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    Gunnar Bremer
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  • Dim 30 Juil - 16:53
    Krueger me réveille d’un coup de coude.

    -On a un client.

    Je lâche un juron. Je faisais un rêve assez agréable et le coup dans les côtes, ça ne vous met pas dans de bonnes dispositions. Je me retiens d’en coller une à Krueger en me relevant et je jette un œil dans la rue, de l’autre côté du panneau de bois contre lequel j’étais en train d’opérer une digestion stratégique. J’avise le chariot qui s’est arrêté en plein milieu de la voie aux mépris de la signalétique républicaine mise en place par ces messieurs de l’administration des chaussées. Un manque flagrant de respect envers le travail minutieux de ces fonctionnaires d'État. Nous mêmes sommes scrupuleusement respectueux de leur travail et mettons un point d’honneur à faire respecter leur travail de qualité.

    On attend une minute, le temps pour le commerçant de commencer son déchargement et d’avoir deux chariots se positionner derrière le sien, créant ainsi un problème de circulation. Les conducteurs bloqués haussent le ton, comme il est coutume de faire pour n’importe quelle conducteur dans chaque univers dans de telles situations. Le moment, donc, pour la maréchaussée de venir apaiser les esprits des honorables citoyens républicains en pleine phase d’apprentissage.

    -Office Républicain ! On ne bouge plus !

    De l’autre côté, Serge sort de sa cachette, privant le coupable d’une éventuelle fuite qui aurait été bien difficile pour l’officier républicain, indisposé par un truc avalé qui ne passe pas, lors de la pause du midi, mais suffisamment professionnels pour mener à bien son importante tâche. Le marchand nous observe d’un œil mauvais, crachant au sol pour illustrer le bonheur de nous rencontrer.

    -Putain de républicains ! Vous pouvez pas emmerder quelqu’un d’autre ?
    -Mon brave homme, j’en suis désolé, mais vous êtes pris sur le fait d’une infraction à la circulation urbaine. Du fait de cette infraction, vous devriez payer une amende dressée par procès-verbal.

    Voyez comment on essaie de mettre les formes. C’est des instructions du commissaire ça.Etre davantage cordiale pour qu’on soit davantage accepter par les autochtones. Les résultats sont plutôt mitigés, on vous ne le cache pas, mais en bon sous-fifre, on s’exécute avec zèle.

    -Mais j’en ai pour deux minutes, merde. Vous êtes vraiment des sangsues à nous dépouiller pour des conneries !
    -Allons, monsieur. Avec un pareil comportement ne vous mènera à rien, surtout que vous n’avez pas bien compris ce que j’ai dit.
    -Comment ça, républicain de merde ?
    -Vous devriez payer une amende, pas que vous le devez.

    Le gus hausse les sourcils, sentant venir le coup fourré. Serge lui explique avec bienveillance.

    -Il est admis par l’office républicain que l’ensemble des règles associés à la circulation urbaines peuvent être nouvelles et enfreindre des habitudes séculaires à Kaizoku. Cette intervention se soldera donc sans amende, car il s’agit pour nous de faire de la pédagogie. Je suis sûr que vous avez bien été pédagogisé ?
    -Sans doute.

    Il n’est pas très convaincu, mais il reprend un peu de contenance, constatant qu’on ne sort pas le terrible carnet à procès-verbal. Je m’approche de lui, souriant pernicieusement, tandis que Krueger part calmer les conducteurs de cinq chariots dorénavant bloqués derrière.

    -Nous sommes satisfaits de vous voir prendre conscience de ces règles. Je suis sûr que que nous n’aurons pas à repasser par ici, à l’avenir, car les règles seront bien respectées. Par contre, nous pourrons sans doute passer dans votre établissement à la faveur d’une pause bien mérité, hors de notre service donc, afin de profiter de vos tarifs sans doute avantageux.

    Sourire en coin. On s’observe mutuellement, le commerçant, étant justement propriétaire du débit de boisson devant lequel il s’est arrêté, comprend les sous-entendus que je ne daignerais pas vous expliquer. Lentement, il abdique.

    -Bien entendu… Ce serait un plaisir.
    -Parfait ! Qu’il est bon de se faire comprendre de nos concitoyens.

    Le kaizokunien est loin de nous considérer comme ses concitoyens, mais retourne à son activité. Il a une taverne à faire tourner. On s’occupe de gérer les coléreux à l’arrière, menaçant de sortir le carnet à procès-verbal, le temps que le tavernier en finisse lorsqu’on se fait interpeller.

    -Alors, c’est bon ?

    Pancrace arrive avec Tarot. Je lui retourne un sourire.

    -Le message est passé.
    -C’est important d’être en bon terme avec le voisinage.
    -Exactement.

    On est loin d’être dupe. On a juste un pied à terre dans le coin pour mener nos opérations, mais faut commencer bas pour obtenir des résultats. Et du temps, on en a un peu avant de devoir présenter des résultats aux gradés. Ici, on est en périphérie du cœur de Kaizoku. Si les rues sont un prolongement de la ville qui semble sans fin, on est bien loin de l’activité proche du port tentaculaire de l'île. Un endroit qui laisse davantage place aux habitués et surtout, aux magouilles discrètes. La côte est un entrelac de petites criques discrètes et de falaises déchiquetées. Le renseignement républicain suppose que ces côtes servent à des frères-de-côtes pour communiquer avec leurs partisans sur l'île. Le genre de chose que les chefs n’apprécient guère. On nous a donc envoyé sur place pour faire ce qu’on sait faire de mieux après dormir et gruger.

    Notre boulot.
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    Pancrace Dosian
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  • Lun 21 Aoû - 22:35

    Le quidam moyen, celui qui n'aurait pas fait deux ans de service militaire puis cinq ans de formation pour rejoindre la prestigieuse unité des Officiers Républicains, en un mot, le béotien, pourrait croire que nous nous livrons à un pillage innommable et sans scrupule des commerçants de ces quartiers périurbains de Kaizoku, ex-cité-état et désormais fier fief de la République, grand lieu de la piraterie mondiale et lieu de perdition inénarrable.

    Ce serait une erreur, bien entendu.

    Contrairement aux sauvages de la Grande Armée Républicaine, trop bas-du-front, inaptes aux études supérieures et aux travaux de l'esprits, qui eux n'ont pas hésité à dépouiller les pauvres petits marchands et civils de Kaizoku, la spécificité de nous autres officiers républicains est que nous sommes capables de doser soigneusement, le doigt sur le pouls de la populace, ce que nous prélevons sur les kaizokiens en plus de l'impôt et des taxes qu'il est tout à fait légitime de saisir.

    Enfin, ce qu'on ramasse à côté est évidemment légitime aussi. La preuve : aucun n'a jamais déposé un recours ou une plainte contre nos actions.

    « De toute façon, Fifi, faut bien se dire que si on les arnaquait pas un p'tit peu, ils seraient méfiants, destabilisés. Paranoïaques, même.
    - ... Pourquoi ? Parce qu'on prélève pas un peu ?
    - Exactement, le bleu. Ils sont tellement persuadés qu'on est là pour les dépouiller que si c'était pas le cas, ils chercheraient des embrouilles dans tous les sens, et ça ferait qu'empirer la situation. Nan, vaut mieux leur mettre un peu la pression, avoir une main légère mais juste, et petit à petit, ils seront comme les autres républicains du continent.
    - C'est bizarre, quand même, non ?
    - Bah, les chefs ont dit qu'on devait les intégrer dans le giron de la République et les traiter comme les autres.
    - Vu comme ça... »

    Et cet argument est véritablement imparable : c'est le commissaire qui nous l'a donné.

    On s'retrouve au carrefour alors que le trafic de charette reprend progressivement son cours un peu plus normal. Paradoxalement, le fait d'être à l'écart de Kaizoku fait que les rues sont marginalement plus larges, mais surtout qu'il y a moins de monde. C'est moins friqué que le centre et les environs du port, évidemment, ou la colline qui surplombe tout ça, mais y'a davantage d'espace.

    Evidemment, on n'est pas là que pour ça : on doit essayer d'attraper la poignée de Frères de Côtes qui traînent, et les conseils de l'autre informateur ont été très très bas de gamme. On avait résolu le souci de la GAR, il devait nous donner de quoi nous mettre sous la dent. On a eu des miettes que même un mendiant dédaignerait, tellement le tout était vide : un coin de la ville, des criques tard le soir, et rien d'autre.

    On lui a fait sentir notre désapprobation.

    Ca n'a pas amélioré les choses.

    Du coup, on a dû revenir aux bases : se rapprocher de la population, être à l'écoute de la population et à l'affût de tout ce qui sortirait de l'ordinaire. C'est là qu'on brille : il faut savoir différencier l'habituelle cargaison de contrebande du grand banditisme rebelle des Frères de Côtes. Et, justement, alors même qu'un gros embouteillage se constitue puis se résorbe, un vaillant officier républicain sait saisir l'occasion et monter à l'arrière du bon véhicule, invisible.

    On les laisse partir tranquillement, et j'me demande si c'est l'occasion d'aller regarder les rayons du commerçant que nous venons de sensibiliser. Mais le devoir nous appelle déjà un peu plus loin, une altercation bruyante entre deux marins éméchés malgré l'heure matinale. Les marées ne connaissent pas d'heures, et juste en débarquant, faut vite aller claquer la paye pendant la perm' avant de devoir prendre le quart. Là, ça commence au rhum, ensuite, ça va aller au bordel le plus proche et s'endormir dans une ruelle, la bourse vide et prêt à repartir en voyage plusieurs semaines, les bourses vides. Toutes.

    Après quelques heures à exécuter des tâches aussi passionnantes que décrites dans nos rapports quotidiens, on voit Gunnar passer la porte de l'immeuble vide qu'on a réquisitionné pour l'occasion, et qui nous sert de base d'opération, pour être au plus près de la population. Il jette un dernier coup d'oeil derrière lui pour s'assurer qu'il a pas été suivi, et j'retire mes panards de la chaise sur laquelle ils sont posés pour le laisser s'asseoir. A côté, Tarot continue d'aiguiser méthodiquement ses couteaux, ce qui fait un fond monotone, monocorde, et apaisant.

    « J'ai trouvé une planque de contrebandier pour une cargaison qui doit arriver cette nuit, lâche le grand collègue.
    - Merde.
    - C'est nous de rotation, c'est ça ?
    - Putain, ouais. »

    Nos épaules s'affaissent. Ca aurait pu tomber sur l'autre escouade, après tout.

    « Allez, je vais prévenir le chef.
    - Ouais. C'est les Frères ? »

    Il hausse les épaules. On suppose que oui, mais ça se trouve, non. On en sera pas à notre premier coup d'épée dans l'eau. J'sors épée de son fourreau, et j'prends sa pierre à aiguiser à Tarot. Mieux vaut prévenir que mourir.
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    Gunnar Bremer
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  • Lun 4 Sep - 17:06
    -Elle est sûr ton information ?
    -Je l’ai entendu. Tu peux me croire. Tu ne me fais pas confiance ?
    -Nan mais si c’est pas sûr, p't'être qu’on peut rester au chaud…

    La mer est capricieuse et Kaizoku, bastion de terre s’élevant au dessus du niveau de la mer, est soumis à ses caprices. Ce soir, la mer est déchaînée par des rafales puissantes et les nuages imposants ont jeté un voile de ténèbres depuis la fin d’après-midi. La pluie a commencé à s’abattre sur l'île une heure après et elle ne s’est pas arrêtée. Recroqueviller les uns contre les autres, on se protège tant bien que mal de la pluie assassine qui vient nous geler les os. On mutualise les capotes républicaines pour faire barrage aux assauts de la pluie. Elles ne sont pas récentes, certaines ont des trous. Heureusement, celle de Krueger est un peu plus grande que les autres. Ça compense. Le commissaire nous annonce depuis un an qu’on va en avoir des neuves, mais depuis le temps, on a arrêté d’espérer, surtout maintenant. Avec ce qu’il s’est passé avec la Grande Armée Républicaine, bizarrement, on évite de nous filer des fournitures acceptables, puisque c’est l’intendance générale de la GAR qui s’en occupe.

    On est en planque dans un renfoncement rocheux sur la côte. La côte déchiquetée offre une infinité de cachette, faille et passage pour les plus agiles d’entre nous. On préfère rester grouper, pour l’heure, la visibilité étant plutôt faible. On est en début de soirée, mais c’est comme si on était en pleine nuit. Au loin, par delà la mer déchaînée, on constate des éclairs frappant on ne sait quoi. tant que c’est pas ici et puis, ça m’arrange. J’aime pas trop les éclairs. Un vieux traumatisme. Dans les interstices de notre bouclier anti-pluie, on observe un regroupement de quelques maisons d’apparence miteuses, adossées à deux pontons de bois balayés par les vagues. L’ensemble est situé dans une cuvette descendant du haut des falaises jusqu’au niveau de la mer via une route zigzaguant à la recherche du meilleur chemin sans avoir réussi à éviter quelques pentes raides. Le chariot a pris beaucoup de précautions quand il est passé par là.

    Je leur ai raconté en chemin, quand on est parti de la planque d’un air maussade sous la pluie qui a vidé les rues de nos braves futurs concitoyens. Planqué au milieu de plusieurs caisses et de tonneaux, je me suis fait discret jusqu’à rejoindre cet endroit discret qu’on avait pas forcément noté jusqu’à maintenant. C’est que la moindre cambuse ici ressemble à une planque et le moindre autochtone vous regarde avec le regard suspicieux de celui qui a quelque chose à cacher. Face à des officiers républicains, c’est un comportement assez logique. On le prend pas pour nous. Là, trois gars ont commencé à décharger le matériel en discutant. J’ai entendu ce que je voulais savoir en restant invisible, puis je me suis cassé.

    -A quoi on s’attend ?
    -Apparement, ils attendent un navire cette nuit.

    Tarot m’a regardé en fronçant les sourcils, son regard venant faire l’aller retour avec ma gueule et le temps dehors.

    -Peut-être qu’ils vont être annulés.
    -Les pirates ont l'habitude de la navigation. Ce n'est pas ce petit grain qui va les arrêter.

    ça, c’était quand on est parti. Le grain n'est pas loin de virer à la tempête d’après nos standards. Tarot n’hésite pas à me rappeler mes mots.

    -Un petit grain, hein ?
    -Oui, bon. Ce n'est pas moi qui fait la météo.
    -Et là, ils ne vont pas être annulés ?
    -Ils ne devaient pas être loin de la côte quand ça a commencé.

    Bref, je ne me prononce pas. Je sais que de ce que j’ai entendu des trois bougres, c’est qu’on doit assister à un échange : produits de contrebandes contre réapprovisionnement pour une nouvelle traversée. J’ai pu juste jeter un coup d'œil à la zone de stockage quand la porte était ouverte ; il y a de quoi nourrir un bel équipage. D’où l’idée que, peut-être, c’est pas une petite prise qui s’annonce. Faut bien se mouiller un peu pour avoir des résultats. Depuis qu’on est dans la place, on a pas grand chose pour alimenter nos rapports quotidiens. Des trucs utiles, j’entends. Et Patoche, il sait discerner la réalité derrière la merde qu’on met au premier plan pour cacher notre manque de résultat. Sa patience a des limites.

    On attend encore un peu. On se partage une fiole de Gégé pour se donner du baume au cœur. Je ne sais pas à partir de quoi c’est fait, mais c’est fort, même pour du Gégé. ça nous brûle l’estomac, mais ça a l’avantage de chasser le froid glacial de la pluie. Ou de nous anesthésier, c’est selon. Serge finit par pointer du doigt une destination lointaine, ouvrant le mur de protection anti-pluie un peu trop à notre goût.

    -Hé, vous voyez quoi ?
    -Une lumière non ?
    -Et ça s’agite sur la côte.

    Effectivement, on voit des petites lumières s’agiter sur un des pontons tandis qu’au loin, un éclat de lumière transperce les ténèbres, se déplaçant lentement sur la mer agitée. Un sourire étire ma moustache.

    -Semblerait qu’on va pouvoir se bouger un peu les fesses.

    Pancrace donne des instructions, nous dispatchant à divers postes. Je fais partie de ceux qui vont faire le tour, pour surveiller l’arrivée du navire et agir en conséquence. Pancrace va passer par l’intérieur avec Tarot. Krueger et Serge feront les renforts s’il y a besoin.

    C’est pas le chef, mais faut bien quelqu’un pour prendre les décisions. J’espère juste qu'il ne sera jamais mon chef officiellement. Vous imaginez ? Il serait détestable.
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    Pancrace Dosian
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  • Mar 12 Sep - 16:47

    Fait un temps tellement dégueulasse que si j’avais été un contrebandier, j’aurais posé un jour et j’serais resté chez moi. Mais j’suppose qu’ils ont pas nos acquis sociaux, ou tablent justement sur notre absence, à moins qu’ils soient juste nuls en prévisions météorologiques, auquel cas le mythe du vieux loup de mer qui anticipe les grains en regardant la forme des nuages et la douleur dans ses genoux prendrait une flèche dans la rotule, mais c’est un autre débat.

    Avec Tarot, on avance pliés en deux sous nos capes de pluie, deux ombres parmi l’obscurité, et à chaque pas, on manque de se casser la gueule sur les caillasses inégales qui parsèment le chemin. Même la nyctalopie suffit pas totalement, pasque la flotte rend le tout tellement glissant qu’une banale dalle en pierre peut constituer un piège quasi-mortelle. J’plisse les yeux pour écarter les gouttes qui y tombent, et voir qu’on n’est plus qu’à quelques mètres de l’ouverture qui sert d’entrée à la planque de cette baie cachée.

    On attend quelques minutes pour que les autres fassent le tour, et qu’on soit synchronisés, puis j’tape l’épaule de Tarot. Il attrape le bout de mon manteau, et on avance en catimini. Sous le surplomb rocheux, on a moins de flotte sur la gueule, juste ce qui est rabattu par le vent. En contrebas, une petite corvette vient de jeter l’ancre, et les pirates à son bord sont en train de replier les voiles, rapporter les cordages, et toutes les conneries qui font qu’ils courent partout dès qu’un navire commence à freiner jusqu’à s’arrêter. L’un d’eux saute sur l’embarcadère de fortune pour accrocher le bateau à la bite d’amarrage et agite le bras en signal aux autres.

    Puis c’est la planche d’embarquement qui est placée, et les premiers gus, trempés jusqu’aux os, qui descendent pendant que les autres ouvrent la trappe de la cale. J’me mordille la lèvre. Arrêter la contrebande, c’est sympa, mais c’est pas l’essentiel, et avec la distance, j’arrive pas à distinguer le capitaine ou le quartier-maître, bref, ceux qui auront une chance d’avoir des informations sur les frères-de-côte. Les autres grouillots, c’est pas qu’on s’en fout, mais c’est pas l’essentiel.

    Y’a une bonne moitié de la cargaison au sol, et les destinataires commencent déjà à les examiner et à les rentrer. J’suppose qu’ils vont les stocker dans un coin, et les trimballer en charrette ou les répartir dans d’autres moyens de transport. Pour ce que j’en sais, un autre rafiot va se ramener et tout reprendre, ou presque, donc, hein. Donc faut pas trop traîner, et aller fièrement alpaguer tout ça.

    Le premier coup de matraque étend le marin pour le compte. C’était un gros barraqué, avec des tatouages partout sur le titan, Kaizoku, la mer, bref, une thématique un peu répétitive. A côté de moi, Tarot en balance plusieurs sur son voisin, qui réussit quand même à reculer en trébuchant, avec les avant-bras levés pour parer les attaques. A voir leur angle, m’est avis que y’en a un qui est cassé, mais j’suis pas toubib. Les autres commencent déjà à gueuler, et on les a séparés en deux groupes distincts, un côté navire, et l’autre côté débarquement.

    Gunnar et les trois collègues arrivent aussi à ce moment, et si c’était nous qu’étions pris en tenailles y’a quelques secondes, c’est maintenant eux aussi. Le ramdam a attiré l’attention du navire, en tout cas, et ça s’agite beaucoup là-bas. Ils sortent des coutelas à lame large de leurs ceintures, le genre utilisé pour bricoler des cordages et tailler des bouts de pain, mais ça vaut pas nos gourdins, alors malgré l’infériorité numérique, pour l’instant, on s’en sort bien.

    Puis les planches en bois tremblent, la magie s’éveille autour du capitaine, à la proue de son bateau, et une colonne d’eau s’élève sous nous. On plonge en avant, et on tente tant bien que mal de se défendre, au sol, alors que derrière, ils sautent le trou créés par la magie élémentaire pour nous assaillir. Gunnar arrive, toujours aussi vif malgré sa carrure, étonnant à chaque fois qu’on le voit. Mes attaques mentales pleuvent pour les ralentir et les écarter, mais sans franc succès, et une nouvelle vague nous jette au sol alors même qu’elle esquive les pirates.

    « C’est des officiers républicains, réglez-moi ça ! »

    Le combat a brusquement basculé en notre défaveur, et on se retrouve en formation tortue à essayer de se défendre de tout côté, sans compter le capitaine qui aide ses troupes, peu mais toujours à bon escient, en nous empêchant de reprendre pleinement pied et de laisser notre entraînement militaire supérieur prendre le dessus. Ils commencent même à brandir des arcs sur le pont du navire, se préparant à nous canarder jusqu’à ce qu’on ressemble à des pelottes d’épingles.

    « Ils sont là, attrapez-les ! »

    La voix de stentor de Krueger résonne malgré la tempête, et se réverbère sur les parois métalliques. Ça crie beaucoup, et les pirates se figent.

    « Retraite, retraite ! Ils sont trop nombreux ! »

    Ils nous contournent, puis on est à nouveau bloqué par de l’eau. Trempés, blessés de quelques estafilades et de pas mal de coups, on les laisse plus ou moins s’échapper. La moitié de la cargaison est restée à quai, et soutenu par une marée magique, ils parviennent à reculer, faire demi-tour, et partir dans le grain à une vitesse impressionnante pour qui ne maîtrise pas la magie de l’eau. Ils décochent sans grande volonté une volée de flèches qui tombent vaguement autour de nous. J’me laisse glisser au sol.

    « Bordel, qui aurait cru qu’ils seraient aussi nombreux ?
    - Et qui aurait cru qu’on soit nous aussi nombreux ? »

    Krueger et Serge jaillissent de la pénombre, et arrivent à notre niveau en rengainant leurs armes, pour nous aider à nous remettre de l’affrontement.

    « Ils sont où, les autres ?
    - Quels autres ?
    - Ben, les renforts.
    - C’est nous, les renforts.
    - Mais ils se sont enfuis…
    - On a fait un de ces boucans, faut dire. »

    Oh putain.
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  • Mer 20 Sep - 0:13
    On compte nos blessures d’un air chafouin. ne pas réussir notre coup, c’est pas très bon pour le moral, mais se prendre une rouste au passage, c’est encore moins bon pour l’estime de soi. Qu’est ce qu’ils auraient dit les professeurs de l’école des Officiers Républicains s’ils nous avaient vu aujourd’hui ? Un spectacle honteux. Navrant. Indigne de l’uniforme. Peut-être qu’on a péché par orgueil. Je sais pas. On débriefera plus tard. Au moins, on est relativement en vie. Fifi a pris un mauvais coup sur la tête, ça pisse le sang, mais c’est rien de trop grave que dit Serge. Il en a déjà eu des blessures comme celle-là, il est toujours là pour confirmer ses propos. Je préfère qu’on rentre que Bistouri l’examine. La médecine, c’est pas un truc que l’on maîtrise. On sait où frapper pour maintenir l’ordre, mais on ne sait pas exactement ce que ça fait dans le corps. tant que le manifestant tombe au sol, on a obtenu ce qu’on voulait.

    -Du coup, on rentre ?
    -Je doute qu’ils reviennent maintenant que leur planque est compromis.
    -On peut fouiller les lieux.
    -Mouai…
    -Au moins, on sera au sec.

    L’argument est favorablement accueilli par l’escouade. On entre. On est trempé jusqu’au os, surtout qu’on a dû se battre et que c’est rarement le moment où tu penses à bien mettre ta capuche, mais c’est assez plaisant de se dévoiler le visage sans prendre le grain en pleine figure. On se divise pour mieux chercher. Quoi ? Aucune idée. On a peu d’espoir. C’est pas comme si les pirates allaient tenir à jour des livres de compte et des cartes détaillées de leur planque dans le premier endroit que pourraient dénicher des officiers républicains comme nous. On les connaît bêtes, mais pas à ce point. On notifie tout de même les cargaisons. Rien de bien intéressant. Des produits alchimiques d’un côté. Des vivres de l’autre. On déniche une petite boîte d’objets précieux qu’on décide de se partager à la porter dans nos poches pour la ramener aux scellés, évidemment.

    -Va falloir se rentrer.
    -On peut utiliser le chariot ?
    -C’est vrai qu’il est toujours là. Le confort n'est pas dingue, mais c’est sec.

    On se prépare à partir quand soudainement Krueger nous somme de l’attendre. On le découvre venant de l’extérieur, tirant un truc derrière lui qu’on reconnaît pas tout de suite.

    -J’ai trouvé ça dehors. On dirait qu’ils les ont oubliés !

    Ce qui ne serait pas étonnant, la visibilité est pas folle, alors en pleine bataille avec le capitaine à nous envoyer de la magie dans la figure, faut s’attendre à les trouver là pour les voir. Nos sourires se dessinent sur nos lèvres. Peut-être bien qu’on a pas totalement perdu la soirée. On se cale tous dans le chariot et je perds au tirage au sort de celui qui doit rester dehors pour mener les bêtes. Je suis ravi, le temps ne s’arrête pas d’être un désastre et l’attelage n’est pas le plus vif de l'île. Visiblement, les bêtes ne comptaient pas bouger leur cul avant le lendemain, et encore moins sous la pluie. Comme j’ai pas très envie de passer la nuit ici, je fais jouer du fouet et au bout d’un moment, j’obtiens ce que je veux.

    Deux bonnes heures s’écoulent avant qu’on arrive à la planque, mais pas de pitié pour les braves. Tarot et Serge installent nos colis tandis que Krueger amène Fifi à Bistouri qui grogne bien fort quand on le sort de son sommeil. Il a l’avantage de pas être des quarts de la nuit, mais à la contrepartie, c’est qu’il doit être disponible à n’importe quelle en cas de soucis.

    -Vous m’avez réveillé pour ça ? Il va pas crever ce con.
    -On est davantage menacé par un gros rhume, peut-être.

    On est claqué, mais faut agir rapidement. Si piste refroidit trop, on aura perdu beaucoup de temps et Patoche risque de nous tirer les oreilles. On retrouve les autres dans un entrepôt en ruine, la façade côtière s’étant effondrée avec un pan de la falaise, quelques années plus tôt. A part des rats et des criminels, on y trouve rien d’intéressant. Sauf dernièrement des officiers républicains. On a de l’espace et on peut y faire ce qu’on veut. On se réunit en cercle autour de notre butin en la présence de deux pirates, laissés pour contre au milieu de la bataille. Surement des cas tabassés par Pancrace et Tarot. On les regarde avec des mines patibulaires de ceux qui veulent que ça aille vite pour aller dormir un coup. Les deux pirates gardent le silence.

    -Qui veut faire le bon flic ?

    Silence.

    -Personne ? C’est pas très utile de toute façon.
    -On dira rien.

    Et il me crache dessus. J’en aurais quelque chose à faire si j’étais pas déjà trempé de la tête aux pieds.

    -On la fait comment ?
    -On les sépare ?
    -Ah oui, c’est drôle ça.

    On les sépare. Pancrace, Krueger et Tarot partent avec l’un. Je reste avec l’autre en compagnie de Serge. Je le surprends justement en train de somnoler à moitié, penché contre un pan de mur à moitié détruit. Je le laisse. Pas besoin d’être deux.

    -Je dirais rien.
    -Je vais être honnête. ça s’est mal passé tout à l’heure. Et si vous ne dites rien, on va devoir vous livrer à notre chef. Vous allez vous en tirer pour plusieurs années, sans doute, mais on aura rien de plus. Par contre, ce que je peux promettre, c’est que si l’un de vous crache le morceau, on le libère. Il sera grillé, mais il aura la vie sauve et puis on n'abandonne pas les balances. ça nous sert toujours. Par contre, celui qui a fermé sa gueule, on le balance depuis le haut de la falaise. Il manquera à personne.
    -Je dirais rien.
    -Certes… Mais ce deal est donné à ton copain. Est-ce que tu penses qu’il sera aussi peu causant que toi ? Mh ?

    je me suis approché jusqu’à avoir le visage à quelques centimètres du sien. J’hausse un sourcil interrogateur, puis je souris avant de reculer. Pas besoin d’en rajouter. Juste le silence. Comme ça, le gars a toute latitude pour penser. A penser à son collègue. Certes, s’ils disent rien, c’est plutôt bon, mais si jamais l’un parle…

    -Et si on parle tous les deux ?
    -On libère celui qui donne les meilleures informations.
    -Je dirais rien.
    -C’est ton choix.

    Peut-être pas le sien. Je vois qu’il cogite derrière ces yeux féroces. On prend notre temps. La douleur physique, ça agit rarement sur ces durs à cuire, mais la confiance, c’est autre chose dans la piraterie, souvent habitué aux mutineries et aux trahisons. Et la perspective de se faire poignarder par un camarade à la fidélité discutable, c’est rarement agréable.

    -C’est quoi votre question ?

    Je souris.

    -Qu’est ce que peux nous dire sur les Frères-de-Côtes ?
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    Pancrace Dosian
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  • Mar 3 Oct - 10:10

    On sous-estime souvent les cinq ans de formation qu'on a après le service militaire. Mais c'est ces années qui font qu'on est largement supérieur à la GAR, et qu'on est si efficace dans l'exercice de nos fonctions. Le dilemme du prisonnier en est un excellent exemple, c'est de la guerre psychologique, disait le vieux capitaine retraité qui nous entraînait. Evidemment, on peut pas faire ça à tout le monde : la majorité des criminels qu'on attrape sont trop cons pour comprendre le mot "psychologique", et je parle même pas de l'écrire.

    Reste que quand on a l'impression qu'il y a un vague éclat d'intelligence derrière le regard obtus du gus dans la salle d'interrogatoire et que la situation s'y prête, on utilise toujours ce genre de petits trucs. Ca permet de s'économiser physiquement, puis sinon, il reste toujours le code pénal pour expliquer pédagogiquement, avec des exemples frappants, le triste destin qui attend celui qui veut pas nous donner ce qu'on veut entendre.

    Tout ça pour dire qu'on n'est pas les meilleurs pour rien.

    Dans la petite salle de réunion qui sert d'antichambre au bureau de Patoche, on est tous assis à une grande table sur des chaises branlantes. Bouffé par les mites, le meuble tient pour peu qu'on le touche pas trop, ce qui explique que Krueger s'en tienne soigneusement éloigné. J'me passe la main sur une côte encore douloureuse, et j'repense à ce que Bistouri dit toujours : « Moi, à la base, j'suis vétérinaire. Parfait pour les corniauds dans votre genre, du coup. » Vie de chien.

    Patoche se râcle la gorge.

    « Alors, à part des bobos et de la flotte, vous me ramenez quoi ? »

    Y'a un sale silence, on a tous le regard fuyant de celui qui veut pas se faire interroger. Finalement, Gunnar lève à moitié le bras, pour attirer l'attention du prof ou faire un début de salut qu'il abandonne bien vite quand le regard d'aigle du chef se pose sur lui.

    « On a réussi à faire parler les deux prisonniers. Les informations concordent globalement, il y a juste quelques détails sur les gens qu'ils connaissent ou avec lesquels ils discutent qui varient. Rien de bien important.
    - Ca nous rapproche des Frères-de-Côte ?
    - Oui, chef. Déjà, ça nous a confirmé qu'ils sont plus nombreux du tout, à peine une poignée. Ils ont la connaissance de trois, mais y'en a un qu'ils ont jamais vu.
    - Lequel ?
    - Un certain Long-Jean Argent.
    - Je vois. Continue.
    - Pour les deux autres, c'est un certain Beros et une grosse vieille qui traîne avec.
    - Très bien.
    - Il dit qu'il y en a peut-être d'autres, mais qu'il en sait rien.
    - Et l'autre ?
    - Pareil, mais il avait pas entendu parler d'Argent.
    - Il était présent à l'attaque de Kaizoku, des infiltrés de la République lui sont tombés dessus. Il a réussi à s'échapper avec ses blessures, mais personne ne l'a revu depuis, donc il en est peut-être décédé.
    - Peut-être, chef.
    - Beros et la grosse vieille, alors ?
    - C'est ça.
    - On a quoi sur eux ?
    - Sur eux directement, pas grand-chose. Par contre, on a pu récupérer des informations sur un lieutenant à eux, qui gère l'aspect logistique, lien avec les autochtones, tout ça.
    - Il habite à Kaizoku ?
    - Pas vraiment, ça reste un pirate, il est souvent en vadrouilles. Officiellement, il est passé commerçant, ses papiers sont en ordre, et à part quelques détails de contrebande qui font qu'il a l'air comme les autres, on a jamais rien eu de louche sur lui. »

    Ca, c'était l'informations la plus difficile à récupérer : évidemment qu'ils font tous de la contrebande, et évidemment qu'on se sert généreusement dans les stocks et les pots-de-vin. Le souci, c'est de retrouver si ça a réellement eu lieu, pasque c'est bien entendu qu'on l'écrit pas dans les rapports : on prend notre part et on indique que tout est en ordre. Donc après, faut croiser avec les plannings d'activité et les dates d'entrée et de sortie des ports. Ca nous a pris plusieurs bonnes heures, sans compter retrouver les officiers en charge à ce moment-là pour leur faire cracher le morceau et confirmer qu'ils étaient bien passés à la caisse.

    Patoche dit rien : il sait comment ça marche à force d'être monté dans les rangs à la force de ses petits bras musclés et de son esprit vicelard. Puis il touche sa part aussi, on s'inquiète pas pour lui. L'essentiel, c'est qu'on ait récupéré l'informations importante, et qu'on soit en mesure d'agir dessus.

    « D'accord. Il est sur l'île actuellement ?
    - Pas à notre connaissance, il est parti y'a quelques semaines avec une cargaison à destination du Reike. Normalement, il ne devrait pas tarder à revenir à Kaizoku pour des échanges et les douanes.
    - Je vois. »

    Il tombe dans un silence contemplatif, les yeux fixés sur la table, pendant qu'on attend sagement qu'il prenne une décision. J'ai envie d'aller pioncer, mais j'étouffe un baillement pour pas donner l'impression que je m'emmerde, alors que c'est sacrément le cas. J'remue un peu sur ma chaise pour trouver une position plus confortable et il faut bien ça pour que le chef décide justement qu'il a fini de réfléchir.

    « D'accord, on continue comme avant. On serre la vis sur tout ce qui pourrait être de la contrebande au service des Frères-de-Côte et on surveille le reste. On essaie aussi de repérer les autres baies et criques cachées de l'île. Faut qu'on apprenne à s'approprier le terrain pour pas se faire baiser la prochaine fois qu'ils doivent accoster. »

    On grogne. Ca, ça veut dire qu'on va devoir faire toute l'île à pattes pour trouver tous les coins avec plus de trois mètres de profondeur où une barcasse moisie peut accoster avec des tonneaux.

    « Et dès que le lieutenant... Comment il s'appelle, d'ailleurs ?
    - Mantel Chômage, chef.
    - Quel nom à la con.
    - Ouais.
    - Enfin bref, dès que Mantel fout un pied à quai, je veux qu'on lui tombe dessus et qu'on le colle dans une salle d'interrogatoire. Des questions ?
    - Non, chef.
    - Parfait. Repos, puis vous repartez demain. »

    Ca grimace salement.
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    Gunnar Bremer
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  • Mer 11 Oct - 0:00
    -C’est comment en bas ?
    -Il y a des vagues.
    -Jusque là, rien d’étonnant. Tu peux être un peu plus précis, Serge ?
    -Il y a des récifs. Et la falaise semble tombée à pic. Pas moyen qu’une embarcation, pas même une barque mené par le plus habile des capitaines pirates du siècle, parviennent à guider son embarcation là-dedans et accéder à une grotte suffisamment grande.
    -Je doute que tu sois le plus calé en navigation.
    -Tu veux vérifier ?
    -Sans façon.

    Jeter un coup d'œil dans le vide alors que le vent est plutôt fort et qu’on a déjà été surpris par quelques bourrasques dans la journée, très peu pour moi.

    -Tu sais faire léviter des objets, mais tu sais pas voler ? Faudrait que tu rééquilibres tes talents, Gunnar.
    -J’ai pas de leçon à recevoir d’un gars comme toi.

    Mais je note que voler, ça devrait être utile. Je verrais à faire la formation adéquate. C’est que c’est un peu occulté la façon d’apprendre des nouvelles magie dans ce monde, surtout que tout le monde n’est pas égaux face à l’acquisition de ces nouveaux talents. Des gens comme Tarot ou Serge, ils ont rien d’exceptionnel. Ce ne sont pas non plus des mauvais officiers républicains, mais non, ils n' ont rien de spécial. Et puis, l’Office fait pas grand chose pour équilibrer les capacités de ses troupes, préférant se reposer sur des éléments au dessus de la moyenne, comme moi, ou Pancrace dans une autre dimension ; parce qu’il cache davantage son jeu ; quitte à se mettre sacrément dans la mouise quand on est en congé.

    Mais ça, les histoires en parlent rarement.

    Je file une poigne ferme pour remonter le collègue sur le promontoire rocheux et stable, à la différence de la légère pente de cailloux et de terre sur lequel Serge tenait en équilibre pour regarder en dessous. C’était son tour. On alterne les situations dangereuses et généralement, quand c’est au tour de l’un, celui-ci pousse pour vérifier les endroits les plus sûrs, quitte à ce que ça soit inutile en apparence. La prime de risque ne prend pas en compte la chute du haut d’une falaise. Il y a, il parait, une sorte de jurisprudence vis à vis d’une vague de suicide qui a touché la profession il y a plusieurs décennies, mais si les officiers oublient, les administrateurs eux, n’oublient jamais et que les archives sont soigneusement préservés et organisés. Beaucoup plus que la salle des saisis du commissariat dans tous les cas.

    Je m’étire à m’en faire craquer quelques vertèbres tandis que Serge s’assoit sur un rocher histoire de souffler un coup. Le long de la côte, on peut voir plusieurs duos d’officiers républicains, fouiller méthodiquement les bords de la côte, à la recherche du moindre recoin beaucoup trop discret pour l'œil à moitié avisé mais particulièrement réglementaire de l’officier républicain en patrouille. ça fait à peu près une semaine qu’on est là-dessus et je peux vous dire que dès le premier jour, on en pouvait plus. Les pauses se font fréquentes et c’est justement bientôt celle de la pause du midi. Malgré la fatigue et les muscles qui couinent sous les courbatures, Serge et moi, on finit par se mettre en branle pour retrouver les autres. ça nous force à faire un détour d’une demi-heure pour contourner un retrait conséquent dans la falaise rocheuse déchiquetée par l’océan. Autant vous dire que quand on rejoint les copains, on est particulièrement fourbu.

    Au milieu d’un cercle de pierre servant à poser nos céans, Krueger est en train de faire la popote, secondé par Gégé qui lui conseille divers substances pour aromatiser le repas, ce qu’il refuse poliment dans l’idée de nous maintenir en vie. tenter sa chance à bord de falaise avec une décoction de Gégé qui vous chatouille l’estomac, c’est équivalent à un suicide assisté. Les talents de Kruger pour la cuisine ne sont pas fameux, mais comme c’est celui qui met le plus d’entrain à vouloir bien manger, c’est lui qui s’y colle. Nous, tout ce qu’on voudrait, c’est d’en finir vite avec cette excursion champêtre. On est des gars de la ville, les classes vertes à randonner dans les rochers, mangeant à moitié froid et dormant à la belle étoile dans les sacs de couchage de la GAR, c’est pas ce qui était indiqué dans les petites lignes de notre contrat d’embauche. On a peut-être pas lu les annexes et c’est bien l’une des rares fois que je regrette mon fainéantise.

    -Pourquoi on fait des cadences aussi infernales ? Je sens plus mes pieds.
    -Parfe que f’est pour optimifer !

    Celui qui cause, c’est un petit gars que Patoche nous a mis dans les pattes. Un certain Dhar Kshol. Une sorte de lèche-cul officiel qui veut monter en vie en faisant le beau devant les chefs pour gratter de l’avancement rapidement. Un petit merdeux qui se départage jamais de son petit sourire en coin qui pourrait paraître gentil si c’était juste pas un gros con et qui connaît les règlements par cœur même s’il n’a jamais mis les pieds dans les pas d’une patrouille urbaine régulière. Le genre de gars qu’on aime détester cordialement, mais qui a quand même la bénédiction de Patoche pour qu’on lui obéisse au doigt et à l'œil. Parait que c’est pour extraire le meilleur jus de notre potentiel ou une connerie du genre. Je peux lui donner raison, j’ai plus de jus pour continuer et on est tous particulièrement lessivé. Déjà qu’on était pas particulièrement emballé de rempiler sur Kaizoku après le rapport à Patoche, on aurait pu espérer de se laisser prendre un repos bien mérité en attendant que les indicateurs à notre solde nous mettent sur la piste d’Argent, mais non. A croire qu’on nous vole le bonheur.

    Sortant ses pieds endoloris de ses chausses, Tarot éructe quelques mots.

    -Et ça sert à quoi d’optimiser, si c’est pour nous tuer à la tâche ?
    -Si je foulais fous tuer, je ferais pas comme fa. Un foup d’épée en plein foeur,pour fous tous, et fa ferait plié.
    -J’aimerais bien voir ça.

    Il y a une cagnotte qui court depuis trois jours à celui qui nous délivrera de ce poids en le poussant du haut d’une falaise, mais même si les corps et les esprits sont fourbus, il y a encore suffisamment de respect de l’uniforme pour ne pas en arriver à cette extrémité, mais le caractère désagréable et je-sais-tout de Dhar ne plaide pas pour son maintien en vie. Je vois que Pancrace voulait en rajouter, mais je lui fais un signe de tête que non. Tout ce que j’ai envie, présentement, c’est de manger un truc, même la pitance de Krueger et de m’endormir à même le sol pour ne jamais me réveiller. Chaque mot de ce petit connard est un mot de trop, autant ne pas l’alimenter. Mais Pancrace, homme libre qu’il est, n’en tient pas compte.

    -Il sont où, Fifi et Bistouri ?

    Ah oui, tiens, ils sont pas là. Dans la dernière disposition, c’était ceux les plus en amont, juste devant le duo de Krueger. Comme on campe là où il s’est arrêté, ils ne devraient pas être loin. Dhar saute sur ses jambes tandis que nous autres, on se contente de hausser un sourcil.

    -Il a dû fe fasser quelque fose ! Fite ! Explorez les enfirons !

    Soupir générale. Krueger lance un regard mauvais en direction de Dhar et l’espace d’un instant, je me dis qu’il va falloir passer à la caisse, mais Tarot finit par pointer du doigt dans une direction, annonçant qu’ils les apercevaient sur le chemin du retour. On retourne à notre repos, cette fois dans un soupir de soulagement jusqu’à ce que le duo arrive. Les deux semblent particulièrement excités. Surtout Fifi.

    -On a trouvé quelque chose !
    -Quoi ? Raconte !
    -Et bien, on était en patrouille, évidemment, et puis Bistouri a été attiré par une bête.
    -Je pensais que c’était un dahu. C’est un mammifère proche du cobe ou de l’hippotrague.
    -Jamais entendu parlé. D’où t’intéresses à ce genre de truc ?
    -C’est que … j’ai beaucoup étudié ces espèces. pour mon diplôme. J’ai même beaucoup voyager mais enfin, c’est pas important.
    -Ouai, c’est juste le prétexte…
    -Surtout que c’était un Ourébi, je l’ai déjà à ma collection…
    -... du coup on s’est approché et on a aperçu une faille dans la roche. On a brièvement aperçu de la lumière et ça nous a titillé. En regardant de plus près, on a découvert qu’il y a une sorte de grotte souterraine là-dessous avec des torches. C’est occupé ! Un port invisible ! Sûrement pour des opérations importantes !
    -Doucement Fifi.
    -Bien foué ! Il faut tout de fuite y aller.
    -Et la bouffe ?
    -Pas le temps !

    Je commence à me dire que Patoche n’a eu aucun plan derrière la tête quand il nous l’a refilé. Il voulait juste s’en débarrasser.
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  • Jeu 12 Oct - 12:15

    J'vois le gros poing de Krueger se serrer sur la louche qu'il utilise pour touiller la marmite. Si y'a bien un truc sur lequel personne a parié, c'était que ce serait lui qui craquerait le premier et que Dhar cannerait tué à coup de cuillère surdimensionnée. Mais le cuistot de l'instant se relâche, et affiche un sourire un peu raide. Il range ses ustensiles, attrape la marmite par les poignées, et se redresse de tout son gabarit imposant. Horizontalement, plus que verticalement, d'ailleurs.

    Dhar lui lance un regard surpris, alors qu'on commence à se lever doucement. Putain, j'ai mal aux pieds et au dos, à force.

    « Pourquoi tu prends fette marmite ?
    - J'ai fait la bouffe, on va la manger. Le plat est assez chaud pour que ça continue à cuire sur le trajet.
    - Mais on est en opération fpéfiale ! On peut pas courir avec le repas !
    - Ah bon ? Depuis quand ?
    - Mais c'est du bon fenf ! »

    Krueger plisse les yeux pendant qu'on l'encourage tous silencieusement.

    « C'est écrit où, dans le règlement ? »

    Ca en bouche un coin à Dhar, qui cherche visiblement dans sa mémoire, la jurisprudence, et les petites lignes de tous les papiers qu'il a pu lire sans vraiment les comprendre. La lettre de la loi et non l'esprit, ça va bien à son intelligence étriquée, persuadé d'être un genre de génie plus malin que tout le monde. Tout ça pour pas comprendre pourquoi on fait les choses, s'il meurt pas malheureusement par des collègues excédés ou des bandits qui voudront pas suivre le règlement, il va se faire ranger dans un coin du commissariat, rayon archives, et on le ressortira pas tant qu'il restera la moindre chair sur les os.

    Et ouais, nous aussi, on a des placards, ils sont pas très dorés, mais parfois, même notre formation d'élite de cinq ans est accomplie par des gros débiles. C'est rare, mais ils passent mystérieusement par les mailles du filet ou se font parachuter par leur famille qui sait pas quoi en foutre et nous les collent dans les pattes. La méritocratie républicaine en souffre, mais surtout nous, faut bien l'admettre.

    « ... C'est écrit nulle part.
    - Donc on prend la marmite. »

    Il en faut pas davantage pour qu'on se mette en route, à moitié en clopinant, avec Krueger derrière qu'a son énorme tambouille, un ragoût dans lequel y'a plus de gras et de patates que de vraie viande, mais on se contente de ce qu'on a, et ça nous changera diablement du poisson séché, qui commence à me sortir par les trous de nez. C'est bon, on a pigé que c'était la spécialité locale de l'île, mais si on pouvait arrêter de tout tremper dans la saumure et le sel, ça serait pas si mal, merde.

    Le temps est toujours aussi dégueulasse, une grisaille persistante qui, souvent, devient une pluie fine et têtue qui parvient même à tremper nos tenues spéciales de la GAR. Je dis pas qu'ils nous ont filé des cirés de mauvaise qualité, mais juste que s'ils en avaient en stock, ils l'auraient sûrement fait. Après, on sait pas, ça se trouve, ça tient jamais aussi bien. Reste qu'on doit faire une belle équipe, à la queue-leu-leu avec Krueger à l'arrière qui agite sa marmite.

    Puis on arrive au coin que Fifi et Bistouri ont dégoté, au terme d'une sente étroite et pas très souvent empruntée par autre chose que des animaux, visiblement. Alors soit ils camouflent bien le coin, soit y'a un autre chemin, ou alors ils l'utilisent quasiment jamais, voire plus du tout, mais nous, on piétine bien la terre, les buissons et les branches. Puis, en se faufilant le long d'une faille presque trop étroite pour que Krueger et la marmite passent -on le tient fermement lui, et surtout la nourriture-, on arrive à la grotte qu'ils utilisent manifestement pour leurs actes de contrebande.

    Ben de l'intérieur, c'est bien plus grand que ce qu'on aurait cru : y'a effectivement des torches plantées dans des machins métalliques pour les tenir, un débarcadère sommaire, et un genre d'estrade pour entreposer la marchandise sans qu'elle touche le sol de pierre poussiéreuse. On a même les embruns des vaguelettes qui nous fouettent un peu le visage. Et comme ça a l'air de faire un coude, on est globalement à l'abri du vent, avec un plafond suffisamment haut pour que de grosses chaloupes puissent embarquer ou débarquer. M'est avis que si on allait à l'extérieur, on se rendrait compte que le mouillage est pas trop mauvais, et qu'une frégate de contrebande pourrait parfaitement jeter l'ancre, lumières éteintes, pour décharger la marchandise.

    Et inversement, y'a sûrement un chemin de chèvre pour grimper et allumer un brasero ou un feu qui servirait à guider les navires jusqu'ici sans qu'ils se mangent les rochers ou les récifs. Ou alors c'est un connard qui maîtrise les flammes ou la lumière qui s'en chargerait, je suis pas opposé à l'idée que y'ait d'autres magiciens en face que ceux qui nous ont cassé la gueule.

    « Le dîner est prêt, lâche Krueger. »

    Sous l'oeil atterré de Dhar, on sort nos bols et nos cuillères de nos bardas, avant de les lui tendre. Il attrape la louche pendue à la lanière de son sac à dos, et nous sert des portions généreuses.

    « Mais vous pas faire fa ! On est en territoire ennemi ! Ils peuvent débarquer n'importe quand !
    - Ouais ben la bouffe est bonne, là, sinon ça va refroidir.
    - Puis ça va p'tet les faire venir, que j'ajoute. La bonne odeur, tout ça.
    - Nan, franchement, y'a aucune chance que ça arrive. Ils sont venus que quand y'avait un temps dégueulasse, jusqu'à présent. Et la nuit est à peine tombée.
    - Je... Je... Je le dirai à Patoche ! »

    Tous les regards se braquent sur lui, et il sent qu'il a dit un truc qu'il fallait pas. C'est mauvais signe, ça, quand l'autorité avouée d'un homme repose que sur le bon vouloir de son supérieur. Y'a une forme d'hypocrisie certaine, mais chez les officiers républicains, on n'est pas étrangers à l'idée que l'homme plus gradé que soit l'est pour une raison et le mérite, aussi obscur que soit le motif. Du coup, quand le retour du bâton, c'est d'aller cafter au grand chef, sans dire que ça rappelle les heures les plus sombres de notre histoire, faut bien admettre un truc : personne peut blairer les balances.

    « F'est pas f'que j'voulais dire ! »

    Y'a une série de grognements, puis on lui tourne le dos. C'est ce qu'on aurait dû faire depuis le début, en fait : l'ignorer, pasqu'il n'existe que tant qu'on le regarde. Y'a sûrement un aphorisme intelligent sur le sujet. Mais c'est plus fort que moi : à chaque fois qu'il ouvre sa putain de gueule, j'ai juste envie de lui faire cracher ses dents jusqu'à ce qu'il puisse plus dire la moindre connerie. C'est épidermique, parfois, on y peut rien.

    Enfin bon, pour l'instant, on s'assoit en cercle avec notre ragoût maigrelet, et on mange la boustifaille tiédasse mais au moins un peu onctueuse. Franchement, c'est pas si mal, enfin, j'ai eu pire, quoi. Vivement qu'on retourne en ville, n'empêche : j'vais claquer ma paye pour une belle pièce de viande bien brûlante recouverte de sauce épicée, ça sera quand même plus sympa que les rations de survie. J'en ai la bave aux lèvres.

    On sauce le fond de nos bols et Krueger le fond de la marmite avec du pain dur, et avec les estomacs pleins, on s'dit qu'il serait p'tet temps de faire un p'tit somme. Mais sur les vingts minutes qu'ils nous a fallu pour écluser tout ça, le temps s'est salement dégradé, et la perspective de devoir ressortir pour camper sur la pluie enchante personne, et même Dhar dit rien quand on propose de rester au sec avec un tour de garde.

    « Franchement, au moins, s'il se passe quelque chose, on sera sur place, pas vrai ? Que des avantages. »
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  • Sam 21 Oct - 20:09
    -Suite. A moi le pactole !

    Une nouvelle fois, Tarot gagne. On sait tous qu’il est trop fort avec les cartes. Ils les comptent, même. Il connaît notre jeu avant même qu’on voit nos cartes. On pourrait croire qu’on est con de miser encore de la thune avec lui, ou même d’accepter de jouer avec lui, mais la vérité, c’est que c’est un bon gars, et puis c’est lui qui a toujours les cartes. Enfin, c’est vraiment le passe-temps parfait qui prend pas de place à cinq autour d’une table branlante sur quelques chaises menaçant de se briser sous nos carrures ; Krueger est assis sur une caisse. C’est la dernière d’une longue série et on sent que les gars n'ont pas trop envie d’en relancer une. Serge s’étire. Je ne lutte pas contre un bâillement qui se prolonge sur plusieurs secondes. Pancrace se lève pour aller récupérer une bouteille dans la caisse.

    -Va falloir bientôt se rationner.
    -Terrible nouvelle.

    La veille, notre petite troupe a établi son camp dans une alcôve prévue comme une pièce à vivres des contrebandiers du coin. On est actuellement assis sur leur mobilier. Comme les gars doivent parfois attendre un moment, probablement, ils se sont mis de côté quelques provisions qui ont fait notre bonheur. Des bouteilles d’une vinasse pas extraordinaire, mais qui sait abreuver sainement son officier républicain, mais aussi de la bouffe, des fruits notamment, mais aussi des tranches de lard salée, du fromage et des patates. Autant vous dire que depuis qu’on est arrivé, on mange comme des rois. Il y a même un petit établi avec des épices dedans. Krueger a fait des merveilles. Bistouri apparaît dans la salle en maugréant.

    -Putain, je me suis encore pris une vague.

    On rigole. ça ne fait que le troisième après tout. Les gars du coin sont prévoyants. Ils ont même installé un chiotte qui donne directement dans la mer. Sauf que parfois, la mer est capricieuse et une vague rebelle vient vous arroser le cul en plein ouvrage. Ça a le mérite de vous laver un petit peu, mais le sel, c’est pas très agréable à certains endroits. N’appréciant guère nos ricanements, le doc se saisit de la bouteille à peine ouverte par Pancrace avant de s’enfiler une rasade.

    -Oula, avec modération, toubib. Je voudrais pas que t’aies la vue trouble quand tu me rafistoleras.
    -T’inquiètes pas pour toi, Fifi. Le seul problème qui peut t’arriver au combat, c’est de perdre le contrôle de ta vessie.
    -C’est pas parce que c’est vrai que c’est pas méchant, doc’.

    D’autres ricanements. Il nous en faut peu. Faut dire qu’on tue le temps et même pour des branleurs tels que nous, le temps commence à être long. Ça va bientôt faire deux jours qu’on est là et pas de contrebandiers à l’horizon. On peut pas toujours débouler dans une planque secrète et voir apparaître nos clients dans l’heure. C’est là tout le sel de la planque. Attendre sans perdre patience. Et il faut bien des docteurs en maintien de l’ordre pour exceller dans cette discipline. Sauf qu’une planque, généralement, c’est de surveiller un truc. ça nous maintient éveillé. Puis on tourne, histoire d’avoir des moments bien à soi. là, on est juste tous les uns sur les autres à attendre qu’une embarcation accoste. ça peut être n’importe quoi. Tout ce qu’on veut, c’est de l’action.

    -F’est l’heure de la patrouille !

    Parlant d’action, Dhar apparaît. Son regard de fouine s’arrête sur la bouteille tenu en main par Bistouri. Ce dernier hausse un sourcil.

    -C’est pour anesthésier.

    Deux potes ricanent. Faut dire que depuis l’autre jour, Dhar a sacrément perdu en autorité. Depuis, on est dans une situation entre deux où l’on obéit vaguement à certaines de ses lubies tout en lui menant la vie dure par des petites piques acerbes et des regards dédaigneux. Heureusement pour lui, il parvient à ravaler sa fierté, même si on s’amuse beaucoup du fait qu’il évite dorénavant de regarder Krueger dans les yeux, ni même de lui donner un ordre direct. C’est un peu lui l’étincelle de la révolte. Alors, le petit chef, il l’a encore en travers de la gorge.

    -Qui fient avec moi ?

    On se regarde avec des vagues sourires. C’est sa lubie du moment. Faire des rondes dans la grotte comme s’il y avait besoin de ça. Hier matin, on a trouvé le chemin menant à la surface. La grotte n’a pas l’air grande au premier coup d'œil, mais il y a une enfilade de petits passages et tout un réseau plus bas, plongé dans l’obscurité, ainsi que des recoins à foisons. Une armée pourrait se faire mettre en pièce tellement les possibilités de harcèlement sont nombreuses. Puis il y a des caisses çà et là. Beaucoup vides, évidemment, on s’est chargé de les vérifier méthodiquement, même celle contenant quelques babioles précieuses ; Dhar n’en a rien su. Le chemin vers le haut de falaise est gardé par une épaisse porte en fer grinçant sur ses gonds. ça nous réveillerait en plein sommeil, pour sûr, puisque ça a sorti Pancrace de sa sieste quand on l’a découvert pour la première fois.

    Lentement, je me lève. On me fait des drôles de regards. Dhar me lâche même un sourire, rassuré de ne pas faire choux blanc sur ce coup. Impitoyable, je refroidis ses ardeurs.

    -Ah non, je vais juste me dégourdir les jambes. Mais je gueule s’il y a un problème.
    -Parfait, parfait. Fe féparer pour coufrir pluf de furfafe. Bonne idée.

    J’avais plutôt dans l’idée d’éviter de me promener sans l’avoir dans les pattes, mais si ça peut lui faire plaisir, soit. Je me permets tout de même d’avoir un haussement de sourcils moqueurs à l’adresse des petits camarades. Autres ricanements. Dhar baisse les yeux. Je sors de là, mon regard vagabondant vers les quais si désespérément désert. On est vraiment des gars très compétents. Vous imaginez les idiots de la GAR en planque à notre place ? Ils auraient détruit tout l’embarcadère à force de ne rien faire et le premier contrebandier dans la place s’en serait aperçu, foutant en l’air toute l’opération. Quand on regarde vaguement les lieux, on ne saurait pas qu’on est présent. Le moins de lumière possible, pas de trucs qui trainent. même quand on se promène, on longe les murs, passant d’une ombre à l’autre au cas où. On a pas trouvé d’autres entrées, mais on pourrait s’être trompé et deux jours à rien faire dans le vent, ça serait un sacré coup au moral. C’est qu’ici, on a pas toutes les commodités de la ville. On se contente de boissons de piètres qualités, d’une nourriture appétissante, certes, mais les recettes de Krueger sont limitées. Puis, pour les choses du divertissement final, on vient à regretter de pas avoir de gonzesse dans l’escouade. Enfin, même si on est de parfaits gentlemans, je la plaindrais, la pauvre. C’est que ça gratte pour certains.

    C’est après avoir fait le tour de la zone et revenant sur mes pas que j’entends soudainement la porte grincer. Instantanément, je me fais encore plus petit, tendant l’oreille. Pour déconner Krueger a ouvert la porte hier soir. Qu’est-ce qu’on la engueuler quand on l’a su, mais comme il fait la bouffe, on l’a pas fait rapidement. Lui-même était d’accord qu’il méritait une bonne engueulade. Sauf que dans son cas, il était resté silencieux. Là, on peut entendre deux gars parler sur le ton d’une discussion tranquille.

    -Faudrait vraiment huiler ses gonds. C’est horrible.
    -J’essaierais d’y penser. Pour l’instant, je voudrais surtout m’ouvrir une bouteille.

    un sourire se dessine sur ma trombine. La perspective de voir le contrebandier découvrir que sa réserve a fondu plus vite que neige au soleil, d’une part et d’autre part, le fait indéniable que notre attente semble enfin toucher à sa fin.

    Deux épaisses matraques viennent mettre un terme abrupt à la discussion.
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  • Mer 25 Oct - 18:40

    On a beau se plaindre qu'on bosse tout le temps, et dans des conditions pas toujours très rigolotes, on réussit aussi à se plaindre quand on fout rien et qu'on se fait chier comme des rats morts. C'est le lot de l'homme intelligent que de se plaindre de ce qu'il a en sachant pertinemment qu'il se plaindrait aussi s'il avait l'inverse. Bon, là, faut bien admettre qu'on la ramène pas trop : on est en planque au chaud, avec à bouffer, à boire, et aucun chef qui vient nous chier dans les bottes à part Dahr qui la ramène plus trop.

    Mais ouais, c'est qu'on commencerait presque à culpabiliser de se la toucher alors que les collègues sont toujours en train de courir sous la pluie pour repérer toutes les grottes et criques pourries de cette île merdique. Presque, seulement : ils avaient qu'à trouver un coin si évidemment coupable qu'ils y seraient restés en planque eux aussi, après tout.

    Le grincement de la porte attire notre attention, et on s'demande si c'est Gunnar qui nous fait une mauvaise farce, ou Dahr qui fait du zèle. Dans le doute, on se met quand même en embuscade, et notre joyeuse troupe tombe à matraque raccourcie sur deux contrebandiers qui venaient manifestement préparer le terrain pour plus tard. Quand ils se réveillent, cinq minutes plus tard avec un seau d'eau glacé dans la gueule, ils ont l'air sacrément paniqué, et ça s'améliore pas quand ils reconnaissent nos uniformes et nos mines patibulaires.

    Comme d'habitude dans ces cas-là, Dahr laisse faire les professionnels. Soi-disant c'est pour nous évaluer, mais la vérité, on la connaît tous, et c'est que son zozottement ridicule parvient pas du tout à intimider les suspects et coupables potentiels, et que l'image de l'officier républicain en prend un coup. Après, on est obligé de mettre les bouchées doubles pour rattraper le coup, et les gus finissent rarement en bon état.

    « Alors, on se promène ?
    - Oui. C'est interdit ?
    - Non, non, du tout. Par contre, forcément, on se demande ce que vous foutez là.
    - Comme vous l'avez si bien dit, on se promène. »

    On pousse collectivement un soupir. Puis Krueger enfonce son poing, épais comme un jambon, dans le ventre de celui qui fait le malin, et il lâche un peu cri de douleur.

    « Allez, on va jouer à un jeu rigolo. Je pose les questions à Barbu, là, et à chaque fois qu'il répond pas, Chevelu en prend une. D'accord ? Que j'propose. »

    Evidemment, ils sont obligés de jouer, et celui qu'a le crâne bien dégarni a conscience qu'il a tiré le meilleur lot des deux. Enfin, ça reste à voir : c'est lui qui devient indirectement responsable de ce que l'autre va manger tout du long, et dans l'esprit de la victime, ça risque de vite se mélanger pour en vouloir à son petit camarade.

    « Alors, Barbu. Pourquoi vous êtes là ?
    - Balade. »

    Coup sourd.

    « Tu t'appelles comment ?
    - Barbu. »

    Choc.

    « Tu viens souvent ?
    - Jamais. »

    Cri.

    Dahr fait un signe, et Bistouri s'avance vers Chevelu avec du tissu, pour le bâilloner et s'assurer que ses bruits vont pas déconcentrer Barbu ou pire, alerter d'autres gens qui viennent. J'adresse un large sourire à celui que j'interroge.

    « Vous attendez des gens ?
    - Non. »

    Craquement.

    « Vos copains viennent en bateau ?
    - J'ai pas d'amis. »

    Sanglots étouffés.

    J'm'étire tranquillement en réfléchissant à la prochaine question. C'est qu'on pourrait continuer des heures, pas vrai ? Après tout, le temps passe vite, quand on s'amuse, mais justement, c'est pas dit qu'on ait autant de temps devant nous.

    « Au fait, y'a une deuxième manche au jeu. La deuxième manche, c'est qu'on pose les mêmes questions, mais à Chevelu, cette fois. Après, c'est les variantes. Soit il répond pas, et t'en prends une, tout comme lui. Soit il répond gentiment, et t'en prends deux fois plus. Ca fait pleins de trucs rigolos, après. »

    Evidemment, Barbu voit pas ce que fait Chevelu derrière lui, l'expression de son visage, la façon qu'il a de mal regarder son pote, ses yeux craintifs posés sur nous, alors même que Bistouri est en train de s'assurer que l'objet qui lui vaut son surnom est bien aiguisé. C'est qu'à force, on va avoir mal aux poignets et aux doigts, donc faut éventuellement adapter nos méthodes.

    « Allez, deuxième round, je pose les mêmes questions, mais c'est deux fois plus, cette fois. Pourquoi vous êtes là ?
    - Ba... balade... »

    Deux coups sourds.

    « Tu t'appelles comment ?
    - ... Barbu. »

    Duo de chocs.

    « Tu viens souvent ?
    - ... Merde. Voilà. Allez vous faire foutre, bande d'enculés de républicains. On veut pas de vous sur cette île, retournez sauter vos mères sur votre continent de mort et laissez-nous... »

    Je lève un doigt pour l'interrompre, et il se fige instantanément.

    « C'est une pénalité, ça, dans le règlement, non ? Que j'demande.
    - Ouais, carrément, commente Gunnar.
    - Ca fait quoi, quatre insultes ?
    - Chevelu va prendre cher.
    - On prend quoi ? Les doigts ? »

    Il implore à travers le bâillon, mais ça nous fait pas trop hésiter, et Barbu essaie sans succès de regarder derrière lui. Puis il abandonne, ses épaules s'affaissent, il a les pupilles dilatées, la respiration courte et l'odeur aigre de la peur qui lui colle à la peau.

    « 'ttendez... attendez, c'est bon, c'est bon... »

    Il en faut pas beaucoup plus pour apprendre que Mantel doit bien accoster cette nuit avec une cargaison d'armes, pour armer les vrais fidèles de Kaizoku, et qu'il circule toujours sur une galère propulsée par des esclaves et armée jusqu'aux dents. Comme quoi, dès qu'on y met du sien, et qu'on travaille intelligemment, on trouve de quoi, hein ? Alors, certes, certains diront qu'on avait pas besoin d'inciter Barbu à tout cracher, qu'on aurait vu Mantel débarquer quand même. Mais là, on sait avec quoi il arrive, le nombre d'hommes environ qu'il a, pourquoi il est là, et vers quelle heure il arrive.

    Et tout ça est bien utile quand il s'agit d'appeler les renforts et de s'assurer qu'on pourra refermer la nasse dès qu'il aura pénétré dedans.
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  • Mer 1 Nov - 21:48
    A l’heure prévue, le braséro est allumé. Pas besoin d’interroger les deux zigotos pour savoir que c’est quand la nuit tombe. Notion élémentaire de navigation. Puis, plus rien pendant un long moment. Un regard extérieur penserait que c’est bien mort. Sauf que ça s’agite un peu en intérieur, évidemment, le temps de préparer le comité d’accueil et il y a tant à faire. A une heure où l’honnête officier républicain ramasse les ivrognes récalcitrants à la sortie des bars, un signal lumineux se révèle au milieu d’une mer plutôt calme. La mer est calme et la nuit est d’encre, alors, ça se remarque plutôt bien. Remarquant le signal, Serge annonce l'arrivée du bateau via un tuyau acoustique menant au quai secret en contrebas. A l’autre bout du tuyau, on trouve l’oreille de Dhar qui s’est proposé à cette tâche qui sied parfaitement à ses responsabilités, de son propre avis. Personne lui a contesté, notamment parce que garder l’oreille dans un tube pendant quatre heures n’est pas le truc le plus agréable du monde. Et puis, on a eu ainsi l’opportunité de nous préparer comme on le voulait sans l’avoir dans les pattes.

    L’alerte donnée, Krueger se précipite au bout de la jetée souterraine, approchant une vanne faisant remonter une chaîne sous-marine. Il y a eu un débat la concernant. Pourquoi ne pas l’avoir remonté plus tôt ? Entre ceux qui voulaient s’assurer qu’elle nique pas toute l’opération et quelques petits comiques espérant que le bateau arrivant se déchiquette sur la chaîne, on a beaucoup discuté. On s’est même creusé la tête sur s’il fallait refermer derrière. Faut pas croire, mais l’officier républicain aime débattre, surtout sur des points de détails. Finalement, on s’est dit que si l’accès était ouvert trop tôt, ça pourrait être le grain de sable de bizarrerie dans un rouage bien huilée. Pour l’après, Pancrace a émis une sournoiserie qui a mis tout le monde d’accord.

    Une quinzaine de minutes plus tard, le rafiot de contrebande finit par entrer dans la grotte. A la différence des frégates élancées des pirates, jouant sur la maniabilité et la rapidité pour harceler leur proie, on est en présence d’un navire à fond plat, idéal pour le transport de marchandises. Si une double voile permet de prendre le vent à l’occasion, c’est bien la double rangée de rameurs qui fait sa propulsion principale. Faut dire que le bateau doit être adapté à la grotte et pas l’inverse. Plus haut, le mât passerait pas l’entrée. Déjà que pour celui qu’ils ont, le barreur doit user d’une grande précision pour passer pile dans l’interstice prévu. On aurait applaudi dans d’autres circonstances. Les deux contrebandiers sont restés évasifs sur les défenses du bâteau et on n'avait pas forcément de quoi estimer qu’ils en savaient suffisamment. A son avant, on a tout de même un parapet avec des fenêtres de tirs pour deux arbalètes fixes ainsi que d’autres espaces pour des archers. Des versions plus réduites sont disposées sur les côtés de bâteau. Quand on voit ça, on n'est pas particulièrement inquiet. On est conscient de nos forces.

    La grotte est peu éclairée. Sur le quai, j’attends avec La Mèche qui a été choisie pour ce rôle pour remplacer Barbu. N’allait pas croire que son surnom est en rapport avec sa calvitie, même si la coïncidence est drôle. Drapé dans les sapes affreuses des contrebandiers, on parait plus vrai que nature. Les autres n’ont pas hésité à se foutre de notre gueule. Je ne peux pas leur en vouloir, j’aurais naturellement fait pareil. Je me suis vengé en choisissant un vieux tonneau de saumure pour y planquer Fifi, juste parce qu’il l’ouvrait un peu trop. A l’approche du bateau, j’ai un petit sourire en regardant le tonneau non loin. On lui a dit qu’on serait tous planqué comme ça et on l’a caché en premier. La vérité, c’est qu’il est le seul. Les paris sont ouverts quant à la vitesse qu’il va mettre pour sortir de la sécurité de sa cachette. Pas que ça soit un branlos plus que nous autres, mais avec notre comité d’accueil, le petit risque d’hésiter.

    ça accoste. Un contrebandier saute à quai pour attacher une corde à la bite d'amarrage de fortune. Sur la dunette arrière, un mec longiligne a l’air ténébreux beugle :

    -Bah alors ? Vous mettez pas plus de lumière ? C’est pas faire honneur au Cygne d’Argent.

    On nous a déjà rencardé sur le blaze du rafiot, alors, on est pas surpris. On reste là où on est, faisant vaguement des trucs de contrebandiers dans la confidence : signes de mains et sourires niais.

    -Allez ! Déchargez moi tout ça ! On a pas toute la nuit !
    -Faites gaffe, le sol est humide.

    Un fouet claque. Mantel n’est pas commode avec le petit personnel qui non seulement s’est tué à ramer, mais en plus, doit s’occuper de débarquer le matériel apporté par le contrebandier. Des deux côtés, ça pose une planche et les équipages débarquent pendant que les esclaves passent des bancs aux caisses. Le premier contrebandier s’approche, tout sourire.

    -J’espère qu’il reste de la gnôle, mes petits potes.
    -Je crois qu’on a tout utilisé.
    -Quoi ? Mais vous l’avez jeté par terre ?

    je fais la moue en me passant la main sur la nuque.

    -C’est un peu ça.

    La nuque, c’est le signal. D’un promontoire rocheux, un officier républicain tire une flèche enflammée directement sur le ponton sur lequel on a renversé la gnôle en question, pas la vinasse, mais des trucs un peu plus forts qu’on se permettait pas, en rapport qu’on est en mission. Sans crier gare, le quai s’embrase, les flammes venant étreindre les contrebandiers surpris. Les vêtements s’enflamment et le seul échappatoire plausible est de sauter à l’eau dans un réflexe de survie. Au même instant, La Mèche se saisit des deux concoctions qu’il planque sous ses frusques et les balancent à l’avant du bateau, sur le parapet. La Mèche, il aime bien les trucs qui font des effets rigolos, surtout quand ça fait boum. Des produits alchimiques, on a trouvé. Pour nous autres, c’est des trucs qui puent et qui servent à rien. Pour lui, c’est de la matière première de choix pour s’amuser. On pourrait s’étonner de trouver ce genre de trucs chez des pirates, mais c’est peut-être pour donner un peu plus de poids à leur guérilla, on sait pas. En tout cas, La Mèche s’est fait quelques grenades avec du soufre, du salpêtre et d’autres conneries du genre. Il nous a expliqué ce que ça faisait, on a acquiescé en rigolant. Si le premier projectile manque de puissance et tombe dans l’eau, le deuxième se fracasse sur l’arbalète la plus proche, s’enflammant dans une gerbe de flamme, incendiant le mec derrière au passage. Derrière, j’entends Dhar protester.

    -Mais f’était pas du tout préfu comme fa !

    On nous a dit “armée jusqu’aux dents”. On nous a appris à employer un usage proportionné de la force. On applique les règles. Sur le bâteau, après un instant d’incrédulité, Mantel se reprend.

    -Tuez-les !

    Les officiers républicains apparaissent de leurs cachettes, dans les zones de pénombres laissées par les torches éteintes. Sur des hauteurs, des gars canardent tout ce qui porte une arme. Je vois des projectiles magiques qui font mouche du côté des balistes. Fifi entrouvre son barril, tente d’en sortir et fait perdre l’équilibre à son récipient qui se met à rouler. On est pas prêt à l’aider, le combat s’engage. ça défouraille et je suis en première ligne, protégeant La Mèche qui finit de lâcher ces décoctions. A la faveur des officiers républicains en nombre, Mantel change de tactiques. Il lorgne la vanne de la chaîne qu’on fait retomber derrière eux. Il désigne un groupe de fanatiques pour aller la remonter et menaçant de les abattre s'ils ne s'exécutent pas. Comme prévu, on les laisse passer avant qu’un groupe mené par Pancrace les séparent de l’accès du bâteau. La chaîne est remontée, au prix de bons gars sacrifiés. A grand coup de fouet, Mantel remet les esclaves qui n’ont pas profité de l’occasion pour se faire la mal en place. La corde d'amarrage est coupée et sur le visage du contrebandier se dessine le sourire de celui qui croit pouvoir s’échapper.

    Son sourire, il le perdra quand il se fera rentrer dans le cul par une frégate de la République chargée de leur couper la retraite.
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  • Lun 13 Nov - 20:05

    J'peux pas dire que le plan se déroule pas comme sur des roulettes, pour être tout à fait honnête.

    Pourtant, ça fait toujours mal de voir les collègues tomber au sol en se tenant un membre, avec un cri plus ou moins puissant mais toujours empreint de douleur, sauf cette victime de Vicos -d'où le surnom- qui s'est jeté par terre au premier coup de poing. Mais ça nous énerve encore plus, on ressert les rangs, nos boucliers s'entrechoquent et nos épées courtes poinçonnent furieusement les tarés qui sont prêts à tout pour s'enfuir.

    Face aux docteurs en maintien de l'ordre que nous sommes, faut bien admettre qu'ils ont aucune chance, en théorie. Et pourtant, l'un d'eux se met à hurler qu'il faut libérer le bastion de la liberté, il met le feu à sa propre barbe, et il se jette sur nous en ignorant les lames qui transpercent sa chair, jusqu'à peser sur les boucliers, à s'agripper à nous comme un damné.

    Probable qu'il l'est, d'ailleurs.

    La brèche suffit pour que les autres, un poil moins tarés seulement, parviennent à percer la muraille qu'on dressait. J'balance des projectiles magiques dans tous les sens, mais notre contingent est vraiment trop petit, à peine une dizaine d'officiers pour le double ou le triple de fanatiques. On s'laisse déborder pour une retraite calculée, et ils préfèrent se précipiter vers le mécanisme qui gère la chaîne de la planque. On l'avait remontée juste après leur passage, pour les empêcher de s'enfuir, et ils viennent de la laisser filer vers les tréfonds.

    Plus loin, on voit Mantel commencer à haranguer les esclaves et les matelots pour que le navire s'écarte de l'embarcadère et reprenne la mer. M'est avis qu'il va être salement déçu. Mais le plan s'arrête pas là : on doit finir de chopper les Frères-de-Côte qui traînent devant nous. Donc cette fois, on reste loin, et derrière le mur de bouclier, trois gars sortent des arcs courts qu'on pointe vers eux. Ils se sentent bien cons, et y'en a deux qui nous chargent, mais arrivent pas à faire plus de trois mètres avant qu'on les aligne avec de la magie.

    « A l'eau ! Kayo nous guidera jusqu'au navire et rendra justice ! »

    Ah, oui, leur titan dégénéré dans son bain de pieds, là, il a que ça à foutre, de sortir les enfants du petit bassin.

    Mais ça les empêche pas de sauter à la mer et d'enchaîner les brasses vers le navire qui commence pourtant à se faire la malle sans eux. Donc on se contente de les tirer, comme à la kermesse, pendant que Pipou va sortir Fifi de son tonneau. La blague était bonne, jusqu'à ce qu'il parvienne pas du tout à sortir de sa barrique avant la fin de la bataille et termine à la flotte. Pasque, l'air de rien, Fifi, il touche sa bosse à l'épée, et il nous aurait pas manqué.

    Les volées éparses qui nous arrivent en retour du navire qui brûle toujours un peu font qu'on s'écarte gentiment. En plus, les vagues commencent à s'agiter de façon drôlement suspecte, comme pour le pousser. J'échange un regard avec Gunnar.

    « Tu crois que c'est obligatoire pour un capitaine pirate de manipuler l'eau ?
    - En tout cas, ça serait logique et utile.
    - Pourtant, on maîtrise pas l'air, alors qu'on s'en sert tous et qu'on en a tous besoin.
    - Ouais, c'est pas faux. Mais je crois que le rapport prix-puissance est pas terrible.
    - Ah, dans le CPF ?
    - Voilà. Les Crédits Personnels de Formation.
    - Toujours compliqué, ces trucs-là.
    - M'en parle pas. J'utilise à peine les miens.
    - Tu nous ferais pas une phobie administrative ? »

    Il a pas le temps de répondre, parce qu'on entend un choc sourd juste à l'entrée de la caverne. Et le navire de Mantel qui était en train de s'enfuir s'arrête brusquement, a un énorme soubresaut, et recule même un peu sous le choc. On pousse un cri d'encouragement pour les camarades de la GAR : même si on a fait une grosse partie du boulot, il leur reste la leur, et même la nôtre est pas finie.

    On s'empile dans les deux canots qui traînaient dans un coin. On s'était déjà assuré qu'ils flottaient bien, alors on laisse Bistouri s'occuper des blessés et on part à l'abordage aussi.

    « Rappelez-vous : on veut Mantel vivant ! Insiste Dhar. »

    On lui répond pas : il le répète toutes les dix minutes depuis quatre heures, et on fera ce qu'on peut. Par contre, Krueger, assis juste à côté de lui, accompagne pesamment chaque tanguage du bateau. J'me demande s'il essaierait pas de le faire tomber à un moment, ce qui nous ferait tous un bien fou...

    « Pour les autres pirates, le mieux est de tous les tuer d'un coup d'estoc en plein coeur. »

    On l'ignore à nouveau. Oui, effectivement, pour tuer les gens, il faut les tuer. Dans le genre des lieux communs, on sent que lui, ses études, il les a finies au forceps, et que y'a que la force de sa mâchoire qui explique sa présence ici. Au bord du navire pirate, on agrippe les cordages, et on se met à grimper pour rejoindre les soldats qui ont déjà commencé à se battre contre ce qui reste de pirates.

    Les esclaves, enchaînés aux bancs de nage, tentent de se mettre hors de portée des coups d'épée qui pleuvent parfois de façon un peu hasardeuse, et j'parle même pas de la magie. Sur le château arrière, Mantel beugle des ordres, et il faut que son bosco nous pointe du doigt pour qu'il remarque notre présence. Hé, s'il faut la jouer comme ça...

    On forme un joli petit paquet alors qu'on ferraille pour le rejoindre. La magie pleut, et j'ménage pas mes forces, tout comme Gunnar qui apparaît et disparaît de façon aléatoire, mais à chaque fois, un pirate survivant tombe au sol. Finalement, par un pur hasard que certains qualifieront de coup du destin, Dhar se retrouve seul face à Mantel. Nous, on était occupé ailleurs.

    « Mantel Fômage ! Tu vas payer pour tes crimes !
    - Le Cygne d'Argent ne tombera pas ! L'Etoile du Sud guide mes pas ! »

    Derrière moi, quelqu'un gueule « Allez, c'est juste un estoc dans le coeur ! » et Dhar semble même y croire. Il se précipite en avant, lame fièrement dressée. La lame d'eau le coupe en diagonale, de l'épaule gauche à la hanche droite, et il tombe lourdement au sol avec du sang qui gicle partout. Ca nous secoue, tous. Le déchaînement magique qui suit, totalement incontrôlé, est heureusement bloqué par le bouclier aquatique dressé par le pirate.

    Puis Gunnar réapparaît, poignard posé sur la carotide de Chômage, qui lâche prudemment son arme et lève les bras.

    « Vous vous rendez ?
    - Nous ployons mais nous nous relèverons plus forts, et...
    - Ouais, ouais. »

    Le coup suivant l'assomme aussi sec, et on le ligote sèchement. L'est pas près de sentir ses doigts à nouveau.

    Avec la perte de leur capitaine, les autres pirates se laissent progressivement arrêter, et ceux qui refusent finissent exécutés sommairement : c'est la guerre, tout ça. De notre côté, on se regroupe autour de Dhar. Surin regarde un peu, palpe la blessure. Le gus respire encore, pas vraiment faiblement, et il geint beaucoup, d'ailleurs.

    « Franchement, c'était impressionnant à voir, mais il était dos à nous et son armure semble l'avoir bien protégé. Avec quelques soins, il restera qu'une cicatrice, p'tet quelques séquelles.
    - T'es sûr ?
    - Oui. »

    On se regarde tous, bien emmerdé.

    « Et si on le soigne pas ?
    - Ah ben là, il est sûr d'y rester.
    - Quel dommage, lâche Krueger.
    - De ? Demande Fifi.
    - Qu'on soit arrivé trop tard pour le sauver.
    - Son action a failli être héroïque.
    - Mais il s'est séparé du groupe sans raison.
    - Pour essayer de s'accaparer tous les honneurs.
    - Alors que c'est notre unité qui fait notre force. »

    Dhar lève la main vers nous, remue vaguement les lèvres. Debout en cercle autour, on se contente de regarder.

    Quand l'officier de la GAR arrive et nous voit au chevet de notre ami, il prend la mine triste.

    « Navré pour votre perte, les gars.
    - On va réussir à gérer, t'inquiète.
    - Ouais, on est fort.
    - C'est bien. En tout cas, on remballe tout ça. Vous rentrez à pinces ou on vous prend en bateau ?
    - Le bateau ?
    - Le bateau.
    - Définitivement. »

    Ouais, marcher sous la pluie, ça va bien deux minutes mais y'en a marre.
    Citoyen de La République
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    Gunnar Bremer
    Gunnar Bremer
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    Info personnage
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    qui suis-je ?:
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  • Dim 19 Nov - 21:30
    -Nous sommes dans la peine.
    Nous, la famille de Dhar Kshol, qui venons de perdre, trop tôt, un supérieur, un camarade, un élève et, je dirais même, un ami. Nous, Officiers Républicains, qui nous reconnaissons dans les valeurs de la Grande Armée Républicaine…

    Raclement de gorge dans l’assistance. Le commissaire Patoche jette un regard noir dans la direction approximative avant de reprendre.

    -... qu’il défendit avec enthousiasme et bravoure. Dhar Kshol était un officier républicain hors pair. Sa carrière, bien que courte, fut marquée par une ascension fulgurante dans laquelle le Commissaire Rossignol, je le cite, voyait “Une capacité inégalée à taper là où il fallait”.
    -Et surtout sur les nerfs.

    Si Patoche entendit, il n’en laisse rien paraître.

    -Pour tous ceux qui l’ont côtoyé dans l’Office Républicain, qui l’ont eu sous leurs ordres ou ont servi sous ses ordres, qui ont été les témoins de son sens de l’honneur, il demeurera une source d’inspiration : le service de la République fut son obsession. Pour l’Officier Républicain Dhar Kshol, Aye !
    -Aye…

    L’entrain n’est pas palpable. Dans nos uniformes de cérémonies sentant le moisi car rarement utilisés, on a qu’une seule envie : passer à autre chose. Pas que la mort de Dhar soit une souffrance, ou qu’on regrette de l’avoir laissé crever, mais c’est qu’on a un peu autre chose à foutre. On est même beaucoup à penser que Patoche en fait un peu trop. Généralement, dans ce genre d’éloge funèbre, on retrace le parcours du décédé en listant ces faits d’armes. A priori, crever a été son seul haut-fait. L’histoire officielle retiendra qu’il s’est sacrifié pour sauver la vie de toute son escouade, se dressant fièrement contre l’incarnation du mal et de l’oppression. Je sais pas qui ça fera plaisir, on lui connait pas de familles proches, encore moins de femme. Faut dire qu'on ne s'est jamais intéressé à sa vie, on va pas commencer à s’y intéresser de son trépas.

    Bref, la comédie est terminée. D’un geste, Patoche fait rompre les rangs et on se disperse en discutant de choses importantes comme la nature du gueuleton qu’on va se faire à midi, ou encore de l’arrivée des matraques qu’on nous promet depuis des semaines. Plusieurs Officiers Républicains, dont Krueger, Fifi et Surin se disputent pour savoir qui héritera du casier de Dhar. Faut dire qu’il est placé proche de l’entrée, un choix stratégique pour se barrer en douce sans devoir traverser la moitié du commissariat. Bistouri a déjà mis les voiles. C’est qu’il nous a convaincu que c’est son absence de soin qui a tué Dhar, donc que c’est à lui que revient la caisse. Un argumentaire imparable qui nous a retiré une épine du pied. On peut pas se répartir la somme équitablement, tout le monde n’a pas investi pareil. C’était une histoire à éveiller notre malhonnêteté et qu’on entredéchire notre camaraderie, détruisant en quelques heures ce qu’on a mis des mois à construire.

    Puis il a payé une tournée générale, alors ça passe.

    -Dosian ! Bremer ! Dans mon bureau.

    Le ton de Patoche a de quoi faire disparaitre nos petits sourires. On se lance un regard, se demandant pourquoi on nous quémande, mais on se fait pas prier. Pancrace entre en premier, je referme derrière lui. On fait face au commissaire, assis derrière son bureau, nous toisant avec ce petit air de celui qui connaît nos secrets. Peut-être qu’il lit nos pensées. Du coup, je pense très fort à une paire de loches. Il reste stoïque.

    -Nous regrettons tous la disparition de Dhar Kshol, mais son acte de bravoure n’aura pas été vain. Grâce à son opération qui a mené à la capture de Chômage, l’interrogatoire qui a suivi nous a permis d’obtenir de précieuses informations.

    On grimace. On a entendu dire que le bougre a été questionné pendant trois journées entières et que c’était les trois huit dans l’équipe d’interrogatoire pour ne pas lui laisser une seconde de répit.

    -On a récupéré des noms de sympathisants. Des localisations de cache ont été données ainsi qu’un autre dock servant à la contrebande. On espère que D’Argent s’y pointera.

    On échange un regard. Inquiet. Pancrace se jette à l’eau.

    -Euh… faut qu’on y retourne ?
    Je vois bien que vous en avez envie…

    Pas du tout.

    -... mais c’est la GAR qui récupère le dossier. Un certain Labienus.

    Visiblement, Patoche n’est pas ravi qu’on lui pique son affaire, mais les ordres doivent venir d’en haut. Je me permets d’intervenir.

    -C’est bien dommage ça.

    Pancrace me coule un regard désapprobateur en coin. Il n'a pas tort. A vouloir donner l’image du bon petit officier républicain, on finit avec d’autres emmerdes dont Patoche a le secret.

    -C’est pas grave. Vous pourrez sortir d’ici avec la certitude que ce que vous avez fait sur Kaizoku nous permettra de la garder intact encore longtemps.

    On sourit. On a confiance dans l’avenir. Surtout l’avenir proche. Je fais mine de faire demi-tour, prenant sa phrase comme une invitation à quitter son bureau, mais le commissaire reprend dans un sourire.

    -Je vais devoir m’absenter bien plus souvent à l’avenir afin de travailler en profondeur pour améliorer l’office…

    Ca veut dire qu’il va plus souvent manger des petits fours avec des officiels.

    -... Et la disparition de Kshol m’oblige à réviser mes plans. Il devait me seconder.

    On a échappé à ça. Quand les copains l’apprendront, ils seront fous de joie.

    -Heureusement, je ne vais pas vous abandonner. Permettez moi de vous présenter en premier…

    D’un geste de la main, il fait signe à quelqu’un d’entrer. Sans âge et l’air particulièrement ennuyé, l’homme s’avance.

    Spoiler:

    -...Lou Trouvenik, mon nouveau second.
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