle n'épargnera personne. "

    Apparence des épées de Deydreus:


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