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  • Ven 5 Avr 2024 - 18:54


    Les grenouilles croassaient, les quelques oiseaux nocturnes chantaient et les furtifs mulots quittaient la chaleur de leurs terriers à la recherche de trésors dont les dangers du jour les privait. La faune s'était lancée dans sa coutumière symphonie du soir, rythmée comme à son habitude par le bruissement tranquille de courts d'eau paisibles. Pour qui tendait l'oreille et savait interpréter le sens profond de ces sons pourtant si communs, ces innombrables inflexions sonores constituaient un spectacle formidable, une ode à la vie dont nul ne se lassait jamais vraiment.

    Il y avait pourtant, dans ce cycle plus ancien que ne l'était le monde des hommes, des variations curieuses que seuls les plus habiles auditeurs pouvaient reconnaître pour ce qu'elles étaient. Les grenouilles installées sur de petits nénuphars n'étaient qu'au nombre de trois; mais leurs braillements incessants paraissaient être du fait d'une fratrie plus nombreuse. Une chouette grise, nichée au sommet d'un arbre sans feuillage, hululait depuis plusieurs minutes et recevait à chaque fois des réponses d'une mystérieuse origine. Le second volatile, son invisible partenaire de conversation, rétorquait par des sonorités similaires mais son emplacement, à chaque cri, paraissait toujours différent. Les mulots ne transportaient pas des graines, mais des fragments de marbre.

    Ce qu'il y avait de plus étrange encore, c'était qu'une Oasis de plénitude telle que celle-ci n'avait strictement rien à faire en plein désert reikois. Ni ces espèces, ni cette flore et pas même l'étang n'avait été documentés par qui ce fut. Cet endroit n'avait jamais été répertorié par aucun éclaireur cartographe de l'Empire et, jusqu'à présent, n'avait été observé par aucune paire d'yeux.

    C'était bien normal : il venait tout juste d'être créé pour celle qui s'y était aventurée.

    Les prunelles luisantes des bêtes fantasmagoriques se rivèrent abruptement sur la silhouette éthérée de la perturbatrice, seule créature présente dont l'essence n'était pas faite du Songe, unique intruse dans ce conte de fées bati à ciel ouvert. Façonnée par les Créateurs originels, l'Ange évoluait avec une grâce héritée de sa divine genèse et ses illusoires spectateurs se contentaient de l'observer avec un indéchiffrable mutisme, comme happé par ce qu'elle représentait. Le marionnettiste responsable de ce rêve éveillé, quant à lui, savourait depuis les ombres la beauté de cette scène défiant toute vraisemblance.

    La chouette dissimulée par les zébrures des branches ouvrit son bec, et deux voix superposées se firent entendre :

    "Immobile, longtemps figée dans le temps et l'espace. Elle aussi a connu deux naissances ainsi qu'une véritable déchéance."

    Une souris s'extirpa du trou minuscule qu'elle avait creusé dans le sable fantasmé. Les voix éthérées parurent s'échapper d'elle, l'utilsant comme vaisseau :

    "Ancienne, peut être autant que nous ? Ses rêves décousus sont tissés de pure souffrance."

    Enfin, au centre de ce bosquet imaginaire, une vision formidable s'imposa à l'Ange. Taillées dans l'obscure nappe de la nuit, deux formes alambiquées se détachèrent, comme arrachées à cette peinture animée dans laquelle aucun être n'avait de substance. Un froissement semblable à celui d'un parchemin déchiré résonna et une paire d'ailes noires, aussi immenses que splendides, s'étendit dans un unique battement tandis qu'apparaissaient, partout sur leur surface, des yeux violacés sur lesquels se reflétaient les lumières peuplant de surréalistes galaxies.

    Les iris luminescents de la paire d'excroissances se multiplièrent, puis se rivèrent les uns après les autres sur la silhouette de l'être angélique. Les ombres aux formes bestiales nées de l'esprit de la créature chimériques disparurent progressivement, se faisant d'abord plus confuses pour ultimement disparaître alors que se manifestait, sous un drapé ténébreux, le corps gigantesque de Rêve, le Démon aux mille visages. Seul les plantes fantasmées subsistèrent et, au centre de cet habile jeu de lumières se trouvait le maître. L'être qui se réécrivait sans cesse laisser une paire d'ailes étendue, comme une injure formulée avec arrogance envers celle qui en avait été délestée tandis qu'une autre se refermait délicatement pour embrasser les épaules du géant diabolique, lui offrant ainsi une immense cape dont il usa pour se couvrir.

    Son visage mêlant traits draconiques et aviaires s'orienta dans un sinistre grincement en direction de celui de la belle et son col de plumes s'ébouriffa d'anticipation. Le bec énorme s'ouvrit et les voix opposées, une fois encore, brisèrent le silence du désert :

    "Une âme antique, une histoire trop longue pour être transcrite par la plume de l'Homme. Qui es tu, sœur issue d'un autre plan ?"

    La caresse de la brise se fit plus insistante.
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  • Sam 6 Avr 2024 - 14:28


    Il y avait eu le désert.
    L'infini doré à perte de vue. Le soleil pour lui brûler la rétine, et la tempête de sable qui l'avait emporté.
    La nature ne s'était jamais montrée clémente pour les étrangers. Quand bien l'homme la soumettait, elle finissait toujours, toujours par reprendre son autorité. Aucune créature vivante ne lui avait jamais survécu, et même l'éternité dont se targuait l'Ange semblait bien frivole face à la toute-puissance des éléments.

    Et puis, le noir.
    Assommée d'une fatigue soudaine, elle avait quitté le Monde du réel.
    L'obscurité avait prit possession de ses paupières et le chant des grenouilles avait tissé son chemin jusqu'à son esprit. Siame ne rêvait pas. Elle ne rêvait jamais : ses nuits étaient courtes, ses songes maîtrisés. Elle avait appris à contrôler ses visions depuis aussi longtemps qu'elle se souvenait, et la chose lui venait très naturellement. Mais ses transes étaient animées, pénibles et lourdes de sens. Jamais belles. Jamais paisibles.
    Et jamais, jamais les grenouilles ne venaient croasser dans le creux de ses oreilles.

    L'Ange venait de s'éveiller dans un rêve. Pour la première fois, depuis aussi longtemps qu'elle se souvenait. Cette vision-là n'avait rien de la beauté divine, assujettie par l’œil capricieux de sa maîtresse. C'était autre chose. C'était organique, vivant. Poétique et fabuleux. Ce n'était pas l'éternité à perpétuité, c'était le temps qui s'arrêtait tout bonnement. Déjà, les ombres du rêve commençaient à l'envelopper, éveillaient dans le creux de sa poitrine un sentiment curieux, nouveau. Inquiétant, comme tout ce qui était un jour inconnu. Siame aurait pu se tromper, elle aurait pu y croire, mais aucune brise ne venait caresser sa peau, aucun vent n'accompagnait le chant de la famille d'amphibiens qui la dévisageait comme si elle était venue perturber leur paix. Elle aurait pu y croire, mais cette nature était contrefaite. Modulée, pas par l'homme, mais par quelque chose d'autre... Là où Mère Nature se montrait insensible aux absurdités égocentriques de l'Homme, ne connaissait ni pitié, ni compromis, indifférentes aux passions et aux souffrances des êtres, ce lieu-là réagissait à chacun de ses pas, observait chacun de ses mouvements. Ce monde-ci ne se contentait pas de l'accueillir, il lui renvoyait sa propre fragilité.

    La voix de la chouette qui l'observait dans l'ombre résonna dans son crâne à travers un lien éthéré, comme un éclair qui n'avait nulle part où frapper. L'Ange se crispa au même instant. Ses mots furent suivis par ceux d'une minuscule souris, et Siame pivota sur elle-même avec la désagréable sensation de ne rien maîtriser. D'être lue un peu trop limpidement. Et finalement, il se montra, apparaissant sous ses véritables coutures. Elle devait l'admettre, il était d'une beauté à laquelle même sa maîtresse n'aurait jamais pensé. Il était lumière et ombre à la fois. Il était tout ce qu'elle était et tout ce qu'elle n'était pas. Plus que céleste, il était le cosmos et le chaos ; les astres et la poussière. Il était Dieu, tel que Spinoza le contait. Ni créateur, ni juge ; ni fin, ni volonté.

    Qu'est-ce que tu es ? Rétorqua-t-elle, trop vexée d'être ainsi baladée, trop habituée à maîtriser ses propres songes.

    Siame prit un instant pour l'observer plus attentivement. C'est alors qu'elle sentit la brise voyager sur le velours de sa peau, s'immiscer dans sa chevelure comme une caresse. Elle s'approcha sans crainte, d'abord captivée avant de finalement le percevoir. De le percevoir dans son intégralité.

    Il y avait le chagrin ; la colère ; les tourments et la curiosité, tout ça enfouit quelque part dans ce plan qu'ils partageaient. Il y avait ces ailes, magnifiques ailes, plus noires que le cœur de la nuit, dont il agitait les plumes comme pour la défier. Et l'anticipation des choses à venir, qui faisait frissonner sa toison aux couleurs de l'univers. Siame corrigea sa question tout en prenant un pas revanchard dans sa direction.

    Qui es-tu ? Moi aussi, je te vois, ajouta-t-elle, dans la volonté de protéger ses propres peines, se gardant à couvert de tout risque de sincérité.

    Ses iris l'irritaient, tandis qu'ils s'animaient d'un appétit intrusif, que seule les âmes curieuses possédaient. Elle les fixa d'un intérêt non feint, l'observant, inflexible et droite, l’œil jaspé par le reflet de la créature. Il l'éblouissait et ça l'agaçait.

    Je ne suis pas ta sœur. Tu n'es pas un Ange. Bien qu'un œil moins avisé aurait pu s'y méprendre aisément. Dis-moi, combien t'ont confondu avec nous ?

    Encore un nouveau pas. Elle s'avança, cherchant à cadenasser ses plumes entre ses doigts, à l'attraper si elle le pouvait—comme si elle le devait. La jalousie vibra dans le bout de ses doigts noircis. Ses paupières se referment et elle songea avec un peu d'amertume au temps qui passe tandis qu'elle rêve : aux raisons triviales, tristement humaines, qui la motivent à résider à la surface du Monde. Siame secoue la tête.

    Je n'ai pas le temps pour ça. Je dois me réveiller, j'ai une éternité à vivre... Des ailes à retrouver. Libère-moi. Je mourrai dans ce désert si tu ne me laisses pas partir.

    La tenait-il seulement prisonnière ? Sans même sans rendre compte, elle choisissez des mots éloquents, desquels transpiraient ses propres tourments.


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  • Dim 7 Avr 2024 - 15:02
    "Ai-je poussé tes paupières à se clore ?"

    Audacieux, presque moqueur. Le bec allongé de la créature fantasmagorique paraissait inamovible mais pourtant, on devinait un sourire. La queue de la créature chimérique balaya le sable d'un mouvement élégant puis, brusquement, elle fouetta l'air en claquant, créant ainsi une réverbération distinguable à l'œil nu qui rendit confuses, l'espace d'un instant, l'ensemble de la flore illusoire qu'avait érigé le maître des songes. Les plantes se reprécisèrent, tels des croquis gommés puis retaillés à la hâte. Le fusain traça dans le vide de nouvelles arabesques, offrant au décor d'autres atours et, en battement de cils, l'environnement tout entier se renouvela.

    "Peut-être... Mes intrusions oniriques sont souvent jugées cavalières. C'est ainsi que je découvre, c'est ainsi que j'apprends. Tu avais besoin de repos, vois ma visite comme une opportunité et non un obstacle."

    Les doigts de l'Ange furibonde parurent se refermer sur les ailes ornées d'iris mais lorsqu'elle crut se trouver à portée de son vis-à-vis, elle ne piocha que l'air dénué de substance dont était fait sa rêverie. La silhouette à peine compréhensible du Démon s'était reculée d'un cran, ou était ce les pas de celle qui l'approchaient qui ne lui permettaient pas d'écourter la distance entre elle et lui ? Rêve n'était qu'un spectateur et si son hôte ne parvenait pas à l'extraire de sa propre psyché, c'était sans doute parce qu'elle craignait justement la perte de contrôle. Une conquérante, régissant tout et tout le monde autour d'elle, une créature faite pour dominer et non se montrer servile. L'impuissance, de toute évidence, constituait donc une immense part de ses cauchemars.

    "Une Ange, ce sont donc les Grands Façonneurs qui t'ont sculptée..."

    Combien d'âmes avaient confondu le Voyageur avec les membres de sa fratrie ? Trop pour pouvoir tous les citer.

    "La distinction entre Anges et Diables m'a toujours rendu perplexe. Nous sommes pourtant des fonctions de ce monde, des incarnations de schèmes établissant l'univers et ses codes. Pourquoi mettre tant d'application à nous dissocier ?"

    Il explora ses propres souvenirs en faisant fi de l'angoisse de son interlocutrice. Après une pause marquée, il parut dénicher ce qu'il avait enfoui dans le coffre sans fond qu'était sa mémoire antique et, avec un certain enjouement, il reprit :

    "Ah ! Je sais... Les Démons se targuent usuellement d'être dotés de libre arbitre, là où les figures angéliques naissent avec la conviction de n'exister que pour servir. Cela m'avait échappé. La différence est trop maigre, j'ai tendance à l'oublier. Comment reprocher aux mortels de se méprendre si souvent à notre sujet ?"

    Elle avait évoqué la perte de ses ailes. Il n'avait pas occulté cette part de son discours. La paume griffue de la créature née des ombres s'extirpa de son vêtement de plumes et, d'un claquement de doigts, il altéra la perception que l'étrangère avait d'elle-même. Explorant un passé éclipsé depuis des millénaires, il remanifesta par la propre force de son esprit les os, les tendons et le délicat plumage dont avait été pourvue jadis la pauvre engeance titanesque. Plus immenses encore que l'étaient celles du Démon des songes, la paire immaculée s'étira dans un battement puissant mais, étrangement, aucune bourrasque n'agita la plaine ensablée.

    Comme toutes ses créations, celles-ci manquaient de la matière qui composait le Réel.

    "Elles étaient splendides. Où et quand les as-tu perdues ? Qui t'en a privé ?"

    Puis, il conclut sur une note sans doute blessante :

    "Tu as le temps. Ta quête n'a, pour l'heure, aucune véritable direction."
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  • Jeu 11 Avr 2024 - 0:02
    Ah ! Il pique. Et il pique juste, cet oiseau-là. Ce gros malin. Elle distingue l'audace, le sarcasme détaché que portent ses mots et croit percevoir un sourire. Le sien s'intensifie subrepticement seulement, cynique—elle n'allait tout de même pas le féliciter d'avoir fait mouche avec sa petite boutade empoisonnée.

    Non, mais tu es là. Dans mes songes. Ils sont mon monde et tu n'y as pas été invité. Tu n'es qu’un intrus.

    Et comme s'il avait voulu démentir ses propos, les contours de son rêve se redessinèrent sans qu’elle ne puisse rien y faire, rien y dire. Sous ses yeux, il redéfinit le territoire. Ce monde lui semble écrasant et lui est d’une grâce émouvante. Ses doigts se referment sur un nuage vaporeux qui se dissipe en même temps que la silhouette de la créature. Avait-il bougé ? Siame frotte ses doigts, contemple les éclats de lumière restés dans sa main, insatisfaite. Il échappe à sa curiosité intrusive, pour cette fois.

    C’est ce que tu es venu m’offrir, du “repos” ?

    Elle l’examine dans un froncement de sourcils pensif, comme si elle considérait le jeter dans un bassin et le faire bouillir vivant pour avoir osé déranger ses songes.

    Bien, capitula-t-elle finalement, contre toute attente. Puisque tu es là.

    Sa main retombe paresseusement contre sa cuisse, et cette fois-ci, elle ne cherche pas à manger la distance qui les sépare.

    Nous sommes créés pour alimenter la Lumière, vous êtes ici pour nourrir l’Ombre. Mais tu as raison, l’une ne peut exister sans l’autre. Le sort est d’une délicieuse ironie, pas vrai ? Elle marque une pause. Pourquoi as-tu été créé si ce n'est pas pour servir ? Quel est ton dessein ? Tu te nourris des rêves de tes hôtes ? Elle secoue doucement la tête de droite à gauche, maussade. Les rêves ne sont rien que des rêves. Ils ne sont que les regrets d’une vie non-vécue.

    Soudain, elle sent son dos se faire plus lourd. Le cartilage jaillit de ses omoplates et se couvre de plumes. Elle retrouve ses ailes. Ses paupières se referment douloureusement et une larme s’en échappe. Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas ressenti la sensation des plumes sur ses épaules. Il lui faisait réaliser que les cicatrices qu’avaient laissées les mortels sur elle la rendaient tristement humaine. L’Ange se tient droite, trop droite, comme une femme qui a toujours refusé de courber l’échine—et on l’a puni pour ça. On l’a fait saigner, on l’a fait pleurer, mais sa volonté, personne n’a jamais réussi à l’ébranler. Il lui avait fallu se réinventer, et elle le referait autant de fois que nécessaire.

    Elles l’étaient. Splendides. Il y a longtemps. Si longtemps que j’ai arrêté de compter les années. Où ? C’est bien ce qui me préoccupe. Quant à qui ? Ça n'a pas d’importance.

    Elle s’était fait la promesse de ne plus jamais prononcer son nom. Son visage, comme son souvenir, finirait un jour par disparaître de sa mémoire. Il ne connaîtrait jamais l’éternité. Ainsi, elle refusait de se laisser définir par les supplices qu’un autre lui avait fait subir. Croyait-elle que tout redeviendrait comme avant une fois ses ailes retrouvées ? Peut-être bien. Mais ces ailes-ci, celles qui venaient de gicler dans son dos, n’étaient qu’une illusion.

    Elles ne sont pas réelles. Je ne peux pas voler avec, n'est-ce pas ? L'Ange n'essaie pas, de peur d'être déçue. Elle relève son regard de silex vers lui. Tu n’es pas réel non plus. Je veux du réel, du tangible. Que je peux prendre et posséder... Je suis fatiguée, admet-elle enfin. Ils disent que le temps guérit. Mais c’est un mensonge.

    L’Ange sourit amèrement à sa dernière remarque, note l’intelligence de vipère dont il fait preuve. Elle devait l’admettre, ces derniers temps, ses transes étaient aussi arides que ce désert. Ses propos la tiennent en silence, durant un instant. Il est un spécimen singulier. Il porte les ratures des Hommes, comme elle, mais tout ça semble moins l’affecter. Le chagrin, la colère et les tourments, il lui donnait le sentiment de les avoir mieux apprivoisés.

    Approche. Berce-moi. Elle l’exige, le demande comme la propriétaire des lieux et ses paupières se perdent dans un battement de cils vaporeux. C’est pour ça que tu es ici, non ? Dis-moi qu’il y a un cœur qui bat dans cette poitrine. Son regard perce insensiblement le poitrail de plumes noires. Raconte-moi comment tu composes avec l’horreur qui se tapit silencieusement dans celui des Hommes.

    Et elle le disait, comme si elle, comme si lui, avaient été parfaitement innocent. Comme s'ils n'avaient jamais pu commettre aucun mal—puisque leur mission allaient au delà des désirs fugaces des mortels. Le Sekai avait été supposé être un paradis, et elle n’y avait trouvé que des champs tâchés de sang. L’avait – parfois – elle-même fait couler. Et ce sang-là continuait de rouiller dans ses artères.


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  • Ven 19 Avr 2024 - 0:53
    "La frontière entre rêve et réalité est souvent bien plus mince qu'on le croit et le temps, sois en sûre, fait bel et bien son œuvre.

    Il ne sembla pas s'offusquer de l'injure ouvertement formulée à l'encontre de son domaine. Plutôt amusé qu'agacé, il fit osciller son indéchiffrable masque de volatile sur le côté. Sa queue claqua à nouveau, altérant une énième fois le décor onirique qu'il avait pensé pour l'occasion et il laissa sa voix la plus féminine prendre l'ascendant sur la seconde pour annoncer dans un murmure éthéré :

    "Sans rêve, l'Homme stagne. Sans espoir, il flétrit. Sans crainte, il meurt."

    Il offrit à son vis-à-vis l'opportunité d'apprécier pleinement la beauté de l'offrande illusoire qu'il venait de lui faire. Un souvenir, bien qu'immatériel, avait parfois bien plus de valeur pour les êtres pensants que n'en détenaient les possessions physiques. L'Ange déchue ne parut pas se satisfaire du cadeau et répondit avec une mélancholie que Rêve, respectueusement, ne prit pas le temps de souligner verbalement et face à laquelle il se contenta de demeurer inflexible. Elle ne voulait pas de sa pitié, et il n'avait pas pour projet de lui en octroyer.

    Vint alors, après colère et déni, l'heure de l'acceptation. Admettre ses fêlures constituait le premier pas vers le colmatage des failles spirituelles et voir son interlocutrice effectuer un si grand pas en avant ne manqua pas de susciter chez le Prince un sentiment indéfinissable mêlant curiosité, fierté et enjouement. Elle le somma de s'approcher et le diable, dans son éternelle complaisance, tendit ses mains griffues en sa direction.

    Elle sentit alors que le sol se dérobait légèrement sous ses pieds, adoptant une surface plus douce et plus chaude. Ce ne fut lorsqu'elle jeta un coup d'œil vers le bas pour déceler l'origine de son déséquilibre qu'elle comprit que l'environnement, à nouveau, venait de se transformer. Elle cligna des yeux et se découvrit allongée, dans les bras du Démon devenu anormalement titanesque. Voguant d'une forme à l'autre, le métamorphe en pleine maîtrise de cet univers qu'il redéfinissait sans cesse venait de se muer en autre chose. Il devint une femme, une étrangère vêtue d'une robe fine et dont le visage de poupée était surmonté d'un voile aussi sombre que l'était le plumage de la bête mythique. Berçant l'Ange assoupie, comme il y avait été invité, l'être aux traits de jeune mère posa ses deux iris charbonneux sur le visage de sa nouvelle protégée alors que la noirceur du songe se resserrait tout autour d'eux. La géante, avec une douceur extraordinaire, rapprocha Siame de sa poitrine, lui intimant aimablement de plaquer son oreille contre ce cœur qu'elle avait demandé à sentir.

    "Ecoute."

    Sa voix se perdit dans un écho fantomatique. Sous la peau de porcelaine de la créature légendaire ne résonnait aucun battement, mais plutôt les sons lointains de voix étouffées, multiples et innombrables. Une chaleur enivrante s'empara du corps de l'Ange, ses muscles se détendirent et l'espace d'un instant, elle put ressentir sans doute au travers des rires des enfants qu'elle écoutait la plénitude de Rêve et l'étendue de son amour millénaire pour les mortels.

    Rêve la laissa ainsi profiter de ce confort qu'elle méritait tant, usant sans qu'elle le sache de sa magie extraordinaire dont les vertus dépassaient de loin celles des sinistres substances dont abusaient les Hommes dans leurs moments de déroute. Lorsque la tension disparut de tout son être et qu'elle atteignit une accalmie proche de l'absolu nirvana, les chants et la plus pure expression de la joie des fidèles du Diable se transformèrent, insidieusement et lentement, en une multitude de hurlements sauvages et de pleurs affolés.

    "Je ne compose pas avec l'horreur, ma douce rêveuse. Je l'incarne. Je suis une engeance du Songe, une création née de l'esprit. Je n'ai selon toi aucune substance et pourtant tu es là, dans mes bras. Mes voix t'endorment, mes caresses t'apaisent. Ne suis-je pas assez réel à ton goût ?"

    Tâchant de ne pas la noyer dans l'atrocité des songes infames qu'il avait lui-même conçu, il l'éloigna légèrement de son torse immense et vint amoureusement caresser sa longue chevelure tout en la berçant de plus belle, l'enfonçant toujours plus profondément dans cette divine torpeur dont il était l'instigateur. Ses voix se firent plus calmes encore, se changeant en un murmure à peine audible dont les légères inflexions provoquaient d'agréables chatouilles dans la nuque de l'Ange :

    "L'humain est fait d'autant d'infamie que de bonté. J'offre des rêves à ceux qui le nécessitent et des cauchemars à ceux qui doivent les subir. J'éprouve pour l'enfant esseulé autant d'affection que pour le conquérant sanguinaire, car j'ai été fait ainsi. L'Homme ne peut fauter, il a été conçu imparfait. Nous sommes leurs accompagnateurs, leurs guides, leurs bourreaux. Je n'ai ni leurs doutes ni leurs faiblesses car je connais la raison de ma propre existence. J'ai un rôle, un but, une quête qui m'est propre."

    L'index immense qui glissait le long des contours du visage de Siame changea encore de texture, se faisant alors plus duveteux et plus chaud. D'une serre que terminait une griffe affutée comme une lame impériale, le Diable vint poser sans hostilité une pointe immense contre le poitrail de la demoiselle, juste sous sa gorge :

    "Ta lumière s'affaiblit, mais ne meurt pas. Il fut un temps où tu prenais, exigeais et donnais avec ferveur et assurance. Aujourd'hui, on te prend, on te draine, on te vole. Tu ne domines plus, tu survis. Pourquoi ?"

    Son sourire maternel disparut pour se changer en une expression soucieuse.
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  • Lun 22 Avr 2024 - 23:33
    La voix se composa d’une sonorité féminine, et les contours du démon vacillèrent pour changer, prendre les traits d’une femme. Sans qu’elle ne s’autorise à l’exprimer, elle éprouva une certaine reconnaissance. Son oreille se posa contre sa poitrine et Siame ferma les paupières. Le geste lui était curieux, nouveau, l’enveloppa d’une chaleur réconfortante, comme si elle se tenait au plus près d’un feu de cheminée. Elle qui avait l’habitude d’être celle qui berçait, protégeait et guidait. L’Ange aurait été bien incapable de nommer cette émotion, mais elle ne chercha pas pour autant à la rejeter.

    Et elle écoute. Ce qu'elle entend, caché dans ce poitrail, n'a rien du battement régulier d'un cœur. C’est une mélodie, un chant, un vent chaud gonflant la poitrine du Démon au rythme d’une musique qu’il a lui-même composé avec les voix de ses rêveurs. Tout ça, c’était hypnotisant. L’aveu d’un amour visiblement partagé entre eux et lui. Mais ce n’était pas tout. Il y avait plus, enfoui dans la chair du Démon. L’Ange ne tarda pas à percevoir le changement. Disparu les chants d’amour. Non, ce qu'elle entend à cet instant, c'est le pouls de mille âmes détruites. Tellement de battements, de cris et de sanglots différents, étranglés et mâtinés de terreur, tous recueillis dans une même poitrine—tous avec des significations distinctes, beaux et laids à la fois, comme un orage qui bat dans la nuit. La Mère l’éloigna du gouffre de douleurs.

    Ne me masque pas ce que tu es. Je veux tout entendre, tout voir. Fais-moi voir la vérité, uniquement la vérité. C'est ainsi que tu es réel à mes yeux.

    Son cœur s’enfle agréablement quand le souffle de la voix chaude se répand paisiblement sur sa nuque. Elle écouta ses mots en silence. Siame l’observait un peu différemment désormais, regardait la représentation dans le fond de ses yeux noirs. Elle commençait à comprendre un peu mieux. La manière dont il utilisait ce qu’elle rejetait pour se nourrir, pour grandir, vivre mille vies sans avoir à vivre la sienne. Et c’était bien là la différence entre les deux.

    L’Homme ne peut fauter, il a été conçu imparfait, elle répéta machinalement ses mots, le regard perdu dans le puits noir de celui du Démon. Mais pas moi. J’ai été créé parfaite. Plus qu’aucun autre être. Destinée à n’éprouver aucune affection, ni pour l’enfant innocent, ni pour le conquérant coupable. J’ai été conçue pour infliger la seule justice de ma maîtresse. J’ai fait mes premiers pas sur cette terre comme un être céleste. Ma maîtresse m’a dit “descend sur ce Monde mon enfant, accompli ma volonté”, mais elle ne m’avait pas dit que j’allais devoir éprouver toutes les émotions que peuvent ressentir les Hommes. Que j’allais devoir vivre toutes ces expériences : l’amour, le chagrin, l’anxiété, la peur, la joie, l’euphorie… C’est ainsi que j’ai découvert la réalité—inconfortable d’abord, puis tout ça, m’est très vite devenu insoutenable. C’est beau, j’imagine, d’avoir la capacité d’éprouver l’émoi, mais toutes ces émotions, elles ne m’ont pas nourri, comme c’est le cas pour toi. J’ai trébuché et elles m’ont vidée. Chacune d’entre elles me draine, me consume à petit feu. Mon cœur est malade.

    Retrouver ses ailes, c'était retrouver sa gloire. Mais le mal, lui, était ancré bien plus profondément.

    Du bout des doigts, d’un geste maîtrisé, elle enroula sa main autour de la serre tranchante posée sous sa gorge. Avec une lenteur calculée, elle poussa la griffe contre sa peau, l’enfonça subrepticement dans sa chair, traça une ligne le long de sa poitrine – plus profondément – juste au-dessus de son cœur. Siame redessinait les contours du rêve, tandis que sa chair s’ouvrait, s’étiolait sur son passage. Les os de sa cage thoracique se gondolèrent insensiblement, sans peine ni douleur, et l'Ange fit progresser, doucement, mais fermement, la serre du Démon jusqu’à son cœur.

    Vois par toi-même.

    Dans l’antre de sa poitrine, son organe à elle battait au ralenti—il agonisait, comme un animal désespéré, désireux de vivre. Son pouls tressaute, irrégulier dans une contraction ventriculaire, comble la main du Démon. Sa mélodie à elle est une arythmie, un souffle sublime – à peine audible –, discret derrière ses côtes. Un trophée caché. Il est bien trop lent, comme sur le point de s’arrêter. Ses intentions sont imprécises, sa voix est amère quand elle le dit :

    M’aideras-tu ?

    À nouveau, elle posa sa tête sur la poitrine de la Mère, écouta les voix qui se confondaient en une seule.


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  • Mer 24 Avr 2024 - 3:03
    "M'aideras tu ?"

    L'immense matriarche vint déployer dans un craquement intense l'une de ses paires d'ailes volumineuses dont les yeux luminescents se posaient, les uns après les autres, sur le corps si chétif de la figure angélique qui exposait son cœur à la vue des chimères oniriques. Les iris diaboliques se posèrent sur la plaie tracée selon la volonté de la demoiselle, cette fenêtre sur ses tourments par lesquels Rêve commençait à comprendre l'envergure de la besogne qui attendait d'être réalisée. Accordant à la pauvrette un sourire paisible, il répondit :

    "Aujourd'hui, demain et tous les jours qui suivront."

    La berçant toujours avec le rythme calculé d'un métronome, la chimère pivota telle une danseuse et lorsqu'elle eut conclu son volte-face, le tableau de pur noirceur avait changé intégralement. Encernés par les terres nordiques du Reike dont l'immensité s'étendait à perte de vue, les deux êtres fantastiques se retrouvaient au beau milieu des résidus noircis d'un village réduit en cendres. Debout au cœur d'un immense charnier qu'elle surplombait de toute sa hauteur, la bête diabolique foula de ses pattes de rapace la poussière épaisse, se promenant au beau milieu des décombres de son domaine réduit à néant par la colère des Hommes de l'Empire. Explorant ce souvenir qu'il partageait sans crainte ni honte avec sa nouvelle protégée, le Démon reprit sans émoi, usant du ton chantant que l'on employait lorsque l'on récitait une comptine :

    "Au commencement, je n'étais qu'une idée. Dénué de contours, indéfini, j'ai vogué des éons durant aux quatre coins de la toile du Songe. Il y a bien peu de temps que j'ai effectué mon ascension sur le plan matériel et si mon existence ici semble pour moi avoir débuté hier, tant de choses ont pourtant été accomplies depuis ma renaissance et tant d'autres ont été anéantis."

    Un battement de cils plus tard, l'Ange se retrouva debout, sa plaie imaginaire refermée et scellée. Elle sentit le contact de la main charbonneuse du Démon contre sa propre paume et réalisa qu'il avait adopté cette fois des dimensions plus proches des siennes. Guidant pensivement la servante des titanides au milieu des runes et des cadavres calcinés au point d'en devenir méconnaissables, ce avec une risette radieuse qui contrastait dramatiquement avec l'horreur de cette indigne sépulture à ciel ouvert.

    "J'ai accueilli ce changement avec joie et fierté mais, tout comme toi, j'ai évolué de prime abord dans un océan de craintes et de doutes. Il m'a fallu du temps pour me construire une véritable identité, pour trouver une quête à la hauteur de mes aspirations. Depuis que je sais sur quel sentier je me dois d'évoluer, je revis."

    Ses yeux plus noirs encore que la nuit bifurquent, offrant un regard aussi lucide que rusé à son vis-à-vis.

    "Tes ailes, glorieuses et merveilleuses, ne sont qu'un symbole de ce que tu as perdu. Tes recherches effrénées t'épuisent, elles te plongent dans un égarement qui se fait toujours plus insidieux. Tu t'enlises dans les dédales de tes regrets, de ta rancœur envers ceux qui t'ont flouée mais surtout... tu t'obsèdes pour le désamour de ta propre sculptrice."

    Parfois, les mots se devaient d'être durs, assez pour former des armes. Rêve ne le savait que trop bien.

    "Retrouver ce qu'on t'a subtilisé n'apaisera pas tes tourments. Tu le sais, n'est-ce pas ? Ce dont tu as besoin, très chère, c'est d'un nouveau dessein."

    Se postant face à son hôte, il relâcha la main de cette dernière et lui dit avec noblesse :

    "L'Homme nous imprègne, mon amie. Prenons exemple sur les mortels et trouvons nos propres rêves."

    Ses ailes ornées d'yeux étoilés se déployèrent bruyamment et il conclut :

    "Quel serait le tien, si tu devais t'en inventer un ?"
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  • Dim 5 Mai 2024 - 22:37
    Aujourd'hui, demain et tous les jours qui suivront.

    Siame l’avait regardé longuement, perdue dans les prunelles diabolique de la créature. D’une manière, elle se délectait de ce qu’elle y voyait et de la promesse qui venait de lui être faite. Son sourire s’élargit, et l’Ange porta une main – minuscule – vers la joue – immense – de la femme. Du bout des doigts, elle en caressa le velours. Tout ça n’avait été qu’à peine un effleurement, mais sa peau lui sembla aussi douce que des plumes. Elle se laissa porter vers son royaume, tout en appréciant la mécanique poétique avec laquelle il contrôlait chacun de ses gestes, chacune des images qu’il acceptait de lui montrer.

    L’immensité dorée du désert s’évapora pour laisser place à celle, tout aussi interminable, des cendres. L’Ange l’écoutait, notait la manière dont il savait feindre trompeusement autant de douceur que d’élégance. Car aussi délicate la créature se montrait-elle envers elle, du reste, elle ne tremblait pas le moins du monde devant l’horreur et le tragique de la déchéance. Ni la sienne, ni celle des Hommes. Non, il était résolu. Invariablement résolu. Et il souriait. Et c’était aussi émouvant à regarder que ce qu’elle pouvait espérer. Les contradictions qu’elle lisait dans le noir de ses prunelles lui étaient étrangement rassurantes : car ici, il n’y avait rien de feins, que la complexité d’un être qui acceptait sans honte, ni jugement, chacune de ses discordances. Cette créature-là avait apparemment trouvé le moyen de concilier beauté et horreur sans que l’un ne vienne empiéter sur l’autre. Sans que l’autre ne cherche à détruire l’un. Plus Siame l'écoutait, plus elle comprenait ce qu'il représentait.

    Quand il la questionna, l’Ange opina doucement du chef. Elle savait. Tout ça était enfoui quelque part profondément en elle, derrière la haine, les regrets, cette rancœur qu’il évoquait, et qu’elle se refusait d’abandonner. Sa colère, elle ne l'a jamais cachée. Elle l'est, indiscutablement. Contre sa créatrice, partie sans se retourner ; contre son bourreau, mort trop tôt pour qu'elle puisse se venger ; contre sa sœur, pour l'avoir oubliée, et contre elle-même, de tout regretter. Siame est en colère : contre ce foutu Monde entier. Son cœur avait retrouvé sa place dans sa cage thoracique, et les ailes – aussi belles qu’irréelles – s’étaient effritées dans son dos pour disparaître comme un songe.

    Tu es Beau. De sa bouche, il n'y avait pas de validation plus précieuse que celle-ci. Et tu dis vrai, et je déteste l'admettre. Ses traits s’adoucirent pourtant. Mes ailes, j’ai toujours pensé que c’était ce qui me représentait le mieux. Sans ça, j’ai bien peur qu’il ne me reste plus grand chose… Alors je les ai remplacés par la rancune, eut-elle raison de moi, intimement convaincue que mes ailes retrouvées me permettraient de l’apaiser.

    La prise de sa main se raffermit sur celle, charbonneuse, qui venait se glisser dans la sienne. À son côté, l’apparition vacillait entre la femme, et celle de la créature à l’affreux museau—dont elle ne parvenait, curieusement, à n’en voir que la Beauté. Elle sentit le regard sombre de sa compagne se poser sur elle, crépiter voluptueusement en elle, comme un joli feu tout juste éveillé, comme un lointain souvenir.

    Les cendres se mirent elles aussi à crépiter, s’animer, à danser autour d’elle, floutant les contours de leur nouvel environnement, bientôt remplacé par un vent brûlant qui leur fouettait la peau, s'engouffrait dans la chevelure neige de l’Ange, et dans les plumes d’univers du Diable. Siame l'accueillit, comme un vieil ami, sans main toujours vissée dans celle de l’Autre. Devant eux s’engageait un cratère immense, dont on ne voyait pas le bout, dans lequel bouillait un magma rageur. Elle tendit l’oreille, et du fond du volcan s’élevait des cris douloureux, d’une colère sans nom et chaque ébullition, chaque secousse rouge était une vie qui ne demandait qu’à mourir, sans qu’aucun repos ne lui soit jamais accordé. Un enfer en fusion perpétuelle. Les visages se confondaient : entre ceux que sa mémoire refusait d'oublier, et peut-être, ceux calcinés que le démon lui avait montré quelques instants plutôt. C’était là ce qui avait un jour été pour l’Ange la poubelle de cette terre.

    Toutes les vies que j’ai collectées. Toute la laideur du Monde, enfermée dans la lave à jamais. C’était le rêve de ma maîtresse. C’est celui que j’ai cru être le mien, pendant bien longtemps. Maintenant, je ne sais plus. Les préoccupations des mortels, leurs guérillas m’indiffèrent. Je n’éprouve plus le moindre dégoût face à la laideur de leur Âme. Tout ça m’a lassé.

    Et si elle commençait à mieux comprendre les Homme et leur douleur, maintenant qu’on lui avait à elle aussi arrachée ce qu’elle avait de précieux : ses ailes, sa sœur, son sens—il lui manquait encore irrémédiablement des sentiments comme la culpabilité et la honte, pour lui permettre de réellement trouver une place véritable parmi eux. Le réaliser n’était guère une consolation. La vérité c’est qu’après tant d’années enfermée dans son marbre, à ne vivre que selon la volonté des mortels qui possédaient alors sa statue, à les côtoyer et à les observer, l’Ange s’était embourgeoisée. Elle était devenue fainéante, et le mépris qu’elle éprouvait pour eux s’enracinait dans une profonde hypocrisie : elle leur ressemblait bien plus qu’elle n’acceptait de l’admettre. C’était la toute sa tragédie—elle était devenue un être affreusement ordinaire, et ses ailes n’y changerait rien. Elle n’aspirait à aucun rêve, ne cherchait à tisser aucun lien profond avec le Monde qui l’entourait. Siame disait vouloir vivre : en vérité, elle était terrifiée à l’idée de devoir le faire et à ce que cela signifiait. À ce que cela ferait d’elle. Que ferait-elle seulement de ce libre-arbitre si elle se l’autorisait ? Depuis qu’elle avait été libérée, l'Ange avait examiné le problème sous tous les angles. Il était désormais temps pour elle de lâcher prise. Ses yeux se détachèrent de sa contemplation, abandonnèrent le gouffre sanglant qui bouillait devant eux. Elle glissa tendrement son autre main dans celle de la créature.

    Penses-tu parfois à la mort ? La vraie. Celle qui nous fait tout oublier, tout pardonner ? Celle qui nous offre la paix.

    Alors, son corps, dans une lenteur immense, bascula en arrière, entraînant le démon avec elle—là où elle avait autrefois jeté sans un regard mille et unes âmes, volée mille et unes vies. Tandis qu’ils chutaient interminablement, de ses deux mains, elle s’empara du museau de la créature. Ses ongles s’enfoncèrent à travers les plumes doucereuses du Rêve. Elle vissa ses deux iris dans l’infinie noirceur des siens, tandis qu’elle répétait:

    "Aujourd’hui, demain et tous les jours qui suivront.” Promets-le moi. C'était un leitmotiv qu'elle n'avait pas l'intention d'oublier. Sois à mes côtés à chaque fois que j’aurai besoin de rêver. Je ne veux plus avoir à supporter l’aridité de mes nuits. Plus jamais. C’est là mon premier rêve.

    Sa prise se raffermit, possessive et frémissante – de cette façon dangereusement désespérée de prendre, propre à ceux qui ont tout perdu – sans la moindre honte pour les paroles qu’elle prononçait alors.

    Promets-le moi, ou je te tuerais. Je ne peux pas vivre avec l’idée d’être à nouveau abandonnée.

    Elle exècre la note suppliante cachée dans sa voix. Son corps entier flamboyait, d’une lumière rageuse, menaçant de la sortir de la torpeur rêveuse dans laquelle baignait alors, tandis que la lave happait leur deux corps de l'envie viscérale, goulue, de se les approprier.


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  • Mar 14 Mai 2024 - 7:02


    Enfin.

    Au creux des abysses tumultueuses constituant l'essence même de la bête songeuse, des forces trop obscures pour être convenablement nommées par les termes de l'Homme s'agitèrent lorsqu'une Ange, création des Titanides à l'origine de toute substance physique, plaça entre les griffes d'un Diable une part de ses convictions.

    Rêve comprit, aujourd'hui plus que n'importe quand, le poids que pouvaient avoir des mots pourtant toujours changeants. Les flammes et l'infernale chaleur née de souvenirs antiques se firent si poignantes qu'elles se dotèrent d'elles-mêmes d'un réalisme plus saisissant encore que le Voyageur n'aurait su l'entrevoir mais lorsque l'angélique figure poussa son démoniaque vis-à-vis à s'y prélasser avec elle, il n'esquissa pas le moindre mouvement de recul.

    Depuis cette gueule trouble qui se muait à chaque instant en nouveau visage, les deux voix rendues vibrantes par une émotion partagée via une surnaturelle empathie se firent entendre, résonnant par dessus les incandescentes explosions qui paraissaient s'amoindrir par respect pour l'intensité de cet intime moment.

    "La toile d'un artiste n'est jamais vraiment complète. Une œuvre ne connait sa conclusion que lorsqu'elle est abandonnée par celui qui la réalise. Je compare souvent la mort à cet instant où l'Homme inventif décide d'immortaliser et d'encadrer sa création. Je ne fais pas exception à ce principe. Un jour, la toile de mon rêve sera encadrée et lorsqu'un témoin de ma déchéance trouvera à la vue de cette peinture une idée nouvelle; je renaîtrai à travers lui."

    Faisant fi de la lave crépitante qui gagnait du terrain, engloutissant la roche volcanique à mesure qu'elle enveloppait les silhouettes du légendaire binôme; Rêve imita celle qui se plaisait à jouer avec ses plumes en passant dans la chevelure immaculée de Siame une paire de serres d'ébène. Cernant les contours d'une joue trop parfaite, il murmura ensuite :

    "Les mortels disent que l'on meurt deux fois. La première mort est celle du corps, l'envolée de l'âme. La seconde, lorsque notre nom est prononcé une dernière fois."

    Le museau démoniaque se métamorphosa une énième fois, se figeant cette fois-ci en un parfait reflet du visage de son interlocutrice. Fusionnant par d'inexplicables procédés avec l'essence profonde de l'Ange, le Prince élargit son sourire et ajouta :

    "C'est faux. On ne meurt vraiment que lorsque les idées dont nous sommes à l'origine, ainsi que celles qu'elles ont fait naître, s'éteignent. Seul X'O-rath a ce pouvoir. Il est mon opposé, il est tout ce que je crains et abhorre. S'il ne jette pas sur moi son dévolu, je connaîtrai la paix."

    Le liquide croqueur de roches les goba, dévorant leurs silhouettes pour ne rien laisser d'eux. Leurs mains jointes disparurent sous le voile incandescent puis, en un instant; ils se trouvèrent dans le plus absolu Néant. Le Noir intégral, le vide précédant toute chose, l'idée la plus terrifiante de ce qu'était la Mort. Ils trouvaient pourtant, dans l'isolation de ces insondables ténèbres, l'assurance et le confort d'être deux et de former ainsi un univers à eux seuls. Allongés contre un sol trop parfaitement lisse pour être réel, les êtres surréalistes se protégeaient l'un l'autre d'un froid que l'on devinait mordant; se serrant tout en formant par leurs ailes contrastées en teintes un dôme de tiédeur réconfortante.

    "Je te promets, rêveuse; de ne jamais t'abandonner. Tu portes ma marque et j'arbore la tienne avec fierté."

    Leur embrassade parut s'étirer des éons durant. L'un comme l'autre paraissait catégoriquement refuser de mettre un terme à cet instant de pure magie, à cette alliance de forces extraordinaires que tout opposait par nature. Le retour au réel, loin de l'abrupt réveil d'un cauchemar tenaillant, se fit avec une telle douceur qu'ils ne le discernèrent que par l'apparition de faibles rayons lunaires traversant l'éventail de plumes noires de Rêve. Siame avait perdu ses ailes fantasmées mais trouvait dans l'amour inaliénable de son nouveau gardien la conviction qu'elles ne pouvaient être définitivement disparues. Lorsque le Voyageur mettait tout en œuvre pour réaliser une fantaisie, rien ni personne ne pouvait se mettre en travers de sa route.

    Siame ouvrit les yeux, se découvrant adossée contre le poitrail de Rêve, lui-même reposé contre un arbre mort trônant au cœur du désert impérial. Protégée des vents par les voiles duveteuses que tendait le Démon autour d'eux, l'Ange pouvait pleinement ressentir désormais les effets apaisants de la magie de Rêve ainsi que du pouvoir qu'il exerçait sur le sommeil de ceux auxquels il choisissait d'offrir la salvation. Une nuit aussi parfaitement complète et aussi profondément réparatrice était un trésor que les tourmentés chérissaient par dessus tout et c'était précisément ce qu'il lui avait offert.

    Les dextres d'ombre posées au dos de celles de l'Ange, Rêve prononça les premiers mots :

    "En ce jour, nul n'était plus méritant que toi. Tu prouves au monde que même le marbre peut danser."
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