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  • Ven 8 Mar - 21:58
    préambule:

    Eolinn courait. Il n'y avait plus que ça à faire maintenant. Sa lame dégainée, le visage rougit par le soleil de midi d'un désert qu'il n'avait jamais réussi à considérer comme son foyer, le rebelle se jetait dans la gueule du loup aux côtés d'une vingtaine de ses frères d'armes, simplement pour avoir la satisfaction finale de mourir au combat.
    A l'horizon, les formes trop épaisses de ceux qui les traquaient se dessinaient au bord du point d'eau souillé de cadavres d'un oasis qui aurait dû rester paisible. L'odeur de la mort empestait à des lieues à la ronde, puisqu'une grande partie des défunts gardiens du point de rendez-vous des rebelles avaient été entassés, en plein soleil, avant d'être incinérés. La fumée noire se dégageant du pseudo-bucher funéraire avait terminé de mettre à mal le moral de la troupe de Micolash l'Exalté, au sein de laquelle Éolinn officiait depuis dix-sept mois maintenant. L'espoir d'une alliance entre clan rebelle était littéralement parti en fumée, tout comme celui de continuer leur grande œuvre dans l'ombre, et maintenant seul restait l'honneur et la vengeance. C'était ce que Micolash avait dit, en tout cas, après avoir constaté le désastre. De tous les capitaines rebelles, Micolash avait toujours fait partie des plus pragmatiques. Factuel, efficace mais peu charismatique, on l'avait toujours reconnu pour ses talents de duelliste et de stratège, certainement pas pour sa façon de galvaniser ses hommes. Ainsi, ceux qui acceptaient de le suivre partageaient en grande partie ses principaux traits de caractères. Ils étaient tous, ou presque, courageux, sinistres, froids et efficaces. Et aucun d'eux n'espéraient sincèrement survivre à un affrontement contre un détachement de Reikois ayant neutralisé tout un avant-poste de ravitaillement.
    "-Emportez-en au moins un dans la tombe." Susurra Solas, son cimeterre tournoyant entre ses doigts telle la torche d'un saltimbanque.
    "-Ça a été un honneur." Avoua Kathryn.
    Tous murmurèrent leur assentiment sans ralentir. Un monstre s'extirpa de l'ombre d'un des arbres bordant l'oasis. La ligne de guerrier en armure cramoisie qui les attendait s'ouvrit à son approche pour l'intégrer sans cérémonie. Ca ressemblait à un homme, aussi haut qu'un cheval de trait et avec des épaules aussi larges que celles d'un buffle. Ses mains serraient ce qui semblait être une hache démesurée au sommet de laquelle une pique méchamment aiguisée reflétait la lumière du soleil au-dessus d'eux.
    Le sang d'Eolinn quitta son visage, qui aurait sans doute blanchi sans ce fichu coup de soleil. Pas un seul d'entre-eux n'ignoraient l'identité de ce fils de pute coiffé d'un si ridicule casque à corne. Le Champion avait quitté son front Nord bien aimé pour venir punir une nouvelle cellule rebelle.
    La voix grave mais toujours calme de Micolash passa parmi eux tel un courant d'air :
    "-Ne l'approchez pas, laissez-le moi."
    Personne ne discuta l'ordre.
    Mais tous saluèrent le courage de leur chef.

    Kirk mis fin aux hurlements de souffrance de la spadassin en refermant les griffes de ses gantelets autour de sa fine gorge. Cette salope s'était bien battue. Elle avait passé sa rapière au travers du torse d'Aelios et manqué de faire de même avec Gatlig, après l'avoir sonné d'un coup de pommeau. Mais saigner une pleureuse comme Aelios ou assommer un pisseux du genre de Gatlig, ça n'avait rien de compliqué.
    Encaisser la morsure de son espadon, c'était une foutue autre paire de manche.
    Leur combat s'était terminé très vite. Elle l'avait pris pour un combattant lent, plus brutal que technique et s'était permise de tenter une fente après avoir esquivé -une fois- le tranchant de son espadon. A l'instant où elle s'était approchée, Kirk s'était mis de profil pour éviter la pointe de la rapière, la saisir d'une main et l'arracher de celle de sa propriétaire.

    Puis, tandis qu'elle tentait d'atteindre la dague attachée à sa botte, il lui avait tranché la cuisse et la main en ramenant son espadon à lui.

    "-Tu t'es bien battue." Lui accorda le Dévoreur en la soulevant de terre. Un flot de sang quitta le moignon tranché de la cuisse pour abreuver le sable. Dans un geste d'une délicatesse obscène, le vainqueur écarta une mèche de cheveux blonds, rendus gras par la sueur et le raisiné, s'étant collé sur le visage ravagé de sa victime. "Pour une femme, j'veux dire." Il resserra brutalement sa prise et l'échine céda dans un craquement humide. La carcasse fut jetée sur le côté par son tueur qui, déjà, cherchait une nouvelle cible. Mais il n'en restait plus.
    Le sable du désert se verrait contraint d'avaler le raisiné d'une trentaine de cadavres supplémentaires, demain. Les Dévoreurs encore debout marchaient parmi les morts et achevaient les blessés ennemis en prenant plus ou moins leurs temps. Sanguin, accroupit au-dessus d'un pauvre gars hurlant comme un damné, semblait occupé à lui manger une partie du visage.
    Et Gatlig, à une quinzaine de mètres de là, tenait la main tremblante d'un Aelios vivant ses derniers instants.

    "-Chienne de vie." Jura Nahr, en claudiquant jusqu'au Tortionnaire des Dévoreurs. "Sale manière de mourir."
    Kirk opina du chef. La rapière avait creusé profond et manifestement percé un poumon, vu le sifflement s'échappant de la gueule aux yeux exorbités d'Aelios.
    "-Il a toujours été nul."
    Nahr cracha par terre en gratifiant la brute à ses côtés d'un regard noir.
    "-Et toi, personne ne t'aime."
    Le concerné acquiesça en souriant de toutes ses dents.
    "-Mais moi, je respire.
    -Quel dommage.
    -Et j'ai vengé Aelios."
    Les dents jaunes de Nahr se dévoilèrent dans un rictus de dégoût.
    "-Il n'est pas encore mort."

    Ils demeurèrent silencieux quelques instants. Les échos lointains du seul combat leur étant formellement interdit parvinrent à leurs oreilles fatiguées. Alasker et le chef de cette bande de connards anonymes s'étaient éloignés du cœur des combats, à force d'exécuter des passes d'armes alambiquées. Ce gars au grand nez et aux lames incurvées était indéniablement coriace, puisque la Salvatrice ne l'avait pas encore fendu en deux. Mais aussi peu respectueux pouvait être le sadique Drakyn, il se devait de d'abord respecter les traditions en étant le témoin de l'agonie d'un camarade.
    Les minutes passèrent, lentement. Chaque souffle se faisait plus long et fastidieux pour Aelios, au supplice. Mais lorsque Gorog et quelques autres parvinrent à les rejoindre, le futur cadavre se débrouilla pour articuler, entre deux bulles de sang :
    "-J'arrive pas à croire…que je crève avant Sanguin."
    Des rires fatigués agitèrent les armures rougeâtres. Une blague sinistre, datant des premiers dévoreurs et reprise, depuis, par quelques-uns de leurs remplaçants, lorsque leur temps venait enfin.
    "-Djaghataï est mort aussi." Annonça Zoltig en s'ajoutant au reste du groupe. L'éventreur maintenait ironiquement une main couverte de sang sur son abdomen saignant tout en s'appuyant lourdement sur sa bardiche pour tenir debout. Nahr inspecta la plaie pour s'assurer que cette dernière n'allait pas les priver d'un troisième guerrier, puis recentra son attention sur Aelios.
    Quelques secondes plus tard, la carcasse perforée du mélancolique guerrier s'immobilisait pour de bon. Les plus empathiques frappèrent violemment leurs plastrons du poing. Quelques-uns entamèrent une chanson en Shierak-qyia évoquant le fantôme d’un héros hantant sa veuve. Et Kirk grinça, sans se départir de son sourire :
    "-J'ai vengé Aelios, du coup."
    Nahr l'insulta en trois langues différentes.


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  • Ven 8 Mar - 22:02
    Plus loin, au creux d'une dune elle-même à l'ombre d'un palmier, deux chefs trop opiniâtres pour céder poursuivaient un combat désormais long de plusieurs heures. Micolash, le fin duelliste et fort peu connu chef rebelle, affrontait Alasker Crudelis, Le Champion, dirigeant des Dévoreurs, bras droit de la Griffe et fils de la lune.
    Et il gagnait.
    Iratus avait pris conscience que son adversaire était meilleur que lui dès les premiers instants. C’était d’ailleurs la raison principale de sa survie, ainsi que l’unique erreur de ce Micolash : le duelliste se montrait trop honnête dans la démonstration de son admirable talent. Dès lors que ses lames courtes avaient fendues l’air une première fois pour passer au travers de la morsure du bronze divin de la Salvatrice et glisser sur l’airain de l’armure du manieur de hache, le rebelle s’était condamné à disputer un long combat pourtant gagné d’avance.
    Alasker s’était réfugié dans un style défensif ne lui convenant guère mais lui assurant au moins une survie prolongée. Il reculait sans cesse, ne frappait que lorsque l’ambidextre tentait un rapprochement trop osé. Son seul espoir résidait dans l’idée que son vis-à-vis se fatigue plus vite que lui, mais Micolash ne portait qu’une simple cotte de maille surmontée d’un tabard grisâtre, rien à voir avec l’armure lourde du géant d’Airain. Tout portait à croire que l’agile salopard allait jouer avec le bourreau de l’oasis jusqu’à ce que ce dernier tombe de fatigue. Les dernières minutes s’étaient montrées d’une impitoyable cruauté pour le plus lourd des deux combattants. La cascade de coups de Micolash avait fini par précipiter le Berserker au creux d’une dune, et maintenant, en plus d’être plus lent et moins précis, Alasker devait gravir une côte sableuse pour espérer atteindre le sinistre ambidextre.
    “-Tu te bats bien pour un perdant.” Gronda le géant, le visage rouge de fatigue.
    Son adversaire, aussi pâle que la mort, se contorsionna de manière quasiment inhumaine pour passer en-dessous du tranchant de la hache filant dans sa direction. Ceci fait, il se redressa pour se projeter en arrière en usant de l’armure de son adversaire comme d’un marche-pied. Un soleret d’acier s’écrasa sur le plastron du guerrier écarlate, qui tituba une fois de plus.

    Une fois de trop.

    Le corps trop épais roula au bas de la dune dans un concert de grincements métalliques et de grognements inhumains. Micolash ne se précipita pour l’achever. Le tueur demeura simplement au sommet de la dune, l’air interdit, droit comme un piquet. Sans la moindre expression lisible sur le visage.
    En se redressant une énième fois, Alasker jeta un coup d'œil rageur en direction du vainqueur et décida que l’absence de satisfaction sur les traits sinistres du chef rebelle restait, de loin, le plus vexant. Des décennies de guerres et de duels avaient modelé son corps et ses réflexes pour l’amener au pinacle de la perfection guerrière. Pourtant, cet anonyme enfant de chienne continuait à le prendre de haut et à le considérer comme une simple distraction. Pire, il poussait l’injure jusqu’à ne pas le considérer comme suffisamment dangereux pour ne pas l’achever directement.
    Au loin, l’écho d’un chant funèbre commençait à se faire entendre. Un chant bien connu du loup. Un chant de loyaliste endeuillé.
    “-Tes hommes sont morts.” Siffla-t-il, les crocs découverts.
    Micolash lui répondit d’un hochement de tête désabusé.
    “-Je sais.” Commença l’inexpressif maître d'armes. “Mais la leçon a été apprise. Le loup de la Griffe n’est rien de plus qu’un chien enragé. Fort. Mais sans talent.”
    Alasker cracha un filet de bave et de sang dans le sable brûlant.
    “-Personne ne pourra raconter cela.
    -Moi, si.”
    Le champion de la Griffe secoua tristement la tête, balayant cette dernière affirmation avec un soupçon de regret. Quelque part, le vaincu s’en voulait de souhaiter que les choses puissent se terminer autrement. Que ce redoutable bretteur puisse avoir l’honneur d’afficher sa supériorité martiale écrasante au grand jour. Mais les ténèbres tout au fond de la gueule d’Iratus n’aspirait qu’à une chose : continuer de dévorer la vie. Laper le sang de cette dernière jusqu’à sa dernière goutte.
    Et pour cela, la bête comme l’homme qui partageait cette grotesque carcasse devaient survivre à cet affrontement.
    L’armure grinça une fois de trop lorsque les épaules déjà disproportionnées du géant triplèrent de volume. Des éclats de bronze volèrent dans toutes les directions. Micolash écarquilla les yeux à la vue de ce spectacle, trahissant pour la première et dernière fois un soupçon de surprise dans ses yeux éternellement plissés. Puis une masse d’une demi-tonne de muscles, de cuir animal et de fourrure noire s’abattit sur lui.

    A sa défense, l’inégalable bretteur parvint à transpercer le poumon droit et à trancher l’artère fémorale de son adversaire, une seconde avant qu’une tempête de griffes ne viennent s’engouffrer dans son poitrail pour y cueillir son cœur comme un fruit trop mûr.
    Il refusa d’hurler, jusqu’à la fin.


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  • Ven 8 Mar - 22:04
    Les Dévoreurs avaient jeté leurs propres morts dans le bûcher déjà réservé à la première vague d’adversaires brisés. Un cadavre de berserker ne pouvait prétendre à mieux que partir en fumée en compagnie d’une trentaine d’ennemis vaincus, quand bien même aucun d’eux ne s’intéressait véritablement à ce qui arriverait à leur dépouille, lorsque viendrait l’heure. Le feu de joie funéraire était désormais aussi haut que deux hommes et presqu’aussi large. Les flammes, rendues puantes par la chair brûlée et la graisse bouillante, illuminaient ce début de nuit d’une lueur étrangement blanchâtre, et les superstitieux s’en étaient éloignés dès lors que Sanguin avait fait la remarque. Il y avait de sinistres légendes, au sujet des flammes immaculées. Les esprits des défunts changeaient soi-disant les couleurs de leur bûcher, lorsqu’ils animaient le feu qui les dévorait pour tenter de mordre leurs meurtriers et les emporter dans l’au-delà.
    Par défi, Kirk se tenait au plus près possible des cadavres en pleine combustion. Les bras croisés, un nouveau collier d'oreilles autour du cou. Nahr avait dû élever le ton pour l’empêcher de prendre celles d’Aelios, ce qui avait fait énormément rire Sanguin et choqué le jeune Gatlig. Beaucoup fixaient désormais le tortionnaire des Dévoreurs avec un mélange de mépris et de haine. Certains devaient sérieusement être tentés par l’idée de le jeter soi-même dans les flammes. Mais sa dernière démonstration de maîtrise et de cruauté se chargeait de dissuader ceux qui ne faisaient que peu de cas de la loyauté entre frères d’armes, si retors pouvaient-ils être.
    Gorog se tenait assis, sur l’une des rares caisses de ravitaillement ayant échappé à la mise à sac initiale. Il mâchonnait la viande salée trouvée à l’intérieur dudit conteneur tout en dardant lui aussi d’un œil peu amène le porteur du collier d’oreille, bien que cela soit désormais plus par habitude qu’autre chose. Malgré les pertes, cette bataille était de loin la meilleure qu’ils avaient livrée depuis sable d’or. Une bonne embuscade. Les rebelles, pourtant bien organisés, n’avaient eu aucune chance. Cette nuit marquait la décapitation -et donc la destruction- d’une énième cellule de rebelle montante. Un fait d’arme notable, qui ne manquerait pas d’apporter un peu plus de gloire aux dévoreurs et à leur chef.
    Pourtant, jamais Alasker n’avait semblé aussi aigri.
    Le géant d’airain s’était présenté à eux quelques heures plus tôt, sous forme lupine, couvert d’un sang lui appartenant en grande partie. Blessé, manifestement souffrant, le monstre avait jeté la moitié de carcasse qu’il traînait derrière-lui dans le feu avant d’aller nettoyer ses plaies ouvertes dans l’eau de l’oasis. Comme de coutumes, les blessures s’étaient volatilisées peu de temps après mais, lorsque le loup avait cédé sa place à l’homme, le chef des Dévoreurs ne s’était pas joint à ses guerriers pour célébrer cette victoire durement gagnée. D’habitude, la mort d’un ou deux gars ne l’affectait pas vraiment mais il ne manquait jamais de leur adresser quelques mots…En tout cas, si leur mort s’avérait suffisamment valeureuse pour que personne ne puisse en rire. Cette fois, le silence avait été sa seule célébration. Le géant s’était retiré dans l’ombre, loin des flammes et des quelques survivants éparpillés ça et là, à chanter, rire ou se vanter. Un comportement anormal. Froid. Trop froid. Même pour quelqu’un d’aussi brutal qu’Iratus.
    Gorrog ne s’en plaignait pas. Aucun d’eux ne se trouvait assez puéril pour ça. Mais le vieil orc s’en inquiétait. D’autant plus qu’il semblait bien être le seul à avoir remarqué ce brusque changement de tempérament.


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  • Ven 8 Mar - 22:12
    Le camp avait été posé tout en haut de la plus large dune bordant l’oasis. Loin du brasier, des corps, du côté où l’eau claire n’était pas souillée de sang et de tripes. Chacun avait monté sa tente en prenant soin de ne pas être trop proche de son voisin, ni trop éloigné du groupe, dans un espèce de chaos organisé dont seuls les Dévoreurs possédaient le secret. Aux limites Nord et Ouest du camp patientaient deux sentinelles, à l’affût, fraîchement revigorée par un soir de célébration et une nuit de repos presque paisible, seulement troublée par les hurlements de ceux qui trouvaient en eux encore assez d’humanité pour faire des cauchemars.

    Le pèlerin se présenta à eux au petit matin, au nord. Emberlificoté dans une demi-douzaine de tissus, sa haute et lourde silhouette rendue menaçante par l’espadon d’acier noir qui pendait dans son dos et les mains ouvertes, tendues devant lui, en signe de paix. Nahr, l’air menaçant, lui hurla de déposer sa lame au sol, et la seule réponse qu’il obtint fut un rire tonitruant, emprunt d’un authentique amusement et, étrangement, parfaitement dépourvu de la moindre forme de moquerie.
    “-Si je me présentais face à Iratus sans armes, il s’en sentirait insulté.” Répondit simplement le nouveau venu, et sa voix imposait autant le respect que la méfiance.
    Les quelques observateurs de la scène -les lève-tôt- se mirent à rire. Ils étaient cinq, actuellement, mais chaque toussotements amusés déclenchaient mouvements et interrogations, au sein des tentes voisines où certains avaient préféré flâner. L’une des brutes déjà debout, les bras croisés et un sourire en coin, attendit une accalmie avant de cracher sa question :
    “-Qu’en est-il de nous, alors?
    -Vous ?
    -Ne penses-tu pas que nous risquons également de nous sentir insulté, si tu venais à traverser notre camp sans te soumettre?”
    Les rires s’éteignirent, doucement. La silhouette encapuchonnée avisa le groupe, tout particulièrement ceux qui s’approchaient, main sur le pommeau ou lame dégainée, en s’efforçant de longer les bords de son champ de vision. Mais mis à part ces quelques coups d'œil, il ne sembla faire preuve d’aucune inquiétude.
    “-Il sera plus agréable d’affronter votre colère plutôt que la sienne.
    -Tu mourrais tout aussi bien, pourtant.”
    Le visiteur rit encore. Et cette fois, il y eut du mépris dans ses gloussements.
    “-Je m'en remettrai.

    Alasker, dans sa tendance coutumière au défi et à l'absence de considération pour toute vie -la sienne compris- avait dressé sa tente proche des limites du camp, au sommet d'une large dune obstruant en partie la vue des sentinelles ne se risquant -de toutes façons- pas à approcher ce périmètre sans une bonne raison. Ce matin-ci, le géant d'airain s'était assis à l'ombre de la toile, son heaume et son plastron retiré,  une simple cotte de maille posée par-dessus une chemise découpée et rapiécée lui servait d'unique protection, tandis que son visage sévère, figé, en l'absence de tics nerveux, fixait l'horizon. Entre ses mains calleuses et trop pâles ne se trouvait nulle hache ni lame, pas le moindre instrument de destruction ou d'intimidation, seulement une pierre, ronde, un galet, qu'il s'amusait à lancer et rattraper sans cesser de plonger ses yeux noirs dans la lumière impitoyable du soleil reikois. Il souffrait, cela se voyait. Pas des multiples blessures qu'on lui avait infligé la veille, non, celles-ci étaient déjà guéries. Mais de la chaleur, de la lueur impitoyable de l'astre solaire brûlant l'encre qui siégeait dans ses orbites et du non-repos perpétuel dans lequel était plongé son esprit morcelé.
    L'étranger décela tout ceci à la seconde où ses yeux jaunes comme la plus ardente des braises vinrent sonder sa silhouette si grotesquement large, alors même qu'il repoussait d'une bourrade la main griffue du Dévoreur l'ayant accompagné jusqu'ici.
    “-J'aime autant qu'on ne me touche pas.
    -Rien à foutre.” Gronda la brute, derrière-lui. Mais un geste de la part d'Alasker intima le silence et la paix à son sous-fifre. Une main levée et un haussement d'épaule, ainsi que la fugace apparition d'une parodie de sourire en coin, sur ce visage buriné qui continuait à se présenter à son invité surprise de profil.
    “-Je n'ai pas besoin de protecteur, Nahr.” Gronda le loup, sans accorder un regard à la scène.
    “-On le sait tous Al.” Rétorqua la tête-brûlée derrière l'étranger. “Mais ce gars-là est désagréable.
    -C'est souvent le cas des hommes qui se savent capable d'en tuer dix comme toi avant de suer.” L'abîme niché dans les orbites du géant assis s'orienta enfin vers les deux nouveaux venus.”Ou qui l'ont été, un jour.
    L'étranger demeura silencieux. Immobile. Planté à six pas du chef des berserkers, dans le sable déjà chauffé par ce soleil qui faisait tant souffrir le loup.
    “-Laisse-nous.” Décida Iratus. Et il n'en fallu pas plus pour que son combattant n'obéisse. L'hôte attendit d'être sûr que “Nahr” se soit éloigné avant de retirer sa capuche, pour découvrir un visage qu'Alasker reconnu avec aisance, pour l'avoir déjà vu dans des livres d'histoires.
    “-Que l'Impardonné accepte mes humbles salutations de mortel.
    La grinçante présentation fit mouche. Tarcus souri et s'inclina. Puis, en usant de la bouche de Mawdryn Crudelis, il répondit :
    “-Nous avons à parler, mon frère.


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  • Ven 8 Mar - 22:45
    La “liberté” de Tarcus ne prenait certainement pas la forme d’une surprise, aux yeux de son irascible frère. L’ancien seigneur d’un ost de criminels ne pouvait décemment pas se voir éternellement retenu par quelques barreaux fragiles surmontés d’une paire d’hommes de mains bon marché. Son évasion n’avait jamais été qu’une question de temps, et ce temps s’était révélé plus long que ce que le chef des Dévoreurs avait imaginé.
    Toujours assis, sa pierre de jonglage en main, Alasker accorda à son invité surprise une oeillade qu’il aurait souhaité plus posée et moins curieuse. Il était difficile d’ignorer les changements de l’enveloppe de chair de celui qui fut, jadis, Mawdryn Crudelis.
    Il semblait avoir pris quelques centimètres. Une dizaine, peut-être plus, suffisamment du moins pour que, même debout, Alasker doive lever la tête pour fixer les braises jaunâtres dansant au sein de ce regard trop scrutateur, jadis trop méprisant. Si la carrure de son presque frère demeurait moins anormalement large que la sienne, sa musculature n’avait jamais paru aussi développée. Cela se voyait, même sous les couches de tissus et de cuir qui recouvrait sa silhouette longiligne. Tarcus poussait son enveloppe à se surpasser, chaque jours, et cette dernière répondait à ses sollicitations permanentes en devenant quelque chose de plus létal. Le démon reforgeait son corps à dessein, à n’en pas douter, et Iratus, malgré tout ce qu’il s’était juré, brûlait de savoir quel pouvait bien être ce dessein.
    “-J’espère que ta libération n’a entrainé aucune peine à notre bien aimé Zachiel.” Gronda-t-il, les dents serrées.
    Tarcus balaya ses soupçons d’un revers de main accompagné d’un dodelinement de tête.
    “-Jamais je ne toucherai à l’un de mes frères.
    -Tant mieux.” Acquiesça le plus impulsif desdits frère. “J’aurais détesté devoir t’enterrer aux côtés des rebelles.
    Ils rirent, tous deux. Le démon alla s'agenouiller contre l'un des piquets de la tente pour y déposer sa lourde lame, à l'ombre. Contrairement à son cadet, la lumière ne semblait pas lui déclencher le moindre inconfort physique. Une fois débarrassée de sa capuche, la peau lisse de son visage, pourtant plus pâle et maladive encore que la brute à ses côtés, demeurait sèche, dépourvue du moindre indice d'insolation ou même de sudation. Chose rare, pour un sang de loup. Chose impossible, même.
    “-Quel genre d'idées tordues peuvent bien bercer tes rêves, pour que tu viennes me trouver ici, au lieu de profiter de ta liberté retrouvée?
    Nouveau rire de la part de Tarcus. Alasker découvrit que ces éclats lui semblaient désagréables, à l'oreille. Le sarcasme et le cynisme qu'ils contenaient se voyaient en partie masqué par une amertume trop normale pour une créature comme lui. Peut-être que l’enveloppe de Mawdryn avait laissé sa marque, dans la psyché du chef de guerre démoniaque, après tout.
    “-Quelle liberté suis-je censé trouver dans la…navigation, à bord de ce corps trop faible, de ces chairs trop fragiles, au cours de cette…ère, trop paisible?
    Alasker haussa les épaules et porta le goulot d’une gourde à ses lèvres sèches.
    “-Je commence à comprendre pourquoi tu as possédé Mawdryn.
    L’incriminé tiqua et fit claquer sa langue d’agacement.
    “-Cesse de me prendre pour un spectre. Je ne possède personne. Je suis…
    Le loup le coupa en dodelinant de la tête.
    “-Je connais la chanson, tu es Mawdryn mais aussi Tarcus.” Une nouvelle lampée dans la gourde entrecoupa sa réponse.”Tu dois pourtant être plus Tarcus que Mawdryn, puisque ta compagnie m'est agréable.

    Les échos d'une lame brisant une autre lame parvinrent aux oreilles des deux frères. Le plus grand se tourna en direction de l'origine de l'éclat, pour poser sa mire sur deux silhouettes, deux dévoreurs, encerclés par d'autres. L'un était à genoux, l'autre tenait le perdant à la merci de sa lame. Quelques observateurs applaudirent. Et le défait se releva en laissant l'épée de son adversaire entailler son front, en guise de souvenir.
    Un sourire mélancolique traversa le visage du démon. Ce visage qui avait si peu de traits communs avec celui d’origine, celui de ce frère qu’Alasker avait tant aimé haïr.
    Son large front, jadis aussi étroit que les pensées absconses le traversant, se voyait encadré par une chevelure aussi longue qu’immaculée, bien loin de la coupe courte et blonde, toujours impeccable, de Mawdryn, l’officier exemplaire. Son teint blafard et sa posture droite, militaire, disciplinée, entraient en totale opposition avec la peau bronzée et l’allure extravagante, maniérée, que le possédé avait arboré avec fierté, dès son arrivée à Ikusa. Si son visage demeurait aussi anguleux que jadis, Tarcus s’était débarrassé de l’arrogante barbe longue de son vis-à-vis mortel pour arborer un menton orné de l’inévitable paillasse de trois jours des soldats de rang. Des rides d’expressions bordaient les commissures de ses lèvres, de son front et encerclaient ses yeux de reptiles aux pupilles fendues, au sein desquels dansaient, sans discontinuer, les flammes dont il était issu. Il était impossible de situer son âge, car si une part de sa gestuelle, de ses expressions, trahissait la vitalité d’une jeunesse éternelle; ses mots, les marques sur son visage, sa diction amère, dépourvue de la moindre fougue et l’aspect maladif de son teint laissaient entrevoir une fenêtre vers la vieillesse et ses vicissitudes. Ironiquement, les deux frères n’avaient jamais eu autant de points communs que depuis le drame ayant coûté la vie de mortel de Mawdryn. Maintenant qu’un monstre habitait tous deux leurs enveloppes, ils avaient enfin l’air d’appartenir à la même famille.
    Comme la vie pouvait être cruelle, parfois.


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  • Sam 9 Mar - 12:14
    “-Tes animaux semblent ne se complaire que dans la violence.” Apprécia le démon sans cesser de fixer le cercle de duel où les brutes se relayaient pour s’entrainer. “C’est bien. Je craignais qu’ils se découvrent artistes, politiciens ou je ne sais quelle autre farce, une fois habitués au rang de héros.
    Le géant d’Airain se leva finalement. Un concert de craquements de mauvaise augure accompagnant ce brusque changement de posture.
    “-Et si nous passions directement à ce qui t’a forcé à venir me rencontrer, moi, ici et maintenant.
    L’invitation fit mouche, et Tarcus se redressa à son tour, débarrassé du poids de sa lame et de ses propres provisions.
    “-Pourquoi aurais-je besoin d’une excuse pour venir à toi? J’ai beaucoup parlé avec notre jeune frère, sans que nos entretiens ne m’apportent autre chose que des migraines.
    -Jeune frère qui est plus vieux que moi.
    -Pas dans l’esprit.
    Alasker s’esclaffa.
    “-La flatterie ne te va pas. Zachiel a toujours été six fois plus futé que moi et douze fois plus adulte. Si il te reste un peu de mémoire de Mawdryn, tu dois bien te souvenir de qui était l’éternel chiot fou de la portée.
    -Zachiel est sage dans bien des domaines, mais la guerre n’en fait pas partie. Il essaierait de serrer la main à un titan si l’occasion se présentait.
    Le lycanthrope accepta ce point d’un hochement de tête, puis ramassa la Salvatrice, posée à même le sable.
    “-Et c’est pour ça que tu as arrêté de lui parler, à lui. Et que tu es venu me voir, moi.” Déduisit-il, tristement. “Parce que tu as besoin de quelqu’un qui sait tuer.
    A sa décharge, Tarcus ne chercha pas à nier.

    Les ruines se nommaient Triomphe. Une énième ironie, vestige d’un temps de trahison et de guerres internes. D’un temps où le Reike n’était encore qu’un royaume dévoré par des guerres intestines, où quelques nobles à la panse trop grasse s’étaient imaginés suffisamment influents pour chaparder la couronne d’une lignée de rois et de reines immortels et ô combien belliqueux, qui n’avaient su répondre à ce défi que par la voie des armes, et déchaîné des dizaines d’armées contre leurs adversaires jusqu’à ce qu’il ne reste d’eux qu’un souvenir pitoyable, consigné dans des livres d’histoires écrits d’une main méprisante, par les descendants des vainqueurs. D’un temps semblable à celui-ci comme à celui qui l’avait précédé, en réalité, puisque le Reike et sa soif de gloire avaient toujours été synonyme de guerres et de drames.
    Jadis, lorsque le seigneur de ces ruines marchaient encore parmi les vivants, et que ses hommes scandaient le nom de l’Impardonné avec fierté et crainte, Triomphe était un bijou d’architecture, un château, dressé au creux des collines de cendres bordant le colérique Mont Kazan. Ses hautes tours, désormais ensevelies sous la poussière, la terre et la roche noire qu’elles avaient jadis dominées, avaient un jour servi à repérer l’avancée des troupes rebelles de Kyouji et à asseoir la domination de Tarcus, le cent fois damné, le démon du Tovyr Davogn, aux crimes si innombrables qu’ils avaient fini par lui valoir une ultime trahison, de la part de son propre maître à l’honneur variable mais au pragmatisme perpétuel.
    Ces ruines, balayées par les vents chargés de poussière noire et de braises consumées abritaient -selon l’Impardonné lui-même- un souterrain caché, gardé par une bête faite de haine et de rancœur, que seul son retour -sous sa forme originelle- aurait pu apaiser.
    Mais, ainsi, condamné à vivre dans le corps remodelé de Mawdryn Crudelis, le démon craignait que le gardien refuse de céder le passage et dévore sa nouvelle enveloppe en le confondant avec un énième intrus.
    Alors, il avait besoin d’aide. Pour récupérer ce qui lui revenait de droit. Le trésor qu’il avait passé sa première vie à amasser, pour financer sa propre armée, pour flatter son égo et celui de la créature qui lui servait d’amante…
    Et qui avait brûlé en même temps que lui.

    “-Tu es certain que ton gardien est toujours là?” Manda Alasker, en terminant de plier son paquetage, alors que ses hommes se rassemblaient autour d’eux. D’une torsion de poignet, il s’assura que le nœud qui liait ses affaires entre-elles tiendrait bon, puis attrapa le tout pour le fixer dans son dos.
    “-C’était mon plus fidèle serviteur.” Affirma son frère.
    Les larges épaules se haussèrent alors que leur possesseur, de sa main libre, attrapait la Salvatrice, plantée dans le sable, pour la faire tourner entre ses doigts comme si ses dix kilos de bronze divin pesaient autant qu’une plume de mithril.
    “-La fidélité, ça ne rend pas immortel.” Le loup jeta un coup d'œil en direction du démon avant d’ajouter. “C’est plutôt l’inverse, d’ailleurs.
    Deux rangées de dents se dévoilèrent dans un rictus sauvage, alors que Tarcus saisissait le sous-entendu. A la manière des Dévoreurs, le pélerin noir cracha un glaviot aux pieds de l’auteur de la mauvaise blague avant de siffler :
    “-Attention, Iratus. Tu as mon respect. Ne l’entache pas en faisant preuve de la perfidie des hommes. Nous valons tous deux mieux que ça.
    Le principal intéressé ouvrit la bouche, tenté, comme toujours, par l’idée d’envenimer un peu plus la situation…Avant de se rendre compte que le loup dans son crâne ne goûtait pas à l’idée d’un conflit fraternel. La bête demeurait silencieuse, repue ou blessée par le massacre de la nuit précédente, et ne rougissait par les bords de sa vision en lacérant les parois de son esprit, pas plus qu’elle n’aboyait d’insistance. Et sa torpeur endormait la hargne de l’homme avec qui elle partageait leur enveloppe.
    “-Ouai.” Consenti finalement Iratus. “J’imagine que c’était de mauvais goût.
    -Oui.
    La brute dirigea la pointe de la Salvatrice vers l’horizon. Une mer de sable, à perte de vue, sous un soleil de plomb.
    “-Passe devant alors, si tu veux qu’on aille dire bonjour à ton vieil ami.
    Tarcus acquiesça. Et une nouvelle bande de guerriers brutaux et immoraux se mirent en marche, à la suite de l’Impardonné, deux millénaires après sa chute.


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  • Sam 9 Mar - 12:58
    Le voyage s’éternisa, comme à chaque fois que les landes désertiques se devaient d’être traversées. Les Dévoreurs avaient beau être habitués au rythme d’Alasker, ils n’en demeuraient pas moins irrémédiablement mortels et leur endurance restait faillible, contrairement à celle du démon nouveau-né et de son frère de sang lycanthrope.
    Deux pauses devaient être imposées par jour, trois parfois. Les chairs brûlaient au plus fort de la journée, celle d’Alasker y compris, mais seul ce dernier pouvait se targuer de trouver de la force dans la douleur.

    Ainsi, cette longue traversée fut comme de coutumes rythmées par des arrêts nocturnes, des discussions près du feu de camp, dans le froid des nuits désertiques. Là, alors que les plus sociables des Dévoreurs s'efforcaient d'entretenir encore leurs liens éparses, le géant d'airain observa son frère apprendre et mimer les parodies de codes sociaux siégeant parmi ses hommes. Bien vite, leur méfiance envers le pèlerin noir se métamorphosa en quelque chose de plus positif. Tarcus, ancien meneur d'homme, ancien criminel de guerre, savait éminamment bien se mêler aux bouchers de leur acabit. Il riait comme eux, soufflait les mêmes quolibets provocateurs qu'eux, saluait comme eux. Les tueurs le reconnaissaient comme l'un des leurs, un point qui facilitait grandement son intégration et, bien sûr, le moment tant attendu où ils l'invitèrent à prendre place dans le cercle des duels ne tarda pas à venir. Un instant, Alasker cru qu'il allait relever le défi. Mais le pèlerin refusa, arguant qu'il ne se battait que lorsque la mort devait frapper. Kirk insista en spécifiant que cela pouvait s'arranger et le loup mit fin au débat d'un grognement n'invitant à aucune discussion. Quelques Dévoreurs se mirent aussitôt à qualifier Tarcus de snob, qui ne sembla nullement en prendre ombrage. Sa curiosité, malsaine au possible, le força à s'intéresser au plus brisé d'entre tous. Sanguin. Et le pèlerin passa une nuit entière à interroger l’aliéné sur sa vie parmi les Serres, sans obtenir autre chose que des bribes de souvenirs.
    “-C'est tout bonnement fascinant.” Argua-t-il aux termes de cette nuit-là, en rejoignant Alasker qui, déjà, repliait sa tente.
    “-J'en doute.” La réponse, abrupte, agressive, était en partie dûe à l'approche de l'échéance d'une nouvelle pleine lune. Le loup le faisait souffrir plus que de raison et rendait son humeur massacrante.
    Mais Tarcus avait bien vite appris à faire peu de cas de la mauvaise humeur de son frère.
    “-Sanguin. Il devrait être mort depuis longtemps.” Un sourire appréciateur vint égayer le visage sinistre du démon. “Aucun être humain ne peut subsister avec autant de blessures.
    -Fascinant.” Répéta Alasker. “Ce n’est pas le mot que j’aurais employé.
    Les yeux jaunes roulèrent dans leurs orbites alors que leur possesseur époussetaient d’un revers de gantelet le tissu noir recouvrant ses bras.
    “-J’ai vu énormément d’hommes et de femmes survivre à des coups violents, Alasker. Trop, peut-être. Mais sur le visage de Sanguin, je peux non seulement deviner la date de sa cicatrice mais quel type d’arme l’a causé. Ce n’est pas quelque chose de courant, loin de là.
    Le géant d’airain lui accorda ce point tout en retirant le piquet maintenant le côté droit de sa tente debout. La toile fut parcourue de quelques soubresauts causés par les vents chargés de sable du désert, puis s’affaissa sur elle-même.
    “-Il fait partie des Serres depuis aussi longtemps que moi. C’est un gars de la première génération. Ses yeux sont peut-être laids, mais ils ont vu la guerre contre les dieux.” Dans un rare moment de considération, la brute jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour vérifier que personne ne pouvait les entendre, puis continua : “Mes gars pensent qu’il faisait partie des premiers Dévoreurs, mais c’est faux. Il était chez les réguliers. C’était un soldat tout ce qu’il y avait de plus normal. Avec une femme et deux gosses. Sul, qu’il s’appelait.
    Le sourire du démon disparut comme il était venu et son attention se fixa sur l’horizon.
    “-Je me doutais bien que pour fuir le repos de la mort avec tant d’acharnement, il devait y avoir une histoire sinistre derrière tout ça.
    Alasker acquiesça, soudainement mal à l’aise.
    “-C’est un incendie qui lui a fait ça. Un incendie domestique, lors d’une permission. Rien de magique, mais ça n’a pas empêché les flammes de couvrir trois pâtés de maisons avant de s’éteindre. La fumée l’a désorienté, assommé presque, alors quand il a pris dans ses bras son fils pour le tirer de là, Sanguin n’a même pas senti quand sa peau a commencé à fondre. Ses gosses et sa femme sont morts avant d’arriver à la sortie. Il aurait dû mourir aussi, mais Dey’ comme moi on l’aimait bien. On a payé un guérisseur, qui l’a sauvé. Mais il n’a rien pu faire pour ses cicatrices. Je crois que c’est son reflet, l’élément déclencheur de…” Le géant fit tourner un doigt griffu contre sa tempe avec un sourire triste. “De lui-même, il a peint son armure en rouge. Le simple fait d’entendre son nom lui déclenche une crise maintenant. C’est une carcasse qui marche. Mais qui tue toujours aussi bien. Il a juste un peu de mal à reconnaître ses amis de ses ennemis, parfois.
    Court silence, que les rires tonitruants des Dévoreurs matinaux brisèrent presqu’immédiatement. Le loup, surpris par l’absence de réponses de son camarade de conversation, haussa un sourcil en lorgnant vers ce dernier, paraissant soudainement perdu dans ses pensées. Lentement, les prémices d’un rictus de dégoût ou de colère allèrent s’installer sur le visage sévère de l’Impardonné, alors même que les braises de ses yeux scrutaient l’horizon rougeoyant. Sa bouche s’entrouvrit, dévoilant sa dentition dénaturée de requins à corps d’homme, puis se referma. Alors, le rictus disparu aussitôt, cédant de nouveau la place à cette neutralité inhumaine, sans âme, qu’Iratus s’imaginait être l’apanage des démons.
    “-Une carcasse qui marche.” Répéta-t-il en portant une main osseuse à la pâleur cadavérique sur le bas de son propre visage pour aller effleurer ses propres traits. “Grand bien lui en fasse. Après avoir tant perdu, il vaut mieux pouvoir marcher et tuer que penser.
    Le sourire que Tarcus avait abandonné vint s'échouer sur les lèvres du géant d'airain. Il abandonna la préparation de son paquetage le temps de siffler :
    “-Un tantinet mélodramatique, non?
    Le concerné acquiesça.
    “-Peut-être.
    Alasker haussa les épaules et reprit son office.
    “-Je ne suis pas exactement du genre à voir le verre à moitié plein, en général, mais je pense que je trouverais un ou deux points positifs à l'immortalité.
    Le démon ne répondit pas à cette affirmation. Il ne sembla même pas l'avoir entendue. Tarcus demeura simplement ainsi jusqu'à ce que le camp soit levé. Jusqu'à ce que le voyage reprenne.


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  • Sam 9 Mar - 13:05
    Deux semaines de plus passèrent. Les berserkers et leur invité avançaient vite, assez pour que le pélerin noir salue leurs performances. Les jours et les nuits défilèrent. Chaque coucher de soleil lançait conversations et défi parmi les brutes, chaque réveil de l'astre rougeoyant y mettait fin. Jamais une seule brute ne sembla s'interroger sur les motivations de leur chef. L'ordre d'Alasker et la perspective de devoir affronter une créature pluri-millénaire semblait, plus que leur convenir, les satisfaire. Avec le temps, Iratus s'accommoda de cette nouvelle présence, dans ses rangs. Le démon parlait à chaque guerriers, écoutait chaque histoire, sans discrimination ni mépris, quand bien même la plupart d'entre-elles étaient soit exagérées, soit incompréhensibles. La barrière du grade ne le concernait pas, pas plus que celle que l'instinct de survie dressait, en général, entre chaque être vivant et les bêtes fauves qu'étaient les hommes d'Iratus. Kirk le défia sans succès, une fois de plus. Gorrog et Nahr l'invitèrent plusieurs fois à une partie de cartes. Gatlig lui demanda de l'aide pour la prononciation de quelques mots, en Shierak Qiya.
    Et pendant tout ce temps, Alasker l'observa faire, sans éprouver ni jalousie ni inconfort face à ce soudain élan de camaraderie entre ses hommes et le pélerin. Lui, qui n'avait jamais su apprécier en eux autre chose que leurs capacités, savait bien qu'ils resteraient loyaux aux Serres jusqu'à leurs morts.
    Et c'était bien la seule chose qui comptait.

    Au douzième jour, le sable laissa place aux Cendres alors qu'ils pénétraient dans les plateaux arides bordant les collines autour du grand Kazan. Les souvenirs d'une époque plus simple mais toujours aussi meurtrière revinrent à l'esprit du loup lorsqu'ils passèrent devant la croisée de chemin qu'ils avaient jadis emprunté, le jour du recrutement de Kahl. L'Oni, occupé à ses propres affaires, manquaient à l'appel aujourd'hui et Iratus, dans un court moment d'introspection, réalisa que son absence expliquait en grande partie l'oreille attentive et l'accueil presque chaleureux que les Dévoreurs avaient accordé à son frère. Le plus prometteur élément de la bande de berserker se montrait également le plus turbulent et sa tendance au chaos influençait bien souvent une grande partie du groupe.
    La proximité de Kyouji leur apporta évidemment un lot de rencontres avec des voyageurs et marchands itinérants tendus au possible, qui manquèrent de détaller lorsqu'Alasker vint leur proposer d'acheter quelques provisions pour le chemin retour. L'or les pacifia néanmoins et, la nuit suivante, tous dormirent la panse suffisamment pleine pour que le réveil du lendemain s'avère douloureux.


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  • Sam 16 Mar - 13:22
    “-Combien d'or as-tu amassé, avec le temps?
    La question tomba en fin de journée, alors qu'ils escaladaient une énième colline de terre noire et que la chaleur de l'après-midi, causée par la colère du volcan de plus en plus proche et par les rayons blanchâtres de l'astre solaire brûlant peaux et roches avec la même efficacité. Ces mêmes rayons se reflétèrent sur les crocs dévoilés du loup-garou lorsqu'il répondit à la question dans un rictus amusé.
    “-Beaucoup. Mes besoins sont…simples. Et les pierres à aiguiser ne coûtent pas énormément.
    Tarcus s'immobilisa en plantant dans la cendre la lame noire qu'il utilisait comme canne. Il avançait tête découverte, son visage parfaitement dépourvu de la moindre pellicule de sueur, contrairement à son frère et ses hommes, trempés des pieds à la tête. Aux yeux d'Alasker, jamais le pélerin noir n'avait paru plus inhumain qu'à cet instant précis.
    “-N'as-tu pas une légion à tes ordres, désormais?
    -Répartie aux quatre coins de l'empire. Ces imbéciles rêvent d'intégrer mes Dévoreurs, comme si c'était un honneur, que mes gars possédaient une sagesse inatteignable par les sains d'esprits.
    L'ancien seigneur des impardonnés considéra son frère avec un mélange de désapprobation et de surprise. Il entrouvrit la bouche, marqua un moment d'hésitation, qu'Alasker saisi à la volée en plantant à son tour sa hache dans la cendre.
    “-Il n'y a que les héros et les républicains qui désirent se battre pour l'argent. Ne me dis pas que tu en fais partie.
    La désapprobation se transforma en quelque chose de beaucoup plus dangereux, et Tarcus se laissa aller à un soupir d'exaspération.
    “-Quelle ironie.
    -Quoi donc?
    -Tu détestais Mawdryn pour sa tendance à l'oisiveté. Maintenant que je suis dans son enveloppe, je me surprends à éprouver du mépris à ton égard, pour les mêmes raisons.
    Les Dévoreurs, qui jusqu'alors suivaient l'échange sans grande conviction en s’efforçant de suivre la cadence, s’immobilisèrent brusquement. Les plus éloignés s’épuisèrent en chuchotement et en réclamation pour comprendre le pourquoi du comment, alors que les autres fixaient sur leurs dirigeants un regard chargé d’inquiétude.
    Chacun d’eux, même Kirk et Sanguin, avaient appris à apprécier Tarcus au cours des derniers jours. Et chacun d’eux craignaient désormais qu’il ne vive ses derniers instants.
    Mais Alasker demeura interdit, aussi surpris que ses hommes, mais le sourire aux lèvres.
    “-Tu pourrais au moins attendre que j’ai fini de tuer ce chien de garde qui te fais si peur avant de me cracher au visage.
    La réponse, dépourvue du moindre soupçon de fiel, déclencha quelques rires parmi les brutes rougeâtres. Tarcus hocha la tête en souriant à son tour.
    “-Voilà pourtant la réponse d'un général, non celle d'un enfant qui gaspille ses ressources par excès d'orgueil.
    Le géant d'airain parodia une révérence, dans un concert de cliquètement métalliques.
    “-Un Général qui n'a eu besoin que d'une seule vie pour atteindre ce rang, tu noteras.
    -Je note que La Griffe sait s'entourer de chiens fidèles.” Rétorqua le démon, indémontable.
    Les Dévoreurs s'écartèrent. Leurs réactions accentuèrent l'amusement de celui qui venait d'animer la rage dans le regard d'encre de son vis-à-vis. La Salvatrice quitta son fourreau de chaines, et sa hampe se déposa sur l'épaule de son propriétaire.
    “-Attention, frère. Les blagues sur ma trogne, passe encore, mais n'insulte pas la Griffe devant moi.
    Les bras de Tarcus s'écartèrent, abandonnant sa lame pour offrir sa gorge au loup.
    “-Qu'es-tu donc à part ça ? Un grand combattant ? Certes, peut-être même le plus impitoyable de ce siècle là, mais quoi d'autre? Tu es général, tu as des moyens supérieurs à beaucoup, dix milles hommes à ton service, et que fais-tu avec?
    -Avancez.” Ordonna Alasker. Et aucun des guerriers cramoisis n'osa protester. Le silence s'installa, longuement, jusqu’à ce que les Dévoreurs disparaissent de l'autre côté de la colline.
    La hache, toujours affamée, tourna dans les airs tandis qu'Alasker se mettait à roder autour du démon.
    “-J'ai fait du nom que nous portons tous une source de respect pour nos alliés et de cauchemars pour nos ennemis. J'ai tué un fils de dieu. J'ai combattu de mes quinze années jusqu'à maintenant. Pissé sur les cadavres de tout ce qui a un jour défié l'empire.
    Tarcus demeura interdit, immobile. Méprisant. Et Alasker, pendant un court instant, reconnu l'attitude de ce frère qu'il avait tant détesté à travers ces traits dénaturés.
    “-Je ne remets pas en question ta faculté à prendre la vie, Iratus. Je remets en cause tout le reste. Et j'ai raison, sinon tu m'aurais déjà ôté la tête des épaules. Tu sens que quelque chose te manque. Tu le sais.
    Les larges épaules se haussèrent et le fer de la Salvatrice décrivit un large arc de cercle qui ne fendit rien d'autre que l'air, à dessein. Pour se calmer, Alasker semblait répéter ses coups et assauts avec l'application d'un maître d'arme.
    “-Qu'est-ce que tu crois sentir, Tarcus ? Je ne te tue pas parce que tu es un frère plus agréable que Mawdryn, pas parce que tes mots me réchauffent le cœur. Tu ne trouveras rien en moi qui me détournera de la voie que je me suis tracé depuis le premier jour, lorsque notre mère m'a fait naître sous cette chienne de lune.
    Tarcus se détourna pour déposer la cape qui recouvrait son dos, avant de se débarrasser de l'amoncellement de tissus et de pièce de cuirs rapiécées masquant l'armure ayant un jour appartenu au plus méritant des fils Crudelis.
    “-C'est donc pour ça que tu te cachais sous ses chiffons.” S'amusa Alasker, en détaillant les plaques d'acier gravé.
    Le pélerin noir hocha la tête, puis s'empara de sa lame.
    “-Un vagabond attire moins l'œil qu'un Luteni. Si tu tiens à t'entraîner, nous pouvons le faire en continuant cette conversation. Je n'aime pas voir mon interlocuteur s'agiter comme un enfant lorsque je lui parle.” Une hache de lancer vola immédiatement dans sa direction, et Tarcus la dévia du plat de la lame.
    “-Tu n'es pas assez costaud pour moi, tu en as conscience?
    La lame noire fila vers le torse du géant, frappant les anneaux de sa cotte de mailles en secouant les os qu'elle protégeait. Sans son armure, qu'il n'avait pas eu le temps de réparer depuis sa dernière transformation, Alasker se vit contraint de reculer.
    “-Je t'aurais prévenu.” Grinça-t'il, tout sourire, en levant son outil de mort préféré.


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  • Sam 16 Mar - 13:34
    Dire qu'il y eut un combat aurait relevé du mensonge pur et simple. Tarcus, rouillé par deux millénaires d'inactivité, puis par des mois d'emprisonnement, et finalement un voyage sans repos à bord d'un nouveau corps, termina invariablement au sol. Plusieurs fois. Alasker, dans sa grande mansuétude, n'usa jamais de la hache pour autre chose que faire reculer son adversaire, mais ses coups, d'une violence inouïe, creusèrent des sillons de sang sur le visage et le corps du réincarné. A la huitième défaite, Tarcus ne releva pas sa lame.

    “-Tu ne te protèges pas. Jamais.” Observa-t-il en usant de son arme comme d'une canne pour se redresser. Nulle trace de souffrance ne défigurait les traits patriciens du pélerin noir. Ses multiples défaites ne semblaient pas l'avoir affecté, pas plus que le sang qui s'échappait de sa bouche ou de son dos. Déjà, les plaies de son front se refermaient. De fait, la seule chose semblant un minimum le troubler restait sa précédente observation, à laquelle la brute répondit par la positive, d'un hochement de tête sans prétention.
    “-Et nous n'avons pas continué cette discussion à laquelle tu tenais tant.” Un sourire fugace, rendu hideux par le sang sur son visage, vint éclaircir la réponse de Tarcus.
    “-Nous l'avons continué. A ta manière.
    Le géant s'esclaffa avant d'asséner.
    “-Oui, maintenant que je t'ai ridiculisé, on sait non seulement que j'ai raison, mais qu'en plus tu es nul.
    Mais son vis-a-vis ne se laissa pas emporter dans un énième concours de provocation.
    “-Tu sais maintenant où la voie que tu choisis peut te mener, dans le meilleur des cas. Ton engeance n'a pas plusieurs vies, elle se contente de vieillir, pourrir, rouiller. Dans un siècle, tu seras plus pitoyable que je ne l'étais encore dans cette cellule. Tes mains seront tremblantes, ton souffle? Un vague souvenir. Ta vision sera dévorée par la cataracte et que restera-t-il donc au vieux loup, lorsqu'il ne pourra pas simplement exhiber ses talents martiaux?
    Les yeux noirs se plissèrent, abandonnant la gaieté confiante de ces dernières minutes. Tarcus lui renvoya son regard songeur, s'attendant à ce qu'enfin, la révélation, l'épiphanie vienne à son frère. Et puis, la brute laissa un nouveau rire soulever son torse endolori.
    “-Une ou deux têtes de titans au-dessus de ma cheminée, j'espère.
    La déception dans le sourire que le démon adressa à son frère, alors que ce dernier rangeait sa hache dans son fourreau de chaîne, ne parvint pas à percer le mur d'indifférence qu'il venait de dresser entre eux. La discussion se termina ainsi.
    Et le voyage repris son cours.


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  • Sam 16 Mar - 13:36
    Jadis, la grande, redoutable et crainte Triomphe avait profité de son voisin volcanique pour parer ses couloirs, fenêtres et vitraux d'un millier de nuances de violet et de pourpre. Le verre sombre et l'améthyste s'étaient rencontrés, mélangés et transformés, de sorte à ce que chaque balcons, chaque fenêtres disposant du moindre carreaux puisse participer à la représentation des innombrables rêves enfièvrés et trop colorés du démon siégeant en son sein. Prétendre que le résultat fut beau, un jour, relèverait cependant de l’imposture la plus crasse, car si quelques historiens mentionnent parfois Triomphe, ce n’est que pour pointer sa laideur parfaite, sa nature hideuse et si profondément incompréhensible.
    Les rêves de Tarcus n’avaient en effet rien d’humain. Le démon rêvait de sa naissance -ou peut-être de sa mort- et si le domaine du réel lui paraissait si terne, c’était principalement parce que le domaine onirique auquel l’Impardonné semblait avoir accès ne connaissait nulle limite. Aucun architecte, aucun ouvrier ni ingénieur, n’aura pu survivre à la création de cette insulte à la réalité. Le verre paraissait se fondre dans la roche noir des murs, puis, le recouvrir tel un lierre cristallin. Les portraits des nobles dans les couloirs suintaient le long des parois, sentaient la bile et le sang mais aussi le lilas et les roses. Certaines salles étaient tant et si bien insonorisée que l’on pouvait -semblait-il - entendre le cœur du monde battre avec malveillance jusqu'à ce que les oreilles saignent et que l’esprit cède. Ca n’était, pour les mortels, qu’une désespérante ôde à la créatrice de Tarcus, la magie sauvage régnant en Sekaï, cette chose, qui violait à répétition les plus élémentaires des règles et des sciences, pour façonner la vie, ou la reprendre et se repaitre des restes. Une merveille ignominieuse et -de par sa nature- bien trop fragile.
    Deux milles années plus tard, il n’en restait rien. Rien de plus que de la poussière et des os. Quelques piliers de briques sombres, appartenant plus vraisemblablement aux domaines et aux manoirs s’étant construits dans l’indifférence sur les restes du Triomphe avant de sombrer à leurs tours. Avec une certaine ironie, pourtant, les Dévoreurs pénétrèrent dans le champ de ruine en marchant sur du verre.


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  • Sam 16 Mar - 13:45
    Tarcus se refusa à lancer les fouilles immédiatement. Si funestes soient-elles, il chérissait ses retrouvailles avec ses souvenirs, avec ce cauchemar que son esprit torturé avait jadis façonné, sous le regard admiratif d’un millier de fous. Le réincarné passa une journée entière à errer, seul, le long des collines ayant, des éons plus tôt, soutenue les remparts extravagants du Triomphe. Pas une seule pierre n’avait survécu au passage du temps. Les vestiges que le démon dénichait parfois sous l’épaisse pellicule grisâtre appartenaient tous -il le sentait- à des ruines plus récentes, à des châteaux, des manoirs, montés ici-bas par quelques originaux avant d’à leur tour sombrer dans l’inévitable oubli. Combien de petits seigneurs s’étaient condamnés à la ruine, en venant s’installer sur les corps squelettiques des forteresses précédentes ? Combien d’âmes naïves avaient bien pu croire qu’elles se montreraient plus futées que les autres, qu’elles échapperaient à la malédiction de ces terres suffocantes, et que la vie puisse fleurir ici, au milieu de ce prémice à l’apocalypse? La nuit, face à la colère de Kazan, alors que ses yeux embués de larmes s’étaient une fois de plus rivés sur les coulées de lave s’échappant du sommet du vénérable volcan, il était tombé à genoux et versé quelques larmes brûlantes. Le jaune de ses yeux, le magma siégeant dans ses orbites sombres, cette couleur si impossible à imiter, il l’avait hérité d’une nuit, deux milles ans plus tôt. Une nuit passée à escalader le mont au mépris de tous les dangers, pour contempler la plus pure représentation de la destruction. Ce puits de lave qui jamais ne s’éteignait, il l’avait contemplé durant des heures, à la recherche de quelque chose que le démon n’avait jamais trouvé.
    Les contours de ses yeux n’avaient pas tenu. Ses cernes s’étaient couverts de croûtes, de traces de brûlures que son sang démoniaque n’avaient fait disparaître qu’après des jours de régénérations. Sa gorge, irritée par la chaleur de l’air, s’était consumée, privant sa voix de tout éclat, puisque nulle colère, nulle émotion, ne pouvait égaler celle du vénérable volcan. Alors, meurtri mais exalté, Tarcus était revenu de son exploration, transformé, pour darder d’un regard à jamais marqué par sa visite au vieux Kazan, les constructions de ce qu’il nommerait plus tard, “Triomphe”.
    Ce retour, pensait l’Impardonné, il l’avait mérité. Cet endroit représentait à la fois ses rêves et sa malédiction, son passé et son futur. Tarcus en avait conscience, bien sûr. Ce cœur si mortel qui battait dans sa poitrine ne faisait que s’emballer, à chaque fois qu’il osait penser à ce qu’ils trouveraient, une fois en bas.
    Accompagné par Iratus, cette créature de colère et de fierté qui, malgré sa nature de mortel, tenait plus du démon que de l’homme, le pélerin noir pouvait presqu’entrevoir un futur glorieux se dessinant de nouveau pour l’Impardonné et son ost. Il n’avait qu’à tendre ses griffes pour s’en emparer. L’esprit simplet de la brute paraissait si aisément corruptible…
    Pourtant, quelque chose le retenait. Un ersatz de sentiment humain empêchait les bourgeons de son ambition de fleurir. Un restant d'empathie, de regret, à l'égard de ceux qui étaient tombés en son nom. Piégé au milieu d'un champ de tombes anonymes dont lui seul pouvait se souvenir, Tarcus se sentait faiblir, souffrir comme jamais auparavant. Et, ironiquement, ce sentiment si mesquin, de plus en plus fort, s'avéra être l'amorce, l'élément déclencheur qui le tira de sa contemplation inepte, pour le plus grand bonheur d'un géant d'airain impatient d'en découdre.
    “-Ici.” Désigna-t-il aux premières lueurs du troisième jour, un doigt ganté désignant les parois sombres d'un piton rocheux s'enfonçant dans la terre.”Creusez le sol. Il y a une galerie en-dessous. Elle nous mènera à destination.


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  • Sam 16 Mar - 13:52
    Son nom - contrairement à celui de ce maître qu'il avait juré de protéger - n'avait pas survécu au passage du temps. Jadis, les écailles coupantes de son corps aux proportions impossibles, avaient brisé un millier de lames et de lances. Ses griffes démesurées s'étaient noyées dans des torrents de sang. Ses crocs, ses mâchoires, avaient broyé os et métal avec la même aisance, expédié dans le grand inconnu une génération entière de rebelles. Sauvage, indomptable, le gardien -anciennement champion- n'avait jamais brandi autre chose qu'un monstre de fer coupant prenant la forme d'un croissant de lune dentelé et aux bords hérissés de pics, que seules ses pattes grotesques pouvaient manier sans ployer sous la centaine de kilos que l'arme représentait. Le gardien n'avait rien d'un homme. C'était un hybride. Le croisement impossible d'un drakyn et d'une bête reptilienne gigantesque. La plus pure manifestation de sauvagerie guerrière que Tarcus ait pu voir de sa première vie. L'un de ses rares amis.
    Et il n'était rien de plus qu'un cadavre, désormais.

    La grotte souterraine était assez haute pour que la lueur des torches que ses hommes portaient ne parvienne pas à éclairer le plafond. Les flammes luttaient contre la pénombre malgré les braseros antiques que les Dévoreurs s'efforcaient d'allumer, tout autour du grand cadavre, sans chercher à masquer la déception s'inscrivant sur leurs traits. Même à l'époque de sa création, ce lieu n'avait jamais dû être autre chose qu'une cave humide, immense et sinistre. Si trésor il y avait eu, celui-ci s'était fait dérober par quelques pillards depuis des années, puisque rien, à part ce qui se trouvait derrière le reptile mort, ne subsistait.
    Il s'agissait d'un mémorial, ou bien d'un mausolée. Un monolithe triangulaire d'acier blanc, sortant de la roche sur une trentaine de pieds pour s'élever suffisamment haut pour que son pic rejoigne les ombres des hauteurs. Un bloc métallique et démesuré, taillé à la va-vite par quelque chose qui possédait plus de force que de vision artistique. Alasker soupçonnait le défunt gardien d'en être à l'origine.
    Il contourna le servant tombé qui, malgré la mort, le dépassait en hauteur comme en largeur, pour atteindre le monolithe, et poser une main gantée sur sa surface froide. Les griffes terminant ses gantelets crissèrent contre la paroi tandis qu'il faisait le tour de cette construction impossible. Une grimace désapprobatrice accompagna la découverte d'un trou, à l'arrière de la construction. Quelqu'un avait fait fondre l'acier jusqu'à pouvoir pénétrer à l'intérieur du mausolée et dérober ce qui, il le devinait, devait être exposé en son sein.
    Un sifflement d'appréciation filtra des lèvres de Kirk, derrière lui, alors que le tortionnaire des Dévoreurs découvrait les reflets d'un lac souterrain bordant le sud du mausolée. D'un coup de pied, il expédia un caillou dans les eaux, qui disparut immédiatement sous la surface. Alasker frissonna en entendant l'écho des clapotis aqueux ricocher sur les parois de la caverne.
    “-Il ne reste rien.” Bougonna-t-il en dardant une fois de plus les restes de ce qui aurait dû être son défi. Ses yeux, aussi noirs que les eaux derrière-lui, s'étrécirent en découvrant que Tarcus se tenait debout, face au cadavre agenouillé, une main posée sur la lame ridiculement large contre laquelle le défunt avait décidé de s'appuyer jusqu'à la fin.
    Les mots que le démon psalmodia alors, dans un murmure étouffé par la peine, Alasker parvint difficilement à la traduire du Shierak-Qiya.
    Aucun regret, même à la fin de tout.
    Mal à l'aise face à ce brusque accès de solennité, ses hommes demeurèrent silencieux, interdits, piétinant la roche comme des gosses turbulents venant de se faire gronder.
    Même lui, Iratus, ne se sentait pas à sa place. Il avait la désagréable impression de piétiner les restes d'une histoire glorieuse ne lui appartenant nullement. De ronger les os d'une légende morte depuis longtemps.
    Tarcus mit fin à cet instant en un soupir déchirant. La chair de son visage se tordit dans un effort surhumain pour ne pas céder à la peine, et il déclara, de son habituel ton monocorde :
    “-On l'appelait le sans-père. Celui-qui-rôde-sous-les-eaux…
    -Vor'Ash-an.” Traduisit Gorrog avec difficulté.
    Un sourire fugace s'inscrivit quelques instants sur les traits du tourmenté.
    “-Presque. Je ne répéterai pas son nom ici cependant. Si il a décidé de s'éteindre là, c'est pour que l'histoire l'oublie.
    Alasker s'avança pour lorgner sur la chair momifiée de l’hybride de laquelle dépassait, par endroits, l’empennage de quelques carreaux d’arbalètes.
    “-Quelqu’un l’a aidé.” Déduisit la brute. Mais Tarcus balaya l’hypothèse d’un petit rire.
    “-Jamais d’aussi ridicules artifices n’auraient pu traverser sa chair, de son vivant. Les pillards ont dû paniquer en le découvrant ainsi. Il était déjà mort depuis longtemps lorsqu’on lui a tiré dessus.
    Nahr mima un soupir de soulagement.
    “-’Faut dire qu’il est plus grand que nous tous alors qu’il est à genoux et refroidi. Ça peut rendre un tantinet nerveux.”
    Alasker fusilla du regard son sous-fifre incapable de faire montre d’un peu de respect puis recentra son attention sur le mausolée supposé.
    “-Qu’est-ce qu’il était supposé abriter ?
    Le démon s’avança jusqu’au monument violé. Comme son frère, plus tôt, il déposa une main compatissante sur sa surface froide avant de répondre.
    “-Les derniers insignifiants souvenirs d’une vie de conquête et de mort. Des breloques. Des colifichets. Rien d’intéressant pour toi. Juste des choses assez brillantes pour attirer l’œil du pillard et l’empêcher de s’intéresser au lac.
    Le frisson précédemment ressenti par la découverte dudit lac remonta le long de l’échine du lycanthrope. Il jura entre ses dents.
    “-Qu'est-ce qu'il y a, dans ces eaux?
    L'attention du démon se porta sur la surface de l'onde sombre et ses lèvres demeurèrent figées durant de trop nombreux battements de cœur. Le silence s'installa entre les deux frères, jusqu’à ce que le plus brutal ne s'avance d'un pas et entrouvre la bouche.
    “-As-tu déjà expérimenté la perte, Iratus?
    Le mouvement enclenché par le géant d'airain se stoppa. Incapable de suivre le fil des pensées du réincarné, il fronça les sourcils et cracha sans prendre la peine de réfléchir :
    “-Qu'est-ce que c'est que cette connerie de question, frère ?
    Ledit frère, perdu dans l'océan d'amertume qui avait noyé sa première vie, conserva son attitude stoïque et précisa :
    “-Toi, qui fut le fils mal aimé, le guerrier indiscipliné puis le champion des égarés et des fous, as-tu seulement une fois ressenti véritablement ne serait-ce qu'une once de perte? As-tu trouvé en toi suffisamment d'amour et de respect pour quoique ce soit, objet ou être vivant, animal ou humain, pour qu'à sa disparition, tu ressentes la moindre douleur, la plus infime indisposition pouvant attester qu'un soupçon de conscience demeure entre tes deux oreilles?
    Le rire grondant résonna dans la grotte. Les Dévoreurs, désormais habitués aux confrontations entre leur chef et le pélerin aux yeux de feux, continuèrent à explorer les environs sans chercher à écouter les longs solliloques de l'un ou les réponses acides de l'autre.
    “-C'est inédit. Un démon génocidaire me fait la morale. Épargnes-moi l'une de tes nouvelles complaintes, Tarcus. Si la mort rend un Boucher comme toi si prompt à la sensiblerie, alors je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cette vie soit la seule que j'ai à supporter. Qu'est-ce qu'il y a dans l'eau?
    Gorrog, les bras croisés, rejoignit Kirk au bord du lac alors que ce dernier, pour mieux sonder la surface, s'était accroupi après avoir rengainé sa lame. D'une main méfiante, il effleura l'onde et lécha les gouttelettes éparpillées sur son gantelet. Une moue dégoûtée s'inscrivit sur les traits du drakyn, qui recracha ce qu'il avait ingurgité en jurant.
    “-Elle est salée.” Observa-t-il en s'éloignant de deux pas. “Et tiède.”
    Et la voix monocorde de Tarcus continua son incessant récital :
    “- Tout comme moi, ce lac est un vestige des temps anciens, Alasker. Il est simplement plus vieux encore. Si vieux, si impossiblement ancestral, que ses eaux ont jadis appartenu à la mer bordant les ports de Kyouji la traîtresse, à une époque où cette damnée ville n'existait pas. Ce que tu vois, ce sont les restes pourrissants d'une époque oubliée des mortels. Et ce qui gronde sous la surface pleure, elle aussi, la perte d'une époque où son maître régnait sans partage sur les océans de jadis.


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  • Sam 23 Mar - 17:09
    La Salvatrice quitta son fourreau de chaînes alors que son possesseur se détournait du démon délirant pour surveiller le lac salé. Un nouveau silence s'installa. Et puis un son aussi fort qu'un millier de cornes de brume jouant simultanément heurta chaque être vivant présent dans la grotte. Un vacarme assez puissant pour qu'il devienne physique. Que les corps se plient sous la pression de ses notes discordantes.
    Des Dévoreurs tombèrent à genoux ou retirèrent leur heaume dans l'espoir d'apaiser leurs tympans suppliciés. Quelques-uns se mirent à hurler comme des loups, leur fragile psyché ébranlée par cette épreuve inattendue. Et puis, Gorrog s'aperçut que quelque chose brillait sous la surface. Rendu sourd par la complainte incessante, il se contenta de pointer du doigts les deux longues formes allongées dansant erratiquement sous la surface. Cela avait la forme et la taille de barques de pêcheurs. Long comme trois hommes, et luisant désormais plus que les torches qu'ils tenaient tous à bout de bras. Ce ne fut que lorsqu'une pellicule transparente sembla couvrir et atténuer la lumière qui émanait de ces étranges amandes brillantes que le peau verte et ceux qui suivaient son geste du regard purent saisir que ces choses brillantes n'étaient rien de plus que des yeux.
    Pour la première fois depuis des décennies, le cœur du chef des brutes s'emballa lorsque ce qui se terrait dans les eaux s'extirpa de ces dernières, pour exposer à ses proies son corps serpentin. Des vagues s'écrasèrent sur la roche et sur les armures des intrus. Les jurons habituels ne parvinrent pas à chasser le malaise que chaque homme, censé ou non, devait ressentir face à l'infiniment grand.
    Le corps continua de se dresser de toute sa hauteur jusqu'à ce que sa gueule aux crocs démesurés aille disparaître dans les ténèbres inatteignables de la grotte. Puis il siffla.
    Et le son que ses poumons colossaux provoquèrent en faisant vibrer sa langue fourchue s'avéra tant révoltant et contre-nature que certains lâchèrent leurs armes pour s’agripper à quelque chose, persuadés que le vacarme à lui seul suffirait à les faire décoller du sol.
    Alasker, les yeux écarquillés, pouvait très distinctement discerner la chose qui les fixait dans l’ombre. L’absence de lumière ne le gênait aucunement. Et il reconnaissait la bête pour l’avoir déjà vue, représentée grossièrement, sur quelques cartes marines.
    Voir l’un d’eux, aussi profondément perdu dans les terres, relevait de la grossière blague, du trucage impossible. Ils étaient les naufrageurs, les mangeurs de baleine. Leurs anneaux, disaient-on, pouvaient broyer la coque d’un vaisseau amiral sans effort.
    Un Seedra. Un serpent des profondeurs. Une horreur des fonds marins.
    Un adversaire capable de faire trembler même le loup des Dévoreurs.

    La chose frappa avec une absence de subtilité digne de n'importe quelle créature sauvage. Utzür, fier guerrier des clans barbares ayant servi pendant six années sanglantes aux côtés des Dévoreurs, disparu dans sa gueule en un battement de cil. Les dagues et javelots que les brutes jetèrent dans les yeux de l'assassin de leur frère de batailles ricochèrent contre sa troisième paupière et glissèrent sur sa peau squameuse. Alasker, à sa grande honte, demeura immobile, les bras ballants, la Salvatrice, dans ses mains, muselées par l'inactivité de son maître. Par l'immonde souvenir des eaux noires, perdues dans une jungle oubliée de tous, ayant jadis manqué de l'engloutir lui et ses rêves de guerriers.
    Mais, le loup, lui, ne ressentait pas la peur.
    Le museau du grand chasseur traversa le grotesque visage humain. Ses crocs percèrent les gencives en pleine mutation, extirpant de leur fourreau de chair molaires comme incisives. Les ongles se tordirent puis cédèrent, dans un torrent de sang, face à la pression de griffes aussi longues que des doigts humain.
    Le loup aboya, sautant à la rencontre de ce nouveau prédateur, l'une de ses pattes toujours fermement refermées sur la hache que l'humain qu'il croyait parfois être aimait tant. Surpris par cette attaque soudaine, le Seedra se redressa, sa tête rejoignit les hauteurs enténébrées, alourdie par le poids de cette chose de rage et de faim qui s'aidait de ses crocs comme de ses griffes pour lacérer le cou reptilien. Le serpent amphibien s'ébroua tel un chien. La force des secousses expédia son agresseur loin de sa chair. Iratus tomba, heurta l'un des anneaux serpentin remontant à la surface et disparu dans les profondeurs, une fois de plus.


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  • Sam 23 Mar - 17:13
    Le démon savait bien que sa vie était en danger. Il ne parvenait simplement pas à trouver l'intérêt de changer cela.
    Mourir n'était manifestement pas la fin, pour lui. Et la fin, justement, après avoir découvert l'autel commémorant sa propre mort, peut-être était-ce bien la seule chose que son cœur usurpé désirait encore ardemment. Que lui restait-il d'autre ? Les souvenirs de sa vie d'homme, de ce Mawdryn, lui paraissaient si terriblement loin, maintenant qu'il pouvait goûter aux réminiscences de l'ère de l'Impardonné. Lorsque ses yeux se fermaient, que la nuit tombait et que ses songes se perdaient dans les affres d'un sommeil inédit par rapport à sa première vie, le Pélerin se rappelait, tout. Tout ce qui avait précédé la perte. Les acclamations des foules. L'excitation de la guerre. Les débats enflammés. Les discours. Les célébrations païennes. Les rituels qu'il avait présidé. La construction du Triomphe et l'abominable merveille que les architectes, dans leur folie, avait su extraire de ses songes. L'amitié sincère de ses frères les plus fidèles, dont le plus digne représentant était mort ici, seul, à garder des reliques anonymes, fidèle jusque dans l'au-delà.
    Le goût des lèvres écarlates de Sélène, sa compagne et sa damnation. Sa sinistre clairvoyance. La douceur de sa voix. Cette façon qu'elle avait d'enflammer ses sangs qu'importe les circonstances ou l'endroit. Avant leur rencontre, une voyante lui avait prédit que sa perte serait causée par l'homme qu'elle aimait. Tarcus l'avait conquise en prétendant que l'aimer, lui, un démon, la conduirait à l'immortalité et ferait mentir la prophétie. Joueuse, elle avait fait semblant d'y croire, quelques temps. Mais démon ou pas, homme, il l'était bien. Et sa perte, effectivement, il l'avait causée.
    Tous ceux qui l'avaient suivi étaient morts, non pas simplement avec lui mais à cause de lui. C'était sa folie, l'origine de la leur. Est-ce que, avec le recul, maintenant, Tarcus en éprouvait une quelconque culpabilité ?
    Non.
    Regretter aurait été une insulte. Une malédiction de plus, crachée dans les Cendres composant les restes de ses frères d'armes. Cette vie qu'ils avaient partagé, tous, avait été auréolée d'une gloire ignominieuse mais inégalable, pendant un temps. Leurs victoires n'avaient jamais été éclatantes. Toutes s'étaient, plutôt, avérées aussi terrifiantes qu'édifiantes. C'était ce qui leur avait été promis.
    Et ce qu'il leur avait offert.
    Alors d'où venait ce creux dans son cœur? Ce feu qui ne s'éteignait jamais, dans ses entrailles, depuis son réveil dans la tête de Mawdryn? Pleurait-il simplement sa puissance d'antan? Non. La supériorité physique ne lui importait étrangement plus. Son temps en tant que champion -le démon le sentait- était révolu et rien ni personne ne pourrait changer cela.
    Un Dévoreur aux oreilles saignantes passa à côté de lui, lame au clair, et le saisi par le col pour le secouer comme un prunier. Ce que le berserker si fidèle à son frère aliéné lui dit, le Démon ne l'entendit pas vraiment, mais il le remercia pour sa considération plus que bienvenue. L'apparente passivité dans laquelle Tarcus était plongé agaca bien vite le tueur, qui l'abandonna pour frapper, avec les autres, tout ce qui dépassait des eaux noires.
    Qu'était-ce donc, alors, que cette désagréable et ô combien inédite sensation ?
    Oh, ça y est. Cela lui venait.
    Son frère. Son frère imbécile mais pourtant si précieux pour une partie de lui.
    Il mourait, piégé par cette abomination pluri-millénaire. Son frère mourait. Et sa faible carcasse ne pouvait rien faire pour changer cela.


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