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  • Jeu 8 Déc - 19:57

    Août, An 3

    Bizarre, l'ambiance, en ce moment, quand on va traîner dans les bas-quartiers.

    Bon, pas que ce soit des coins particulièrement sympas, comme le nom l'indique subtilement, hein, mais là, c'est encore plus chafouin que d'habitude, et les gens ont davantage tendance à pas se coller les uns à autres ni à discuter avec ceux qu'ils connaissent moins bien. Du coup, avec un visuel pas dingue et des occupants pas bien sympathiques, j'peux comprendre que ça ait pire réputation.

    Alors que les chiffres de la criminalité ont pas l'air d'avoir augmenté outre-mesure, en plus. C'est plutôt même l'inverse, beaucoup moins de dingueries ici, et davantage ailleurs.

    Mais les Officiers Républicains ont le doigt sur le pouls de la ville, n'est-ce pas, en tout cas c'est ce que disent les chefs qu'ont surtout les doigts dans le pot de confiture, donc dès qu'on a pigé ce qui se passait, le commissaire a envoyé son meilleur élément : moi. Ou, p'tet, celui qu'était dispo et en train de glander à côté de la cafetière au lieu de faire semblant d'écrire des rapports et de patrouiller.

    Toujours su que j'devais améliorer mon jeu d'acteur.

    Donc ouais, il fait pas bien beau, on sent que l'été touche à sa fin, et c'est l'occasion pour les gens de tomber malade. C'est probablement juste une mauvaise grippe qui touche que les pauvres et les débiles, ce qui explique ça concerne que des réfugiés shoumeïens. Mais ça fait désordre, et ça colle pas trop à la ligne politique officielle des pontes -je me permettrais pas de commenter ou même de prétendre connaître l'officieuse-, alors faut savoir un peu ce qui se passe.

    Surtout que les sales rhumes et les gastros, généralement, ça liquéfie pas les organes sur plusieurs jours dans des souffrances horribles.

    A bien y réfléchir, c'est p'tet ça qui colle une sale ambiance dans le coin : les cris de douleur des réfugiés en train d'agoniser lentement.

    Du coup, la question se pose de savoir s'il faut boucler des quartiers pour éviter la contagion, isoler les réfugiés dans des logements adaptés, c'est-à-dire des camps, ou, pour les plus rigolos de nos représentants, pousser tout ça à la mer et se frotter les mains en disant ''Bon débarras''. Ca les occupe, nos chers élus, et ça fait les gros titres à la criée.

    J'arrive enfin à un vieil hôtel désaffecté, qui devrait pas tarder à tomber en ruines à voir sa façade défraîchie, ses fenêtres décaties et les trois hommes désoeuvrés qui zonent devant. L'un d'eux crache une bonne glaire en me voyant arrivé, et un autre glisse une main dans son manteau, sûrement pour attraper le manche de son couteau, ou d'une arme du même acabit.

    J'leur adresse un large sourire. Et je leur montre mon insigne.

    « Pancrace Dosian, Officier Républicain. On m'a demandé de venir jeter un oeil au mal qui vous ronge.
    - On pensait plutôt qu'un soigneur viendrait.
    - Je pensais plutôt faire la sieste cet après-midi. On se heurte tous à une réalité impitoyable. Quel étage ? »

    Le plus vieux des trois, qu'avait pas encore parlé, rajuste son bonnet et pointe pour me laisser passer.

    « Deuxième étage. Première à droite. C'est Anton qu'a le truc, maintenant.
    - Le truc ?
    - Le machin
    - Hm, ouais, j'vois. »

    L'escalier a les marches qui commencent à moisir, même si c'est manifestement maintenu propre. Pas ciré ni verni, mais balayé, et c'est bien plus que ce qu'on pourrait attendre de la majorité des barraques par ici. J'essaie pas d'être particulièrement discret, donc tout grince et j'évite de toucher la rampe. Pas à cause d'un quelconque risque de contagion, encore que j'ai remonté mon écharpe pour bloquer mon nez et ma bouche contre les miasmes, mais plutôt pasqu'elle est carrément branlante et que j'ai pas envie que tout me tombe sur la gueule.

    J'arrive finalement à destination, et j'pousse une porte pas verrouillée, pour entrer dans un appartement de forme classique et désuette. L'entrée est occupée par deux vieilles qui se mouchent à répétition et m'jettent un sale regard, qui s'améliore pas quand j'montre que j'suis un officier républicain. Bah, j'comptais pas les emballer, elles peuvent tirer la tronche si ça les amuse.

    « Le malade est à l'intérieur ? On m'a demandé de venir jeter un oeil.
    - Vous n'êtes pas la guérisseuse.
    - Je suis ni guérisseur, ni elle, ouais, j'confirme. »

    La chambre est juste après un salon, et dans les deux, les rideaux et volets sont fermés, ce qui fait que j'avance dans un clair-obscur qui rend les quintes de toux répétées pas spécialement jouasses. Le gars est sur une paillasse, avec une mince couverture qui le couvre, et ce que j'présume être sa femme lui passe un linge d'eau sur le front. J'ai ignoré les trois chiards dans un état catatonique dans un coin. Ils feraient mieux d'aller jouer dehors, ça leur ferait du bien, et ils nous traîneraient pas dans les pattes, m'est avis, mais, hé.

    J'me présente et j'enquille, pasque j'compte pas passer ma journée ici.

    « Vous auriez moyen de me retracer à qui vous avez parlé récemment ? Est-ce qu'ils ont développé des signes de maladie aussi ? »

    Ils commencent à peine à parler que y'a du bruit derrière, et qu'une des mamies s'exclament :

    « La guérisseuse est là, nous sommes sauvés ! »

    J'demande que ça, moi.
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  • Mer 14 Déc - 19:08
    Août, An 3

    J’étais à Courage depuis quelques jours déjà et mes journées étaient forts occupées. J’avais rencontré un des directeurs de la SSG pour parler commerce, j’avais pu participer au Bal Blanc de la Mairie dont j’avais soufflé l’idée à Mme La Mairesse. J’avais croisé du monde, des amis, mais aussi bon nombre de réfugiés de Shoumei qui comme moi cherchaient comment s’adapter, comment prendre un nouveau départ ici en République.

    Pour ma part j’avais eu une révélation la veille lors d’un office chez un vieux Baron de Benedictus, j’avais rencontré la grande oratrice de Xo’Rath et j’avais grâce à elle prit une décision quand à mon avenir et celui de mes gens : il ne se ferait pas ici en République, nous allions reconquérir pacifiquement et économiquement Mael, la prendre aux Reikois et lui redonner son faste d’antan. Tout cela c’était ce qu’on appelle la théorie, et tout le monde sait qu’en théorie tout se passe bien et qu’en réalité… On se retrouve souvent dans des situations acadabrantesques.

    J’avais prévu de quitter Courage dans le jours à venir mais une jeune fille était venue me chercher à mon auberge, je l’avais croisé au bal blanc, elle disait avoir de l’aide, son père et son frère étaient malades et elle n’avait pas confiance dans les médecins de République, étrange à mes yeux mais je ne pouvais refuser de l’aider. Alors je l’avais suivi au chevet de sa famille et je m’étais cassée les dents sur leur cas. Je ne comprenais pas le fonctionnement de leurs maux.

    J’avais analyser les symptômes mais je ne comprenais pas les causes et pour tout dire les deux hommes étaient peu loquaces ce qui m’ennuyait. J’avais soulagé leurs douleurs mais je n’avais pas guéri quoi que ce soit, je reviendrai le lendemain pour étudier l’avancée des problèmes. Etrangement on me demanda de venir voir une autre famille et à ma grande surprise je me retrouvais avec les mêmes symptômes et le même silence mutique. Je fis de mon mieux, continuais d’expertiser tant bien que mal mais sans connaître l’origine, le facteur commun, le patient zéro aussi, il était dur de dénouer ce genre de situation. Ce fut en fin de matinée quand je sortis de la seconde maison de réfugiés qu’on me demanda si je pouvais venir voir une autre famille… C’était trop suspect et incompréhensible et surtout personne ne parlait. Rien de ma connaissance n’attaquait ainsi les organes internes.

    Un peu dépité mais décidée d’aider quoi qu’il en coute je me rendis donc la troisième bâtisse.

    ************************************
    Je fus accueillie au pied d’un vieil hôtel désaffecté, le niveau social était encore plus bas que les deux précédentes familles donc. Ce qui ajouterait le manque d’hygiène, de nourriture potentiellement aussi, de soins tout court. Je montais car on m’indiquait qu’il fallait aller trouver le vieil Anton au second étage, il souffrait depuis deux jours pour sa part.

    Je monte notant l’odeur nauséabonde caractéristique des bâtisses mal entretenues et aux systèmes d’évacuation des eaux usées défectueux. J’arrivais à l’étage et j’entendis un “la guérisseuse est là”. Bien j’étais attendue, c’était une bonne chose.

    Je me présentais donc dans cette pièce avec ma robe de ville de belle qualité mais visiblement salie depuis ce matin, on m’avait vomi dessus voyez vous, j’avais eu beau nettoyer au mieux, l’odeur semblait incrustée et la tâche aussi, j’y remédierai plus tard. Mes cheveux étaient attachés en un chignon bas sur ma nuque et j’avais mis un foulard pour éviter que des mèches ne glissent sur mon visage. Je portais une besace emplie de remèdes et d’outils sommaires de médecin qu’on m’avait confié le matin même.

    - Bonjour messieurs dames. Je suis Myriem de Boktor, guérisseuse de Mael.

    Une des jeunes filles qui trainait gloussa et ajouta.

    - On sait on vous a vu au Bal Blanc de la Mairie, vous étiez avec Mme la Mairesse et on aurait bien aimé être à vos côtés mais on a pas pu rentrer.

    Je souris doucement et répondis.

    - L’important ce jour c’est que vous alliez bien. Bon où se trouve le ou les malades? Combien y en a-t-il ici?

    La vieille femme qui parlait à Pancrace grimaça.

    - Bah y a le vieux Anton ici mais… en bas y a aussi Ludivine et son époux qui sont pas bien fringants depuis tout à l’heure.

    - Trois de plus? Vomissements? Teint jaunâtre, tâche sur l’abdomen, crampes et douleurs violentes?

    Le regard rivé vers le sol était éloquent, je soupirais, j’allais donc pouvoir les soulager pour un temps mais je n’avais pas d’information sur pourquoi et comment pour le moment. Avisant le bel homme en uniforme je demandais poliment.

    - Vous êtes la pour soigner vous aussi Monsieur ?

    Les républicains arboraient presque tous des uniformes, alors peut-être que les soigneurs aussi non?

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  • Lun 19 Déc - 19:32

    La nana se pointe, et j'me dis que si elle est pas la moitié d'un manchot, elle arrivera bien à soigner mon gus, les autres qu'ont l'air touché aussi, et qu'on va coller tout ça dans un cordon de sécurité puis refermer la page de cette histoire avant que ça touche les honnêtes citoyens de la République. Malheureusement, si c'était qu'une mauvaise grippe, j'suis à peu près certain que le commissaire aurait pas dépêché un fringant officier républicain tel que moi.

    Ou alors il m'en veut toujours de lui avoir soufflé la dernière tartelette à la framboise à la cantine l'autre jour. Allez savoir, avec les chefs : ils vivent pas dans le même monde que nous.

    « Officier Républicain Pancrace Dosian, enchanté. Soigner, je vous laisse faire, ça vaut mieux. »

    Le seul truc que j'aie jamais soigné, c'est la vie, donc chacun chez soi. En tout cas, elle fait jeune, quoiqu'elle est même pas humaine. J'me demande si y'a un genre de grand principe des guérisseurs : soit c'est des vioques, t'as l'impression qu'ils sont déjà les deux pieds dans la tombe, soit c'est des jeunes femmes plutôt extrêmement charmantes. Comme si y'avait pas d'entre-deux ou que les beaux jeunes hommes trouvaient mieux à faire. Agiter des épées, probablement, et hurler torse nu sous la neige. Comme au Reike, je l'ai lu dans le journal, c'est forcément vrai du coup.

    Je la laisse prendre le temps d'examiner le patient, qui continue à cracher ses poumons et à pousser des p'tits gémissements de souffrance. De là où j'suis, ça n'a vraiment pas l'air terrible, comme affliction, donc si j'pouvais éviter de l'attraper, ça serait le top. J'me rapproche de la fenêtre entrouverte histoire que l'air circule. En tout cas, la famille proche confirme les hypothèses, et j'en déduis qu'elle a déjà vu des gens qu'avaient la même chose. P'tet un coup à creuser.

    « Vous avez vu beaucoup de gens qui avaient ça aussi ? Vous arrivez à les remettre d'aplomb ? »

    Pasque si oui, c'est quand même mieux. Pendant qu'elle continue de tripoter Machin et de faire ses affaires, j'reprends le fil de ma question, celle qu'avait été abandonnée lors de l'arrivée de la guérisseuse en chef.

    « Du coup, ouais, vous fréquentez des gens qui sont tombés malades aussi ou pas particulièrement ? »

    Elle prend le temps de réfléchir, la bourgeoise du grabataire, fait une liste de gens sur les derniers jours. Son front se plisse sous la concentration, et avec la fatigue qui s'est accumulé, j'vois bien qu'elle a du mal à remonter le fil de leurs rencontres. J'lui laisse le temps, on n'est pas pressé, de toute façon.

    « Il y a Ludivine et Savori, en bas, qui se sentent un peu moins bien récemment. Sinon...
    - D'autres shoumeïens, peut-être ?
    - Hé bien, oui, nous sommes assez proches les uns des autres... »

    Vu là où ils crèchent, j'en doute pas un instant.

    « ... c'est ce qui nous rappelle le pays, et nous réconforte. Nous cuisinons des spécialités locales et échangeons des histoires et...
    - Oui, oui, je vois le genre, mais est-ce qu'il y en a qui sont tombés malades récemment dans la communauté ?
    - Je, oui, c'est bien pour ça que vous êtes là, non ? »

    Touché, malheureusement.

    « Vous auriez des noms et des adresses pour faire quelques vérifications d'usage, si possible ?
    - Anton a vu Carli, Flayol, Ellie, Shoma, de tête, récemment ? Les deux premiers sont de l'autre côté de la place et Ellie et Shoma sont décédés il y a quelques jours...
    - Condoléances. Rien d'autre ? Ca pourrait être important. »

    Elle se creuse les méninges mais y'a rien d'autre qui sort. Bon, p'tet que les deux d'en bas en sauront davantage, ou ceux d'en face. Personne sait encore interroger les macchabées, après tout. J'me tourne vers la guérisseuse.

    « Moyen d'avoir un mot en privé ? »

    On s'écarte dans une autre pièce et j'la jauge.

    « J'vais supposer que vous savez ce que vous faites, et aller droit au but : est-ce que c'est une maladie magique extrêmement violente pour laquelle il faut trouver des soins et qui peut toucher tout le monde ? Est-ce qu'il faut déclarer une quarantine ? Quelles sont les conditions de contagion ? »
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  • Mar 27 Déc - 17:19
    J’ai incliné la tête après les présentations sommaires de mon interlocuteur Républicain, au moins ce n’est pas un troufion de base, un officier c’est forcément quelqu’un de compétent et qui a déjà quelques galons ou réussites non?

    - Enchantée officier Dosian.

    Je ne commente rien sur l’aspect des soins, en effet c’est ma partie mais je laisse mes oreilles traîner car quelque chose m’interpelle et me dérange dans cette affaire. Son métier c’est de poser des questions pertinentes et récupérer des preuves ou indices dans tous les cas.

    J’observe donc ce brave Anton, je commence par apaiser sa douleur, on voit ses traits se détendre presque instantanément, en réalité je ne soigne rien à ce moment, j’apaise juste ce qu’il ressent pour qu’il puisse se détendre et que je le soigne plus calmement. Je laisse ma magie couler comme à son habitude, l’air change dans la pièce et s’emplit d’une odeur marine des plus agréables qui change des odeurs de la maladie et de la crasse.

    Comme je m’y attendais, ce brave homme a les poumons touchés, des tâches noirâtres les emplissent, c’est une sorte de liquide qui se développe dedans et empêche la respiration. Sauf qu’en théorie nul liquide ne va dans les poumons sauf dans le cas d’un oedème pulmonaire. Mais cela n’en est pas un car le liquide aurait été de l’eau et un épanchement cela se vide aisément par magie, ici le liquide est épais, consistant, gras, non naturel. Cela provoque un teint jaunâtre aussi cette maladie car le foie est touché et le même liquide étrange.

    Et sur le torse du malade comme sur celui des autres il y a des tâches noires sur l’abdomen, comme si la peau voulait se nécroser ce qui n’avait aucun sens. Il se tord de douleur et je ne vois aucun remède. Je soigne les symptômes et je vais donc l’apaiser quelques heures, une journée au mieux mais comme je ne sais pas d’où vient le liquide, sa cause, son origine je ne peux pas l’éradiquer. J’ai testé les poisons et créé un anti poison générique mais il n’y a eu aucune réaction, ce n’est pas un poison. Après il reste une possibilité, une seule finalement et elle ne m’enchante pas car si elle touche beaucoup de monde cela signifie que ce qui en est à l’origine est puissant ou.. nombreux.

    Je travaille pendant près d’une heure avant de m’arrêter, en sueur moi même. Anton a le teint moins cireux, il respire convenablement et semble apaisé, mais cela ne va pas durer hélas. Je me relève et j’explique alors cela.

    - Vous allez vous sentir mieux durant quelques heures Anton mais je n’ai soigné que les symptômes, je ne comprends pas encore l’origine de vos maux. Tant que je ne sais pas ce qui vous frappe je ne peux agir de manière perenne.

    Je suis dans l’attente mais rien ne vient, au diable le silence de ces gens, ne comprennent-ils pas que sans leur aide, sans leurs paroles je ne peux rien faire de plus? Ils se condamnent eux même à souffrir s' ils ne parlent pas? Et à mourir dans la foulée !

    Posant mon regard sur l’officier, je me sens lasse et me battre contre des moulins n’a rien de bien réjouissant selon moi.

    -J’ai soigné plusieurs personnes depuis ce matin oui mais mon verdict est le même partout, je stoppe la progression de leurs maux pour quelques heure s, une journée peut-être plus je ne sais pas, cela dépendra de leur constitution mais je ne peux pas les guérir.

    Alors que je m’essuie le front avec un mouchoir propre que je viens d’imbiber d’eau pure créé magiquement, j’écoute les questions que pose l’officier aux gens présents et je soupire en entendant les réponses. Visiblement le constat est quand même très ciblé, seuls des shoumeiens semblent malades et tous ont les même maux et la propagation se fait graduellement. Est-ce lié à un contact avec un malade?

    D’un autre côté quand je les écoute je ne peux que comprendre leur envie de se retrouver ensemble pour partager un repas, une histoire, un souvenir de chez nous, vivre déraciné sans le moindre espoir de retour pour beaucoup de ces gens c’est un calvaire selon moi.

    J’ai noté le nombre de patients qui doit encore être vu, pour les soulager mais cela ne me réjouit pas du tout. L’Officier me demande à parler en privé et j’approuve. Je le suis dans une pièce à l’écart et je l’écoute avant de répondre en mesurant mes mots.

    - C’est bien généreux de votre part de m’accorder le bénéfice du doute quand à mes compétences médicales, je ferai de même avec les vôtres de fait.

    Un prêté pour un rendu, c’est de bonne guerre non? Je viens de soulager un vieil homme sous ses yeux mais non… Encore un pragmatique probablement ou un républicain qui ne croit qu’à la médecine traditionnelle et pas la magique? Allez savoir. Je me concentre malgré tout sur le fond de ses interrogations.

    - La maladie qui les frappe est violente, atypique et surnaturelle. Elle n’a pas de sens médical et me semble donc… créé… Je pencherai même… sur une malédiction qui les frappe… Le problème étant que je ne connais pas les tenants et aboutissants de cette malédiction et je ne peux donc en détisser les liens originels sans la comprendre. Enfin la malédiction ou maladie magique. Vous devez créer une zone de quarantaine, elle peut se limiter à ce quartier, elle ne touche que des shoumeiens visiblement et des gens dans le besoin, nul noble n’a été affecté ou bourgeois à ma connaissance. Je ne sais pas comment cela se propage, le fait de les avoir cotoyé suffit peut-être à nous avoir contaminé.

    Je montre la limite de mes connaissances, il me manque des informations.

    - Ils ne me répondent pas mais il cachent quelque chose, ces gens ont peur, je le sens, mais pas de la maladie, de quelque chose qu’ils refusent de me dire. Un chantage? Une menace globale? C’est à vous je le crains de poser les bonnes questions. Je peux vous dire ce que ressentent ces gens selon vos questions, pas si ils mentent ou pas non mais les émotions que vous provoquez parfois cela peut aider à comprendre les situations.


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  • Jeu 29 Déc - 12:44

    Bon, pas terrible mais on s'en contentera : elle arrive à alléger les souffrances du vioque, mais pas à le soigner. Faut dire, si c'était possible, on en serait p'tet pas là, à se demander si on doit boucler la moitié de la ville en espérant qu'on va pas se taper une épidémie monstre qui décimerait la population. Et où l'Office Républicain serait en première ligne pour assurer les cordons de sécurité et tout. J'ai déjà la flemme, pour être honnête, en plus de pas vouloir spécialement attraper la même chose que lui.

    Je hoche la tête quand elle dit qu'il faut mettre en place une quarantaine et creuser davantage pasqu'il y a anguille sous roche. Et j'fais la grimace quand Boktor dit qu'on a p'tet choppé la saloperie qui traîne. Bon, j'suppose qu'on va dire que j'reste ici, alors, au risque de le filer au collègue. Et la plupart ont pas des masses le sens de l'humour, un peu comme moi.

    « D'accord, on va essayer de les interroger un peu plus. Avant, faut juste que j'envoie un message au poste histoire qu'ils foutent un cordon de sécurité. Et en attendant, on reste ici tous les deux. J'suppose que z'alliez pas vous faire la malle dans tous les cas, mais c'est trop risqué de diffuser la maladie ou la malédiction. J'reviens. »

    J'demande une salle isolée, et on m'refile une vieille salle d'eau qui sent le moisi, avec la moitié des carreaux qui manquent. J'm'assieds à même le sol, et j'prends une inspiration qui pue. Puis mon esprit quitte mon corps, et apparaît dans le bureau du capitaine, vide à cette heure. En patrouille ou en pause, probablement. J'passe dans celui du commissaire.

    « Dosian, qu'est-ce que vous foutez là ?
    - Chef, pardon, Chef. J'ai été envoyé regarder l'histoire des shoumeïens tous malades.
    - Oui, alors ?
    - Une guérisseuse est arrivée, elle pense qu'il faudrait boucler le quartier par mesure de sécurité. Nous n'avons pas encore d'information sur la façon dont la maladie ou la malédiction se répand, mais elle n'a pas reconnu le mal que c'était.
    - Elle est fiable ?
    - Aucune idée, Chef, j'y connais rien, Chef. »

    Je lui fais un topo rapide de la situation, et de la possibilité qu'il s'agisse d'une maladie créée pour l'occasion par un sorcier mal intentionné.

    « Bon, je vais demander aussi un appui aux mages, s'il y en a un qui daigne se libérer, même si ça prendra quelques jours. En attendant, essayez de tirer ça au clair. Je veux des rapports réguliers. Et ne mourrez pas, ça ferait de la paperasse.
    - A vos ordres, Chef, avec plaisir, Chef. »

    Quand j'reviens, on retourne dans la chambre du grabataire et de sa bourgeoise.

    « On a quelques questions. Va falloir répondre honnêtement, hein ? C'est plus ou moins votre seule chance de vous en sortir.
    - Comment ça ? Ce n'est pas une maladie ?
    - P'tet que oui, p'tet que non. Ludivine, Saori...
    - Savori.
    - Ouais, Savori, pardon. Shoma, Ellie et Carli, aussi. Des choses particulières à redire ?
    - Non, non, ce sont juste d'autres réfugiés qui ont poussé jusqu'à Courage quand il a fallu répartir notre peuple au sein de la République. On nous a dit qu'il y avait des opportunités au nord mais...
    - Mais ?
    - Mais c'est compliqué.
    - Comment ça ? »

    je sais très bien comment, on a déjà beaucoup trop de faits divers pour des accrochages avec les shoumeïens, et en plus, ça fait des remous politiques, avec les optimates et les conservateurs qui les appellent les chouchous des Goldheart. Leur capital en prend un coup, mais les affaires tournent plutôt bien pour tout le monde, surtout que les réfugiés sont venus avec ce qu'ils avaient de plus précieux sur le dos, et ça, tout le monde l'a bien perçu.

    « Certaines guildes ne facilitent pas l'installation de nos artisans. Mais vous devez le savoir, si vous êtes officier républicain.
    - C'est bien que vous le disiez avec vos mots. Du coup, vous faites quoi ?
    - Pour le moment, on temporise, surtout. On met en commun ce dont on dispose, et on espère pouvoir rentrer un jour.
    - Ouais, 'sûr, j'comprends. Quelque chose d'autre à dire ?
    - Non, pas vraiment... »

    J'me gratte la joue. M'faut un autre angle.

    « Allons voir les autres. »

    Puis, dès qu'on est sorti, j'me tourne vers Boktor, alors qu'on descend l'escalier.

    « Elle a ressenti quoi ? Honte, gêne, pudeur ? Peur, colère, p'tet, aussi, pour les difficultés d'installation ? »

    Ludivine et Savori sont deux jeunes femmes qui commencent à tousser, alors j'laisse la guérisseuse commencer par s'assurer qu'on va pouvoir causer sans être interrompu par des quintes toutes les quinze secondes. Depuis qu'elle a dit qu'on risque de l'attraper aussi, j'ai l'impression d'avoir de la fièvre et envie de me racler la gorge, mais c'est dans la tête, j'suis sûr. J'espère. Putain.

    Deux filles fauchées, pas dégueulasses, loin de chez elles. Si elles trouvent pas quelque chose rapidement, dans un mois, elles font le trottoir. Si elles le font pas déjà, en tout cas. On refait un topo rapide, histoire de pas perdre davantage de temps.

    « Vous vivez comment ? Enfin, j'veux dire, comment vous financez votre train de vie ? »

    Ludivine me regarde d'un air amer. P'tet que les mots étaient pas bien choisis, à voir le dénuement et leurs vêtements abîmés.

    « On survit en vendant petit à petit ce qu'on a pu emporter.
    - Et ça suffit, depuis tout ce temps ?
    - Il y a beaucoup d'entraide. Nous sommes très soudés, face à l'adversité.
    - Super. Vous avez pas un gentil mécène qui vous aide ? Des coups de main de la ville ou de la République ?
    - Un peu, au début, mais maintenant, c'est plus compliqué... »

    Pas déconnant, on peut pas non plus accueillir toute la misère du monde. J'veux dire, on en avait déjà assez chez nous. J'jette un oeil à Myriem.

    « Pour revenir à cette histoire de mécène...
    - Quel mécène ? Pourquoi on en aurait un ? »

    Soupçonneuses, tout d'un coup, tiens.

    « Hé, j'fais que poser les questions pour vous aider, moi. Si vous voulez pas répondre, on va tous être bien emmerdés. »

    Les visages se ferment. J'prends un ton de voix plus doux, des fois que.

    « Je vous demande pas si vous tapinez. J'essaie de comprendre comment vous vivez et survivez. Je suis officier républicain, je sais les risques que deux jeunes femmes sans le sou peuvent rencontrer en ville, surtout dans des quartiers moins... familiaux ou résidentiels. »

    Une manière bien polie et élégante de dire qu'on les a collés dans les bas-fonds pasque y'avait que là que y'avait plus ou moins de la place.

    « Tiens, à qui est-ce que vous revendez vos reliques et autres biens ? Ou c'est un prêteur sur gages, peut-être ? »

    Ou alors faut le doigté d'une shoumeïenne de bonne famille pour ouvrir la coquille. J'fais signe que j'peux m'absenter quelques instants si Boktor pense que ça peut être une bonne idée.
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  • Lun 16 Jan - 18:40
    Je ne pouvais hélas pas faire de miracles à proprement parler pour l’heure. Enfin si je pouvais éventuellement y parvenir, briser et détruire toutes les cellules malades ou corrompues mais cela m’aurait sans nul doute entièrement vidée de ma mana et ne m’aurait pas donné l’explication de cette épidémie. J’étais incapable de soigner ainsi tout le monde et donc ce n’était pas une solution que je pouvais garder ou utiliser, sauf si nous croisons quelqu’un aux portes du royaume des gardiens.

    J’acquiesce donc aux paroles de l’officier Dosian.

    - Allez y c’est normal de prévenir vos supérieurs je comprends tout à fait.

    Cela semblait plein de bon sens même sans connaître le moindre de leurs protocoles militaires.
    J’avais tenté une boutade.

    - Méfiez vous, je ne serai peut-être plus là en effet. Cette histoire ne me semble pas simple et la fuite elle est aisée.

    Bien sûr cela ne m’avait pas traversé l’esprit mais savait-on, on ne dit pas “fontaine je ne boirai pas de ton eau”.
    J’attends donc l’officier qui a quitté la pièce en m’approchant des malades.

    - Soyez sans crainte, nous allons tout faire pour vous aider, je vous le promets.
    - On peut faire confiance à l’officier?
    - Jusqu’à preuve du contraire, les républicains nous accueillent de bon coeur et nous aident, alors je suis certaine qu’il fera tout pour qu’on parvienne à soigner le plus grand nombre de malades.

    Autant dire que je ne songeais pas à la générosité naturelle en disant cela mais plus au pragmatisme Républicain qui inciterait à des soins généraux pour éviter la contagion et plus d’ennuis.

    Au retour de l'officier, j'indiquais d’un signe de tête que j’étais prête et que j’allais rester attentive à leurs réactions physiques, gestes, mais surtout à leurs émotions. Les deux se montrent d’abord très inquiets à l’idée que ce n’était pas une maladie, le doute suggéré les bloque quelque peu pour tout dire.

    J’avais haussé les sourcils à l’évocation de la complexité de partir plus au Nord, qu’est-ce qui bloquait? Je n’avais rien lu ou vu d’un point de vue administratif, j’étais moi aussi réfugiée et rien ne m’empêchait de me déplacer en République. Quand il en termine avec elles, je m’adresse à mon tour aux jeunes filles, je les remercie chaudement avant de sortir en les assurant de notre soutien ou aide mais en insistant sur le fait que le proverbe, aide toi et le ciel t’aidera ne fonctionne pas ! On a besoin de leur coopération.

    A Pancrace je réponds alors que nous descendons les escaliers.

    - Bon… Ils n’avaient clairement une émotion plus forte que les autres, ils ont peur et n'avaient pas confiance. Pas de honte ou de pudeur, elles craignent quelque chose et sont comme des huîtres fermées, la peur cache le reste. Après pour avoir rempli les mêmes formulaires administratifs qu’eux, il n’existe techniquement rien qui nous empêche de voyager librement en République, tout est explicite et clair, légalement on a le droit d’aller travailler au Nord, il y a donc quelque chose ici qui les en empêche.

    Arrivés en bas, il me laisse d’abord oeuvrer auprès des jeunes femmes, elles ont exactement les mêmes symptômes, moins prononcés, c’est donc plus récent et moins installé mais c’est la même maladie. Je ne peux donc que les soulager pour un temps mais pas stopper l’évolution de la maladie tant que je n’ai pas plus d’éléments en main. Cependant, alors que j’observe Ludivine, il me semble repérer quelque chose, une marque sur le poignet, une tâche brunâtre, je n’avais pas fait attention, est-ce lié?

    Quand je passe au tour de Saori par mes palpations par acquis de conscience je prends ses mains en mimant des gestes et je repère la même marque brunâtre, je ne crois pas aux hasard ou coïncidences. Je laisse ma magie affleurer cette tâche… Ca pue la magie noire ! bon cela ne répond pas au pourquoi ou comment mais cela confirme que ce n’est pas une affliction naturelle. Une fois les soins finis je me pose aux côtés de l’officier et j’écoute ses questions et observe leurs réactions. Elles s’offusquent d’ailleurs littéralement quand il parle de prostitution, autant dire que pour une diviniste c’est un peu la déchéance la plus totale que de vendre son corps.

    Les jeunes femmes restent suspicieuses et répondent néanmoins.
    - On vend dans les ruel…
    - Sur la place du marché comme tout le monde !
    - Oui sur la place du marché bien sûr.

    Dorian allait proposé de partir mais visiblement sa dernière question les emmêle.

    - Excusez moi mais cette question semble vous contrarier ou inquiéter. Pourquoi avoir dit les ruelles Ludivine et vous être ensuite corrigée? Vous n’avez pas la possibilité d’aller sur la grand place?
    - Si bien sûr , répond Savori d’un ton qui ne souhaite pas de contradiction.

    Ludivine pour sa part regarde ses chaussures et ne réponds pas. Nous tenons l’ouverture, la faille, Ludivine… Je m’approche d’elle doucement et souris.

    - Nous sommes ici pour vous aider vous le savez, mais il faut que vous parliez.

    Je prends les mains de la jeune femme dans les miennes, avec chaleur. Et sans qu’elle n’ait le temps de réagir je relève sa manche pour laisser paraître la tâche.

    - Depuis quand vous avez ça?

    Le sentiment de panique la submerge elle et son amie et menacent de m’emporter. Je vacille un instant et lâche ses mains. A l’officier je finis par dire après avoir retrouvé ma respiration.

    - Quelqu’un ou des gens les menacent et ça… c’est une marque de magie noire.


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  • Mar 24 Jan - 12:33

    J’cogite. Pas de honte, mais de la peur, et les mêmes symptômes en bas, chez les deux jeunes femmes. Puis ça se perd dans les explications, ça se corrige. Visiblement, elles peuvent pas commercer à la vue de tous sur la place du marché, ce qui n’est pas forcément surprenant : les autres marchants apprécient pas des masses la concurrence, sans compter que si c’est des clodos qui essaient de refourguer leurs merdes, les patrouilles de mes collègues manqueraient pas de leur dire de décaniller. Et encore, c’est quand c’est pas des services de sécurité « privés », comprendre des gros bras, qui se chargent de le faire manu militari et généralement avec bien moins d’égards.

    « C’est pas tant les difficultés administratives que de devoir se déplacer continuellement qui complique les choses, j’suppose. J’sais pas à quel point le gouvernement favorise la répartition des shoumeïens sur les territoire, pour être tout à fait honnête, mais s’ils se disent qu’ils vont rentrer chez eux quand la situation ira mieux, ils ont tout intérêt à se masser près des frontières, non ? »

    Enfin, c’est ce que je ferais à leur place.

    Mais c’est la tache brunâtre qui attire l’attention de Boktor, qu’elle attribue à de la magie noire. Sans être particulièrement sensible, j’me note que ma maîtrise des magies d’identification pêche un peu, pasque j’avais rien senti un peu plus tôt quand j’avais vérifié le corps des victimes. Faut dire qu’à part suivre une piste et retrouver quelqu’un à proximité, hein…

    C’est déjà pas mal, cela dit, et toujours mieux que sentir les crottes de chèvres et regarder les branches cassées dans la forêt.

    J’me passe la main dans les cheveux. J’ai envie de leur mettre des baffes, mais c’est aussi ça, le boulot d’officier républicain : réussir à convaincre les gens de nous parler pour qu’on puisse faire quelque chose, plutôt que se baser sur les on-dits. C’est juste que d’habitude, quand c’est un criminel, ou très fortement présumé, on a le droit à des incitations physiques pour l’encourager à nous ouvrir son cœur et gagner un temps précieux. Comprendre, lui coller un coup de code pénal dans la tronche.

    Le poids de la Justice, tout ça.

    « Magie noire, hein ? Mesdemoiselles, il va être temps de nous en dire davantage. »

    Silence. Ludivine reste timide et effacée, tandis que Saori a les sourcils froncés et le pli têtu de la bouche. J’en ai déjà marre. Au moins, j’ai pas eu besoin de sortir, même si ça m’aurait sans doute détendu. J’pousse un long soupir.

    « Il faut bien avoir conscience que, d’une, nous sommes là pour vous aider, et de deux, il va bien falloir parler. Je veux dire, sinon, je peux toujours vous emmener au poste, mais ça ne changerait foncièrement rien. Bref, on peut faire ça de façon agréable et chercher à résoudre votre problème, ou de façon désagréable, mais ça arrivera quand même. C’est… inéluctable. »

    Elles tiquent bizarrement sur le dernier mot. Une croyance diviniste bizarre ? Bah, chacun sa merde, hein. J’reprends la parole pour essayer de poster l’estocade finale.

    « Puis, surtout, vous semblez être un paquet à avoir le même problème, tous des shoumeïens. Même Myriem de Boktor ici présente, malgré toutes ses compétences en soins et guérison, ne parvient qu’à retarder l’échéance et soulager la souffrance. C’est quoi le plan, que vous l’attrapiez tous et que vous en mouriez ? Franchement, à ce compte, autant prendre le risque, ça sera jamais pire que mourir en souffrant. »

    Encore une fois, c’est Ludivine qui commence la première, en laissant échapper un sanglot étouffé. Saori la prend dans ses bras au milieu de ses explications, un peu fouillies au demeurant.

    « Pour survivre, on doit vendre nos reliques, nos bijoux, bref, tout ce qu’on a de précieux. Mais, mais, c’est difficile parfois, déjà il y en a trop en même temps, donc le cours chute, disent les bijoutiers, puis… »

    Oui bon c’est sûr que même si c’est précieux, les amateurs de babioles shoumeïennes ont p’tet pas besoin de récupérer tout un pays de bibelots non plus, faut bien l’avouer.

    « … du coup, on est entré en contact avec un certain Taki, au début il achetait normalement, et puis il a demandé toujours plus pour toujours moins… »

    Ouais, rien de particulier jusque-là.

    « Puis comme ça suffisait pas, il y a eu des avances, des prêts… »

    Ah bah voilà, un usurier ou un prêteur sur gages. C’était si dur à admettre ?

    « Et comme Bratum a essayer de s’enfuir, il a dit que maintenant, il devait nous mettre une marque pour s’assurer de ne pas subir la euh, malhonnêteté crasse des shoumeïens… »

    Le classique, j’adore. J’me demande encore comment on peut tomber dans ce genre de panneau, et j’suis persuadé qu’à ce rythme, les deux sont dans la rue à la fin du mois pour rembourser leurs dettes. Il trouvera un moyen de présenter ça joliment, j’en doute pas une seule seconde.

    « Bah voilà, c’était pas si dur, que j’commente. On peut le trouver où, ce bon vieux Taki ? »

    C’est que j’connais pas tous les arnaqueurs de Liberty, moi.

    « Si on a besoin, on peut le retrouver à l’étage de la Taverne du Vieux Cerf… »

    M’est avis qu’il serait temps d’aller lui faire une p’tite visite. Si les usuriers et autres conneries du genre, c’est pas interdit, marquer les gens par de la magie, les maudire et les pestiférer, ça fait désordre, et j’doute pas que mes patrons trouveraient ça moyennement rigolo s’ils l’apprenaient. Et si on pouvait résoudre tout ça avant que ça m’arrive aussi, ça serait quand même autrement plus agréable.

    En quelques pas, j’suis dehors.

    « Hé, tu viens ou c’est pas trop ton rayon ? »

    M’étonnerait que Boktor se défile mais elle pourrait être mal à l’aise.
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  • Ven 10 Fév - 11:50
    J’écoute l’officier et je hausse les épaules, nous sommes dans son pays, son territoire, il connait forcément mieux les règles du jeu pour tous que moi. J’ai beau les entrapercevoir, ma vision est biaisée je le sais, je ne suis pas pauvre, j’ai des avoirs dans la banque des chaînes, ma fortune est au chaud quand bien même je ne m’en sers que peu pour éviter de perdre un avantage pour plus tard…

    - Je crois que nous avons encore l’espoir du retour en effet. Tant qu’il est présent nous ne serons pas prêts à nous installer vraiment. Les plus riches ont probablement déjà choisi de refaire leur vie ici car c’est facile, nos avoir en banque, des maisons achetées, des affaires relancées aisément, un réseau de contacts… Les puissants n’ont pas la même vie que ces gens et les mêmes problèmes.

    Néanmoins mes paroles n’effraient pas plus que cela Pancrace. La magie noire c’est un état de fait, je ne sais pas comment on la fait, je ne sais pas la pister mais les malédictions laissent des traces et ces jeunes femmes sont maudites. Et pour enlever une malédiction il faut en savoir plus sur cette dernière hélas. Les deux jeunes filles sont tendues, nerveuses et je me permets du coup d’utiliser discrètement mes pouvoirs, comme toujours, leurs émotions négatives, vives et fluctuantes, je les enveloppe de douceur et je les éteins doucement, pas totalement sinon elles se rendraient compte d’un changement impromptu, non discrètement je les aide à se sentir rassurée, moins coincées dans leur crainte, leur méfiance, elles doivent s’ouvrir à nous, nous sommes leur porte de sortie de ce beau merdier ni plus ni moins.

    J’écoute les mots choisis par l’officier, il a l’habitude des interrogatoires et sait quand insister, je n’y entend rien pour ma part et je n’ose pas intervenir de peur de ruiner ses efforts qui semblent porter leurs fruits.

    Taki… voilà enfin une information utile dans tout ce baragouinage. Elles nous donnent finalement l’adresse du gars, une chose est sûre ce n’est pas un malandrin de pacotille, lui ou un de ses hommes peut marquer les gens, les maudire, ce n’est pas anodin et surtout c’est dangereux. Je m’approche des jeunes filles une fois qu’elles ont livrés le nom en souriant, doucement pour les rassurer.

    - Nous allons tout faire pour vous sortir tous de cette situation, je vous le promets.

    Une promesse n’engage que ceux qui les croient dit-on mais cela les rassure et je ne mens jamais, on va tout faire pour les aider, arriver à un résultat par contre je ne peux rien garantir encore. Je suis l’officier et je reste un instant surprise par le ton familier dont il use avec moi, mais il va falloir que je m’y fasse, ici, je ne suis rien ni personne si ce n’est une guérisseuse.

    Je marche à sa hauteur et je le toise, bon certes d’en dessous, il est un peu plus grand que moi.

    - Vous imaginez bien que je vais vous accompagner oui même si ce n’est pas mon rayon d’enquêter. J’ai un devoir moral envers ses gens.

    Et à peine ai-je dit cela je lève une main avec l’index en l’air.

    - Et non cela ne demande pas de commentaire monsieur l’officier, je vous aide, je ne serai pas une gêne et je sais me défendre par la magie, ne me demandez pas de tenir une arme par contre j’ai essayé et je suis totalement affligeante de nullité dans ce domaine. Vous avez un moyen de dissimuler votre uniforme ? D'enfiler une tenue qui fasse shoumeien? Comme ça nous pourrons demander à voir Taki en tant que réfugiés qui ont besoin d'aide...

    Sans réellement attendre une réponse, j'interpelle un des résidents de la bâtisse, pour qu'il nous donne sa cape défraichie, il n'est pas content mais nous la lui rapporterons... Je la tends donc à l'officier et nous voilà partis. Nous marchons rapidement, il semble pressé l’officier, de plier cette affaire sûrement. Nous arrivons donc devant l’auberge incriminée, elle ne donne pas franchement envie de s’y rendre, de mon point de vue du moins.
    Je pousse la porte de l'établissement et une odeur acre et désagréable me prend le nez directement, de la drogue est fumée dans ce lieu. Je grimace mais j'entre.

    Je regarde l'assemblée, tous se sont tournés vers nous, c'est moi la plus shoumeienne forcément, alors je prends la parole.

    - Dites à Taki que Myriem de Boktor de Mael veut s'entretenir avec lui pour affaires et je n'ai pas la matinée devant moi. C'est maintenant ou jamais.

    Un ton et une posture qui ne laissent aucun doute sur mes origines nobles et de Shoumei. Autant dire que certains hésitent, l'un d'entre eux glousse même et finalement c'est l'aubergiste qui répond.

    - Allons bon v'la que les bonnes gens du Shoumei viennent jusqu'à nous maintenant? Vous z'êtes pas trop occupée à lécher l'cul d'nos banquiers?
    - Bel effort poétique. Mais je ne suis pas ici pour discourir avec un aubergiste.

    Et de faire rire certains clients déjà perdus dans les limbes de la drogue qu'ils fument. J'attends droite, la porte est refermée derrière nous et de l'étage, une femme nous observe, la vingtaine, mince, pas très grande, vêtue de cuir, portant plusieurs armes courtes visibles et probablement un certain nombres cachées...

    - Dis donc brunette tu te crois où?

    - Dans un lieu où l'on fait des affaires et où on négocie des places sur les marchés, des pourcentages de vente ou de revente... tic tac le temps passe.

    - Impatiente dis donc. Allez monte avec ton bellâtre, on va voir ce qu'on peut faire pour toi.

    Première étape réussie, nous pouvons prendre l'escalier et suivre la femme qui nous conduit dans un bureau, ou une garçonnière, enfin un lieu ou se tient un homme d'une trentaine d'année, bien portant, dégoulinant de gras alors qu'il s'empiffre.

    - Je mange !
    - C'est bon, une cliente pour toi et collée montée de surcroit.

    Il lève son regard de son assiette, de son plat que dis-je et ses prunelles s'activent et brillent.

    - Si elle veut me monter mes genoux sont à elle.

    - Elle... se prénomme Myriem de Boktor et n'a que faire de satisfaire les envies d'un gros porc.

    il manque de s'étouffer devant mon tact.

    - Maintenant que j'ai votre attention nous allons discuter calmement. Avec mon associé nous avons constaté que nombre de nos concitoyens semblent apeurés et mal en point voyez vous. Hors de la main d'oeuvre malade ne sert à rien, qu'avez vous en tête pour vous priver ainsi d'opportunités florissantes? Je suis ici pour négocier un retour à la normale pour les réfugiés.... Pouvons nous?

    Je montre les chaises qui font face à sa table....

    Message 4
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  • Jeu 16 Fév - 16:33

    Comment ça, ‘’bellâtre’’ ? Nan mais c’est dégueulasse, c’est n’importe quoi ! Bel homme, beau garçon, c’est raisonnable, son mignon, passe encore, mais bellâtre, c’est insultant ! J’me note de pas manquer de l’aligner si l’occasion se présente, charger un peu la mule histoire de m’assurer qu’elle sortira pas tout de suite du trou. Genre, même après les autres, quoi.

    Par contre, Myriem fait super bien la noble casse-couilles. Ça doit être des années d’entraînement, pour arriver à avoir cet air pincé et hautain, tout en s’attendant à ce que les autres se plient en quatre pour s’exécuter au plus vite. Quant à Taki, suintant de graisse par tous les orifices et les doigts qui enfournent des ailes de poulet les unes après les autres, il se contente de nous fixer de ses petits yeux. J’suis bien content d’avoir la cape, tout à coup, même si elle pue un peu. J’pense que c’est ça qui lui donne l’air shoumeïen.

    « Asseyez-vous. »

    J’laisse Boktor s’asseoir la première, et j’me demande si j’dois rester debout pour coller à l’image de garde qui semble me coller à la peau depuis qu’elle a pris les devants, toujours un pas derrière. Mais d’un autre côté, vu comme elle était avec les autres shoumeïens, et le fait qu’elle soit pas tout à fait chez elle, j’me dis que ça vaut p’tet le coup de prendre davantage la main maintenant qu’on est face à notre homme. Gardant le vêtement fermé pour cacher mon uniforme en-dessous, et malgré l’insigne qui n’est plus épinglé dessus, j’me colle à côté, à jauger la pièce.

    Clairement, c’est un coin de travail, y’a pas mal de paperasse dont une partie qu’est tachée d’un peu de gras. Ça tombe pas de nulle part, faut croire. Mais sinon, les dossiers sont bien classés, les plumes sont propres et bien taillées, et si ce n’est le plateau qui contient la nourriture, finalement, c’est assez nettoyé. Probablement le tavernier qui passe tous les jours pour assurer le minimum du ménage, pasque vraiment, Taki fait pas rêver.

    Pas de signe distinctif de gang, que ce soit sur lui ou dans le décor, ce qui me chagrine un brin, vu que j’suppose qu’une affaire comme ça est pas montée au petit-bonheur la chance, surtout s’il s’agit de financer des dizaines ou des centaines de réfugiés jusqu’à pouvoir les foutre au turbin. Le seul truc vraiment bizarre, c’est que les emprunteurs se retrouvent mal au point d’en mourir : ils risquent pas de rembourser, du coup, donc quel est l’intérêt ? On peut pas les rendre productif ou récupérer l’investissement initial, donc c’est trouble à mes yeux. Doit y avoir une couille dans le potage, derrière.

    « Répète ta question pour voir ? Qu’il demande.
    - J’vais le faire, que j’réponds. Pourquoi rendre malade à les tuer des emprunteurs et bons clients, genre où est le profit ? »

    Il se lèche bruyamment les doigts, et j’ai juste envie de lui foutre la main dans la gueule pour lui apprendre les bonnes manières, mais j’me contente de sourire poliment. Le gros prend son temps, juste pour nous énerver, et j’espère que ça marche pas sur ma voisine, pasque moi ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. J’veux dire, on a l’habitude de faire ça aussi, côté Officiers Républicains, et parfois ça marche, même.

    « Aaaah, mais je ne vois absolument pas de quoi vous parlez. Moi, vous savez, je ne fais que prêter à des taux tout à fait raisonnables… »

    Quelqu’un se racle bruyamment la gorge à mes côtés, et j’me demande si elle va partir dans une quinte de toux ou une gueulante pas possible, mais elle se retient.

    « … en espérant ardemment que mes clients me remboursent la somme ainsi que les intérêts correspondants. Hélas, parfois, ils n’y parviennent pas…
    - Et alors, il se passe quoi, dans ces cas-là ?
    - Pas grand-chose, on définit un nouvel échéancier, un nouveau taux, un crédit intermédiaire… »

    Bon, ç’aurait été un peu gros qu’il avoue jeter de la magie noire sur les gens jusqu’à ce que leurs organes se liquéfient dans d’atroces souffrances, je suppose, mais quand même, en tant qu’officier, difficile de lui donner le moindre tort pour l’instant.

    « Vous avez dans vos clients un certain nombre de shoumeïens qui rencontrent des difficultés…
    - Ah, oui. »

    Il claque les lèvres et craque un os d’aile pour aspirer goulûment son contenu.

    « Et ils ont une fâcheuse tendance à tomber malade ensuite…
    - Sûrement une maladie qu’ils ont ramené de leur pays, ou que leurs dieux leur ont donné pour les punir de croire en eux, qu’en sais-je ? J’suis pas guérisseur. J’espère juste que ce n’est pas trop contagieux, ça m’emmerderait de chopper ça.
    - Et pour les remboursements, du coup ?
    - Une partie de la dette passe sur leurs proches, quand ça arrive. C’est pas terrible, mais ça fait partie des conditions contractuelles initiales.
    - Et s’il reste personne ?
    - Là, c’est perdu et mon affaire ne peut que provisionner pour essayer de se prémunir contre ça. Mais c’est les risques du métier et de l’investissement. On n’y peut rien, et si vous voulez mon avis, c’est bien dommage.
    - Pasque si vous y pouviez quelque chose ?
    - Nan bah vraiment, il n’y a pas de bonne solution. »

    Son sourire narquois en dit long : barres de fer dans les genoux, plongées prolongées dans un seau d’eau, ou maladie mortelle, les possibilités ne manquent a priori pas. C’est juste qu’on est arrivé un peu vite, et que j’arrive à court de questions à poser. J’m’appuie en arrière, et j’me dis qu’il est temps de laisser la fougue nationale s’exprimer. P’tet qu’une noble aura un autre éclairage et un autre avis sur la question ? Quitte à accepter de se laisser maudire, pour ce que j’en sais.
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  • Mer 22 Fév - 12:17
    J'ai senti Pancrace se raidir et ... se vexer suite à l'accueil peu orthodoxe qu'on nous a réservé. Je me tiens pour ma part à mon idée de venir rentrer dans le lard de ce pourri qui asservi les réfugiés du Shoumeï par la magie. J'ai besoin de connaître la teneur de la malédiction pour pouvoir la défaire, entendre les mots, la voir à l'oeuvre, en somme je dois me montrer assez odieuse, chiante, pénible *rayez la mention inutile* pour être une victime moi aussi. Je vais donc incarner tout ce que je déteste dans la noblesse, imbue de ma personne, fière à l'excès sûre de moi, mon opposé mais j'ai tellement observé mes congénères que je sais parfaitement reproduire ce que j'abhorre chez eux.

    On nous amène donc dans le bureau et quelle horreur ce gros porc qui nous fait face, sa malignité dégouline de tous les pores se sa peau, comme le gras qu'il ingurgite, un être abject à n'en pas douter mais je laisse mes dons oeuvrer, affleurer, observer, l'étudier pour savoir quand il agira et comment, je veux tout maitriser pour bien tout détruire à la racine et... lui donner une bonne leçon? Oh mince je n'ai pas pensé à demander l'aval de l'officier Républicain... Quand l'homme qui nous fait face fait mine de ne pas comprendre, c'est mon associé du jour qui répond, prenant le relais et me permettant d'observer, analyser. Merde, si j'avais été télépathe on aurait pu communiquer discrètement, c'est con comme ce genre de détail ne me vient en tête qu'après coup, une fois lancée, sans filet...

    J'ai une furieuse envie d'envoyer voler son plat de viande, ce genre de personne ne m'inspire que dégoût, il serait appréciable qu'il arrête vite de manger et de nous parler en même temps sinon mon sens rotschildien va entrer dans la danse au moment le plus inopportun. Je vois que cela n'affecte pas Pancrace, il n'en est pas de même pour moi et je ne sais pas franchement cacher mes émotions, il me dégoûte un point c'est tout. J'écoute cependant avec la plus vive des attentions, me concentrant sur les mots plutôt que sur sa personne. Je manque de perdre mon sang froid quand il insulte mon peuple et argue que nous sommes ceux qui ont porté une maladie de nos terres, j'ai envie qu'il s'étouffe avec son os de volaille, coincée dans sa gorge, devenant d'abord rouge puis bleu signe de manque d'air... Mais non cela n'arriverait pas car je serai assez conne pour essayer de le sauver, medecin avant tout, indépendamment de tout le reste hélas.

    Pancrace se tourne imperceptiblement vers moi, signe qu'il me laisse prendre le relais. Bon soyons clairs, j'ai envie que ce porc s'étouffe avec sa nourriture et donc je suis au sommet de l'agacement et ses réponses ...

    - Réflechissez un peu mieux allons, on n'atteint pas votre.... stature sans avoir un semblant de jugeotte et de réflexion quand on vous pose une question simple non?
    - Pardon?
    - Ne faites pas l'idiot, vous en avez l'air mais j'ose espérer que la musique diffère un peu n'est-ce pas?
    - Vous allez regrett...
    - Non je ne regrette rien voyez vous, c'est vous qui risquez gros à menacer, extorquer les gens de Shoumeï, profiter d'eux, de leur malheur...

    Il part d'un rire gras et lâche enfin sa nourriture, se cale dans son fauteuil en arrière. Il attrape son couteau et se cure les dents, cherchant un morceau de chair de volaille coincée ou juste parce qu'il voit combien il me sort par les trous de nez.

    - Ma jolie, vous n'êtes rien ici, ici c'est chez moi, JE fais la loi. Et vous allez faire comme les autres, ramper devant moi...

    Son ton, sa posture a changé, il n'est plus un simple porc, on sent poindre l'homme qui dirige des malfrats, l'homme mauvais, prêt à tout pour étendre son influence, son réseau. Il claque des doigts. J'observe sa présence, ses gestes, sa mana, mais rien n'émane de lui, je ne sens rien et pourtant on utilise de la magie je le sais, je le sens. C'est parti. Sortant de l'ombre et venant se glisser derrière lui, une femme d'une quarantaine d'années, peut-être fut-elle belle en son temps mais elle est de ceux que le mal a rendu laid, elle porte sur elle ce qu'elle est, la dévouée sorcière du maître.

    - Vous n'avez aucun respect ma Dame. Ici si vous souhaitez vivre et survivre, vous devez courber le dos, l'échine devant ceux qui dirigent et contrôlent le monde des rues. Alors je vous conseille de ramper devant ceux qui ont le pouvoir, vous pouvez lui lécher les pieds même.


    J'éclate de rire à ces mots, elle s'y croit, elle y croit même. Non mais quelle idée. Je me lève de ma chaise et pose mes mains sur la table. Ma magie est aux abois, je sens sa magie noire qui se déploie, c'est bientôt le moment, elle glisse et m'entoure, mais elle doit la fixer, je dois encore la pousser, les pousser pour que cela soit fait, que je comprenne.

    - Je préfère mourir la bouche ouverte que continuer de supporter la vue d'un être aussi méprisable voyez vous. Vous êtes la quintessence de ce que je méprise et c'est vous qui allez regretter vos actes croyez.
    - C'est bon elle me fatigue, lie la aux autres, ensuite on parlera de sa dette pour espérer survivre.
    - Comme vous le souhaitez Maitre.

    Mon regard est plongé dans celui du Porc mais en réalité il ne voit pas le monde réel, je regarde les effluves magiques et mémorise activement.

    - Sang du Shoumei, sans terre et sans repère, je te lie et te dénie tout droit à t'éloigner. *dans sa main une espèce de bourse qui semble luire, probablement une rune inscrite dedans pour augmenter ses pouvoirs* Servile et docile, sans domicile, tu paieras ou mourras. Maladie bénine qui grandit à chaque refuse, poumons, sang, mort s'en suivra si tu oses le combat.

    Ca y est la magie s'est infiltrée dans mon bras, j'ai suivi le tracé du dessin, la marque sombre me brûle d'un feu sans chaleur, par réflexe ma main couvre la marque pour atténuer le feu. Je grimace mais ne bouge pas, j'attends la fin du processus, le serpent de magie noire, de sa malédiction s'est insinué en moi. Me voilà maudite et contente de l'être, n'est-elle point folle celle-ci? Je souris donc à Pancrace alors que je tends mon bras pour montrer la marque.

    - J'ai tout c'est bon pour moi. On peut les empêcher de nuire l'un comme l'autre, je sais comment détruire la malédiction, mais...

    Mon regard noir change alors que je suis prête à libérer ma magie élémentaire, l'air change, une odeur marine s'élève et mes pupilles deviennent violettes.

    - Elle ne doit pas pouvoir changer ses mots de lien, elle ne doit plus pouvoir parler.

    Je ne sous entend pas qu'elle doive mourir, juste qu'elle doit être privée de parole... J'attends éventuellement son aval pour agir, mais dans tous les cas eux en face vont réagir, déjà gros porc hurle à ses hommes de venir. Je n'ai nulle peur en moi en réalité, coupez la tête du monstre et le reste partira chercher une autre tête... Mais la sorcière c'est un autre souci.

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  • Jeu 2 Mar - 19:05

    Quand la magicienne sort de l'ombre après le petit numéro d'énervement de Boktor, grand numéro à la réflexion, d'ailleurs, je prends des notes pour réussir à être aussi énervant, la magie commence à se rassembler pour former la malédiction. Les mots de l'incantation sont déroulés avec l'aisance conférée par l'habitude, mais j'me contente de surveiller tout ça à l'aide de mes capacités sensorielles magiques.

    De toute façon, c'est Myriem qui est ciblée. Moi, j'suis pas shoumeïen, donc ce format-là ne peut pas me toucher, et j'suis rassuré, en réalité, qu'il s'agisse pas d'une maladie, magique ou non, qui risquerait de m'arriver dessus. Enfin, il pourrait y avoir un sort dans le sort, une saloperie planquée dans un coin, même si c'est surtout les réfugiés qu'ont été touchés jusqu'à présent.

    Juste que j'imaginais pas forcément qu'on se retrouverait à gérer un affrontement frontal comme ça, de prime abord. La guérisseuse, elle répart p'tet les gens et les malédictions, mais si j'dois me cogner toute la bande, j'aime autant dire que j'suis bien content qu'on soit pas au troisième étage. Et comme c'est Myriem qui peut déchiffrer la malédiction, ça m'arrangerait probablement qu'elle survive, donc je peux pas juste me téléporter par la fenêtre...

    Raaaah.

    En face, le gros se lève et attrape le nerf de boeuf qui était posé à côté de lui depuis le début. Avec un soupir, j'fais de même, et j'écarte les pans de ma cape pour attraper mon couteau et ma matraque. Puis, de deux doigts, j'sors mon insigne avant de l'épingler à ma poitrine.

    « Quoi ? Officier Républicain ?
    - Ben... Oui. Vous êtes en état d'arrestation pour... Oh, merde, vous savez pourquoi. Vous pouvez vous rendre et vos droits seront respectés, tout ça, tout ça. Dans le cas contraire, ça sera retenu contre vous, et nous... je... me réserve le droit d'utiliser de la violence suffisante et nécessaire afin de procéder à l'application de... »

    J'aurais dû me douter qu'il me laisserait pas parler jusqu'au bout. C'est pas grave, pasque mon attaque mentale, pensée pendant mon laïus monotone, frappe pendant une seconde la sorcière, lui faisant fermer la bouche pendant que la mana s'accumule autour de Myriem. Ca a l'air sérieux, mais aucune idée de ce que ça va être, et pas trop le temps de m'en occuper alors que j'fais un pas en arrière pour éviter le bout du nerf.

    C'est bon, j'me prends les pieds dans la chaise et je tombe contre la porte, au moment même où, de l'autre côté, deux types essaient de l'ouvrir. Je la rabats sèchement, et j'mets le loquet en me levant. Il tiendra pas deux minutes s'ils sont un peu décidés, mais c'est pas dit qu'on ait besoin de davantage, après tout.

    De deux enjambées, j'place mon gourdin en opposition du sien pour éviter qu'il aligne Boktor, alors qu'elles se jaugent, avec l'autre.

    « Hé, faut croire que c'est nous deux, hein ? T'as pris le poulet où ?
    - On balancera vos cadavres au fond du port, et je me ferai une médaille avec l'insigne.
    - Pas de respect... »

    Mais l'est temps de faire trêve de bons mots. D'un coup de pied, il renverse le bureau dans ma direction. J'saute sur le côté, surin pointé vers lui pour pas qu'il avance. Il ajuste son coup sur mon poignet, mais j'me défausse. Le premier coup retentit sur la porte derrière. Pas le temps de glander. La p'tite attaque mentale le perturbe une seconde, lui fait fermer les yeux à cause de la douleur qui touche son cerveau, et la lame de mon couteau entaille salement ses doigts, en rippant sur l'os.

    Son cri de douleur m'émeut pas outre-mesure, pour être tout à fait honnête. Le manche de mon gourdin s'écrase sur la pointe de son menton, et quand il tombe au sol, j'cogne aussi son pif et sa tempe. Un gabarit pareil, j'ai beau être athlétique, faut le coucher. J'rengaine mon arme blanche pour attraper mes menottes, et j'l'accroche comme je peux. Du mal à refermer les bracelets sur ses avant-bras énormes, saloperie.

    Un oeil sur la porte, l'autre sur la sorcière.

    « Myriem ? »
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  • Mer 8 Mar - 20:45
    J'ai obtenu les informations que je voulais et j'ai hérité de la malédiction au passage mais comme j'en comprends les tenants et aboutissants, on peut maintenant se passer de la sorcière pour la suite des événements, elle ne mérite pas grand chose au vu de ce qu'elle a fait subir à mes compatriotes. Je suis pleine d'empathie envers ceux qui le méritent mais les êtres malsains dans son genre ne m'inspirent plus guère la moindre compassion, le monde en guerre a réussi à me changer.

    Je vois gros lard qui se lève, même si cela me semblait impossible de prime abord et qui attrape son nerf de bœuf, menaçant mais le digne représentant de la justice Républicaine sort alors son bel... insigne ! Je ne saisis pas forcément très bien tout ce qui suit mais je sais réagir à la montée d'adrénaline qui coule en moi alors que je crains de me prendre un coup de gourdin, mais par chance Pancrace s'interpose.

    Le bureau est renversé et le combat s'engage, derrière la sorcière est en train de parler de nouveau et je crains qu'elle n'use d'autres maléfices peu ragoutant ou voire totalement handicapant pour nous. Je crois cependant que c'est d'entendre mon prénom qui me pousse à réagir. Nous sommes dans un endroit clos et je ne peux juste laisser libre cours à ma magie, la balancer, c'est dommage car j'excelle dans cet art de tout lâcher sans vraiment bien contrôler mais je dois faire différemment pour le coup.

    J'inspire un grand coup et invoque ma mana. L'air s'emplit d'odeur marine presque instantanément et de mes mains des filets d'eau s'écoulent comme des serpents vivants et vivaces. Je les dirige par la pensée bien entendu mais par réflexe mais bras suivent le mouvement et je fouette la sorcière avec ses lassos d'eau avant de tenter de l'enserrer et la bloquer totalement à l'intérieur d'eux. Mes lassos enserrent son corps, surprise elle ne réagit pas, je raffermis ma prise sur elle et je force les liens magiques à la compresser et ce jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse. Quand son regard bascule dans le vide de l'inconscience je relâche la pression autour de son corps qui s'écroule au sol, inerte comme une chiffe molle.

    Ma magie toujours active est bien vive et les lassos fouettent l'air, menaçants, l'air de demander à qui cela va être le tour. Etrangement l'homme qui arrivait en courant pour aider son chef semble moins décidé à entrer, ce qui m'arrange. Je maintiens donc mes lassos et je fouette la table à côté de gros lard, si il a un semblant d'intelligence il va renoncer à ce combat, une de ses mains est déjà inutilisable et Pancrace ne semble pas affecté par le combat et si on réfléchit deux secondes, il n'a aucune chance de pouvoir s'échapper ou s'en sortir si il persiste et signe dans ce combat.

    Mais l'homme peut parfois s'avérer particulièrement con quand il s'agit de mettre son ego de côté.

    - Alors monsieur Taki, qu'envisagez vous maintenant pour la suite des choses?

    Je reste sur le qui vive sait-on jamais quel coup retors pourrait-il inventer mais j'ai confiance, c'est dans ma nature d'être optimiste.

    - C'est bon ,
    dit-il pas courageux pour deux sous forcément...

    Et j'avais à moitié raison dans le fond d'être confiante, Taki pour l'heure ne tente rien, par contre l'effet de groupe ça motive et si le premier homme semblait hésiter, la venue d'un second semble lui rappeler qu'il est sensé avoir une paire de cojones calée dans ses chausses. Voilà donc deux hommes décidés à en découdre qui entrent dans la pièce armés d'épées et de dagues. Le premier lance deux dagues qui volent vers Pancrace mais que je parviens à détourner en invoquant un bouclier d'eau derrière lui, par contre le second me fonce dessus et m'envoie voler plus loin, je tombe en entendant et en sentant un crac douloureux au niveau de ma cheville, la belle affaire. Ma concentration est brisée pour l'heure mais je secoue la tête pour reprendre mes esprits... Ils m'ont mise en colère pour le coup ceux-là.

    Message 6
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  • Mar 14 Mar - 18:52

    Ah bah voilà, elle est pas que guérisseuse, à voir les fouets d'eau qui s'agitent, coincent la sorcière, et intimident dans un premier temps les sbires avant qu'elle tombe lamentablement en arrière dans un grand "crac" de mauvais augure. J'lâche un « Putain » bien senti, surtout quand Taki tente de profiter de l'occasion pour me déloger d'un soubresaut.

    J'laisse filer son bras et j'abandonne la possibilité de le menotter dans l'immédiat, me contentant de lui assener une manchette à la nuque, qui lui écrase le pif contre son beau parquet. Puis l'autre est sur moi, un des deux en tout cas, à essayer de me foutre un coup de pied.

    J'roule avec, et j'me relève avec mon gourdin en main, tandis qu'il sort -encore- des couteaux. Normalement, c'est moi, ça, d'où il fait ça aussi ? Il a une p'tite tête de fouine en plus.

    « Z'inquiétez pas, patron, on s'en occupe. »

    Rien du tout. J'attrape un vase proche et j'lui lance, mais une inclinaison du buste laisse filer l'objet qui se fracasse bruyamment sur le mur derrière lui. Pas grave. Sa lame est trop courte, donc il doit reculer pour éviter que j'l'assomme, et il reste souple sur ses appuis, centre de gravité bas, à la recherche d'une opportunité pour arriver suffisamment près pour me planter.

    J'flanque un coup de talon à Taki, par principe.

    Un autre poignard vole, rapidement suivi par son lanceur, et j'peux que reculer dans l'espace très réduit qui nous est dévolu pour rester loin, mais l'est plus vif que prévu, et j'détecte un léger parfum de magie, vitesse sans doute, qui fait que la pointe de son arme traverse ma cape et vient égratigner salement la protection en cuir qu'est dessous. Ca va qu'il a pas la force qui va avec, pasque sinon j'aurais dû apprendre à respirer avec un autre trou.

    Mais il est trop près, et ça fait pas du tout mes affaires. J'tente de le repousser et j'réussis qu'à récolter une sale coupure sur l'avant-bras gauche, qui va quasiment jusqu'à mes doigts, puis le pommeau du gourdin le cueille à l'épaule, et il bute contre le corps massif de Taki au sol.

    J'entends plus que ma respiration haletante et les battements de mon coeur alors que mon arme en bois de courageux officier républicain l'attrape à la tempe et le met au tapis, mais il se relève aussitôt. J'ai cassé le poignet, donc pas cogné assez fort.

    Le bureau a un grincement dans ma direction, et j'constate que l'autre sous-fifre l'a poussé d'un coup de pied pour me bloquer le passage. Ca m'arrange un peu, surtout que Myriem continue à l'occuper et s'occuper de lui. J'ai juste le chef par terre, qui s'agite à nouveau.

    Alors j'me baisse et, avec mon surin contre sa gorge, j'tente une autre approche.

    « Allez, mon vieux, t'es un peu sonné, mais dis-leur de se calmer ou j'te saigne comme le gros porc que t'es. »

    Il sort un bruit à mi-chemin entre la parole et le borborygme mais c'pas trop ce dont j'ai besoin actuellement. J'appuie doucement jusqu'à faire perler le sang.

    « J'suis officier républicain, Taki, c'est de la légitime défense, vous avez attaqué un représentant des forces de l'ordre...
    - Arrêtez, arrêtez... »

    L'information parvient aux larbin, qui reculent prudemment en baissant leurs armes. Voilà, j'préfère ça.

    « Euh, la sorcière ? »

    Vrai, ça, elle a foutu quoi, depuis trois minutes ?
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  • Sam 25 Mar - 13:00
    Le combat semblait bien parti pour tout avouer, pas forcément grâce à moi, ma magie a le don de surprendre mes adversaires, de les déstabiliser certes, mais dans un espace aussi réduit qu'un bureau je ne peux la libérer à sa pleine puissance sous peine de tout détruire. Mais d'un autre côté est-ce que c'est problématique si je détruis le repère d'un gros pourceau qui a maudit mes concitoyens.

    Néanmoins le fait que Pancrace révèle finalement son rôle officiel et insiste sur un principe qui me dépasse, les lois Républicaines quoi... Il fera passer ça pour une défense, même si nous sommes venus les chercher, c'est beau de pouvoir retourner la situation par les mots à son propre avantage mais je ne vais pas m'en plaindre.

    Je suis donc le cul par terre avec ma cheville douloureuse, l'homme qui m'avait envoyé voler jusqu'ici était sur moi, sa main libre avant saisi la mienne, comme si ma magie avait besoin de ma main directrice en un sens, mais cela il ne pouvait le savoir. Par contre il serre fort et j'ai l'impression un instant que je vais devenir l'épine dans le pied de l'officier, celle qui doit être sauvée, qui peut se révéler un handicap... Sauf que j'ai la douleur qui irradie et sans le comprendre encore en cet instant, ma magie s'active, celle qu'à libéré Hale dans mes cauchemars... Et mes émotions coulent par le contact physique créé par l'homme et il se prend sans comprendre ma propre douleur en ressenti. Et ce n'est pas que ça le fait souffrir, non, juste que c'est fort et que ça a de quoi secouer n'importe qui de ressentir d'un coup les émotions des autres... Et ce n'est pas un sentiment de béatitude qui coule de ce contact mais ma douleur... Son regard se voile d'incompréhension et finalement de peur, on a toujours peur de l'inconnu. Et pour le coup la peur qu'il ressent je sais comment l'utiliser... Alors je l'attrape, et souffle dessus pour l'attiser, l'amplifier et sans demander son reste mais en hurlan d'une terreur qu'il ne pensait pas connaître il prend ses jambes à son cou... un de moins... mais il se ressaisira vite si jamais il a envie de revenir.

    La question de l'officier me fait reposer un regard sur la scène, je grimace et observe en secouant la tête.

    - Elle va mettre de longues minutes avant de reprendre connaissance, elle ne risque pas de nous menacer ou quoi que ce soit du genre.

    Cela étant dit, la table renversée étant à côté de moi je m'appuie dessus en grimaçant pour me relever, saleté de cheville, mais ce n'est rien que je ne sache soigner... le sang qui coule du bras de l'officier m'inquiète plus par contre. Mais je reste concentrée et une fois debout je regarde les gens qui semblent dans l'attente de la suite. La légalité, la loi, je n'ai aucun pouvoir mais une chose est sûre, aucun des sous fifre ne voudra tomber pour son chef... Alors si on l'a lui et sa sorcière je pense que c'est suffisant non?

    - Peut-être que ces gens pourraient alerter vos confrères afin que soient arrêtés ce brave Taki et sa sorcière? Ainsi les fautifs de la malédiction des réfugiés seront appréhendés et ils auront rendu service à la République?

    Serait-ce possible? Cela se faisait il? De fermer les yeux sur leur accointance réelle avec ce malfrat pour le mettre sous les verrous et les laisser libres? J'imaginais bien que oui, même si ils savaient qu'ils seraient surveillés, ils auraient aussi un réseau à récupérer et allaient se battre entre eux à notre départ pour savoir qui avait la plus grosse.... prétention à reprendre les activités de Taki ! Je regardais donc l'officier et les hommes debout.

    L'un d'eux avisa Pancrace et dit.

    - Ca semble être une... idée correcte que d'aller chercher vos collègues pour les mettre à l'ombre?

    Sa phrase affirmative sonnait comme une question destinée à l'officier, seul maitre à bord de l'aspect légal ou non de la suite des événements. Dans tous les cas, j'avais mal certes mais j'étais prête de nouveau à user de magie si le besoin se faisait sentir à nouveau .

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  • Dim 2 Avr - 12:29

    Putain, si je m'étais attendu à ça.

    Guérisseuse, j'me note dans un coin de la tête que ça veut pas dire que ça va pas à la castagne. J'me méfierai, la prochaine fois qu'il me viendrait à l'esprit d'aller emmerder un soigneur professionnel. Le type s'enfuit tellement vite que même ses petits camarades se contentent de le regarder avec les yeux comme deux ronds de flan. Et ça doit les rendre d'autant plus nerveux, à voir la terreur sur son visage et sa bouche ouverte sur un cri silencieux.

    Lui, il risque d'en entendre parler quelques temps, surtout avec les gouttes qui s'échappaient de son pantalon quand sa vessie a brusquement lâché.

    Comme la sorcière et dans les vapes, que Taki est sous contrôle et que les sbires veulent pas particulièrement entrer dans la danse, v'là que la lumière pointe son nez au bout du tunnel. Quand j'pense qu'au début, je voulais juste chopper des informations sur la source de tout ça, identifier la malédiction et revenir en force avec les collègues, j'me dis que, vraiment, parfois, on se fait chier pour rien. Là, on a juste saccagé un bureau et v'là qu'un réseau criminel est complètement démantelé.

    Bon, ça demande juste la présence d'une sorcière surpuissante, certes, et c'est pas trop ce qu'on a en stock côté Office Républicain. Nous, on fait plutôt dans la matraque que la magie, c'est sûr. Mais ça fait qu'attiser mon envie de continuer à apprendre des p'tits trucs pour me faciliter la vie et permettre ma survie, l'un dans l'autre.

    Quand même un criminel propose de se rendre et de s'arrêter là, finalement, j'sens bien que l'affaire est bouclée.

    « Ouais, faites donc ça. Pas de vous qui rentre dans le bureau. »

    J'attrape une feuille et une plume par terre, et j'fais tremper la pointe dans de l'encre qu'a malheureusement été renversée. Puis j'griffonne que j'ai besoin de l'appui d'une patrouille pour finir d'appréhender le coupable de tout ça. Le parchemin glisse jusqu'à un gars qui regarde les mots d'un air méfiant, jusqu'à ce que son voisin lui confirme que y'a rien d'incriminant sur eux dessus.

    « Hé, suffisait de demander. Nous, on ramasse Taki et la sorcière, vous, vous dites que vous êtes pas au courant. Vous reprenez le fil de vos petits trafics, mais pas de magouilles de ce stylé, pigé ? L'arnaque à grande échelle des réfugiés shoushous de nos têtes-pensantes, c'est interdit. Et, surtout, pas de malédictions. »

    Le côté systématique mêlé à de la magie noire, ça fait désordre. Alors que braquer un type dans une ruelle, bon, tout le monde en aura vu d'autres. Taki a voulu taper trop fort, trop large, et il a oublié qu'il était qu'un traîne-savate des bas-fonds. J'doute pas que les parrains de la pègre utilisent des malédictions un peu plus poussées, notamment quand ça commence à toucher à la SSG, mais c'est pas disponible pour tous les connards, et pas comme ça.

    La situation reste tendue, on se regarde en chiens de faïence avec Taki qui insulte ses gars en continu pour les convaincre de se bouger et de l'aider, mais aucun veut prendre ce risque. Faut dire, ils en sont quasiment davantage à se jauger entre eux pour savoir si reprend l'affaire, et à se chuchoter à l'oreille, qu'autre chose, alors le sort de leur ancien chef les indiffère au plus haut point.

    Quand les collègues arrivent, ils font place, et on ramasse nos deux criminels expiatoires. J'regarde Myriem, mais elle est pas chaude pour aller au poste directement.

    « On repasse voir les shoumeïens, p'tet, pour les guérir et s'assurer que la malédiction disparaît bien ? J'irai faire mon rapport ensuite, et y'aura besoin de votre déposition en prime. Histoire de s'assurer que les deux finissent bien derrière les barreaux, voire au Razkaal pour la mage. Pasque la maison d'arrêt du tribunal de Courage, il est pas trop équipé pour faire face à ce genre de problèmes, en règle générale. »

    Plutôt un truc de Limier, de gérer ces saloperies, donc on leur envoie tout ça par paquet cadeau pour qu'ils se démerdent. Et maintenant que la tension retombe, j'commence à sentir une douleur aigue là où j'ai été coupé.

    « Et y'a moyen de me réparer ça ? Sans cicatrice, si possible, j'essaie de pas faire dans l'esthétisme vulgaire. »

    J'dis ça avec un p'tit sourire en coin, pour détendre l'atmosphère autant que possible, alors qu'on quitte la taverne dont on a bien amoché le premier étage. Evidemment, le patron fait semblant que y'a aucun problème, et nous propose même un rafraîchissement qu'on décline poliment en faisant mine d'oublier qu'il héberge en toute sérénité un gang qui vient se faire pincer. C'est qu'on peut pas tuer le petit commerce, hein.
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